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samedi 28 mars 2026

Perveen Mistry (T.1) Les veuves de Malabar Hill - Sujata Massey.

Bombay, 1921.

Perveen Mistry travaille dans le cabinet d’avocats de son père, devenant la toute première femme avocate en Inde. Un statut qui ne manque pas de faire débat, alors que seuls les hommes sont autorisés à plaider au tribunal… Mais quand un meurtre est commis dans une riche maison musulmane pratiquant la purdah (séparation stricte des femmes et des hommes), elle est la seule à pouvoir mener l’enquête.

Faisal Mukri a été retrouvé poignardé à Malabar Hill, chez son ancien employeur, Omar Farid, un riche marchand, lui-même décédé quelques semaines auparavant. Les potentielles témoins du crime sont ses trois veuves, vivant recluses dans une partie de la maison interdite aux hommes. Perveen arrivera-t-elle à comprendre ce qui s’est réellement passé ?

Une enquête passionnante, qui nous plonge au cœur de la société indienne du début du XXe siècle et de la place qu’y occupent les femmes.


Bombay, 1921. Perveen Mistry est une jeune avocate érudite et indépendante qui a rejoint le cabinet d’avocat de son père en tant qu’associée. Mais, en temps que femme, elle n’a pas le droit de plaider et elle doit donc se contenter d’étudier des dossiers. Une occasion en or se présente à elle. Un homme est mort en laissant ses trois épouses qui ont peut-être signé un papier concernant leur héritage, sans savoir de quoi il en retourne. Ces veuves étant de confession musulmane et pratiquant la séparation entre hommes et femmes, seule Perveen peut pénétrer dans le domaine et entrer en contact avec elles, et il lui devient vite évident que des détails très importants concernant la succession n’ont pas été communiquées aux veuves. Peu à peu, la tension monte… jusqu’au sang.


Un roman policier assez long à démarrer mais, une fois lancée, l’intrigue se déroule d’elle-même au fur et à mesure des pages. Il ne faut toutefois pas s’attendre à de l’action et à de nombreux rebondissements. Le rythme de l’intrigue reste assez long, parce que l’auteure prend le temps de la mettre en scène mais aussi de nous baigner pleinement dans les différentes cultures que composent l’Inde (culture parsie, culture musulmane, etc).


Le récit alterne entre deux temporalités : 1921, soit le moment présent, avec Perveen qui mène l’enquête concernant l’affaire de succession des veuves de Malabar Hill puis le meurtre qui en découle, et 1916 pendant les jeunes années de Perveen mais je n’ose pas en dire davantage, de peur de spoiler. De façon assez paradoxale, c’est cette dernière partie qui m’a davantage intéressé, par rapport à l’enquête en elle-même (même si j’ai eu envie de savoir qui est le tueur et ses raisons), de découvrir ce pan de l’histoire de Perveen, qui explique ce qu’elle est devenue et ce qu’elle a vécu. Ces retours en arrière sont loin d’être inutiles puisqu’ils vont servir au récit et se retrouver liée à l’intrigue, bien que légèrement.


Les personnages ne sont ni marquants, ni attachants, mais ils jouent bien leur rôle. Perveen est la plus réussie d’entre eux. À défaut de m’attacher à elle, j’ai été touchée par son vécu, et j’ai admiré sa ténacité, son intelligence et son indépendance.


Plus que l’enquête, ce que j’ai vraiment apprécié était cette immersion dans l’Inde du début du XXe siècle, notamment l’Inde à travers les yeux de la femme. J’ai pu en apprendre plus sur les mœurs, la cuisine, les coutumes, les différentes cultures et religions, la cohabitation entre Indiens et Anglais, mais aussi et surtout les droits (ou le peu de droits) des femmes en Inde, les traditions ultra-patriarcales, les difficiles luttes des femmes pour avoir des droits équitables, les injustices (un mari battant sa femme n’est, par exemple, pas un motif de divorce mais si elle fuit un foyer toxique, c’est elle qui est en tord ; ou encore cette horrible séparation imposée aux femmes qui ont leurs règles, devant être enfermées dans une pièce, sans le moindre contact, car elles sont considérées comme impures). Je sais qu’il est encore, malheureusement, dangereux d’être une femme en Inde de nos jours, mais j’ose espérer que les lois ont changé en leur faveur depuis plus de cent ans.


Une plongée plaisante dans l’Inde du XXe siècle, je regrette de ne pas y sentir les parfums des fleurs et la délicieuse odeur des plats qui sont présents. Un voyage instructif en Inde mais qui ne manque pas d’indigner concernant la condition de la femme. L’intrigue policière en elle-même était plutôt intéressante, mais je retiendrai surtout le voyage en Inde, ainsi que les flash-back sur la vie de Perveen. Une découverte sympathique, cela dit je ne pense pas lire la suite…


- Il semble que vous soyez enchainée à certaines personnes et une grande et vieille maison que vous n'appréciez pas pleinement.

- N'est-ce pas la définition de la famille ?

samedi 6 décembre 2025

Transylvania - Nicolas Beuglet.

Il était une fois…

Encore aujourd’hui, on prétend que le château de Bran, en Transylvanie, était la propriété du comte Dracula. Rares sont ceux qui s’arrêtent dans cet hôtel reculé, cerné par la neige et la glace. L’endroit paraît habité par des fantômes depuis la nuit des temps.

C’est là que la jeune inspectrice Mina Dragan est envoyée pour enquêter sur un meurtre étrange. Un cadavre gît dans une chambre. Celui de l’unique client de l’établissement. À ses côtés traîne une vieille malle verrouillée. Avant de disparaître, l’assassin a inscrit un tatouage énigmatique sur la main de sa victime.

Mina Dragan ne le sait pas mais c’est pour elle le début d’un jeu de piste terrifiant qui lui fera découvrir la face cachée et peut-être pas si imaginaire des contes de fées de notre enfance.

Et si la clé de tous ces mystères se trouvait dans un seul livre ?

Un livre fondateur.

Il était une fois Transylvania…


J’ai commencé ce roman avec beaucoup d’enthousiasme, mais voilà que je clos le livre avec beaucoup de frustration. Ce roman n’a pas été ce à quoi je m’attendais.


En voyant la couverture puis en lisant la quatrième de couverture et les premiers chapitres, je m’étais vraiment attendue à un polar dont l’action se situerait au château de Bran et dont l’intrigue se ferait essentiellement autour du roman Dracula, d’autant que nous avons un meurtre qui s’est produit au château de Dracula, une inspectrice qui s’appelle Mina Dragan (Mina d’après le personnage du roman, et le nom de famille qui évoque le mot ‘dragon’ que l’on associe aussi à Dracula). Ainsi, j’ai été quelque peu décontenancée quand j’ai vu que notre protagoniste ne restait finalement que peu de temps en Transylvanie et dans le château de Bran et que l’intrigue prenait une direction que je n’avais pas envisagée : celle des contes de fées.


En effet, notre assassin impose à notre jeune inspectrice une sorte de jeu de piste où elle doit traquer chaque indice qu’il lui laisse, chacun en rapport avec les contes des frères Grimm et plus particulièrement l’histoire de Blanche-Neige. En soi, ça n’a pas été une direction qui m’a déplu, loin de là, même si j’aurais bien aimé une intrigue où le mode opératoire de l’assassin se serait inspiré de Dracula. J’ai néanmoins trouvé intéressant un polar où l’assassin s’inspirait de l’univers des contes de Grimm, j’ai aimé la traque de l’inspectrice, son séjour en Allemagne, la découverte des indices liés aux contes. C’était intéressant, haletant même. Mais on est tout de même en droit de se demander pourquoi intituler le roman « Transylvania » quand cette région mythique n’est que la très courte étape d’une intrigue rocambolesque dans laquelle notre assassin va faire balader notre héroïne de pays en pays.


D’ailleurs, c’est Wonder Woman, notre héroïne. Elle n’a pas besoin de beaucoup manger ou dormir pour rester toujours aussi opérationnelle qu’avant. Elle est malmenée, brutalisée, se fait attaquer, mais elle ne s’en sort pas trop mal… Elle se jette sur les suspects sans perdre haleine, oubliant les coups et blessures reçus… Et elle se fait balader de pays en pays, de la Roumanie à l’Allemagne en passant par la Chine… le tout sans rouspéter, sans ressentir la moindre fatigue morale ou physique, wow ! Plutôt irréaliste…


Que l’intrigue n’ait finalement pas grand-chose à voir avec Dracula et qu’elle s’inspire des contes de Grimm, pourquoi pas ? L’ennui, c’est que même les contes sont laissés de côté et l’intrigue devient une véritable réflexion sur l’IA et sur la baisse de la lecture, et sur les jeunes qui privilégient les écrans à la lecture, avec notre assassin et kidnappeur qui nous sort tout un speech, avec trois pages de statistiques sur la baisse de la lecture chez les individus depuis une certaine période, et ensuite sur les dangers de l’IA. Alors, le propos est très pertinent, et ces sujets sont dignes d’intérêt et malheureusement plus que d’actualité.


On peut y voir une manière pour lui de tirer la sonnette d’alarme, ce que j’entends et je suis d’accord, mais c’est vraiment amené de façon maladroite et abracadabrantesque et j’ai vraiment l’impression que c’est manichéen avec cette opposition stricte entre lecture et numérique, les jeunes qui scrollent sur les réseaux pour combler en vain un vide intérieur. Si je suis d’accord avec l’idée que l’on doit continuer à encourager la lecture et ne pas tout laisser entre les mains de l’IA, sous peine de perdre sa capacité de rêver, analyser et réfléchir, et de mettre en garde sur l’addiction aux écrans, la manière de l’assassin de s’y prendre était vraiment trop farfelue pour que je prenne son propos au sérieux, et donc celui de l’auteur. Un message intéressant et pertinent mais la façon de le formuler était… étrange.


Ce n’est pas un mauvais thriller, ce n’est juste pas ce à quoi je m’attendais, j’ai été déconcertée plusieurs fois par le changement de sujet. Le propos de fond est pertinent et intéressant mais amené de façon trop étrange pour que je le prenne entièrement au sérieux (à l’image de notre assassin). Ce n’est pas une mauvaise lecture en soi, il y a des aspects que j’ai beaucoup aimé, mais j’en ressors avec un avis globalement mitigé…


Cette affaire avait été si dense et l'avait emmenée dans des lieux et des histoires à ce point hors du temps qu'elle se sentait déconnectée du présent. Comme si les plaines désertes et enneigées de Transylvanie, les arches gothiques du château de Bran, l'étrange forêt de Blanche-Neige, l’hypnotique présentation de Grimm l'avaient transportée dans un monde imaginaire d'où elle avait du mal à revenir.

vendredi 26 septembre 2025

Le Loup des Cordeliers (T.1) - Henri Loevenbruck.

Mai 1789, un vent de révolte souffle sur Paris.

Gabriel Joly, jeune provincial ambitieux, monte à la capitale où il rêve de devenir le plus grand journaliste de son temps. un enquêteur déterminé à faire la lumière sur les mystères de cette période tourmentée.

Son premier défi : démasquer le Loup des Cordeliers, cet étrange justicier qui tient un loup en laisse et, la nuit, commet de sanglants assassinats pour protéger des femmes dans les rues de Paris...

Les investigations de Gabriel Joly le conduisent alors sur la route des grands acteurs de la Révolution qui commence : Danton, Desmoulins, Mirabeau, Robespierre, personnages dont on découvre l'ambition, le caractère, les plans secrets.

Alors que, le 14 juillet, un homme s'échappe discrètement de la Bastille, Gabriel Joly va-t-il découvrir l'identité véritable du Loup des Cordeliers, et mettre au jour l'un des plus grands complots de la Révolution française ?


Un cavaliiiieeer qui surgit hors de la nuiiiit !


Comment, ce n’est pas le bon justifier masqué ?


Il y a pourtant bel et bien un justifier masqué et capé qui sévit dans les rues de Paris, accompagné d’un loup en laisse, qui tue tous ceux portant atteinte aux jeunes filles ou aux femmes, marquant le front de ses victimes avec un triangle inversé.


Pour Gabriel Joly, jeune provincial venu travailler à la capitale, enquêter sur ce mystérieux criminel se révèle bien plus stimulant que son travail au journal où il doit parler des derniers spectacles de Paris sans avoir le droit de les critiquer. Et on le comprend !


Le loup des cordeliers et un polar historique que j’ai tout simplement dévoré. L’intrigue est rythmée, la plume est vivante et dégage un tel peps, un tel dynamisme, et les personnages ne sont pas en reste, à commencer par Gabriel Joly, notre jeune détective en herbe qui n’a rien à envier à Sherlock Holmes dont il partage le goût du mystère, le sens de la justice, mais aussi le sens de l’observation et le talent de la déduction. Véritable enfant du siècle des Lumières, il est épris de vérité, de justice et de modernité. Il est plein d’esprit et, s’il ne se débrouille pas toujours très bien à l’épée, sa langue se révèle être une arme redoutable. Ce fut un plaisir de suivre un tel personnage au cours de l’intrigue.


Il fera de nombreuses rencontres, notamment avec un pirate nommé Récif qui se révélera être un allié plein de ressources, le commissaire Guyot, mais aussi un certain Danton, accompagné de Desmoulin, Lafayette, Robespierre, etc.


Ce roman nous plonge dans les premières heures de la Révolution Française, de mai à juillet 1789. Nous sommes témoin des tensions, le peuple qui gronde de colère et de faim, jusqu’aux premières étincelles qui ont mis le feu aux poudres. Puis, c’est l’ouverture des Etats généraux, les débats houleux entre les trois ordres (la noblesse, le tiers-état et le clergé) qui ne mènent nulle part, le Serment du Jeu de paume, la prise de la Bastille, etc. Un véritable tourbillon rythmé qui nous entraîne des bas-fonds de Paris jusqu’au palais de Versailles. C’est l’occasion de rencontrer tous les protagonistes de la Révolution Française : Louis XVI, Marie-Antoinette, les frères du roi, Robespierre, Danton, Desmoulin, Lafayette, etc.


Le récit est parfaitement construit. On sent que l’auteur s’est bien documenté, et il nous rend l’Histoire aussi vivante que possible. Il nous offre une belle description de la société française de l’époque, avec ses idées nouvelles : droits de l'homme, idées féministes, qui font leur chemin et circulent dans divers milieux. On y retrouve aussi la franc-maçonnerie, on découvre la famille royale et ses malheurs (deuil, complots, etc).


Si j’ai parfois déploré que l’Histoire ait pris le pas sur l’histoire, avec l’enquête sur notre loup des cordeliers passé au second plan, je ne nie pas avoir passé un excellent moment de lecture et que je me suis autant régalée de l’aspect historique du roman que de son enquête policière, d’autant que celle-ci ne s’achève pas avec le premier tome et que Gabriel continuera son enquête dans la suite. Là, sur le coup, j’avais une brochette de suspects concernant notre justifier et l’auteur aura réussi à me surprendre. J’avoue être assez déconcertée, mais peut-être la suite me permettra de mieux comprendre.


Le loup des cordeliers est un roman prenant qui manie aussi bien le récit d’enquête que le roman historique, et qui rappelle un peu les romans d’aventure de Dumas. C’est un premier tome que j’ai dévoré, et je retrouverai avec plaisir Gabriel Joly dans la suite de ses aventures.


Votre arme à vous, c'est la plume ! Bien aiguisée, elle est mille fois plus dangereuse que l'épée. Une lame ne peut toucher qu'un seul homme à la fois, quand une plume peut en toucher des milliers !

vendredi 5 septembre 2025

La main noire (T.1) Les maudits - Tarn Richardson.



Arras, 1914. Sur la ligne de front, le lieutenant Henry Frost donne l'assaut. À sa grande surprise, sa troupe ne rencontre aucune résistance.

Dans la tranchée adverse, les soldats allemands ont été tués, leurs corps atrocement déchiquetés. Au même moment, le père Andreas est retrouvé sauvagement assassiné dans la cathédrale.

Le Vatican décide d'envoyer l'inquisiteur Poldek Tacit. Sa mission : protéger l'Église de ceux qui cherchent à lui nuire. À n'importe quel prix.



Si on m’avait dit qu’il existerait un roman historique avec des loups-garous, dont l’intrigue se déroulerait essentiellement à Arras et le nord de la France, je n’y aurais pas cru.


Pourtant, c’est le défi que s’est lancé Tarn Richardson qui nous offre un thriller historique et fantastique dans lequel l’Inquisition n’a pas complètement disparu (mais l’Église fait croire le contraire), et où des loups-garous sèment la terreur aussi bien au sein de l’Église que dans les tranchées ! Comme si les soldats de la Grande Guerre n’avaient pas assez de soucis comme ça, les voilà qu’ils se font massacrer et pas que par leurs ennemis ! Lorsqu’un prêtre est retrouvé sauvagement assassiné à son tour, le Vatican envoie son meilleur inquisiteur, Poldek Tacit enquêter à Arras, accompagné de sœur Isabella qui est secrètement chargée de le surveiller. 


Car c’est qu’il n’est pas commode, notre Tacit ! Homme perturbé, violent, dépressif, avec un passé tragique (il ne manque plus que l’alcool pour cocher toutes les cases du cliché du détective déprimé, alcoolique et violent… oh wait !). Pour autant, on se retrouve à suivre ce personnage avec un certain intérêt. Est-ce qu’on s’attache à lui ? À vous de me le dire. Je ne l’ai trouvé ni attachant, ni détestable, juste efficace. Nous avons quand même de nombreux retours dans le passé, pour nous permettre de mieux comprendre le parcours et la vie de ce personnage peu commode. Comment est-il devenu ce qu’il est, quelle a été sa vie, quelle est sa famille. Nous apprendrons tout cela tout au long de l’intrigue. Il m’a un peu rappelé le héro du film Van Helsing avec qui il partage quelques similitudes. En plus de Tacit, nous suivons également le lieutenant britannique Henry Frost, bien décontenancé face aux événements étranges dans les tranchées, l’un des rares personnages que j’ai aimé suivre et que je voulais voir survivre !


Je dois dire que c’était sympathique de lire un roman dont une partie de l’action se situe à Arras. Malheureusement pour moi, l’auteur aurait pu décrire n’importe quelle ville, ça n’aurait fait aucune différence. Si seulement il avait mentionné le beffroi ou la Grand Place, ou s’il avait employé le terme « Bove » pour parler des carrières souterraines ! Que nenni ! Tant pis pour le chauvinisme… Toutefois, pour ne pas faire la mauvaise langue, je dois bien saluer l’effort pour recréer l’ambiance de l’époque, et le contexte que l’intrigue va développer.


Ce que j’ai le plus aimé, c’est le mélange des genres. Ce roman se présente à la fois comme un thriller, un roman historique et un récit fantastique avec des loups-garous et l’auteur s’en sort sur les trois plans. Il prend le temps de poser le décor et les bases de l’enquête. Il a bien su recréer le contexte et l’ambiance historique, et nous offrir un thriller prenant et, ma fois, sanglant. Attendez-vous à trouver de l’hémoglobine assez régulièrement, mais aussi des corps démembrés. Ces loups ne font pas dans la dentelle ! Rassurez-vous, le roman évite de trop sombrer dans le gore et à plutôt bien doser l’hémoglobine. La tension est également bien menée, et il prend soin de ne pas trop dévoiler avant la fin.


J’ai aimé cette réinterprétation du mythe des loups-garous, notamment leurs origines, le lien avec l’Église, leur histoire, mais aussi le cas de l’Hombre Lobo. Ce n’est pas qu’une histoire de lycanthropes, cette affaire d’attaques de loups-garous n’est qu’une goutte dans un vaste engrenage, l’intrigue est plus complexe qu’il n’y paraît. La personne que l’on croyait être le coupable cache en réalité autre chose, et les coupables ne sont pas forcément ceux que l’on pense… Et que dire de l’Église qui, à force de chasser les hérétiques, est devenue experte dans les tortures et magouilles ? Le Vatican, on le découvrira, est essentiellement un nid de secrets et d’entourloupes et ses hommes de Dieu ne sont pas tous des enfants de chœur…


Ce roman présente donc le mélange étonnant de roman historique, thriller et récit fantastique, un mélange risqué mais réussi pour ma part. L’auteur a su développer son scénario et ses personnages avec justesse, et à nous offrir un polar prenant. Est-ce que cela me donne envie de lire la suite ? Je l’ignore encore, mais ce premier tome reste une découverte sympathique !


Il se retourna pour scruter ses hommes dans l'obscurité. "Si une fusée s'élève, tout le monde à terre.

- Si une fusée s'élève et qu'elle est accompagnée d'une mitrailleuse, on n'aura sans doute pas besoin de se souvenir de cet ordre pour tomber à terre.

- Ouais bah fermez-la."

mercredi 11 juin 2025

Les enquêtes d'Hercule Poirot - Agatha Christie.



On ne le répètera jamais assez : Hercule Poirot est le plus grand détective de tous les temps.

Quel mystère pourrait le dérouter ? Disparition de bijoux inestimables, suicide suspect, espions retors, meurtre crapuleux, escroquerie du haut vol ou sombre affaire d'héritage, rien ne lui résiste. Mais surtout, pas d'acrobaties à quatre pattes dans l'herbe, une loupe à la main. Pas de dissertation sur un mégot taché de rouge à lèvres. Non, Hercule Poirot laisse ces divertissements aux besogneux de Scotland Yard.

Il se contente de s'installer dans un fauteuil et de laisser fonctionner ses illustres petites cellules grises.




Je débute le Ice Cream Summer Challenge avec un recueil de nouvelles d’Hercule Poirot, parce que je ne peux pas envisager un challenge littéraire sans policier mais aussi parce que j’ai pris l’habitude de lire un livre d’Agatha Christie en été.



Les Enquêtes d’Hercule Poirot est donc un recueil de 14 nouvelles :





L’énigme de « l’Etoile de l’Occident » : Poirot reçoit la visite d’une célèbre actrice qui lui explique avoir reçu trois lettres de menace au sujet d’un diamant dont elle est propriétaire : l’étoile de l’Ouest. Hastings, l’ami de Poirot, reçoit quant à lui la visite d’une autre dame possédant un diamant, l’étoile de l’Est, qui aurait elle-aussi reçu des lettres de menace concernant son diamant. Si les deux pierres ne sont pas restituées, elles seront volées.



Tragédie à Marsdon Manor : Poirot est amené à enquêter sur une affaire de meurtre. Pourtant, tout porte à croire que le riche Maltravers est mort dune simple hémorragie interne. Sûrement le fait qu’il ait contracté une police d’assurance maladie d’un montant de 50 000 livres n’a rien à voir…



Un appartement trop bon marché : où l’on apprend que même un détective peut s’intéresser à une affaire concernant un appartement dont le loyer est curieusement bien bas. En se penchant sur l’affaire, Poirot découvre une vérité bien plus sombre… Il se pourrait bien que des histoires d’espion et de mafia se cachent derrière tout ça !



Le mystère de Hunter’s Lodge : Poirot est grippé et cloué au lit… mais n’allez pas croire que cela l’empêchera de mettre de la lumière sur une sombre affaire de meurtre. Envoyant son ami Hastings et l’inspecteur Japp sur place, Poirot prouvera que même la maladie ne saurait avoir raison de ses cellules grises et qu’il est tout à fait capable de résoudre un meurtre depuis sa chambre.



Un million de dollars en bons volatilisés : Des bons de valeur ont disparu de la banque Bentley et Son. Les soupçons se portent vite sur des employés et des clients influents. À Hercule Poirot de les innocenter sur cette affaire bien énigmatique.



La malédiction du tombeau égyptien : Plusieurs membres d’une expédition archéologique en Égypte sont retrouvés morts de façon bien mystérieuse après avoir découvert la sépulture d’un pharaon. Nouveau mystère à la Toutankhamon ou meurtrier se servant des superstitions pour commettre ses méfaits ? Poirot et Hastings se rendent en Égypte pour découvrir la vérité.



Vol de bijoux à l’Hôtel Métropole : Ciel, mes bijoux ! Mme Opalsen est dans tous ses états, on lui a volé ses bijoux ! La bonne et la femme de chambre de Madame s’accusent. Lorsque les bijoux sont retrouvés dans le lit de la bonne, Japp croit l’affaire classée, mais Poirot n’est pas de cet avis.



L’enlèvement du Premier Ministre : Poirot doit enquêter sur la mystérieuse disparition du premier ministre britannique, enlevé juste avant une conférence internationale de grande importance, en France. Qui a kidnappé le premier ministre et dans quel but ?



Une étrange disparition : Un banquier et célèbre homme d’affaire a disparu, et son coffre-fort forcé et son contenu (de l’argent et des bijoux) envolés. Son collègue est vite soupçonné, d’autant plus qu’ils n’étaient pas en termes très chaleureux. Poirot, en revanche, porte ses soupçons ailleurs…



Un dîner peu ordinaire : Hercule Poirot et Hastings reçoivent la visite d'un de leurs amis et voisin proche, le docteur Hawker. Alors qu’ils discutent de cas d'empoisonnements criminels, la femme de chambre de Hawker surgit, affolée, affirmant avoir reçu par téléphone l'appel à l'aide d'un homme disant avoir été « tué ». Lorsqu’ils se rendent sur place, il est déjà trop tard. Seuls indices, les restes d’un dîner et une statuette ensanglantée…



L’affaire du testament disparu : Violet Marsh a hérité un petit manoir de son vieil oncle. Celui-ci, doutant des capacités intellectuelles de sa nièce et regrettant qu’elle ait choisi les études à une vie de femme au foyer, a rédigé un testament selon lequel elle avait un an pour trouver le second testament soigneusement caché dans la maison, faute de quoi l'ensemble de l'héritage sera attribué à des œuvres caritatives. En dépit de ses efforts, Violet ne trouve rien et vient solliciter l’aide de Poirot…



La boîte de chocolats : à la demande de son ami Hastings, Poirot révèle une enquête dans laquelle il a échoué, tout ceci à cause d’une boîte de chocolats et une mort suspecte d’un adversaire farouche du catholicisme, alors que Poirot était enquêteur dans la police…



La mine perdue : Le directeur de la banque de Londres doit acheter une carte d'une mine d'argent en Birmanie mais le porteur, un homme d'affaires chinois, a disparu. Il engage donc Poirot pour retrouver le Chinois et la carte…



La femme voilée : Poirot reçoit la visite d’une femme voilée, fiancée du duc de Southshire, dont une lettre écrite pendant la guerre est tombée dans de mauvaises mains… celles d’un maître chanteur qui lui réclame une somme importante en échange de la lettre, somme que la dame ne peut se permettre de payer. Le temps jouant contre elle, elle se tourne vers le détective en désespoir de cause.




Un petit recueil bien sympathique ! Il y a pas mal de références et clins d’œil à Sherlock Holmes (Poirot qui se plaint, comme Holmes, du manque de cas criminels, le mot qui fait référence à un échec du détective, un personnage du nom de Violet, une affaire en rapport avec le premier ministre, etc), ce que l’amatrice holmesienne en moi a beaucoup apprécié.



C’est un recueil dans lequel le personnage d’Hercule Poirot s’affirme, où l’on découvre plus de détails sur ce personnage, notamment son aversion des voyages, lui qui aime tellement son petit confort, sa maniaquerie (qu’on pourrait aussi appeler « toc » car Poirot aime quand tout est symétrique et rangera des objets selon sa taille ou sa forme), le fait aussi qu’il se nomme parfois « Papa Poirot ». On découvre davantage de facettes de ce personnage, autant l’homme que le détective, ce que j’ai beaucoup apprécié.



Poirot et Hastings (source)

Je ne peux malheureusement pas en dire autant de son ami, le capitaine Hastings, qui n’a guère l’occasion de briller dans ces nouvelles. Ce garçon n’est pas bien brillant, et il peut être parfois franchement désagréable avec Poirot, à manquer de patience avec lui et à prendre la mouche pour rien. À se demander pourquoi Poirot continue d’apprécier sa compagnie et de l’amener dans ses enquêtes. Pourtant, je voudrais bien aimer ce brave Hastings, il a souvent un bon fond, quand son sale caractère ne prend pas le dessus. Il peut être un ami sympathique et il ne se laisse pas faire, mais ce n’est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir… Bien-sûr, il faut un Watson à qui le détective doit expliquer les tenants et aboutissants de l’enquête et sa résolution, mais enfin, même Watson avait ses moments d’éclat et d’utilité. J’aurais voulu qu’Hastings brille un peu, pas une lumière en lui-même mais un conducteur de lumière, voire qu’il se rende utile au moins une fois.



Pour parler des nouvelles, celles-ci sont d’intérêt inégal. J’en connaissais déjà quelques-unes pour les avoir déjà lu dans de précédents recueils mais je les ai redécouvertes avec plaisir. Certaines nouvelles ne me laisseront pas un souvenir mémorable, mais d’autres ont été un pur régal de lecture. Je pense notamment à La malédiction du tombeau égyptien qui nous emmène en Égypte et qui n’est pas sans rappeler la malédiction de Toutankhamon, mais aussi l’affaire du premier ministre disparu, celui du testament caché, La boîte de chocolats ou encore Un dîner peu ordinaire. J’ai beaucoup aimé certains retournements de situation (l’accusé idéal qui est en fait innocent, parfois c’est même le client de Poirot le vrai coupable, on a même la présence de la mafia et du premier ministre, rien que ça !). Les enquêtes sont diversifiées, certaines sont résolues grâce à des déguisements, des tours de passe-passe, mais d’autres sont plus complexes et auraient mérité d’être un roman plutôt qu’une nouvelle !



Encore une réussite donc pour Lady Agatha Christie, je retrouve toujours son petit détective belge avec grand plaisir. Si certaines nouvelles ne me laisseront pas un souvenir bien marquant et seront vite oubliées, je relirai d’autres avec plaisir !


— Pardonnez ma franchise, mais étant donné le gâchis que vous avez fait, ne croyez-vous pas qu'il serait plus délicat de notre part de quitter les lieux ? 

— Et que devient le dîner ? Cet excellent dîner préparé par le chef de lord Yardly ?

— Bah ! quelle importance ! m'exclamai-je, impatient.

Poirot eut un geste horrifié. On eût dit un Français, alors qu'il n'est après tout que Belge.

— Seigneur ! Dans ce pays vous traitez vraiment la gastronomie avec une indifférence criminelle.

mardi 8 avril 2025

Sa Majesté Mène l'Enquête (T.1) Bal tragique à Windsor - S.J. Bennett.


Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s'apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama. Mais au lendemain d'une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu.

Shocking ! Quel scandale si la presse l'apprenait ! Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son fidèle personnel d'être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu'ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue. C'est donc Rozie Oshodi, sa secrétaire particulière adjointe, une brillante jeune femme d'origine nigériane, qui va l'aider à démêler ce sac de nœuds en toute discrétion...

God save the Queen du cosy crime !



Ce qui m’a attiré dans ce roman policier, c’est que, comme son titre l’indique, sa majesté la reine Elisabeth II mène l’enquête ! J’ai apprécié cette originalité et, même si elle envoie sa secrétaire interroger quelques personnes et faire quelques tâches, il n’empêche que sa majesté fait marcher ses cellules grises, à l’instar d’un célèbre détective belge. J’ai aimé suivre l’histoire du point de vue d’Elisabeth, de suivre la reine, la femme mais aussi l’enquêtrice, et de découvrir que son altesse n’en est pas à sa première enquête, loin de là, mais qu’elle souhaite rester discrète et laisser d’autres personnes récolter les fruits de son labeur.

 

Ce que j’ai trouvé plaisant et intéressant dans ce roman, c’est qu’on accède à l’intimité de la reine. On voit l’envers du décor, grâce à une auteure qui connaît manifestement son sujet, et qui s’attache à mettre en relief l’humanité de la reine. J’ai aimé cette plongée dans le quotidien de la monarchie britannique, les rôles de chacun, le poids des mondanités et du protocole, les nombreuses réceptions. Heureusement, les échanges avec le prince Philip sont savoureux, avec son humour particulier et le fait qu’il ne soit pas toujours très conventionnel.

 

La reine est présentée avec respect, on y voit bien les limites et les contraintes de son rôle. Elle doit diriger l’enquête sans en avoir l’air. Que dirait l’opinion et ses sujets ? Mais elle ne peut laisser passer l’affaire, surtout quand les soupçons se posent sur ses proches collaborateurs. C’est pourquoi elle a recours à sa secrétaire, Rosie, qu’elle envoie interroger les témoins ou faire quelques emplettes.

 

Le paradoxe de ce roman est que j’ai davantage préféré les scènes sur Elisabeth, ses échanges avec son mari, sa vie de famille, ses tâches de reine, et les petits détails sur la vie de la monarchie, que l’enquête criminelle en elle-même qui ne m’aura pas bien palpité. Pourtant, ça partait très bien au début ! On est dans un cozy mystery, mais avec des tenants et aboutissants politique entre la Russie, la Chine et l’Angleterre. Ça parle d’attentat, d’espionnage, de Poutine et ses magouilles. Nous avons même la visite du couple Obama ! Autant dire que j’ai été agréablement surprise.

 

Malgré cela, l’intrigue policière est loin d’être à la hauteur. J’ai trouvé l’enquête molle, avançant à un rythme bien trop long. Je me suis ennuyée à plusieurs reprises, j’ai été tentée de survoler plusieurs passages, et j’avais hâte d’en finir avec ce roman. Les rebondissements ne sont pas très nombreux et le suspense est moyennement prenant. Je ne suis d’ailleurs même pas sûre d’avoir tout compris à l’intrigue et à la résolution de l’enquête. Outre les scènes sur Elisabeth, ce roman ne me laissera malheureusement pas un souvenir bien mémorable, et je ne pense pas lire les prochains tomes. U voyage en Angleterre sympathique mais non mémorable, malheureusement.


La reine était assise sur son lit, occupée à écrire son journal. Elle n’y notait jamais beaucoup de choses et surtout pas de cette nature. De nombreux historiens devaient déjà rêver d’avoir accès aux pages qu’elle remplissait rigoureusement chaque soir à la main, et qui seraient un jour déposées aux archives royales, dans la tour Ronde, avec celles de la reine Victoria. Il y avait cependant de fortes chances qu’ils soient déçus. Ceux qui liraient ces documents au XXIIe siècle y trouveraient des informations détaillées sur les courses hippiques, des observations sur le manque de vivacité d’esprit de certains premiers ministres et des anecdotes familiales mineures. Ses réflexions les plus profondes restaient entre elle et Dieu.

vendredi 21 mars 2025

Sherlock Holmes et le complot de Mayerling - Nicole Boeglin.



En cet hiver 1889, une jeune femme se présente au 221B Baker Street. La dame de compagnie de l'impératrice Sissi vient, dans la plus grande discrétion, requérir l'aide de Sherlock Holmes. En effet, le fils de l'impératrice a été retrouvé mort dans le pavillon de chasse de la propriété de Mayerling. L'enquête officielle a conclu au suicide. Un peu vite. Holmes et Watson découvrent rapidement des indices pour le moins suspects.

Qui est cette jeune femme retrouvée morte aux côtés du prince et que l'on a enterrée en secret ? Et pourquoi un tableau a-t-il été volé au moment du meurtre ? La mort du prince n'est que la partie émergée d'une vaste affaire. Sherlock va devoir faire appel à toutes ses capacités de déduction pour en démêler les fils...




Ce roman me laisse une impression plus que mitigée…


Pourtant, il avait tout pour me plaire ! Sherlock HolmesSissi, la tragique histoire de Rodolphe de Habsbourg, un polar historique sur l’une des affaires les plus passionnantes et les plus mystérieuses de la fin du XIXe siècle. Tous les ingrédients étaient là, et j’ai commencé ma lecture avec beaucoup d’enthousiasme.


Il faut dire que c’est une affaire encore non élucidée à ce jour, qui a fait couler beaucoup d’encre depuis 1889. Que s’est-il passé ? Le prince héritier Rodolphe s’est-il réellement suicidé après avoir tué sa jeune maîtresse ? Pour quelle raison ? Sa dépression ou la maladie incurable dont il était atteint ? Ou bien s’agit-il d’un assassinat politique déguisé en suicide ? Plusieurs théories vont se succéder au fil des ans, sans qu’aucune ne soit totalement avérée, d'autant plus que l'enquête a été bâclée et que de nombreuses preuves ont disparu, voire ont été volontairement détruites comme la scène du crime. Avec un tel mystère, pas étonnant que la fiction s’en soit emparée, et pour mon plus grand plaisir !


J’ai retrouvé avec plaisir Holmes et Watson qui sont plutôt fidèles à ceux écrits par Doyle. Je n’aurais pas été contre un Watson plus dans l’action et un petit moins long à la détente, surtout sur des choses qui ont semblé évidentes même à la modeste lectrice que je suis, même si tel est le rôle de Watson. À l’instar du canon, il est perdu, pose de nombreuses questions à Holmes pour nous permettre de mieux comprendre les aboutissants de l’intrigue. Je dois aussi avouer avoir été déconcertée de voir Watson appeler et désigner Holmes par son prénom, chose qu’il n’a jamais faite dans le canon. Vous me direz, je chipote pour un petit détail mais c’est un détail qui a son importance pour moi.


Toutefois, j’ai pris plaisir à suivre Holmes et Watson qui, depuis ma toute première lecture de SH, sont comme des compagnons qui m’accompagnent depuis longtemps et que je prends plaisir à retrouver. J’ai ainsi aimé les suivre dans une nouvelle enquête. Étant fan de l’histoire de Sissi, des Habsbourg et la tragédie de Mayerling, l’enquête ne pouvait que me plaire. Si le récit peut s’alourdir en nous présentant tout l’arbre généalogique des Habsbourg et de voir apparaître plusieurs noms de cette illustre famille et les liens entre eux, ça n’a pas gâché mon plaisir puisque j’étais déjà, de base, très intéressée par tout ça. Sans être une spécialiste, je peux toutefois affirmer que l’auteure s’est basée sur de solides sources et a su reconstituer fidèlement le cadre familial mais aussi socio-politique de l’époque et se réapproprier ces éléments, notamment dans le cadre de l’enquête (l’affaire demeurant irrésolue à ce jour).


J’ai aimé le cadre socio-politique qui se dévoile au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue. Un jeune prince libéral qui critique la politique conservatrice de son père, des relations fragiles entre l’empire autrichien et le jeune empire germanique qui gagne en puissance, une alliance fragile entre l’Autriche et la Hongrie, sans compter les tensions et secrets au sein de la grande famille des Habsbourg. L’auteure a su nous repeindre fidèlement le portrait du prince Rodolphe, et on en apprend davantage sur lui, ses engagements, son passé difficiles, etc. En bref, je n’ai pas boudé mon plaisir, bien au contraire ! La plume de l’auteure est fluide et on ne peut que féliciter son travail de documentation parfaitement élaboré.


Puis, en plein milieu de roman, nous sommes propulsés dans les années 1990 à suivre la correspondance entre deux jeunes femmes, Tania et Lily, qui enquêtent elles-aussi sur l’affaire Mayerling [spoiler] on apprendra d’ailleurs que l’une est une descendante des Habsbourg et l’autre une descendante d’Irène Adler ; je n’ai pas compris l’intérêt que Tania soit une Adler, comme ça ne sert strictement pas à l’intrigue [/spoiler]. J’ai eu du mal à m’habituer à ce changement de ton soudain puisque le récit se fait plus contemporain et surtout épistolaire. Non pas que les romans épistolaires me déplaisent mais le changement de style m’a dérouté. Surtout, je ne comprends pas ce choix. Pourquoi, dans les années 90, nos deux protagonistes n’auraient pas utilisé le téléphone pour échanger des informations censées être importantes et urgentes concernant leur enquête ? D’autant que certaines lettres faisaient juste du remplissage (par exemple, nous avons une lettre de deux lignes où Machine dit à Trucmuche qu’elle va se promener. C’est tout).


Au cours de leur enquête, l’une sera accompagnée par un journaliste dont nous ignorons l’identité réelle mais qui a des capacités de déduction et une intelligence semblables à celles de Holmes ainsi que des yeux gris… Nous n’avons pas de nom mais on peut imaginer qui était son ancêtre.


Je dois avouer avoir un peu décroché pendant cette seconde partie dont le rythme de lecture a été plus lent. Cette partie n’est pas dénué de qualités et elle se laissait lire bien volontiers mais avec moins d’enthousiasme de mon côté.


Je n’ai réussi à avoir un regain d’intérêt que lorsque nous repartons sur le récit de Watson. J’ai trouvé la résolution de l’enquête (la véritable nature de la mort du prince héritier) et les raisons du silence de Holmes et Watson sur cette affaire plutôt crédibles, le méchant un peu moins [spoiler] le fait de faire de Moriarty un prince de la famille des Habsbourg m’est plus risible qu’autre chose, et que son descendant veuille poursuivre sa vengeance, alors que l’empire austro-hongrois n’est plus et les Habsbourg ayant perdu leur puissance et influence d’antan, pas franchement crédible [/spoiler]. Je dois cependant avouer avoir été frustrée par la fin qui n’en est pas vraiment une pour moi puisqu’elle nous laisse sur un cliffhanger, et je suis laissée frustrée et sur ma faim. Peut-être aura-t-on droit à une suite… Mais si elle se penchera surtout sur Tania et Lily, sans Holmes et Watson, je pense que je passerai ma route…


En conclusion, malgré des ingrédients prometteurs (une enquête historique, plusieurs personnages historiques et notamment présence de Sissi et Franz, la présence de Mycroft, etc), l’ensemble du roman peine à convaincre et me laisse donc un avis mitigé.


L'année 1889 fut chargée. Elle le fut tout particulièrement en cette fin du mois de janvier. J'avais promis à mon ami Sherlock Holmes que tout ce que j'allais écrire sur cette affaire le serait dans le plus grand secret, et que mon récit ne serait jamais publié de notre vivant. Car cette histoire pourrait semer le chaos et la consternation dans les plus hautes sphères de la société, et surtout, mettre l'Europe à feu et à sang. Je n'ai nul besoin de préciser qu'une semblable indiscrétion est impensable et que ces archives seront soigneusement dissimulées. Le monde n'est pas encore prêt.

dimanche 5 janvier 2025

Meurtres sur le Christmas Express - Alexandra Benedict.


La veille de Noël, dix-huit passagers montent à bord d’un train couchette à destination des Highlands. Mais au beau milieu de la nuit, le convoi déraille et les festivités des voyageurs tombent à l’eau. Alors que le train est coincé sous une tempête de neige au milieu de nulle part, un mystérieux tueur parcourt ses wagons. Ceux qui s’endorment pourraient bien ne jamais se réveiller…

Parmi les voyageurs se trouve Roz, une ancienne inspectrice s’apprêtant à rejoindre sa fille sur le point d’accoucher six semaines avant le terme. Roz parviendra-t-elle à arrêter le meurtrier ?


C’est la veille de Noël et Roz Parker, inspectrice à la retraite (à seulement 50 ans ! Et dire qu’on veut nous imposer la retraite à 64 ans !), prend le train, direction les Highlands, pour rejoindre sa fille sur le point d’accoucher. Malgré le retard de train, elle espère pouvoir arriver à temps pour offrir à sa fille une présence réconfortante dans cette épreuve. Malheureusement pour elle, une tempête de neige et un meurtre en ont décidé autrement. Une célèbre influenceuse est retrouvée assassinée dans sa cabine, et son conjoint colérique et volage fait un suspect idéal… mais l’est-il vraiment ?

 

Meurtres sur le Christmas Express nous propose un huis-clos ferroviaire avec tous les ingrédients qui vont avec : des tensions entre les personnages, un assassin qui rôde, un passager clandestin, des secrets, une tempête de neige, un accident, des souvenirs qui rejaillissent, et même des meurtres.... À défaut d’avoir un détective belge moustachu, nous avons Roz Parker, d’origine écossaise, qui a un faible pour les caramels, une relation compliquée avec sa fille et un passé douloureux qui va se dévoiler au fil de l’intrigue.

 

En plus de Roz, nous avons une brochette de personnages qui vont nous accompagner tout au long du récit. Parmi eux, il y en a un que l’on a envie d’assassiner d’emblée. Grant, starlette de télévision, imbu de sa personne, jaloux, violent et possessif avec sa conjointe mais qui n’hésitera pas à aller flirter et tremper son biscuit ailleurs. Nous avons aussi sa conjointe, Meg, influenceuse, qui se filme plusieurs fois par jour et dont les fans suivent avec grande attention les hauts et les bas de sa relation avec Grant. Nous avons un groupe de jeunes fans de quizz, une famille, un homme et sa mère, un homme dont le charme ne laisse pas Roz indifférente, etc.

 

Le roman commence très bien avec l’assassin qui rôde, une dispute de couple, les derniers instants de la victime, avant que l’auteure nous fasse repartir en arrière pour poser le contexte et nous présenter les différents personnages. On peut reprocher à ce roman des longueurs. En effet, il faut attendre presque la moitié du roman pour tomber sur un cadavre. Malgré cela, l’histoire était assez plaisante pour que les pages se tournent toutes seules de mon côté.

 

Après ce premier meurtre, tout s’enchaîne, l’intrigue repart de plus belle et le rythme augmente avec l’enquête, les autres meurtres, la résolution finale avec un twist dont j’ignore encore si je le trouve bluffant ou peu crédible.

 

Au fil du roman, nous avons quelques chapitres du point de vue de l’assassin, mais aussi des flash-backs sur le passé de notre inspectrice qui, s’ils nous paraissent inutiles de prime abord, permettent à l’héroïne d’avoir plus de profondeur, et on comprendra au fil des pages la raison de ces flash-backs.

 

Les personnages ne sont pas attachants mais ils remplissent bien leur rôle et ils font l’affaire. Le roman est similaire au cozy mystery, avec des ingrédients propres à ce genre, mais il s’y ajoute des thèmes durs mais hélas toujours d’actualité [spoiler] le viol notamment [/spoiler] et qui empêchent le roman d’être un pur cozy mystery léger et divertissant. Cela dit, cela reste un bon petit polar de Noël à lire au coin du feu.


- L’autre problème, poursuivit Bella, c’est que le système de chauffage a aussi été endommagé par le déraillement. Je me suis échinée à le remettre en marche jusqu’à présent, mais il a complètement arrêté de fonctionner. Il va commencer à faire très froid.

- Est-ce qu’il y a des couvertures prévues en pareil cas ? demanda Craig.

- On pourrait récupérer les couettes des cabines pour que tout le monde reste au chaud ? suggéra Rose.

- Bonne idée. Mais il y a pire encore…

Bella ferma les yeux et soupira comme si elle se préparait à avouer le crime le plus atroce qui soit :

- On est à court de thé.

mercredi 9 octobre 2024

Trahison sanglante : Le dossier Dracula - Mark A. Latham.


Londres ne parle que de la mort violente d'un noble transylvanien, des mains d'un certain professeur Van Helsing.

Mycroft Holmes demande à son frère Sherlock d'enquêter sur les véritables causes de la mort de Lucy Westenra et du mystérieux aristocrate. Holmes soupçonne que ceux que l'on acclame comme des héros ne sont pas ce qu'ils paraissent être... et ce qui commençait comme une quête visant à laver le nom d'un homme révèle une conspiration qui entraîne Holmes et Watson dans les montagnes de Transylvanie, jusqu'au sinistrement célèbre château de Dracula.



Le mal a été vaincu ! Le comte Dracula est mort, tué par le Pr Abraham van Helsing et ses amis qui peuvent à présent dormir tranquille, à l’abri de toute menace. C’est mal connaître Sherlock Holmes qui a été chargé d’enquêter sur le dossier Dracula et d’apporter de la lumière sur les mystérieux meurtres du comte Dracula et de ses supposées victimes, et de remettre en question le récit héroïque dressé par Van Helsing et ses amis.



Sherlock Holmes et Dracula faisant partie de mes deux amours littéraires, un tel crossover ne pouvait que me plaire ! Notre détective rationnel se retrouve confronté à une histoire de vampire, bien avant les événements de la nouvelle du Vampire du Sussex, qui a mis en émoi toute l’Angleterre. Dracula, un vampire ? Sherlock Holmes n’y croit pas une seconde ! En revanche, derrière cette croyance, il y a des meurtres qui sont bien réels.



C’est ainsi que Sherlock Holmes et le Dr Watson vont éplucher chaque dossier de l’affaire Dracula, faire la rencontre des principaux acteurs de l’affaire et les interroger (le professeur Van Helsing, le couple Harker, le Dr Seward et Lord Godalming), se rendre dans les lieux emblématiques de l’histoire tels que l’abbaye de Whitby, l’asile de fous où travaille le Dr Seward en passant au château de Dracula en Roumanie ! Un bien vaste programme qui n’a pu que me ravir. J’ai beaucoup aimé la rencontre entre ces deux univers si chers à mon cœur.



Pourtant, l’auteur a pris un parti qui aurait pu facilement me déplaire. En effet, les héros de Dracula n’ont pas le beau rôle pour la plupart d’entre eux [spoiler] notamment Van Helsing qui est ni plus ni moins que l’antagoniste du roman, et Dracula est sa malheureuse victime que Van Helsing n’a eu de cesse de harceler de son vivant pour enfin monter toute une mise en scène pour justifier son futur assassinat [/spoiler]. Un tel parti pris aurait pu me contrarier, car Van Helsing fait partie de mes personnages préférés dans le roman de Bram Stoker et, qu’on se le dise, ce pastiche ne nous rend vraiment pas sympathique les personnages de Dracula. Pourtant, j’ai laissé passer cet aspect du roman car, honnêtement, j’ai trouvé l’intrigue très intéressante et vraiment prenante. J’ai passé un si bon moment avec ce pastiche que je lui pardonne volontiers d’avoir fait des personnages que j’adore des antagonistes.



Je n’ai trouvé que deux aspects à m’avoir chagriné au cours de ma lecture, qui est : une fin brutale (j’aurais voulu savoir ce qu’il advenait de certains personnages par exemple) et un Van Helsing qui parle avec un accent germanique caricatural. Un vrai cheu t’enfant, ja ja mein herr ! Toutefois, ces défauts ne m’ont pas gâché la lecture car j’ai passé un agréable moment avec ce roman.



Même dépossédée de son aspect surnaturel, l’affaire Dracula n’en demeure pas moins intéressante puisque Sherlock Holmes et le Dr Watson vont découvrir un complot d’envergure ayant entraîné la mort de plusieurs personnes. Si notre duo n’a aucun doute sur l’identité du coupable, reste à trouver les preuves nécessaires mais aussi découvrir le mobile des crimes et mettre à jour l’implication de Van Helsing et son équipe. Cela donne parfois lieu à des scènes savoureuses. J’ai notamment beaucoup aimé la première confrontation entre Holmes et Van Helsing, la rencontre avec Mina Harker, mais surtout la scène où Watson part interroger Seward (je pense que seules ses bonnes manières de gentleman l’ont empêché de se jeter sur son confrère pour lui donner une raclée et lui apprendre le vrai sens du serment d’Hippocrate !) qui font partie des temps forts du roman.



Les personnages de Holmes et Watson sont au plus près de ceux du canon Doylien. J’ai particulièrement apprécié voir un Watson comme je les aime : certes pas au même niveau intellectuellement que Holmes, mais pas idiot pour autant, avec un sens moral et une loyauté de fer, qui est débrouillard. Bref, notre Watson s’en sort très bien et on appréciera les scènes d’amitié entre Holmes et Watson.



Au niveau de l’intrigue, elle est bien menée malgré son dénouement précipité et sa fin brutale. Le roman n’est ni trop court ni trop long, ainsi l’enquête ne s’éternise pas mais elle n’est pas bouclée en deux temps trois mouvements. Le récit est fluide, sans temps mort, fidèle au canon Doylien, et offre une revisite intéressante du roman Dracula. Pour ma part, ce roman est une réussite et même un coup de cœur !



Nota bene : pour une meilleure compréhension du roman, il vaut mieux avoir lu Dracula de Stoker, cela permet de mieux appréhender certains détails. Toutefois, ce n’est pas indispensable. Trahison sanglante nous récapitule assez bien les événements de Dracula et le rôle de chacun de ses personnages, donc si vous n’avez pas lu le roman, vous comprendrez tout de même l’essentiel !


Holmes esquissa son plus léger sourire et inclina la tête pour saluer son adversaire.

— Magnifique déduction, dit mon ami. On dirait presque que vous attendiez notre venue.

— Ah, mais déduire est un cheu t’enfant, monsieur Holmes. Obzerver, zupposer… zimples devinettes. C’est une science, oui, mais une science bien paufre qui cherche touchours à dénouer le mystère du moment, plutôt que zelui de l’existence. Les plus grands esprits ne consacrent leur attention qu’aux grands problèmes.

Je lançai un coup d’œil hésitant à Holmes. Pour le spectateur occasionnel, Van Helsing ne faisait que soutenir une idée philosophique. Cependant, pour quiconque connaissait Holmes comme je le connaissais moi-même, il ne faisait aucun doute que le professeur venait d’adresser la pire des insultes au grand détective.