vendredi 21 juin 2024

Noblesse oblige - Maïwenn Alix.


Très chers téléspectateurs, bienvenue dans cette nouvelle saison de Noblesse Oblige !

La révolution de 1789 n'ayant pas abouti, la France est dirigée par le Roi Louis XXI. La monarchie autoritaire s'assure néanmoins le soutien du peuple en mettant en scène son faste et sa cour dans des émissions de téléréalité. Noblesse oblige est la plus regardée d'entre elles. On y suit chaque année une poignée de jeunes roturières élues, à qui l'on offre la chance de rencontrer de grands héritiers et de faire un mariage avantageux.

Gabrielle, secrètement antiroyaliste, apprend qu'elle fait partie des candidates. Une occasion rêvée d'infiltrer la monarchie et de dénoncer ce qui se cache sous le vernis de la cour. Or ce qu'elle va découvrir va bien au-delà de ce qu'elle pouvait imaginer...



Je termine le Blossom Spring Challenge (avec retard) avec ce titre qui m’a fait de l’œil dès sa sortie. Il faut dire que c’est un très bel objet. La couverture est très attrayante, et même les tranches du livre sont très jolies, avec des couleurs qui suivent celles de la couverture. Bien-sûr, la couverture seule ne fait pas le livre (même si ça aide beaucoup à le choisir), il y a aussi son résumé qui m’a attiré et qui promettait une histoire bien intéressante.



Gabrielle Lacroix travaille comme dame de compagnie chez Madame de Kerdoncuff après la déchéance de son père adoptif, un puissant industriel qui a été embastillé par le roi Louis XX et son fleuron industriel confié à la noblesse. Trahie et meurtrie, elle vit avec la rage au cœur et plein de ressentiment envers la monarchie et la noblesse qui lui ont tout pris. Elle suit, dans le secret, les actualités de ceux qui se proclament comme républicains et abolitionnistes. Ces derniers entrent en contact avec elle alors qu’elle rend visite à son père en prison, et lui font une révélation foudroyante : Gabrielle sera sélectionnée pour participer à l’émission de télé-réalité Noblesse oblige, et espèrent profiter de cette occasion pour infiltrer la Cour et dénoncer ses travers.



Gabrielle se retrouve donc du jour au lendemain au château de Versailles avec d’autres jeunes femmes, et faire la connaissance de jeunes nobles de la Cour qu’elles doivent séduire afin de parvenir à un mariage idyllique avant la fin de l’émission, sans quoi elles seront envoyées au couvent. Parmi ces prétendants, il y a le duc de Léon, veuf de Capucine, jeune candidate de l’émission de l’année dernière et qui est décédée dans des circonstances tragiques, ainsi que… le dauphin de France. Gabrielle a pour mission d’élucider le meurtre de la jeune Capucine et de se rapprocher du dauphin…



J’ai beaucoup aimé le contexte d’uchronie proposé par l’auteure, qui est celle d’une France où la Révolution de 1789 n’a pas abouti, et qui est de ce fait toujours gouvernée par une monarchie absolue avec les nobles qui ont conservé tout leurs privilèges. Afin de redorer leur blason et d’entretenir leur popularité chez le peuple, la noblesse et la monarchie se mettent en spectacle à travers des émissions de télé-réalité qui sélectionnent aussi des gens du peuple comme candidats, pour leur offrir un avant-goût de cette vie dorée et leur permettre de graver les échelons, un autre aspect que j’ai trouvé très intéressant.



Nous entrons dans les coulisses de la télé-réalité, les caméras qui suivent les candidats quotidiennement, les heures passées au maquillage et à l’habillage et le choix toujours stratégique porté à ces derniers, la même scène qui peut demander plusieurs heures de prise de caméra pour qu’elle soit parfaite, ce que j’ai trouvé très intéressant. Ici, Noblesse oblige s’inspire un peu de The Bachelor et autres émissions similaires où de jeunes élues, venant du peuple, découvrent le faste de la Cour et sont présentées à de jeunes nobles qu’elles vont coutoyer et devront séduire dans le but de faire un beau mariage et ainsi entrer dans l’aristocratie. Notre héroïne, Gabrielle, va donc évoluer en compagnie d’autres candidates qui restent malheureusement plutôt effacées au profit de l’héroïne. Seules deux d’entre elles se distinguent, Agnès et Solange, qui vont se retrouver de manière indirecte liées à l’intrigue, mais elles restent très secondaires à l’intrigue, ce que je trouve dommage. J’aurais voulu apprendre à connaître chacune des candidates et les voir évoluer dans l’émission, mais le focus se fait essentiellement sur Gabrielle, au détriment des autres.



Gabrielle est pourtant une héroïne agréable à suivre. Elle évolue dans le monde avec le cœur et l’âme d’une musicienne, la musique l’accompagne dans ses bonheurs comme dans ses malheurs, il y a souvent des notes de musique dans sa tête. Elle est aussi forte, déterminée et intelligente. C’est une protagoniste agréable à suivre, on a aucun mal à s’attacher à elle, à espérer pour elle et à craindre pour elle.



L’idée de base est très intéressante : une France dans laquelle la Révolution a échoué et où la monarchie perdure avec le clergé et la noblesse qui continuent de bénéficier de leurs privilèges, au détriment du peuple. Seulement, j’ai trouvé que le contexte socio-politique est resté très peu exploité. On ne sait pas pourquoi la Révolution n’a pas abouti. On ne sait pas grand-chose du système politique, à part que la monarchie c’est le mal, et qu’elle utilise l’exil, l’emprisonnement ou les condamnations à mort pour se débarrasser de ses ennemis politiques. C’est tout juste effleuré alors qu’avec cet univers alternatif, il y aurait tant de choses à exploiter ! L'auteure nous parle bien-sûr des conséquences et comment est construite cette France encore monarchique, mais je suis restée sur ma faim.



J’ai également été frustrée de la fin brutale du roman, et surtout son épilogue qui évacue trop rapidement toutes les questions pertinentes que l’on est amené à se poser après les événements des derniers chapitres [spoiler] le roi est mort, Gabrielle assure la régence en attendant de retrouver le véritable héritier du trône, et ensuite ? Qu’en est-il du parti républicain ? Qu’en est-il de son père adoptif ? Que se passe-t-il en France depuis la mort du roi ? Comment réagit le peuple ? Que se passe-t-il du côté des candidates ? Noblesse oblige va-t-elle continuer ou l’émission va-t-elle disparaître ? Que fera Gabrielle après tout ça ? On en sait rien et c’est très frustrant [/spoiler]. Cela dit, ça reste dans l’ensemble une uchronie réussie ! On y retrouve des complots, faux-semblants, révélations surprenantes le tout sous le glamour de la télé-réalité.



Pourtant, sous le glamour des jolies robes et des décors idylliques se cache une réalité beaucoup plus sombre que ce à quoi on s’attendait au départ. Nous sommes dans un univers où la noirceur flotte constamment et où la cruauté et la violence se voilent et se dissimule par les apparences et la télé-réalité. Attention à certaines scènes très difficiles, ce n’est pas un livre jeunesse mais plutôt Young Adult de par certaines scènes violentes et choquantes. Le récit ne laisse aucun répit tant le rythme est intense et les révélations surprenantes et cruelles.



Avec Noblesse oblige, on frôle le coup de cœur mais un peu plus de développement des autres candidates et une fin moins précipitée auraient vraiment été un plus !



Voilà comment on endort un peuple. Chaque année, on fait miroiter une forme d’ascension sociale à quelques jeunes roturières, la perspective d'un beau mariage, d'un nom, du confort matériel. Chacun peut imaginer sa fille, sa nièce, sa sœur dans cette femme anonyme. S'ils ont un garçon, il peuvent le penser susceptible d'obtenir un titre et des terres en se distinguant au sein de l'armée dans l'émission Au nom du Roy, diffusée chaque hiver. Voilà ce qui les pousse à accepter une vie de misère et une après-midi de libre par semaine : l'infime espoir que leurs enfants pourront améliorer leur condition.

dimanche 9 juin 2024

Sissi (T.4) La fiancée de Bad Ischl - Christine Féret-Fleury.

Sissi est inconsolable depuis la mort de son bien-aimé le jeune comte Richard. Malgré les attentions de sa famille, la jeune fille a perdu sa joie de vivre. 

Sa sœur Hélène, quant à elle, ne pourrait être plus heureuse : enfin, elle va épouser Franz, l’empereur d’Autriche ! Et tant pis si leur mère, la duchesse Ludovika, permet à Sissi de les accompagner à Bad Ischl pour le bal des fiançailles. 

Très vite, pourtant, Hélène remarque que Franz n’a d’yeux que pour Sissi et prend peur. Se pourrait-il que Sissi devienne la véritable fiancée de Bad Ischl ?


À peine ma lecture du troisième tome s’était-elle achevée que je me suis jetée sur le quatrième tome.



L’anniversaire de l’empereur François-Joseph approche, et c’est à la charmante station thermale de Bad Ischl que les célébrations se dérouleront, en compagnie de la famille de l’empereur comme le fleuron de l’aristocratie autrichienne. Pour sa mère, l’archiduchesse Sophie, c’est une parfaite opportunité pour annoncer ses fiançailles avec sa cousine, la princesse Hélène en Bavière. Hélène est partagée entre la joie et l’anxiété tandis que Sissi se morfond toujours suite à la disparition de son premier amour. Dans l’espoir de la distraire, Ludovika décide de l’emmener pour ce voyage à Bad Ischl. Sissi accepte cette parenthèse bienvenue. Elle ne s’attendait certainement pas à ce que les yeux de l’empereur se posent sur elle et non sa promise…



À l’instar des autres tomes, nous continuons à suivre nos deux journalistes, Elmer et Robertine, qui cherchent à réunir Anna et sa sœur, tandis que l’époux d’Anna, le hors la loi désavantagé par le droit d’aînesse, continue d’être menacé et surveillé par sa famille tyrannique. Cette partie de l’intrigue se laisse lire, mais ça reste du remplissage à mes yeux, même si j’ai prise Robertine en sympathie. Elle est le personnage le plus touchant et fascinant de ce groupe.



Mais le cœur de ce roman, c’est bien évidemment Sissi et son histoire d’amour naissante avec Franz. Nous avons enfin la rencontre tant espérée depuis le premier tome. Tout est retranscrit le plus fidèlement possible de la réalité historique, on sent que l’auteure s’est bien documentée. Elle nous dépeint le voyage pénible en calèche avec Ludovika et ses deux filles, le fait que la calèche transportant tous leurs habits et effets personnels soit arrivé en retard, tout le monde qui s’affaire autour d’Hélène pour la rendre présentable avant sa rencontre avec l’empereur, les vêtements et la coiffure de Sissi au moment de la rencontre, l’attention de François-Joseph davantage portée sur Sissi que sur Hélène, malgré tous les efforts de Sophie pour que Franz s’intéresse à sa future fiancée, Sissi flattée mais intimidée de l’attention de l’empereur, etc. L’auteure a ainsi repris de nombreux épisodes de la réalité historiques tout en en incorporant des nouvelles venant de son imagination (notamment l’intérêt amoureux de Charles-Louis pour Sissi).



La romance est donc au cœur de ce roman, et ils sont bien mignons nos deux tourtereaux. On sent déjà Franz conquis et amoureux de sa cousine, de ses charmes naturels, de sa candeur, son tempérament, sa grâce, elle est telle une nymphe des bois pour l’empereur. Si ce n’est pas encore l’amour fou du côté de Sissi, on voit bien que Franz ne la laisse pas indifférente, bien qu’avoir l’attention d’un personnage influent comme l’empereur a de quoi l’intimider, d’autant plus qu’elle ne supporte pas la vie et les usages de la cour. Cela dit, j’aurais bien voulu davantage de scènes entre Franz et Sissi, voir le développement de leurs sentiments et de leur relation, j’ai vraiment eu une sensation de trop peu, des scènes pas assez développées ou qui se terminent de façon brusque, comme la scène où Franz annonce ses fiançailles avec Sissi. J’aurais bien voulu davantage de moments et de développement entre eux, histoire de continuer à rêver un peu plus…



L’accent est également mis sur la famille, notamment la relation mère-fils entre François-Joseph et Sophie, entre François-Joseph et son frère Charles-Louis, mais aussi la relation entre Ludovika et ses deux filles. Nous avons des scènes très touchantes entre Ludovika et Sissi, elle s’aperçoit que sa fille grandit et change, et qu’elle passe de vilain petit canard à cygne, Sissi qui rétorque à sa « Mammi » qu’elle préfère rester son petit canard. J’ai aimé aussi que l’auteure consacre une scène à Hélène après les fiançailles, pour découvrir ses pensées, comment elle a perçu ce retournement de situation et ce qu’il en est concernant sa relation avec sa sœur. Ce focus sur ces différents personnages historiques et la famille de Sissi mais aussi celle de l’empereur est vraiment l’un des points qui m’a le plus attiré dans cette série. J’aurais voulu passer plus de temps avec cette famille, continuer à lire la vie de Sissi après ses fiançailles et que la relation Franz/Sissi soit plus développée. Toutefois, j’ai aimé passé du temps avec ces personnages, et je referme ce dernier tome avec un sourire aux lèvres, malgré ma frustration.

samedi 8 juin 2024

Sissi (T.3) L'écuyère masquée - Christine Féret-Fleury.



Aujourd’hui, Sissi a 15 ans. Et sa vie va changer. Car aujourd’hui elle va faire sa première apparition officielle en tant qu’Elisabeth en Bavière. 

« Notre petite Elisabeth, comme elle a grandi vite, s’attendrit le reporter Elmer. Je n’ai pas vu le temps passer. » 

Hélène, elle, est moins tendre à l’égard de sa sœur cadette. Car elle s’accroche à l’espoir d’épouser bientôt son cousin Franz, l’empereur d’Autriche, et craint que Sissi ne gâche tout…




Je poursuis ma lancée des aventures de Sissi dans ce troisième tome que je trouve plutôt en-dessous des précédents. Toutefois, la lecture reste plaisante et fluide.


Dans ce troisième tome, Sissi connaît ses premiers émois amoureux en la présence de Richard, jeune écuyer au service de son père, le duc Max en Bavière. Son premier amour, mais aussi son premier chagrin car le jeune comte Richard appartient à une petite noblesse et ne peut espérer courtiser ouvertement Sissi. Pour autant, la romance reste plutôt mignonnette et on appréciera la petite référence historique, le comte Richard et l’idylle entre lui et Sissi ayant effectivement existé [spoiler] avant la mort prématurée de Richard [/spoiler].


À l’instar des tomes précédents, nous suivons Elmer et Robertine, nos deux journalistes, qui rencontrent la sœur disparue d’Anna, rencontrée dans le second tome. Nous suivons également en parallèle Alexander, qu’Anna avait rencontré et épousé dans le second tome, en bien mauvaise posture. Ces sous-intrigues restent divertissantes, mais, comme pour les tomes précédents, je les ai trouvé moins intéressants que les chapitres autour de Sissi et sa famille.


Du côté de Sissi, elle vit donc ses premiers émois amoureux et cherche à s’introduire clandestinement – avec la complicité de Richard - dans le spectacle organisé par son père, accueillant artistes, acrobates et cavaliers, dans ce cirque où elle n’a jamais eu le droit d’entrer, pour faire un numéro d’équitation comme écuyère masquée. Ici aussi, j’ai apprécié les références historiques car ce cirque a réellement existé, ce qui met un peu en avant la personnalité unique et quelque peu excentrique de Max en Bavière. Nous retrouvons également Hélène, qui joue malheureusement un peu les garces dans ce roman à l’égard de Sissi qui se montre pourtant compatissante et à l’écoute face au chagrin d’Hélène, qui pleure du manque d’attention de son fiancé à en devenir.


Le contexte politique et historique est moins présent ici, à part la question du futur mariage de l’empereur François-Joseph. L’empereur connaît une idylle avec une jeune veuve dont il est très attaché, ce qui n’est pas au goût de sa mère, l’archiduchesse Sophie, qui le presse au sujet de ses fiançailles avec celle qu’elle lui a choisie, la princesse Hélène en Bavière. J’ai apprécié ce parallèle entre Franz et Sissi, tous deux épris d’une personne qu’ils ne peuvent prétendre épouser car leur rang l’en empêche et que cette idylle est fortement désapprouvé par les parents.


Ce tome nous laisse avec une Sissi déchirée par le chagrin et un Franz impuissant et mais acceptant de suivre la volonté de sa mère, se destinant à un mariage sans amour, pour le devoir. Autant dire que j’attends avec beaucoup d’impatience le quatrième et dernier tome dans lequel se déroulera la rencontre de Franz et Sissi à Bad Ischl.

Sissi (T.2) L'Inconnue du lac de Starnberg - Christine Féret-Fleury.


Après le séjour chez sa tante Sophie à Innsbruck, après les règles de la cour et de la vie royale, quel bonheur pour Sissi de retrouver la simplicité de la vie à Possenhofen ! Sissi disparaît des journées entières, galopant dès l’aube à travers la forêt ou accompagnant son père en balade. 

Toutes les semaines, elle reçoit une lettre de Charles-Louis qui lui révèle chaque fois un peu plus ses sentiments. Sissi est à la fois ravie et embarrassée, car elle a l’impression que sa mère et sa tante la forcent à aimer Charles-Louis en retour. 

Un jour, alors qu’elle se promène au bord du lac, Sissi découvre une jeune femme tapie derrière un buisson, blessée. Sans réfléchir, Sissi décide aussitôt de venir en aide à cette inconnue et de la recueillir en secret au château…




Je retrouve Sissi dans ce second tome dont les événements se déroulent quelques mois après le premier tome. À l’instar du premier tome, c’est une lecture détente que j’ai lu avec beaucoup de plaisir. J’aime beaucoup lire les tranches de vie de Sissi et sa famille, avec les descriptions presque idylliques du château de Possenhofen entouré de sa nature sauvage avec les animaux, les promenades en forêt, son lac, les jardins. On partage l’amour de Sissi pour sa maison de Possenhofen, avec sa famille nombreuse, dont le style de vie est plus simple et moins protocolaire qu’à Vienne.


Je retrouve avec plaisir Sissi que l’on retrouve toujours aussi gaie, espiègle, un peu turbulente mais avec un cœur en or, mais on la voit commencer à s’inquiéter alors qu’elle quitte peu à peu l’enfance et que son avenir la préoccupe. Elle a en effet laissé une forte impression sur Charles-Louis, prince impérial, qui lui écrit des lettres d’amour tendre. En parallèle, l’archiduchesse Sophie nourrit des projets de mariage entre Franz, l’héritier au trône, avec Hélène, la sœur parfaite de Sissi, et entre Charles-Louis et Sissi, dans l’espoir de nouer des liens étroits entre l’Autriche et la Bavière. Si Hélène s’enthousiasme de ce projet, Sissi est contrariée de ces perspectives de mariage qui l’éloignent peu à peu de son enfance chérie et insouciante. Elle l’est d’autant plus que personne ne semble partager ses inquiétudes. Son entourage semble même la presser à répondre favorablement à Charles-Louis et trouve que Sissi n’aurait pas pu rêver meilleur parti. En effet, c’est un rêve que d’épouser un membre de la famille impériale et d’être appelée à faire partie de la cour de Vienne. N’est-ce pas le rêve de chaque jeune fille que d’épouser le prince charmant ? Sissi ne partage pourtant pas cet avis, rêvant plutôt d’épouser quelqu’un qu’elle aime, de vivre libre, heureuse et sans contrainte.


Les choses commencent donc lentement à bouger dans ce tome, avec Sissi plus consciente que jamais de son avenir et de son enfance qui prend doucement fin, Hélène qui poursuit son éducation pour se préparer à son rôle de future impératrice d’Autriche qu’on lui destine et qu’elle attend. Le contexte socio-politique est également plusieurs fois évoqué, ce qui m’a beaucoup plu, notamment avec la famille impériale qui fuit toujours Vienne, puis l’abdication de Ferdinand Ier en faveur de François-Joseph, dit « Franz » qui est couronné empereur d’Autriche. Les peuples, qui constituent l’empire comme les Hongrois, les Tchèques ou encore les Croates, se soulèvent et réclament leur indépendance, créant des mouvements de résistance et de révolution qui sèment le trouble dans l’empire. Certains mouvements sont violemment réprimés, des villes attaquées et ces révolutionnaires, nommés anarchistes, chassés et poursuivis.


Sissi prend plus que jamais connaissance de cette dure réalité à travers les conversations qu’elle entend mais aussi et surtout à travers Anna, jeune anarchiste hongroise qui a vécu à Prague et qui raconte son histoire à Sissi, notamment sur l’attaque de Prague de 1848 où elle a vu périr sa famille. Sissi compatit à sa situation et tente tant bien que mal de cacher sa nouvelle amie tout en lui offrant un toit et de la nourriture. Je pense qu’Anna est un personnage que nous serons amenés à revoir par la suite, surtout compte-tenu du fait que l’affaire autour de la disparition de sa sœur reste élucidé, et qu’on ignore si elle a survécu à l’attaque de Prague et où elle se trouve.


Nous retrouvons aussi les deux journalistes du premier tome, Elmer et Robertine (qui se travesti pour travailler sous le nom de Robert), toujours en quête d’un scoop, mais ils ne m’ont pas laissé grande impression, comme dans le premier tome. Je les trouve même inutiles la plupart du temps, mais il faut dire que je préfère davantage suivre l’histoire de Sissi et sa famille.


Je déplore également le fait que ce tome présente beaucoup moins d’illustrations par rapport au premier tome. Toutefois, c’est une histoire qui continue de se lire avec plaisir, une petite lecture détente qui fait du bien. J’ai d’autant plus apprécié les petites références au premier film Sissi avec Romy Schneider !

vendredi 31 mai 2024

Angels Before Man - Rafael Nicolàs.

A Queer Retelling of Satan's fall that's part cozy coming of age, part fast-paced tragedy, with a little love story in between –

In an eternal paradise, the most beautiful angel, Lucifer, struggles with shame, identity, and timidity, with little more than the desire to worship his creator.

It isn't until the strongest angel, Michael, comes into his life that Lucifer learns to love himself. Along the way, their friendship begins to bloom into something else. Maybe the first romance in the history of everything.

But this God is a jealous one, and maybe paradise is not paradise.


J’aime beaucoup les livres et fictions qui traitent des anges, l’ennui est que je suis très exigeante à ce sujet car j’ai ma propre perception des anges, et tout ce qui sort de cette idée fixe peut facilement me contrarier. Pourtant, lorsque j’ai découvert ce roman, je n’ai pas hésité une seule seconde.


Angels before man est une réécriture de l’histoire de Lucifer depuis sa création jusqu’à sa chute. On y découvre un ange magnifique, parfait en tout point, qui fait la fierté de son divin créateur et qui provoque respect et admiration auprès des autres anges. Lucifer est un ange charmant qui ne tarde pas à se lier avec les autres anges et à participer à la vie dans le jardin d’Eden et au Paradis.


La version de Lucifer que nous propose l’auteur est intéressante, pourtant j’ai bien eu du mal à m’y accoutumer. Je l’avoue, quand je pense à Lucifer, je pense avant tout à l’ange déchu, au diable, à cet ange fier dont l’orgueil a précipité sa chute. Or, Lucifer n’a pas été crée ainsi. Il était autrefois un ange bon et dévoué à son créateur.


Voir ainsi l’auteur l’écrire comme un ange pur, timide, sensible, n’aurait pas du m’étonner, mais il m’a fallu du temps pour m’y habituer. Toutefois, je dois avouer que sa caractérisation de Lucifer est intéressante dans certains de ses aspects. C’est un ange que l’on peut presque considérer comme le préféré du Créateur, qui est très important pour ce dernier, ainsi Lucifer fait tout pour Lui plaire, Le rendre heureux et fier, Le servir au mieux possible, mais il finit par crouler petit à petit sous le poids de cette vision parfaite que son divin père a pour lui. Lucifer est également adulé par les autres anges qui cherchent son contact, n’hésitant pas à l’approcher et le toucher, et Lucifer est parfois intimidé par ces attentions, par leur désir ardent d’être avec lui et de lui plaire.


Si j’ai eu un peu de mal à me faire à un Lucifer qui pleure souvent, qui est timide ou sensible, j’ai eu davantage de mal avec la caractérisation de Dieu, le Créateur, le Père. Il est présenté comme un dieu bon et généreux au tout début, puis on finit par se rendre compte progressivement que son attachement pour Lucifer est plutôt toxique. Il cherche à avoir son attention, à s’attacher sa servitude. Les anges sont là pour Le louer et Le servir (ce qui doit déjà être le cas dans les écrits religieux il me semble), mais Il se montre jaloux, possessif, mais aussi cruel dans sa façon de punir [spoiler] je suis d'ailleurs encore choquée de la scène où il poursuit Lucifer pour ensuite le violer [/spoiler] et montrer de lui l’image d’un despote tyrannique que personne sauf Lucifer, qui passe le plus de temps avec Lui, ne verra.


Il n’y aura vraiment qu’une seule relation dans laquelle Lucifer se sentira à son aise, et c’est avec Michael dont il recherchera le contact et avec qui il va former des liens étroits. C’est assez ambitieux d’écrire une histoire d’amour entre ces deux-là, mais ce serait mentir si je disais que ce n’est pas avant tout ce qui m’a attiré lorsque j’ai choisi ce livre. J’ai aimé voir le développement de leur relation, comment Lucifer a été attiré par Michael dès le début, le recherchant sans cesse du regard et cherchant sa compagnie et s’épanouir et s’affirmer à ses côtés, voir Michael apprendre à Lucifer comment se battre et Lucifer apprenant à Michael comment chanter et danser, les voir passer du temps sur Terre, en compagnie des dinosaures et autres espèces animales la peuplant, avant les hommes.


Nous faisons aussi la connaissance d’autres anges, tels que Gabriel, Uriel, Raphaël (que l’on connaît comme faisant partie des archanges), Rosier, Asmodée, Baal (les futurs anges déchus), qui sont plaisants à suivre pour la plupart, certains avec un vécu et une personnalité qui les rendent complexes et intéressants comme Uriel. Nous observons le quotidien de ses anges qui évoluent au Paradis et participent à la création et à la vie au ciel. Ils ont leur propre maison, ils jouent de la musique, font des spectacles sportifs ou artistiques, ils peuvent manger et dormir, comme nous. Nous avons des petites tranches de vie plutôt sympathiques, mais je dois avouer que ce qui a davantage capturé mon attention était le développement de la relation entre Lucifer et Michael, et le regard des autres sur cette relation, mais aussi et surtout la chute de Lucifer.


J’ai beaucoup aimé voir la lente dégradation de Lucifer, comment il se questionne de plus en plus sur la hiérarchie au Paradis et sur Dieu et Sa place, comment le comportement toxique de son Créateur à son égard et sa cruauté l’éloignent davantage de Lui, comment Lucifer se remet en question, comment il souhaite que le Paradis et les anges soient gouvernés par un autre ange, plutôt que par un créateur si différent d’eux et qui ne peut espérer les comprendre. Nous voyons aussi Lucifer qui découvre des sentiments non propres aux anges comme l’orgueil, la luxure, comment il invente des mots et des actes en rapport avec ces sentiments. Puis, peu à peu, son amour pour Michael se transforme en obsession.


Nous le voyons gagner de plus en plus par la fierté et l’orgueil, ce qui le terrifie au début, avant qu’il ne s’y habitue et que cela fasse entièrement partie de lui, comment il tire avantage de sa beauté et de ses autres qualités, comment il se sert de l’attirance et l’amitié que les autres anges ont à son égard, pour espérer obtenir d’eux leur loyauté et leur obéissance dans sa quête de conquérir le Paradis. Puis, lorsque la séduction ne fonctionne pas chez d’autres anges, lui et ses acolytes se servent de la violence. Certains passages sont d’ailleurs assez choquants  [spoiler] l'auteur nous décrit une orgie où Lucifer s'offre aux autres anges, ou encore la scène où Rosier mutile le corps d'Asmodée, ou encore la scène où les Archanges sont torturés [/spoiler].


Malgré ces passages, j’ai tout de même trouvé intéressant de voir tous ces changements s’opérer chez Lucifer jusqu’à ce que son désir de changement et de désobéissance ne prenne forme et qu’il ne décide de déclencher une rébellion au Paradis en s’attachant la loyauté d’autres anges, et d’attaquer les autres anges et tenter de s’approprier le trône divin… Malgré tout, il persiste une part de naïveté et d’innocence chez Lucifer [spoiler] qui espère jusqu'à la fin avoir la loyauté de Michael et qui s'imagine règner avec lui sur le Paradis, ce qui rend plus douloureux pour lui la confrontation avec Michael et leur combat qui causera sa chute définitive [/spoiler]


Je ne saurais dire si Angels before man est un coup de cœur, ce roman ne m’a pas laissé insensible c’est certain, et j’ai beaucoup aimé la relation Lucifer/Michael ainsi que la chute progressive de Lucifer jusqu’à la rébellion et la guerre céleste. J’ai bien aimé le roman dans son ensemble, bien qu’il y ait des points sur lesquels je n'ai pas adhéré, mais je ne peux pas dire que ce sont des points négatifs car je pense que le fait que j’ai longtemps été croyante fait que ça a influencé ma perception de Dieu, des anges et de Lucifer. Toutefois, ça reste une bonne lecture et je donnerai sa chance à sa suite.


“I want us to be God, to be more than that. I want us to create like Him.” Lucifer, exhilarated, feeling all of himself flush as scorching hot as a sun, dragged his hands down, down Michael’s front, settling palms over his strong chest. “We could do it, everything could be ours — the most perfect of the host. I want to make new things with you, build something better than this mirage of eternal pleasure. Haven’t you ever wondered why Father is so strict about our subservience? It’s because disobedience is creation,” a shivering breath, “create with me, Michael, and let’s call it sin.”

vendredi 17 mai 2024

Contes des royaumes oubliés (T.5) Le Cœur de Neverland - Isabelle Lesteplume.


Et si c’étaient les méchants qui sauvaient l’histoire ?

Il était une fois un soldat blessé, William, révoqué de l’armée. Sa dernière joie lui vient de son petit frère, Elliot. Quand ce dernier commence à lui raconter qu’un enfant volant nommé Peter Pan lui rend visite la nuit, il ne le prend pas au sérieux.

Jusqu’au jour où Elliot disparaît.

Décidé à le retrouver, William traque Peter Pan jusqu’à Neverland, la contrée des songes... et tombe entre les mains du capitaine Crochet et de sa bande de pirates.

Les deux hommes se haïssent immédiatement, incarnant chacun ce que l’autre déteste. Ils seront pourtant obligés de faire équipe, car Neverland est en péril...

Et il ne reste plus longtemps pour sauver le rêve du cauchemar.



Je retrouve avec grand plaisir la plume d’Isabelle Lesteplume avec ses Contes des Royaumes Oubliés. Dans ce tome, l’auteure s’est penchée sur l’histoire de Peter Pan, ce qui n’était pas pour me déplaire puisque c’est un univers auquel je suis attachée et que je trouve toujours intéressant de voir d’autres auteurs se le réapproprier à travers une réécriture.


J’ai beaucoup aimé comment Isabelle Lesteplume a su nous faire voyager dans Neverland et le réinventer, en nous présentant un monde qui est comme une entité qui ne peut vivre sans Peter Pan, et que Peter Pan alimente par le biais de son imagination. Neverland est l’univers de Peter Pan, crée pour lui et par lui. J’ai d’ailleurs trouvé intéressant et percutant le plot twist autour des pirates, du crocodile, mais aussi des enfants perdus [spoiler] qui sont les âmes d'enfants de notre monde que Peter Pan a emmené avec lui pour s'en faire des amis et leur offrir une autre vie  [/spoiler] ainsi que la révélation autour des origines de notre si charismatique et inoubliable capitaine Crochet.


Parlons justement de notre cher capitaine. On m’a dit un jour que l’enfance, c’était de rêver de Peter Pan, mais qu’être adulte, c’était être intrigué.e par le capitaine Crochet. Je dois avouer qu’il y a une part de vrai dedans. L’auteure nous offre ici un très bon capitaine Crochet. C’est un personnage énigmatique dont les pans du passé ne nous seront dévoilés que petit à petit. Il est sombre, sarcastique, imprévisible. Il cherche sans cesse à s’isoler, il s’empêche de se lier plus que nécessaire avec son équipage, non pas par mépris envers les siens, mais parce qu’il estime devoir garder ses distances. Il est leur capitaine, il a le devoir de veiller sur eux et les commander. Il souhaite rester cette figure d’autorité, crainte et respectée, il cherche à être dédié entièrement à son rôle, sans jamais se permettre d’être vraiment lui-même avec son équipage qui le respecte mais aimerait bien que Crochet se mêle à eux. Crochet s’est ainsi forgé un masque, a dressé une barrière autour de lui que notre autre protagoniste, William, se fait un plaisir de tester d’ébranler et d’essayer de briser.


William est un personnage attachant que j’ai pris plaisir à découvrir. Il revient de la guerre, brisé et ébranlé, auprès d’une famille qui n’a que mépris pour lui. Son seul rayon de soleil est son petit frère, sa motivation principale tout le long du roman. J’ai été touchée par son vécu, son amour pour son frère, et sa volonté de ne jamais abandonner et de donner le meilleur de lui-même pour s’en sortir et aider les autres. J’ai aussi apprécié son humour à toute épreuve, humour dont il se sert surtout pour se protéger. J’ai aimé le voir tisser des liens avec les membres de l’équipage, sitôt passé le cap de la méfiance et malgré des développements parfois houleux. C’est un jeune homme passionné, féru de photographie, et qui a un cœur en or.


J’ai bien sûr trouvé savoureux ses échanges avec le capitaine Crochet. Ils s’exaspèrent l’un l’autre, se taquinent, se chamaillent, s’envoient des piques verbales savoureuses, collaborent bien malgré eux jusqu’à ce qu’une attirance et des sentiments plus profonds naissent entre eux. Nous avons ici affaire à une romance « enemy to lovers », un genre que j’aime beaucoup (surtout dans les fanfictions), mais aussi un slow burn, soit une romance qui avance lentement… voire même très lentement. J’étais arrivée à 90 % du roman sur ma liseuse qu’on avait pas encore vu le moindre baiser. Imaginez ma frustration ! Néanmoins, si nos deux personnages ont pris tout leur temps, ça n’a pas freiné ma lecture, puisque Crochet et William ont une véritable alchimie et que chacune de leurs interactions a été un véritable plaisir à lire. William cherche à découvrir le véritable Crochet, celui que ce dernier cache derrière un masque, à le rendre plus humain et accessible et Crochet va aussi beaucoup apporter à William.



Concernant les autres personnages, ils sont intéressants pour la plupart. J’ai aimé découvrir les différents membres de l’équipage qui ont chacun leur vécu et leur personnalité, et j’ai aimé suivre l’aventure avec eux, leur capitaine et William. Si Peter Pan brille par son absence pendant une grande partie du roman, il est paradoxalement omniprésent, à la fois dans les esprits et dans les conversations, et l’auteure nous dépeint ici un Peter Pan complexe. Il reste ce petit garçon qui ne veut pas grandir, mais qui a ici une peur farouche du temps qui passe, l’idée du vieillissement et du changement lui est insupportable.



Concernant l’intrigue, nous suivons nos personnages qui sont à la recherche de Peter PanWilliam car il cherche à retrouver son frère disparu, et Crochet et son équipage pour découvrir ce qu’il se trame chez leur légendaire ennemi, car Neverland est au plus mal. Le monde perd peu à peu sa magie et ses couleurs. Les sirènes deviennent folles, les animaux deviennent agressifs, les Indiens disparaissent, le comportement de Peter se fait étrange. Pour que Neverland retourne à la normale et que ses habitants puissent espérer survivre, nos personnages doivent à tout prix retrouver Peter Pan et découvrir ce qu’il se trame chez lui. L’intrigue est plaisante et nous tient en haleine jusqu’au bout, et nous présente un équilibre parfait entre l'aventure, la romance, l'émotion, l'humour, les moments calmes et les combats… J’ai vraiment passé un très bon moment avec ce roman qui doit être mon préféré de la saga, avec Le Beau et la Bête. Je me replongerai avec plaisir dans un autre roman de l'auteure très prochainement !


Crochet libéra ses lèvres en s’écartant légèrement. Il arborait un air de désir affamé qui fit frissonner Will tout entier. Le pirate le regarda quelques instants, caressant du regard ses lèvres rougies par le baiser, ses cheveux ébouriffés, ses iris dilatés et son air complètement vulnérable. Il n’avait jamais eu plus envie de quelqu’un qu’à cet instant. Il désirait le prendre, le posséder et le protéger jusqu’à la fin des temps. 

— Il y a un moment que je veux te faire taire comme ça, avoua-t-il enfin. 

Will sourit, un sourire plus heureux que Crochet ne lui avait jamais vu, et qui libéra quelques étincelles de bonheur dans sa propre poitrine. 

— Il ne fallait pas te retenir, s’amusa le soldat. Honnêtement, tu aurais pu m’embrasser ainsi juste après avoir pointé une épée sous ma gorge pour la première fois. Je t’aurais laissé faire. 

Crochet haussa les sourcils, incrédule. 

vendredi 10 mai 2024

Sissi (T.1) Le Secret de l'archiduchesse - Christine Féret-Fleury.



À 12 ans, la jeune et espiègle Élisabeth, surnommée Sissi, fait le désespoir de sa mère, la duchesse Ludovika en Bavière. Élisabeth se moque de son titre et des devoirs qu’il implique. Si cela ne tenait qu’à elle, sa vie ne serait que poésie et randonnées interminables dans la nature. 

Lorsqu’un jour sa tante l’archiduchesse Sophie, la mère du futur empereur d’Autriche, invite sa famille à séjourner dans son château d’Innsbruck, aussitôt Sissi se sent prise au piège. Forcée de se plier à l’étiquette et à se métamorphoser en princesse bonne à marier. 

Mais bientôt Sissi va découvrir que, derrière le faste et les convenances, la Cour dissimule surtout de sombres secrets…




Fan incontournable de Sissi depuis ma découverte des films avec Romy Schneider, je ne pouvais pas passer à côté de cette série jeunesse. J’ai plongé avec plaisir dans le premier tome dans lequel nous suivons une Sissi âgée de 12 ans, qui s’intéresse davantage à la poésie, aux promenades, aux animaux qu’à suivre le protocole austère et devenir ce que sa mère attend d’elle, une princesse bien éduquée et destinée à faire un beau mariage, à l’instar de sa sœur aînée, Hélène, dite Néné.



Sissi est une héroïne attachante, espiègle et pétillante. Elle nage un peu à contre-courant en préférant les balades dans la nature aux broderies, le naturel au protocole strict, et en nouant des amitiés inconvenantes avec des enfants de classes sociales différentes, et qui parle avec liberté, sans retenue ni protocole, ce qui cause de l’irritation chez l'archiduchesse Sophie, sa tante et la mère de l’empereur, et le désespoir de sa mère, Ludovika.



J’ai suivi avec intérêt cette « jeune impertinente » et sa famille. Ludovika, la mère aimante mais souvent dépassée par sa fille, et qui place en Hélène tous ses espoirs ; Max, le père, qui a transmis à sa fille le dédain du protocole et l’amour de l’art et de la nature. Hélène, la fille aînée, la fille parfaite, déjà charmée par son beau cousin, Franz, l’empereur d’Autriche dont on attend avec impatience le moment où il posera les yeux sur Sissi (mais pas tout de suite, rappelons qu’elle n’a que 12 ans ici), Charles-Louis, le frère de l’empereur, qui éprouve déjà beaucoup de tendresse pour Sissi, et encore bien d’autres personnages.



L’accent est très porté sur la famille, mais aussi sur la cour de Vienne et ses manigances et son désarroi face aux multiples crises qui secouent le royaume. Alors que Sissi, invitée avec sa famille par la tante Sophie à séjourner au château de Innsbruck, s’amuse à mettre en place une pièce de théâtre avec Charles-Louis et les autres enfants des lieux, elle surprend une conversation troublante entre l’archiduchesse Sophie et son ministre. Sissi est horrifiée de découvrir sa tante prête à user de violence pour réprimer la rébellion dans l’empire. Découverte, elle se retrouve exclue de la cour et condamnée à rester dans sa chambre, mais Sissi ne l’entend pas de cette oreille et entend bien dissuader sa tante de mener à bien son projet, mais sa tante est-elle vraiment une femme aussi stricte et insensible qu’il n’y paraît ? Cachée dans l’ombre, Sissi découvrira bien des secrets sur cette tante si énigmatique…



L’histoire reste simple mais agréable à suivre. J’ai aimé suivre Sissi, (re)découvrir la jeune fille insouciante qu’elle était, et redécouvrir tous les membres de sa famille. J’ai également beaucoup apprécié l’aspect historique du roman, notamment à travers la période de trouble qu’a traversé l’Autriche à cette époque, Napoléon Bonaparte qui marque encore les esprits, des années après sa mort, en apprendre plus sur la famille impériale, mais aussi sur le fils de Napoléon. Ce roman était une sympathique découverte qui s’est dégusté comme une petite friandise le temps d’une journée, et c’est avec plaisir que je lirai la suite.



A noter les illustrations d’Ana Mirallès, dont le graphisme noir et blanc n’est pas sans rappeler ici les collections de la bibliothèque rose et qui ne manqueront pas de faire rêver les jeunes lectrices, et insuffler un peu de nostalgie chez les autres.

vendredi 22 mars 2024

Mexican Gothic - Silvia Moreno-Garcia.


Après avoir reçu un mystérieux appel à l’aide de sa cousine récemment mariée, Noemí Taboada se rend à High Place, un manoir isolé dans la campagne mexicaine. Elle ignore ce qu’elle va y trouver, ne connaissant ni la région ni le compagnon de sa cousine, un séduisant Anglais.

Avec ses robes chic et son rouge à lèvres, Noemí semble plus à sa place aux soirées mondaines de Mexico que dans une enquête de détective amateur. Elle n’a pourtant peur ni de l’époux de sa cousine, un homme à la fois troublant et hostile, ni du patriarche de la famille, fasciné par son invitée… ni du manoir lui-même, qui projette dans les rêves de Noemí des visions de meurtre et de sang.

Car High Place cache bien des secrets entre ses murs. Autrefois, la fortune colossale de la famille la préservait des regards indiscrets. Aujourd’hui, Noemí découvre peu à peu d’effrayantes histoires de violence et de folie.


Je pensais attendre le prochain Pumpkin Autumn Challenge pour me mettre ce roman sous la dent, mais des avis enthousiastes sur Tumblr m’ont poussé à découvrir ce titre plus tôt.



Il est vrai que ce roman serait parfait pour la période automnale / Halloween. Une ambiance purement gothique avec son manoir lugubre et sinistre, son cimetière brumeux, un huis-clos oppressant, une famille avec de sombres secrets et ses fantômes, une rumeur de malédiction… Autant dire que notre héroïne, avec sa joie de vivre et ses robes colorées, va être mise à rude épreuve !



Noemi est une jeune femme qui profite des joies de la vie et qui chérit sa liberté et son indépendance dans le Mexique des années 1950 et qui préfère les études et les soirées festives à la perspective du mariage. Elle n’aime rien de plus que les villes qui grouillent de monde, la musique, les jolies robes, faire des rencontres. Quand son père reçoit une lettre troublante et confuse de la part de la cousine Catalina, il envoie Noemi dans le manoir où elle réside avec la famille de son mari, les Doyle. À son arrivée, Noemi découvre un manoir lugubre et malaisant et des habitants tout aussi dérangeants. Virgil, le mari de Catalina, un homme froid, obscur et autoritaire. Florence, la maîtresse de maison, une femme stricte qui surveille Catalina comme un vautour et qui impose le respect des règles de maison. Howard, le patriarche, un vieil homme malade et obsédé par l’eugénisme et la pureté des races. Puis, il y a Francis, le cadet, un jeune homme doux et sensible qui diffère par sa gentillesse peu conforme à l’endroit et au reste de la famille Doyle.



Au manoir, rien n’est fait pour que Noemi se sente la bienvenue. Ses visites à Catalina sont surveillées ou chronométrée. Le manoir est une bâtisse délabrée où sévissent des mœurs austères d’un autre temps et qui ne dispose pas du confort moderne. Noemi ne peut se rendre en ville sans chaperon. La famille Doyle, à l’exception de Francis, n’est guère accueillant avec Noemi. Quant à Catalina, elle est bien mal en point, elle nous apparaît comme apathique lorsqu’elle n’entend pas des voix. Un mal que l’héroïne semble commencer à avoir… ses étranges cauchemars qui semblent réels dans lesquels la maison l’étouffe et des entités lui parlent…



‘Mexican Gothic’ de Mia Araujo.


Le gros problème du roman est son rythme. Pendant une bonne partie de l’histoire, il ne se passe pas grand-chose avant que tout ne s’accélère à la fin. Plus de la moitié du roman sert à planter le décor, à décrire les personnages. Quelques éléments titillent notre intérêt lorsque Catalina évoque les voix qu’elle entend, les cauchemars de Noemi pendant ses nuits au manoir, les rumeurs et histoires autour de la famille Doyle. Il est aussi question de champignons et de moisissures, qui contribuent à la fois à l’aspect lugubre du manoir mais qui auront leur importance dans l’intrigue.



Si l’on s’attend à de l’action, à des péripéties, il faudra prendre son mal en patience car le roman mise avant tout sur son ambiance purement gothique et mystérieuse. L’auteure prend le temps d’installer une atmosphère angoissante et malaisante et c’est efficace. Le manoir de High Place, décati, froid et humide, est décrit quasiment comme une entité à part entière, oppressante et dangereuse. Le roman m’a séduite par son ambiance purement gothique et horrifique, flirtant avec le fantastique. Si la première moitié m’a paru lente, l’arrivée des éléments surnaturels a amélioré ma lecture. C’est donc un roman horrifique, pas tant dans le sens où le but est de terrifier le lecteur, mais davantage dans l'ambiance, cette atmosphère malsaine et oppressante qui met mal à l'aise. Mais l'horreur passe aussi bien à travers certains thèmes abordés au cours du roman [spoiler] inceste, cannibalisme, fausse couche, suicide et autres joyeusetés [/spoiler], donc prudence aux âmes sensibles !


Le roman parvient à maintenir son suspense jusqu’au bout concernant la raison du mal-être de Catalina et les secrets et déviances de la famille Doyle. Il faut dire que ce sont de drôles de lascars ! Famille originaire d’Angleterre, venue chercher fortune au Mexique, qui a trouvé sa richesse en faisant exploiter des mines d’argent. Mines qui ont du fermer suite à une étrange épidémie, après une tentative de soulèvement de ses ouvriers. Ajoutons à cela que la famille Doyle a eu son lot de drames et qu’elle vit désormais recluse, figée dans les mœurs d’un autre temps. On est tenu en haleine pour connaître ce qui se cache derrière l’univers mystérieux du manoir et découvrir les secrets sombres de cette famille tordue.




Francis Doyle et Noemi Taboada (art de Basicbard sur Tumblr)



Le roman présente également une fantaisie originale. J’ai beaucoup aimé l’idée que [spoiler] les champignons, évoqués dans le roman, soient la cause de ce mal, qu’ils entrent en symbiose avec leurs hôtes – soit des membres de la famille Doyle qu’ils choisissent – et qui capte les pensées et souvenirs de ses hôtes et a le pouvoir d’influencer l’esprit des habitants de High Place, avec des cauchemars ou des hallucinations. Cela m’a rappelé l’arbre dans L’île aux mensonges, mais une version beaucoup plus maléfique [/spoiler].



Concernant les personnages, ils sont plutôt bien campés. Noemi est aventureuse et intelligente, bien décidée à ne jamais se laisser marcher sur les pieds, débrouillarde et cultivée qui a touché un peu à tout, notamment dans les sciences. Francis est le seul membre de la famille Doyle que l’on prend en sympathie et que l’on a envie de protéger contre sa propre famille. Francis m’a beaucoup touché et intrigué, et j’ai aimé l’évolution de sa relation avec Noemi. On se prend d’empathie pour Catalina qu’on espère voir se rétablir et libérée de l’influence néfaste du manoir. Quant aux autres membres de la famille, ils remplissent leur rôle.



Il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour que Mexican Gothic soit un coup de cœur, mais ça reste tout de même une bonne lecture ! Si le début m'a paru un brin trop lent, l’atmosphère pesante, due aux mystères qui entourent High Place, l’ambiance purement gothique, et les secrets de famille qui se dévoilent petit à petit, font peu à peu le job et l’histoire se fait finalement prenante !


Lorsque Noemí était encore petite fille et que Catalina lui lisait des contes de fées, cette dernière évoquait souvent « la forêt », l’endroit où Hansel et Gretel jetaient leurs morceaux de pain, ou le Petit Chaperon rouge croisait la route du loup. Enfant de la ville, Noemí avait compris sur le tard que les forets existaient réellement et pouvaient être placées sur une carte. Sa famille passait les vacances dans l’Etat de Veracruz, en bord de mer, sans l’ombre d’un grand arbre en vue. Même après toutes ces années, la forêt restait associée dans son esprit aux images des livres pour enfants, avec lignes au fusain et à-plats de couleur.

lundi 11 mars 2024

Jizo - Mr Tan et Mato.


Aki s'est perdu et ne retrouve plus le chemin pour rentrer chez lui. 

Dans les rues, tous se montrent indifférent à son sort, sauf Jizo, un étrange garçon qui semble surgi de nulle part. 

Aki peine à lui faire confiance malgré son grand sourire, d'autant qu'il sait qu'une effroyable sorcière s'en prend aux enfants à la tombée de la nuit.



Attention, histoire à ne lire qu’une fois seul.e !



Que dire sur Jizo sans spoiler ? Car il est difficile de parler de cette histoire sans trop en révéler, et pourtant ce manga vaut tellement la peine d’être lu ! Je ne m’attendais pas à ressentir de telles émotions en commençant ce manga, et il m’a bien fallu quelques mouchoirs pour sécher mes larmes, mais qu’est-ce que ça en valait la peine !



Nous nous retrouvons auprès d’Aki, un petit garçon perdu et paniqué, qui ne retrouve plus son chemin, et qui souhaite retrouver sa mère avant qu’elle ne s’inquiète trop. Seul sur un banc, il pleure et panique alors que le monde autour de lui semble indifférent à sa détresse. Un garçon des rues, Jizo, lui propose de lui tenir compagnie, puis de l’aider à retrouver le chemin de sa maison. Mais le soir tombé, les deux enfants doivent s’arrêter dans un temple pour y passer la nuit. En effet, une terrible sorcière rôde en ville, et attrape dans ses chaînes les enfants égarés pour pouvoir les dévorer…



Un joli manga qui nous permet de découvrir un pan de la mythologie bouddhique et notamment les protecteurs des enfants et des voyageurs. C’est une histoire semblable à un conte avec un enfant perdu, une sorcière dévoreuse d’enfant, un monde étrange avec des esprits. C’est sombre, poétique, bouleversant. On devine rapidement ce qu’il se passe, mais ce n’est pas le propos.



C’est émouvant de voir la relation entre Aki et Jizo se construire pas à pas. Pourtant, leur relation ne part pas d’un bon pied. Aki est méfiant. Ne lui a-t-on pas appris, avec raison, qu’il ne fallait pas faire confiance aux inconnus ? Mais Jizo est insistant et refuse de laisser Aki seul, lui parlant de la sorcière qui ne doit surtout pas le trouver, et le conjurant de ne pas s’aventurer seul la nuit.



Pendant une partie de l’histoire, on se demande qui est Aki, d’où il vient, comment il s’est perdu, mais surtout qui est ce mystérieux Jizo, pourquoi lui vient-il en aide et pourquoi est-il aussi insistant et inquiet sur sa sécurité ? Pour ceux qui ont quelques notions en mythologie japonaise, la réponse est évidente. Pour les débutants, comme moi, l’intrigue se dévoile petit à petit, et on découvre ce que cachent les deux enfants. Et là, c’est la claque. Celle qui dévaste le cœur, celle qui retourne, que l’on ait deviné le plot twist ou pas.



J’ai aimé la thématique autour du surnaturel, à travers les esprits et la sorcière, odieuse et terrifiante dont on espère ne jamais croiser sa route, mais dont on sait la confrontation inévitable entre elle et les deux enfants (aussi terrifiante et horrible soit-elle, elle nous est rendue touchante à la fin, d’une certaine façon, bien que ça n’enlève pas ses crimes, on prend pitié d’elle malgré nous). Toute l'atmosphère de légendes et de mythes japonais est envoûtante nous embarque, et nous propose une belle invitation à un pan de la culture japonaise. Mais, les thématiques centrales du manga sont bel et bien la foi et l’amour à travers la relation entre Jizo et Aki mais aussi la relation entre Aki et sa maman.



L’amitié qui va naître et se nouer petit à petit entre Aki et Jizo est touchante, et va subir bien des épreuves entre la méfiance et le rejet d’Aki, puis le soutien et l’acceptation de l’autre. Aussi touchante est la relation entre Aki et sa maman. Je ne peux pas en dire davantage, de peur de spoiler, mais le manga nous peint vraiment une relation magnifique et bouleversante entre une mère et son enfant, une ode à l’amour maternel qui est infini.



Concernant le dessin, il est efficace, alternant entre le sombre et le lumineux, le jour et la nuit, parfois joyeux, parfois angoissant. Les émotions passent même sans texte. Je ne peux pas parler de coup de cœur pour Jizo, c'est autre chose quelque chose de plus fort. Ce qui est certain, c’est que je ne suis pas ressortie indemne de cette lecture. Je ne connaissais d’autant plus pas la légende que nous conte le manga, et ça a permis à ma lecture d’être une découverte, ce qui m’a amené à faire des recherche sur cette jolie croyance.



En résumé, une lecture belle, onirique, sensible et touchante dont je ne suis pas ressortie indemne. C’est doux et poétique malgré les sujets durs que le manga aborde. C’est fantastique, c'est sombre, c'est un peu terrifiant, mais c'est palpitant et émouvant.