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dimanche 15 février 2026

La maison Ipatiev - John Boyne.


De Saint-Saint-Pétersbourg en 1917 à Londres de nos jours, la trajectoire tumultueuse de deux êtres unis par l'amour, les secrets, et la folie de l'Histoire.

Pour Gueorgui Yachmenev, petit paysan russe, tout débute comme un conte de fées : engagé afin de protéger le tsarévitch Alexeï Romanov, il se retrouve dans le fastueux palais impérial. Le rêve se poursuit lorsqu'il rencontre les quatre soeurs d'Alexeï, les princesses Romanov, parmi lesquelles la belle Anastasia. Mais la révolution va éclater, balayant tout sur son passage...

1981, Londres : Gueorgui veille Zoïa, sa femme, qui est mourante. Ensemble, grâce à un amour infaillible, ils ont supporté l'exil et le poids d'incroyables secrets.

Qu'est-il arrivé en Russie ? Pourquoi Zoïa vit-elle toujours dans la peur ? Quels fantômes du passé la poursuivent encore ?



Je ne me penche pas souvent sur le sujet, mais je suis fascinée par l’histoire de la Russie et des Romanov, en particulier Nicolas II et sa famille et la tragédie dont ils ont été victimes. J’avais déjà ce livre dans mes intentions de lecture depuis un moment, et ma question est : pourquoi ai-je attendu autant de temps pour découvrir ce roman ?


L’histoire nous est narrée par Gueorgui Yachmenev, jeune paysan russe qui, suite à un concours de circonstance, se retrouve amené à quitter sa campagne et sa famille pour servir la famille impériale à Saint-Pétersbourg, en tant que garde et jeune compagnon du tsarévitch, Alexei, et à accompagner la famille du tsar jusqu’à leur chute pendant la Première Guerre Mondiale. Au cours de sa mission, il va s’attacher à ce tsarévitch à la santé fragile, mais aussi vivre une passion interdite et secrète avec la plus jeune des filles du tsar, la grande duchesse Anastasia.


Aux côtés de Gueorgui, nous découvrons la paysannerie en Russie, puis la vie à la cour impériale, nous entrons dans l’intimité de la famille Romanov, un aspect que j’ai beaucoup aimé. J’ai aimé ce voyage dans le temps dans la Russie du début du XXe siècle, le contraste entre la vie du peuple et des paysans qui ne s’en sortent plus, et le faste de la cour, avec un souverain soucieux de son peuple mais dépassé par les événements, qui voit le pouvoir lui échapper peu à peu des mains alors que la colère du peuple prend des airs de révolution, assister à la mort de Raspoutine, la chute de la dynastie Romanov. J’ai aimé entrer dans l’intimité du tsar et de sa famille, voir l’amour qu’ils se portent et qui ne sera jamais ébranlé face aux épreuves.


C’est un récit qui se divise en plusieurs temporalités. D’un côté, nous avons un Gueorgui âgé, qui vit avec sa femme Zoïa, atteinte d’un cancer en phase terminale, leur vie en Angleterre, puis de l’autre nous retrouvons Gueorgui du temps où il travaillait au service de la famille Romanov. Il y a un aspect intéressant dans le sens où : à l’époque du jeune Gueorgui, le temps avance de façon linéaire, jusqu’à cette nuit tragique où les Romanov ont été assassinés. Mais à l’époque du Gueorgui âgé, nous remontons peu à peu en arrière et découvrons comment il en est venu à vivre en Angleterre, la tragédie qui a secoué sa famille, son travail à la bibliothèque nationale de Londres, puis le temps où lui et sa femme ont vécu en France, avant la Seconde Guerre Mondiale, son mariage avec Zoïa, jusqu’à ce retour à notre époque où Gueorgui et Zoïa passent leurs derniers moments ensemble.


La famille Romanov en 1913

J’ai autant aimé ces passages dans la Russie du début du siècle avec Gueorgui au service des Romanov, à faire connaissance de cette famille, le début de sa relation avec Anastasia, son attachement à la famille Romanov qu’il suivra jusqu’au bout, mais aussi Gueorgui et sa famille à notre époque. J’ai aimé voir comment Gueorgui et Zoïa, ce couple soudé, a affronté tant bien que mal bien des souffrances : la douleur de l’exil, tromperie, deuil, tentative de suicide, perte d’amis… C’est une vie bien rude, agrémentée de quelques rares joies, qui nous est contée dans un contexte historique riche puisqu’ils ont connu la Guerre froide, l’URSS, la chute de Lénine, la Seconde Guerre Mondiale, l’ostracisme des Russes, la montée de l'extrême-droite en Europe, etc. Au gré de toutes ces épreuves, le couple n’en demeure que plus soudé. On vit avec eux, on pleure avec eux, on craint pour eux.


Bien-sûr, l’identité de Zoïa n’est un mystère pour personne, surtout quand on considère que l’un des titres du roman est « Ne m’appelle plus Anastasia », cela ne m’a pas dérangé car, pour moi, le mystère ne résidait pas dans la véritable identité de Zoïa, mais bien quel chemin Gueorgui et Zoïa ont parcouru depuis leur départ de Russie et comment Gueorgui a accompagné les Romanov jusqu’au bout, et comment Anastasia a survécu. Le seul bémol est que je trouve que la romance entre eux a été un peu mal amenée, je m’attendais vraiment à voir le début de leur relation, les voir faire connaissance et les voir tomber amoureux mais nous n’en sommes pas spectateur. Pendant un chapitre, ils font indirectement connaissance, puis quelques chapitres plus tard, le narrateur nous apprend qu’ils se voient en secret. Dommage, j’aurais bien voulu assister au début de leur relation. J’ai aussi trouvé que la partie sur [spoiler] leur fuite hors de Russie ne soit pas survolée mais que l’auteur ait passé un peu plus de temps dessus [/spoiler]


La maison Ipatiev en 1928 (détruite en 1977)

Cela dit, c’est vraiment le seul bémol que je peux trouver à ce roman, car ce fut vraiment pour moi un véritable coup de cœur ! La maison Ipatiev fut une lecture riche et passionnante. J’ai aimé le schéma narratif avec cette double ligne temporelle où l’avancement et le recul se croisent. J'ai été émue par l’histoire de Gueorgui et Anastasia depuis leur rencontre jusqu’à la fin de leur vie, leur parcours de vie après le grand drame qui a touché les Romanov, et d’assister à cette grande fresque historique depuis le début du XXe siècle jusqu’à notre époque, avec les grands événements qui ont marqué l’Histoire de ce siècle.


Ma fille m’avait offert une boule à neige, la base n’en était pas plus grande que ma paume, un socle en plastique blanc surmonté d’un hémisphère de verre. Au centre se dressait une maquette maladroite du palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, sa façade bleu foncé alors qu’elle aurait dû être vert pâle, les statues du toit invisibles, la colonne d’Alexandre manquant sur la place ; malgré tous ses défauts, le bâtiment était reconnaissable au premier coup d’œil. Il aurait été reconnaissable pour quiconque avait vécu ou travaillé sous ses lambris dorés. Je le contemplai en retenant ma respiration, comme si je craignais que mon souffle ne le fasse s’écrouler, et j’étrécis les yeux pour examiner les petites fentes blanches qui représentaient les fenêtres des trois étages.

Et les souvenirs revinrent en foule.

Je voyais le tsarévitch, Alexeï, s’élancer à travers la cour, courir d’une colonnade à l’autre, pourchassé par un membre de la Leib-Garde, terrifié à l’idée que l’enfant pourrait tomber et se blesser.

Je me représentais son père dans son bureau du premier étage, en grande discussion avec ses généraux et son Premier ministre, sa barbe parsemée de poils gris, ses yeux injectés de sang qui trahissaient leur angoisse face aux nouvelles décourageantes du front.

Au-dessus d’eux, j’imaginais la tsarine agenouillée sur son prie-Dieu, le starets debout derrière elle, marmonnant tout bas d’obscures incantations tandis qu’elle restait prostrée devant lui, non comme une impératrice, mais comme la femme d’un simple moujik.

Puis, à la porte d’une des cours intérieures, un jeune homme, un paysan de Kachine, allumait une cigarette dans l’air froid, refusait la compagnie d’un autre garde car il voulait être seul avec ses pensées, afin de se demander comment étouffer l’amour immense qu’il éprouvait pour une femme tellement hors de sa portée, une liaison condamnée à l’échec.

Je secouai le globe et les flocons qui reposaient sur la base montèrent dans l’eau, flottèrent doucement vers le toit du palais avant de descendre lentement, et les personnages peuplant ma mémoire surgirent de leurs cachettes pour regarder le ciel, les mains tendues, se souriant les uns aux autres, à nouveau réunis en un moment qu’ils auraient voulu ne jamais voir finir.

dimanche 10 mars 2024

Le jardin, Paris - Gaëlle Geniller.



Années 1920. Rose est un garçon, et comme toutes les filles qu'il fréquente depuis sa naissance au cabaret dirigé par sa maman, il veut danser. Avec ce second livre, l'autrice de 24 ans, Gaëlle Geniller, frappe fort.

"Le Jardin" est un cabaret parisien au succès grandissant dirigé par une femme. Toutes celles qui y travaillent ont un nom de fleur et l'ambiance y est familiale. Rose, un garçon de 19 ans, est né et a grandi dans cet établissement. Il souhaite à son tour être danseur et se produire sur la scène, devant un public, comme ses amies. Il va rapidement en devenir l'attraction principale.





Le Jardin, Paris était un titre qui me faisait de l’œil depuis ma lecture des Fleurs de Grand-Frère de la même auteure et qui s'inscrit parfaitement dans le Blossom Spring Challenge.



Nous sommes à Paris dans les années 1920. Nous plongeons dans l'intimité du Jardin, un cabaret très populaire de la capitale. Les danseuses portent toutes un nom de fleur et donnent un spectacle mêlant danse et sensualité chaque soir devant des spectateurs ravis et admiratifs. Parmi ces danseuses, il y a Rose, le fils de la propriétaire du Jardin. Étant né et ayant grandi au sein du cabaret, devenir une fleur était pour lui une évidence. C'est ainsi qu'il revêt des habits féminins et danse pour le public. Malgré le stress de ses débuts, il gagne vite une foule d'admirateurs, dont Aimé, jeune homme conquis par Rose dès le tout premier soir.




Rose est un garçon charmant, doux, sensuel. Élevé dans un monde de femmes et s'habillant comme elles, la question de son identité n'a jamais posé question ou problème. Rejoindre ce milieu, en compagnie des danseuses avec qui il a grandi, était pour lui une évidence, pour ensuite s'y épanouir comme une fleur. J'ai suivi avec intérêt son histoire. Si sa relation avec Aimé est mignonne, j'ai davantage apprécié sa relation avec sa mère, Violette, et les autres danseuses du cabaret. Si celles-ci ne sont que des personnages secondaires dans l'histoire, elles ne sont pas mises de côté et on apprend à les connaître et suivre l'histoire à leurs côtés. Le Jardin n'est pas qu'un cabaret puisque les danseuses y vivent, si bien qu'elles ont noué plus que des liens professionnels et qu'elles nous semblent former une famille, liée dans les joies comme dans les peines, avec les filles soudées comme jamais et solidaires face aux épreuves.




Si ma lecture a été plaisante, je dois avouer avoir été surprise de n'y trouver aucun élément perturbateur [spoiler] l’article du journaliste en est-il vraiment un puisque, finalement, il n'est pas un antagoniste et que ça a boosté la popularité de Rose ? [/spoiler], aucune réelle péripétie, aucune action. Personne ne s'étonne du travestissement de Rose qui est rapidement adulé par tous. Il n'y a aucun conflit, le mode de vie de Rose passe comme une lettre à la poste, alors que je m’attendais à le voir rencontrer des difficultés à travers des personnes beaucoup moins tolérantes et qui n'acceptent pas la différence. Tout le long de l'histoire, tout va bien. Nous sommes dans une version idéalisée des années folles.




Je ne saurais dire si j'accroche ou non à ce choix scénaristique. D'un côté, je m'attendais vraiment à ce qu'il y ait un élément perturbateur, que Rose soit heurté à des obstacles ou des critiques, ou du moins qu'il se passe quelque chose et cela m'a déconcerté. L'auteure aborde le thème du travestissement, de l'androgynie, l'identité de genre, ce qui est très bien mais j'ai l'impression que ces sujets manquent de profondeur. C'est une histoire très en douceur et très épuré. D'un autre côté, ça fait du bien quand même de voir un monde sans conflit, où tout se passe bien. C’est un monde idéalisé comme on aimerait le vivre chaque jour. C'est emprunt de bons sentiments, de tendresse et de poésie et ça fait du bien à voir pour une fois. Et peut-être que, finalement, chaque histoire évoquant ces sujets n'a pas besoin d'élément conflictuel ou d'opposition. Cela nous montre aussi que tout peut se passer sans heurt, avec un esprit ouvert et avec bienveillance.



C'est aussi une plongée intéressante dans le monde du cabaret, de la danse et de la musique. Les dessins sont très beaux et représentent magnifiquement l’univers du cabaret. Les costumes sont sublimes et les dessins arrivent à faire ressortir la magie de la danse. Le trait est très doux, c’est tout en couleur et en lumière. J'ai vraiment beaucoup aimé la façon de l'auteure de peindre les années folles, surtout concernant les toilettes, la beauté joyeuse des danses. J'ai admiré et même observé avec envie les habits de Rose et des autres danseuses, qu'il s'agisse des costumes de cabaret ou des vêtements de jour, combien j'aurais aimé essayer ces robes !


En résumé, une histoire douce et bienveillante brillant de mille couleurs. Une jolie petite découverte.


mardi 16 août 2022

Radium Girls - Cy.

La découverte du radium fait une entrée fracassante dans les États-Unis des années 1920.

L'élément miracle, découvert par Marie Curie, baigne l'Amérique de son aura phosphorescente.

1918, Edna Bolz s'installe aux côtés de Grace, Katherine, Mollie, Albina et Quinta devant les établis d'USRC. Elles vont y peindre minutieusement leur quota de cadrans de montres,avec cette peinture si spéciale qu'elle permet de lire l'heure dans le noir.

Lip. Dip. Paint.

Trois mots, trois gestes qui les mèneront à leur perte.


Femmes tristement méconnues dans l’Histoire, les Radium Girls étaient des ouvrières américaines de l’usine des United States Radium Corporation dont le rôle était de peindre des cadrans lumineux, une peinture contenant du radium. Pendant des années elles ont, sans le savoir, été exposées et ont reçu de fortes doses de radium, fragilisant progressivement leur santé. Le rôle est simple. On mouille le pinceau avec sa bouche pour le lisser, on trempe le pinceau dans la peinture au radium, on peint, et rebelote.



Laissées dans l’ignorance de la dangerosité du produit, les femmes se sont amusées des effets lumineux de la peinture. Par jeu, elles ont peint leurs ongles, leurs dents et parfois le visage pour surprendre leur entourage les lumières éteintes ou dans l’obscurité de la nuit. Chaque soir qu’elles sortaient de l’usine, elles se faisaient remarquer par tous de par les rayons lumineux de l’exposition du radium, les faisant vite connaître sous le nom de Ghost Girls… puis progressivement de Radium Girls. Les femmes s’en amusent. Qu’y-a-t-il de mal à se colorer ongles et peintures et rayonner dans le noir ?



Mais alors que le temps passe, de plus en plus d’employées s’affaiblissent… elles souffrent d’anémie, de fractures osseuses, de nécrose de la mâchoire. Bientôt, des cancers apparaissent et certaines femmes deviennent vite des noms sur les notices mortuaires. Les employées portent plainte pour désinformation et mise en danger contre la société qui fait la sourde oreille. Elles décident de saisir la justice, mais s’attaquer à une si grosse société est risqué, d’autant qu’elle est très persuasive et influente… Elles sont si peu de choses et risquent de perdre bien plus qu’elles ne pourraient gagner, d’autant que le temps, et la maladie, jouent contre elles.



C’est cette histoire qu’a choisi de nous raconter Cy à travers cette courte (trop courte) bande-dessinée. C’est un sujet méconnu de l’histoire et de la science qu’il est important de raconter afin de découvrir, sinon de se souvenir de ces femmes, de leurs souffrances et de leur combat. Elle nous raconte la vie de ces femmes toute en douceur et simplicité. On les voit faire connaissance, se lier, rire ensemble, s’amuser, profiter de la vie. On les découvre sur le plan personnel. Malgré la charge de travail, l’ambiance à l’usine est bonne et les filles tissent des lien au-delà de la relation de collèges. Elles mangent ensembles, sortent le soir, se rencontrent et se promènent en dehors des heures de travail. C’est une initiative intéressante que de nous présenter d’abord ces femmes sous un aspect humain, intime, personnel avant d’entrer dans le vif du sujet. Afin de nous montrer que ces femmes n’étaient pas que des victimes, mais des gens comme vous et moi, avec leur vie, leurs joies, leurs malheurs. Des gens à qui on peut s’identifier. On ne peut qu’être sensible face au destin de ces femmes que l’on a sacrifié et mis sous silence au nom du progrès.



Malgré le ton dramatique et la tristesse de l’affaire, l’autrice ne tombe pas dans le pathos et construit une histoire humaine, réaliste mais surtout une histoire d’amitié entre des femmes différentes mais fortes et unies. Je regrette toutefois que cela prenne le dessus au détriment de l’Histoire. Certes, j’ai aimé suivre ces femmes, découvrir qui elles étaient, leur personnalité, montrer qu’elles n’étaient pas que des malheureuses victimes, mais des gens comme vous et moi. Seulement, l’Histoire est passée au second plan. Je me suis demandée, au cours de ma lecture, quand nous allions entrer dans le vif du sujet. Quand les ouvrières tombent malades et qu’elles se rendent compte que c’est lié au radium, ça se passe assez rapidement. Si les faits en eux-mêmes sont clairement fascinants, j'ai vraiment regretté que l'autrice n'ait pas un peu plus développé son contenu.



Tout se passe assez vite au final et les événements s'enchaînent parfois assez brusquement, et lorsque l’autrice passait d’un moment à un autre, j’ai trouvé que cela manquait de naturel et j’étais parfois perdue entre deux pages. On saute d'un moment X à un moment Y sans réelle transition. J’aurais apprécié que Cy développe un peu plus l’histoire et approfondisse l’aspect historique, qu’elle nous donne réellement une impression des années qui passent, voir les femmes être progressivement touchées par la maladie et leur long combat contre la société pour tenter de faire reconnaître au grand jour les dangers du radium dont elles ont été mises dans l’ignorance, et comment l’Histoire a finalement, après tant d’années, reconnu cette honteuse vérité. Mais toute cette partie concernant le procès est, elle-aussi, à peine effleurée alors qu’elle aurait mérité une plus grande place dans le récit.



Radium Girls travaillant dans une usine de cadrans lumineux



Ajoutons à cela que j’ai eu souvent du mal à assimiler qui était qui parmi tout ce groupe de femmes, tant certaines se ressemblaient trop. Mais c’est bien la seule chose que j’ai à redire sur le trait de Cy que je trouve doux, avec des traits à la fois délicats et anguleux, des tons pastels variant entre le violet et des touches de vert radium un peu partout, pour bien montrer l’omniprésence de cet élément. Les tons pastel adoucissent la dureté de l’histoire, marquant ainsi un contraste saisissant entre les deux.



Outre les femmes, le radium est bien entendu un personnage à part entière de l’intrigue. Il est omniprésent par la couleur verte qui revient constamment mais aussi par sa présence néfaste qui prend de plus en plus de place dans la vie des protagonistes. Nous sommes dans les années 1920 dans une Amérique où le radium est le nouveau matériau à la mode, on en met sur tout, notamment sur les chiffres des horloges afin de pouvoir lire l’heure dessus, la nuit. L’explosion du radium permet de créer des usines à la chaîne où des travailleuses manipulent le radium plusieurs heures par jour. Or, ce radium est extrêmement dangereux pour la santé, sauf que ça et bien elles ne le savent pas encore.



Radium Girls est une bande-dessinée aux traits doux qui se présente comme une ode à la sororité et qui a le mérite de nous présenter un épisode de l’histoire qui est longtemps resté méconnu. Toutefois, même si cette lecture était instructive et touchante, j’ai vraiment regretté que Cy n’ait pas creusé un peu plus en profondeur l’histoire des radium girls. Je suis restée sur ma faim et j’ai été frustrée de ne pas avoir pu en savoir davantage sur les effets néfastes et progressifs du radium ainsi que l’important combat qu’elles ont décidé de mener, sur les répercussion que cela a eu mais surtout sur la suite de l’affaire en justice de ces pauvres femmes sacrifiées au profit du progrès et du capitalisme. Mais ce n’est que partie remise pour approfondir mes connaissances à travers d’autres œuvres pour compléter ma lecture.

samedi 21 novembre 2020

Au revoir là-haut - Pierre Lemaître.


Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d'eux. Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants. Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Edouard, artiste flamboyant mais brisé, est écrasé par son histoire familiale. 

Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l'exclusion. Refusant de céder à l'amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d'une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence. 

Bien au-delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, Au revoir là-haut est l'histoire caustique et tragique d’un défi à la société, à l'État, à la famille, à la morale patriotique responsables de leur enfer.


En novembre, j’ai souvent l’envie de lire sur la Première Guerre Mondiale, sans doute à cause des hommages du 11 novembre et autres événements liés à cette journée d’armistice. À cette occasion, je me suis penchée sur Au revoir là-haut, que j’ai connu grâce à son adaptation au cinéma en 2017.


Nous sommes en novembre 1918, à la veille de l’armistice. Les soldats de chaque camp ne combattent plus et attendent, depuis leurs tranchées, que soit annoncée la fin du combat… jusqu’à ce que deux éclaireurs français ne soient lâchement assassinés par les « Boches ». En réaction, les Français reprennent les armes contre l’ennemi. Cependant, un soldat nommé Albert Maillard s’aperçoit avec consternation que les deux éclaireurs ont été visés dans le dos ; pas de doute, c’est l’un des leurs qui les a tué et a accusé les Allemands pour reprendre le combat. Alors qu’il en est arrivé à cette conclusion, Albert est poussé dans un trou d’obus par son lieutenant, Henri d’Aulney-Pradelle, le véritable responsable, qui cherche à faire taire Albert, pris au piège dans ce trou qui se recouvre de terre. Alors qu’il sent la mort approcher, il est sauvé in-extremis par un autre soldat de son régiment, Édouard Péricourt. Malheureusement, à peine l’a-t-il sauvé qu’Édouard se retrouve défiguré après s’être pris un éclat d’obus. L’armistice est signé quelques temps après. Albert se jure de rester auprès d’Édouard, hospitalisé et refusant la chirurgie pour réparer son visage. Alors que le monde autour d’eux tente de se reconstruire après la guerre, Albert et Édouard peinent à survivre dans une société qui glorifie ses morts et délaisse les survivants, traumatisés et abandonnés…


Le roman se situe entre la fin de la Première Guerre Mondiale et au début de l’entre-deux-guerres, en 1919 et 1920. Nous suivons différents personnages, certains récurrents à savoir les personnages principaux. Nous avons Albert Maillard, ancien soldat, un homme discret, qui s’inquiète et doute facilement mais loyal, que la guerre a rendu craintif et paranoïaque, qui multiplie les boulots pour survivre, et qui vit « en colocation » avec son compagnon d’infortune. Édouard Péricourt, ancien artiste, fils de la haute-bourgeoisie, homosexuel, devenu une « gueule cassée » après la guerre, et accro aux drogues pour soulager la douleur que son ami Albert peine à lui procurer. Marcel Péricourt, le père d’Édouard, qui éprouve des difficultés dans le deuil de son fils, compte-tenu des rapports conflictuels qu’il a entretenus avec lui, ainsi que Madeleine, sa sœur. Pradelle, sorti de guerre avec des médailles et des honneurs qu’il ne mérite pas. Aristocrate déchu, il signe un contrat avec l’État pour déterrer tous les corps des soldats enterrés à la va-vite pendant la guerre et construire des cimetières militaires. Ce n’est pourtant pas par respect aux morts que Pradelle accepte, mais par cupidité. Avec plus d’un million de morts, c’est une aubaine pour lui de faire fortune et de retrouver sa place dans la société, et pour cela il est prêt à tout…

Affiche du film (2017)

  Alors que Pradelle cherche à faire fortune sur les tombes des   soldats morts au combat, Édouard va tenter de mettre en   place, avec Albert, l’escroquerie du siècle : puisque que   l’État français délaisse les survivants de la guerre, au profit   de leurs morts, il décide d’arnaquer l’État en dessinant et   vendant des monuments aux morts fictifs aux municipalités,   et de fuir avec Albert une fois l’argent empoché. Dans ce   cadre, Édouard répond à un concours pour la création d’une   grande œuvre commémorative dans l’arrondissement qui l’a   vu naître, sans savoir que le commanditaire de cette œuvre   n’est autre que son propre père, souhaitant honorer son fils…


  Au Revoir Là-Haut est un roman que j’ai eu du mal à lâcher,   tant les événements s’enchaînent et qu’on s’interroge sur   l’issue de tout cela. La plume de Pierre Lemaître est très   plaisante, se faisant tour à tour drôle, acerbe ou cynique,   parois il fait des apartés pour s’adresser aux lecteurs. Que la situation soit tragique ou amorale, l’auteur parvient toujours à nous tirer un sourire, il affirme « s’être beaucoup amusé » en écrivant ce livre et on le devine très bien, cela se ressent même. L’auteur combine habilement la fiction (l’arnaque d’Albert et Édouard) et l’histoire, à savoir, d’une part, le délaissement de l’État envers les soldats qui ont survécu à la guerre, et d’autre part les magouilles de Pradelle qui s’inspirent de faits réels. Pradelle a employé un personnel incompétent (des Chinois ne comprenant pas le français) pour s’occuper des sépultures françaises, on retrouve des Allemands dans des tombes françaises, des cercueils trop petits ou remplis de terre, le nom sur la tombe ne correspondant pas à celui du soldat enterré, etc. De quoi inspirer du dégoût face à ce manque de respect envers les défunts et leur famille.


Pierre Lemaître nous fait nous plonger dans la fin de la Grande Guerre, la désorganisation suivant l’armistice, et le début de l’entre-deux-guerre avec la misère que pouvaient vivre les soldats démobilisés, quand les pensions d'invalidité n'arrivent pas, pas de dédommagements, la maigre somme proposée à la démobilisation, des soldats qui meurent de faim parce que personne ne veut leur donner du travail ou parce qu'il sont trop handicapés pour travailler. Une France qui souffre, un État qui est désorganisé et ne peut subvenir à la réintégration de ses survivants. Il décrit et analyse bien les événements, les sentiments de ses personnages, mais aussi la société de l’époque. Il nous offre des personnages hauts en couleurs, les personnages secondaires sont aussi très travaillés, entre Marcel Péricourt, ce fonctionnaire de l’État nommé Merlin, Madeleine dont je ne dévoilerais rien de crainte de spoiler.


Parlons un peu de nos personnages principaux. J’ai beaucoup aimé le duo que forment Albert et Édouard, que le destin a réuni en compagnons d’infortunes lorsqu’Édouard a sauvé Albert et ce dernier qui décide de demeurer à ses côtés suite à ce sauvetage mais aussi et surtout parce qu’Édouard s’est retrouvé défiguré. J’ai aimé cette amitié et cette entraide entre eux, malgré les difficultés pour s’en sortir, pour Albert de s’occuper d’Édouard qui se présente malgré lui comme un poids, pour Édouard qui tombe en dépression. L’auteur nous fait le portrait d’un duo atypique, car ils sont comme le jour et la nuit. L'un brillantissime au point de mettre au point une escroquerie d'envergure nationale, l'autre craintif et inoffensif au point de s'excuser lorsqu'on lui marche sur les pieds. C’est pourtant une amitié touchante et hors du commun, car ils n’ont plus grand-chose dans la vie, à part la compagnie de l’autre, sans oublier la jeune Louise, une petite fille qui les accompagne parfois et qui s’est attachée à Édouard. Ce duo fonctionne très bien, au point où, même si leur escroquerie est amorale, on ne peut s’empêcher d’espérer qu’ils vont réussir… ou du moins s’en sortir et vivre une meilleure vie. À contrario, on brûle d’impatience de voir Pradelle, le responsable de leurs maux et pourri jusqu’à la moelle, être surpris dans ses magouilles et payer cher le prix de sa cupidité.


Le genre de chose qu'on aimerait bien faire à Pradelle...

Ce fut une lecture inoubliable. Jusqu’au bout, j'ai été tenue en haleine, justice sera-t-elle faite ? Édouard et Albert réussiront-ils l’arnaque du siècle ? On y croit, on espère, on est tenu en haleine. Il y a de nombreux rebondissements, les événements se succèdent, surprenants et vraisemblables. Le talent de l'auteur s'exprime à chaque page par le rythme donné à l'histoire qu'il raconte, il a un talent indéniable pour maintenir le suspens. C’est un roman si bien ficelé que j’ai eu du mal à le lâcher.


Au revoir là-haut aborde de nombreux thèmes mais celui qui revient constamment est celui du commerce que l’on peut faire de la guerre et même après la guerre car il y aura toujours des profiteurs qui trouveront le moyen de se faire de l’argent sur le malheur des autres, mais aussi sur l'injustice et de l'ingratitude du pays au retour des soldats de la Grande guerre. Des hommes qui ont gagné la guerre mais qui, revenus à la vie civile, ne reçoivent aucune reconnaissance et sont même rejetés. Cet après-guerre traduit un vrai paradoxe, où l’État est plus reconnaissant envers ses morts qu'envers ses survivants, une France ressortie vainqueur de la guerre mais qui est désorganisée, qui préfère glorifier ses héros morts au combat que les survivants, devenus encombrants, pour qui le pays peine à leur trouver de la place, les délaissant dans l’oubli et la misère.




Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu'à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu'elles s'écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, de types morts de rire en recevant une balle allemande.

jeudi 31 juillet 2014

Le discours d'un roi.

Le discours d'un roi/The King's Speech


Réalisé par Tom Hooper
Durée : 1h58min
Sorti en 2010 (USA) / 2011 (FR)



Avec : Colin Firth (Bertie/George VI), Geoffrey Rush (Lionel Logue), Helena Bonham Carter (Elizabeth), Michael Gambon (George V), Jennifer Ehle (Myrtle Logue), Guy Pearce (Edward VIII), Eve Best (Wallis Simpson), Derek Jacobi (archevêque Cosmo Langi), Timothy Spall (Winston Churchill), ...




Synopsis :

La véritable histoire du père de l'actuelle Elisabeth d'Angleterre qui deviendra, contraint et forcé, le Roi George VI. Malgré son bégaiement, il parviendra, avec l'aide de sa femme et d'un thérapeute peu conventionnel, à vaincre son handicap et faire de son empire le premier rempart contre l'Allemagne nazie...

Mon avis :

Ce film revient sur l'histoire méconnue du père de la reine d'Angleterre, George VI, que rien ne destinait à devenir roi mais qui l'est devenu suite à l'abdication de son frère aîné, qui a préféré suivre l'amour d'une femme mariée à l'exercice du pouvoir. D'apparence fragile, plutôt introverti, incapable de s'exprimer en public à cause de son handicap, il a peine à prononcer ne serait-ce qu'un discours. Ses médecins sont impuissants et celui qui est affectueusement surnommé Bertie par ses proches, ne sait vers qui se tourner. Il finit par s'adresser à un médecin australien bien étonnant, d'autant plus par ses méthodes peu conventionnelles pour l'aider à surmonter son handicap, que par ses manies de traiter Bertie comme Bertie et non comme un membre de la famille royale d'Angleterre. À la veille de la seconde guerre mondiale, alors que la menace de l'Allemagne nazie gronde, Bertie, devenu le roi George VI, saura-t-il surmonter son handicap et être le roi dont sa nation a besoin pour faire face à cette épée de Damoclès et faire le discours de sa vie, pour rassurer sa nation et l'inciter à la résistance ?

La réussite du film tient en partie à son casting qui est de taille. Le roi George, alias Bertie, interprété brillamment par Colin Firth qui fera de son personnage une figure exceptionnelle de courage, de grandeur. Interpréter une figure historique est toujours un défi, encore plus quand ce personnage souffrait d'un handicap, mais Colin Firth a su nous offrir un personnage émouvant et exceptionnel, qui a du braver bien des épreuves pour venir à bout de son handicap. Geoffrey Rush offre une touche bien british, et interprète un Lionel Logue un peu gauche, mais robuste, profondément humain et touchant, qui sera être pour le Bertie de Colin Firth un véritable point d'appui, et qui usa d'exercices étranges pour les médecins de l'époque pour soigner le roi. Le duo Firth-Rush fonctionne à merveille, on peut sentir la complicité, une amitié naissant petit à petit entre deux hommes que tout oppose mais qui vont finir par oublier leur statut social pour se parler comme à des amis, se rapprocher, se livrer l'un à l'autre. Il est d'ailleurs amusant et intéressant de voir que Lionel n'est pas impressionné par le protocole et les personnes de pouvoirs, même pas des hommes d'église (du genre, mais oui, je m'assoie sur le trône dans l'église où va se passer le sacre, et alors ? Personne ne va dedans !)


Photographie du roi George VI,
prise dans les années 1940
Vient ensuite Helena Bonham Carter, déjà connue pour de nombreux rôles, et qui a ici endossé le rôle de la femme de Bertie, qui saura être un énorme soutient pour son mari, et qui se retrouvera reine du jour au lendemain, mais qui tâche d'exercer avec dignité sa fonction. Il y a beaucoup d'humanité et de tendresse entre Elizabeth et George, on sent que cette femme est prête à tout pour aider son mari, quitte à se prêter elle-même aux exercices de Lionel Logue. Autre acteur britannique notoire, le fameux Derek Jacobi (qui a joué le professeur Yana dans Doctor Who, notamment), Timothy Spall qui endosse les habits de Churchill, Michael Gambon le roi George V..., bref des acteurs britanniques connus et dont le talent n'est plus à prouver !

Le film se distingue aussi par son histoire, l'histoire méconnue mais exceptionnelle du roi George VI, un roi à la santé fragile, introverti si l'on peut dire, touché par un bégaiement qui lui complique la vie, qui se retrouve roi contre toute attente, suite à la mort de son père puis l'abdication de son frère. La situation est délicate: un roi qui n'était jamais destiné à régner, souffrant d'un handicap l'empêchant de parler correctement, incapable de gouverner convenablement, à la veille de la seconde guerre mondiale. Pourtant, petit à petit, sans pour autant réussir à le vaincre, George VI parviendra à améliorer sa prononciation, assez pour parler convenablement, grâce au soutien et aux soins de Lionel Logue. C'est aussi l'histoire d'une famille unie (Bertie et sa famille), d'une amitié naissante (Bertie et Lionel), avec un drame historique comme contexte (l'avènement d'un nouveau roi en Angleterre, la seconde guerre mondiale qui se prépare), mais pas dépourvu d'humour anglais pour autant!


Après, certes, niveau véracité historique, il se peut que le film ne soit pas entièrement fidèle (il y avait moins de familiarité entre Lionel et George VI dans la vraie vie, et jamais Lionel n'a appelé le roi « Bertie » et l'adressait plutôt avec le titre d'usage « Votre Majesté ») mais qu'importe! Ça reste de la fiction, et ce film est plus un film dont l'accent se porte sur les rapports humains et la complexité humaine que sur la véracité historique, même si le contexte historique est bien présent, il n'est pas massacré. C'est très humain, car on a un personnage victime d'un handicap et il essaye de le surmonter, c'est un problème que beaucoup connaissent. Qu'il soit physique ou mental, chacun a un handicap à vaincre pour continuer à avancer, à vivre, on a un côté assez universel et humain dans ce film, et c'est ça aussi qui fait la beauté de la chose, du film. Il nous donne une belle leçon de courage, de persévérance. On se sent proche du roi, on peine avec lui, on a envie de le voir réussir et mon dieu, quel crescendo au moment de son fameux discours, et la musique aide beaucoup ! Et ce nationalisme anglais, le peuple derrière son poste de radio, à écouter le discours du roi, qui m'a un peu rappelé ce téléfilm qu'ils ont fait sur l'appel du 18 juin, lorsque De Gaulle fait son discours et qu'en même temps que le général prononce son discours, il y a des Français qui l'écoutent et se taisent.

En résumé, Le discours d'un roi est une petite perle, un magnifique film qui nécessite que l'on prépare des mouchoirs, une histoire d'amitié, de persévérance, une histoire très humaine, un drame historique touchant, bien que l'accent soit davantage mis sur le côté humain qu'historique. Un film que je conseille !

vendredi 19 novembre 2010

Geisha - Arthur Golden.

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A neuf ans, Sayuri est vendue par son père à une maison de plaisir de Kyoto. Dotée d'extraordinaires yeux bleus, la petite fille se plie avec docilité à l'initiation difficile qui fera d'elle une vraie geisha. Art de la toilette et de la coiffure, rituel du thé, science du chant, de la danse et de l'amour : Sayuri va peu à peu se hisser au rang des geishas les plus convoitées de la ville.

Ecrit sous la forme de mémoires, ce récit a la véracité d'un exceptionnel document et le souffle d'un grand roman.


/ ! \ Challenge Histoire / ! \


C'est en regardant, un peu par hasard, le film qui a inspiré le livre, il y a une semaine jour pour jour, que j'ai eu envie de découvrir ce livre. Il faut croire que ce film m'a donné envie de découvrir le Japon, ses coutumes, ses moeurs, ses Geishas, et j'ai englouti le livre en une semaine, j'ai eu du mal à le lâcher, j'ai été prise dans ce roman du début à la fin et je suis presque deçue de savoir que ces "mémoires" sont fausses et que tout n'est que fiction, que l'auteur voulait nous faire croire que c'était vrai bien qu'il s'était inspiré des propos d'une geisha qu'il avait rencontré.

Chiyo Sakamoto est une petite fille de neuf ans, de pêcheurs vivant dans une petite ville nommée Yoroido. Elle vit une enfance heureuse avec ses parents et sa soeur aînée, Satsu, malgrè leur pauvreté. Mais un jour, la mère tombe gravement malade et rien ne semble prévoir une guérison. Le père étant déjà âgé, il accepte de laisser ses deux filles à M.Tanaka qui les vendra dans deux okiyas différentes, à Kyoto dans le quartier de Gion. Avec une autre fille de son âge, Pumpkin, Chiyo vit en tant que servante dans une okiya, une maison qui prenent en charge des geishas. Justement, là où vit Chiyo se trouve une jeune Geisha très belle mais très cruelle, Hatsumomo qui n'hésite pas à lui mener la vie dure. Chiyo tente de s'enfuir avec sa soeur, sans succès. Malheureuse, Chiyo essaye de se faire à sa vie de servante jusqu'au jour où elle grandira, devenant une jeune fille, et rencontrera deux personnes qui vont changer sa vie à jamais : Un président d'une société qui sera la première personne à lui accorder beaucoup de gentilesse, et Mameha, geisha très célèbre et convoitée à Gion qui prendra Chiyo sous son aile pour faire d'elle une Geisha. Apprentie de Mameha, Chiyo, Sayuri de son nom de Geisha, devra affronter les difficultés et déjouer les pièges d'Hatsumomo, folle de jalousie et de haine, tant envers Mameha que Chiyo. La route sera longue et dure, mais Sayuri semble déterminée à réussir et à devenir une Geisha convoitée, et tout cela pour une personne seulement : le Président.

Le Japon est un pays qui m'intéresse et me passionne, bon surtout à cause de manga c'est vrai, mais toute l'histoire, les coutumes et autres de ce pays ont de quoi passionner, c'est donc pour cela que je n'ai eu aucun mal à entrer dans ce roman. Ca m'a permi de découvrir plus de choses sur le Japon, et notamment l'univers assez méconnu des Geishas qui ne sont pas des prostituées mais des personnes raffinées ayant poursuivis études et entraînements, c'est tout un art et d'ailleurs le mot 'geisha' veut dire 'artiste', c'est tout un apprentissage (les rituels, les différents kimonos, les cultes, les cours) et c'est parfois un univers impitoyable, prometteur mais cruel. Le jeu des influences, les méchancetées ou remarques des autres, la jalousie des Geishas s'il s'avère qu'elles ont une rivale, ces hommes hypnotisés par ces femmes magnifiques... Une immersion totale dans le Japon de la moitié du XXe siècle ! C'est 600 pages qui se lisent toutes seules. Et les métaphores de Chiyo, ces mots ou ces noms qu'elle lie à des images, sont magnifiques dans le récit. C'est un personnage attachant, docile, intelligente, déterminée et plutôt jolie, surtout ses yeux couleur bleu-gris, comme de l'eau, tous ces élèments qui l'aideront pour être une geisha accomplie et cela dans le seul but d'approcher et de devenir digne du Président, l'homme le plus important de sa vie, le premier à lui avoir témoigné de la gentilesse.

C'est un livre envoûtant et captivant, quel dépaysement ! L'auteur sait allier l'art de conter une histoire avec la précision des descriptions sur la culture nippone et ce Japon des années 20 (puis 30's), un roman d'apprentissage passionnant, qu'est-ce que j'ai pû lire avidement en tournant les pages, préssée de connaître la suite. Cela faisait un moment que je n'avais pas été happée par ce point là par un livre, pensez-y ! 600 pages lues en une semaine ! Moi qui prend mon temps pour lire, là j'étais avide de continuer à lire l'histoire. Et narrée à la première personne, elle est rendue encore plus touchante puisqu'on a accès directement aux pensées et sentiments de Chiyo/Sayuri. Sans pour autant être un Cendrillon version nippone, ni un Oliver Twist au pays du Soleil Levant, cette histoire reste crédible pour ses lecteurs, l'auteur a vraiment eu une très bonne documentation sur les Geishas, univers méconnu de nous, un univers exotique emprunt de séduction et de mystère, de beauté et raffinement, de cruauté et difficultés, et de l'Histoire du Japon des années 20 et 30 et durant et après la Seconde Guerre Mondiale.

Je me suis pris de passion pour ce roman, cet univers, ces personnages. L'auteur parvient à nous expliquer correctement toute cette culture, sans oublier un seul détail (sans trop révéler certaines parts, comme le rituel du mizuage où des hommes payent cher pour la virginité, le dépucelage d'une jeune apprentie Geisha), et à nous donner des personnages intéressants. Mameha que j'ai beaucoup aimé, la "grande soeur" (ou marraine) de Chiyo, en s'occupant de son apprentissage et en l'aidant à devenir une grande Geisha, bien qu'elle le fait surtout pour se venger d'Hatsumomo, la faire tomber ; Hatsumomo, geisha cruelle, jalouse, impitoyable mais très belle et célèbre. Une vraie tête à claque, je redoutais les mauvais tours qu'elle jouait à Chiyo. Puis les femmes qui s'occupent de l'okiya où vit Chiyo : Granny, Mère et Tatie. Et les hommes aussi, qui ont une grande place dans ce roman : M. Tanaka qui a vendu Chiyo dans une okiya, M. Bokku qui l'y a emmené, Le Président homme crucial dans la vie de Sayuri, Nobu associé du président et homme marqué par la guerre qui sera aussi important dans la vie de Sayuri bien quil est complexe dans ses sentiments, on ne sait jamais ce qu'il veut.

Ici, pas de manichéisme : pas de Sayuri petite fille innocente et toujours pure contre la méchante Hatsumomo. Elle est faible mais touchante, dénuée de tout sentiment malsains mais s'il faut se venger, elle le fera. Chaque personnage a un penchant sombre : Mameha est une bonne tutrice et a beaucoup aidé Chiyo mais elle est mue par son désir de se venger d'Hatsumomo qui n'a aucune onde positive en elle, Pumpkin qui aime bien Chiyo mais qui est faible et ne peut rien refuser à Hatsumomo, la Mère qui ne cherche qu'à s'enrichir et à choisir la geisha qui lui gagnera le plus d'argent, et etc.

Un roman passionnant, selon moi, avec une histoire crédible, des personnages avec des facettes intéressantes, quelques remarques amusantes des personnages, avec le charme et toute la poésie du Japon, de jolies métaphores, une manière plus contemplative de voir le décors et les personnages, tout est bien décrit, univers, Histoire, langage... et enfin une héroïne attachante et touchante par ses sentiments. Et mon Dieu, la fin... Bref, coup de coeur <3 !


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Image d'une Geisha, dans un paysage neigeux.

Extrait :

Je fis alors une chose très insultante : je m'inclinai devant Hatsumomo, puis ouvris la porte et sortis sans répondre. Elle aurait pu me frapper, mais elle se contenta de me suivre dans le couloir.
- Si tu es curieuse de savoir ce que ça fait de rester servante toute sa vie, demande à Tatie ! continua-t-elle. Vous vous resemblez déjà comme les deux extrémités d'une ficelle. Elle a sa hanche cassée. Tu viens de te casser le bras. Et tu finiras peut-être par ressembler à un homme, comme elle !
- C'est ça, Hatsumomo, dit Tatie. Je reconnais bien là son charme légendaire. On ne s'en lasse pas.


8.

vendredi 11 juin 2010

L'ami retrouvé - Fred Uhlman.

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L'auteur :
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Fred Uhlman, (1901-1985) était un écrivain et peintre anglais, d'origine allemande et d'origine juive. Il est célèbre pour avoir écrit son court roman, presque autobiographique, L'ami retrouvé.

>> La lettre de Conrad (suivi de Pas de résurrection, s'il-vous-plaît).



Quatrième de couverture :
Pour lire les oeuvres intégrales. Lire, c'est tracer dans un texte des parcours de lecture. Chaque volume de cette collection propose un parcours de lecture possible pour une oeuvre intégrale reconnue ou méconnue, à découvrir ou à relire. Ces parcours de lecture veulent aussi donner par l'exemple les moyens d'une lecture active. Pour aider chacun à tracer ses propres chemins, - des repères dégagent les méthodes d'analyse et les notions techniques utilisées, - des textes complémentaires ou des prolongements suggèrent des approfondissements et des ouvertures vers d'autres oeuvres.

Mon avis : 
Aah, depuis le temps que je voulais le lire, ce petit livre, l'ocassion s'est présentée lorsque je l'ai repéré à la médiathèque.

Hans Schwarz est fils d'un médecin juif, étudiant dans un prestigieux lycée en Allemagne lorsque sa route croisera celle de Conrad, fils d'un comte protestant, qui vient s'intégrer dans la classe d'Hans. Ce Conrad a tout pour lui, et il est parfait. Il intéresse beaucoup de camarades de sa classe, dont Hans qui est déterminé à devenir son ami, afin de réaliser son exigeant idéal de l'amitié. Son seul et unique ami, il le devient, à sa plus grande joie. Cela va au-delà de ses espérances. Mais voilà qu'en 1933, Adolf Hitler est au pouvoir et gagne de plus en plus de partisant. Cette frénésie gagne la tranquille ville de Stuttgart, là où vivent Hans et Conrad...

C'est un roman vite lu, et ceux qui me connaissen savent à quel point j'aime l'Histoire et les récits d'amitié, j'ai donc été servie. C'est une belle et courte histoire que j'aurais voulu plus longue. Que l'histoire d'amitié entre Hans et Conrad soit un peu plus développée... enfin, elle l'est d'une certaine manière. C'est une amitié intense qu'il y a entre ces deux-là, c'est presque ambigü. Hans/le Narrateur utilise des mots comme "conquérir" cet ami, il utilise de très belles phrases : "Il entra dans ma vie pour ne plus jamais en sortir" , "Ce garçon qui allait devenir la source de mon plus grand bonheur et de mon plus grand désespoir", donc même si leur amitié n'est pas suffisament développée, on voit quand même toute la profondeur de leur amitié et des liens qui unit ces deux adolescents. C'est une amitié touchante, ils sont comme deux amis peuvent l'être, avec la différence de rang social, qui ne se préoccupent pas vraiment de la politique de leur pays car cela ne les concernent pas, mais malheureusement, le destin et l'Histoire vont finir par les rattrapper et briser cette amitié. Hans est juif et doit fuir cette Allemagne qui devient menaçante pour lui et ses semblables, et Conrad et sa famille adhérent aux idéaux d'Hitler. Conrad le dit dans sa dernière lettre pour Hans avant qu'il n'émigre en Amérique, il est impressionné par cet homme et Hans voit-là la fin d'une amitié qui n'aura duré que quelques mois, une amitié pourtant forte que l'Histoire aura finit par briser. On voit-là l'influence que pouvait avoir Hitler sur le peuple allemand, comment il a sû manipuler les foules.

Puis Hans arrive en Amérique, mais ce qu'il fit par la suite n'est pas révélé (ce qui est fort dommage, d'ailleurs) et on le voit adulte, vieux, qui n'a jamais voulu revenir dans sa patrie après la fin de la guerre, tourmenté par son passé. Pourtant, un jour, il cherche à savoir ce qu'il est advenu de son cher ami. Ces recherches sont longues, et on ne sait que ce qui est arrivé à Conrad qu'à la toute fin, de façon brutale et soudaine que ça m'a presque coupé le souffle, j'ai reçu comme un coup. Quelle chute cruelle ! Et le fait que l'auteur se soit inspiré de sa vie rend ce texte encore plus émouvant qu'il ne l'est déjà, un peu plus vivant.

En bref, c'est court, ça se lit d'une traitre, c'est émouvant, ça raconte un beau récit d'une amitié forte mais brisée, les chapitres sont courts, ça se lit vite et bien. Pas vraiment de deception, sauf que j'aurais voulu l'amitié un peu plus développée et en apprendre plus sur la vie qu'a pû mener Hans dès son arrivée en Amérique. Mais sinon c'était beau, et trop court, je serais tentée de lire la suite : La Lettre de Conrad et Pas de Réssurection S'il-Vous-Plaît.

Extrait :
Je ne puis guère me rappeler ce que Conrad me dit ce jour-là ni ce que je lui dis. Tout ce que je sais est que, pendant une heure, nous marchâmes de long en large comme deux jeunes amoureux, encore nerveux, encore intimidés, mais je savais en quelque sorte que ce n'était là qu'un commencement et que, dès lors, ma vie ne serait plus morne et vide, mais pleine d'espoir et de richesse pour tous deux.
V.