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dimanche 7 juin 2026

Le Merveilleux restaurant des souvenirs - Yuta Takahashi.



Au menu du jour : vos souvenirs les plus émouvants...

Dans la baie de Tokyo, au bout d'un chemin de coquillages, se dresse le restaurant Chibineko. On dit qu'ici, les plats sont des passerelles vers les âmes disparues. 

Guidée par la promesse d'un dernier instant avec son frère décédé, Kotoko pousse la porte de ce mystérieux restaurant. À l'intérieur, elle est accueillie par Chibi, le chaton tacheté qui veille sur les lieux. Sans même attendre sa commande, Kai, le jeune chef, lui sert un repas qui évoque son enfance - poisson mijoté, riz, soupe miso. Dès la première bouchée, la magie opère, transportant Kotoko vers un passé qu'elle croyait perdu à jamais.




Le Merveilleux restaurant des souvenirs nous emmène au Chibineko, un petit restaurant dans la baie de Tokyo, près de la mer, au bout d’un sentier de coquillage, tenu par le jeune chef Kai, accompagné de Chibi le chaton mascotte de la maison. Sa particularité, en plus de n’être ouvert que jusque 10h du matin, est de proposer des repas du souvenir, pour permettre aux clients ayant perdu un être cher de renouer avec eux, le temps d’un repas. L’occasion de se livrer à des explications, des confidences, ou bien un dernier au revoir.


J’ai beaucoup aimé le concept de ce restaurant et du repas du souvenir. C’est quelque chose qui existe bel et bien et qu’on appelle kage-zen. Le kage-zen peut être un repas préparé à la mémoire d’un défunt et qui est servi pendant des funérailles, ou bien un repas destiné au défunt lui-même, la croyance étant que le défunt pouvait se nourrir de ce plat à travers la fumée qui s’en dégage. J’ai trouvé le concept intéressant et il nous offre de belles histoires à la fois douces et amères.


Le roman contient quatre histoires courtes, avec un schéma similaire, mais qi se rejoignent entre elles. Nous suivons une jeune fille qui a perdu brutalement son frère promis à une brillante carrière d’acteur, et qui est tiraillée entre la tristesse et la culpabilité ; un jeune étudiant qui a perdu une camarade de classe qui était son premier amour, et qui regrette des paroles dures, prononcées sans réfléchir ; un homme en fin de vie qui souhaite revoir sa femme une dernière fois ; et enfin Kai, le jeune chef lui-même, en proie au deuil.


Bien que ce soit un roman propice aux moments tristes et émouvants, cela reste une lecture feel good car il se dégage beaucoup de douceur et de bienveillance, une volonté d’aller de l’avant, sans oublier les disparus, mais de continuer à vivre pour eux, pour les honorer.


C’est une lecture paisible et agréable qui fait du bien à son petit cœur, et qui est également gourmande car le roman évoque l’importance de la nourriture, et surtout le lien que nous pouvons avoir avec une personne disparue à travers un plat qui nous rappelle cette personne et les moments passés avec elle. Le repas du souvenir n’est jamais choisi au hasard, et il est préparé exactement comme le client et son disparu l’ont connu. On y trouvera, au fil des pages, des recettes gourmandes et japonaises, comme un mijoté d’Ainamé, un sandwich aux œufs, du riz aux cacahuètes, du riz aux prunes, ou encore un sukiyaki-don. J’ai d’ailleurs apprécié la présence de recettes à chaque fin d’histoire, nous invitant à recréer quelques-uns de ces plats. En outre, ce roman est une belle petite découverte, une lecture douce et pleine de poésie et de bienveillance. 


Sentant son regard peser sur lui, Taiji redressa la tête. Fumika l’observait. C’était elle qui avait proposé d’attaquer le repas, pourtant elle n’avait pas touché à son assiette. Elle restait assise, immobile face à lui.

— Tu ne manges pas ? s’étonna-t-il.

— Je suis en train de manger.

— Hein ?

— La vapeur. C’est mon repas.

— De quoi ?

— Enfin, les odeurs, pour être plus précise. Quand on est mort, on ne peut plus manger les choses de ce monde-ci.

Elle lui expliqua que c’était la raison pour laquelle on faisait brûler de l’encens sur les autels et les tombes. La fumée qui s’élevait des bâtonnets constituait la nourriture des défunts. Taiji l’ignorait.

— Ah bon ?

— Une fois le plat refroidi, on ne peut plus sentir son odeur. C’est pour ça que je ne peux rester ici que tant que le repas est chaud.

— Quoi ? Mais… ça veut dire que tu vas disparaître ?

— Disons plutôt que je vais retourner dans l’autre monde.

lundi 25 mai 2026

La petite confiserie de l'allée nocturne - Hiyoko Kurisu.


Problèmes de cœur ?

Quotidien morose ?

Laissez vos pas vous guider vers La Petite Confiserie Kohaku.

Quand vient le soir, les lanternes s'allument dans l'allée nocturne et attirent les âmes en peine. Les boutiques datent d'un autre âge, comme peuplées de fantômes. Une seule brille d'une lumière chaleureuse. Sur l'enseigne on peut lire : La Petite Confiserie Kohaku. 

Dans ce lieu enchanté, on trouve des bonbons de toute sorte. Le maître des lieux, un charmant jeune homme aux oreilles de renard, promet à tous ceux qui le rencontrent que ces friandises ont le pouvoir de changer leur vie. Une bouchée et... « Achetez, dégustez, vous verrez ! »



Je termine le challenge avec cette petite lecture bonbon et feel good que j’ai pris beaucoup de plaisir à déguster. Ce roman ne proposera rien d’original puisqu’il existe des romans avec un schéma similaire. Ici, nous suivons des personnes qui traversent un moment difficile ou qui ne sont pas bien dans leur peau. Ils tombent par hasard sur une confiserie tenue par un étrange personnage, qui se révèle être un yokai, et qui achètent une confiserie qui changera leur vie, ce qui va leur permettre de voir la vie autrement, voire de surmonter leurs difficultés.


Il y a cinq histoires en tout, ainsi qu’un épilogue.


Dans la première, on suit une lycéenne qui se sent délaissée par son petit-ami, accaparé par ses études. Elle ne veut en aucun cas compromettre ses études, juste un peu d’attention, un signe qu’il tient toujours à elle. Lorsqu’elle tombe sur la confiserie, elle achète des konpeito. Le vendeur la met en garde : en manger un par jour lui donnera un petit bonheur, une bonne nouvelle, mais elle doit prendre garde à ne pas dépasser la dose. La jeune fille est confuse mais suit ses instructions. Sitôt le premier bonbon mangé, son petit-ami la contacte. Elle suit ainsi ses instructions, gagnant chaque jour un petit bonheur. Puis un jour, elle se pose la question : que se passerait-il, si elle venait à en manger plusieurs ?


Dans la seconde histoire, on suit un homme, employé dans la vente, qui est complexé par son physique et ses rondeurs qui sont la source de moqueries quotidiennes. Il aimerait être invisible, pour changer. Alors qu’il tombe sur la confiserie, il y achète des wasanbons, et découvre avec surprise qu’il est devenu invisible aux yeux de ceux qui l’entourent… personne ne le remarque, à moins d’être à proximité de lui. Pour cet homme, c’est miraculeux, mais il découvre peu à peu qu’être invisible n’est pas aussi avantageux qu’il le pensait.


Dans la troisième histoire, on suit une étudiante qui n’ose pas être sincère avec ses amies et partager ses opinions, ni même ses goûts, de crainte de perdre leur amitié. Dans la confiserie, elle achète des monakas à la châtaigne. En les dégustant, elle s’aperçoit à sa grande surprise qu’elle ne peut pas s’empêcher d’être honnête et de dire tout ce qu’elle pense, à la grande surprise de ses amies. Elle découvre également qu’elle n’est pas la seule à cacher ce qu’elle pense.


Dans la quatrième histoire, on suit une lycéenne persuadée d’être suivie par la malchance. Mais voilà, elle doit passer une audition musicale, et il est hors de question d’échouer. Elle s’en va prier au temple, puis tombe sur la confiserie sur le chemin du retour où elle achète des caramels. Est-ce une coïncidence ou non, car elle découvre qu’après en avoir dégusté un, sa malchance tombe sur quelqu’un d’autre.


Enfin, dans la cinquième histoire, on suit une mère au foyer dépassée et fatiguée, avec un bébé aux besoins constants, et un mari devenu distant. À la confiserie, elle achète deux pommes d’amour, une pour elle, une pour son mari. En croquant la sienne, elle découvre avec stupeur des auras éblouissantes entourant ceux qu’elle aime. Au début, elle ne comprend pas ce qui lui arrive, mais elle s’aperçoit que cette lueur, qui change d’intensité, correspond au degré d’amour que ses proches lui portent. Celle de son mari variant, elle décide de redoubler d’efforts pour prendre soin de lui et rendre sa lueur la plus éblouissante possible. Mais elle se rend compte que ce n’est pas suffisant. Elle aimerait que son époux la remarque, elle-aussi.


C’est un roman qui mélange le fantastique et le contemporain. Il y a un peu de magie dans le car le patron de la Petite Confiserie Kohaku est un esprit mi-kitsune, mi-humain qui insuffle un peu de sa magie dans ses confiseries, mais cet aspect de l’histoire ne prend pas le dessus puisque la résolution des problèmes de nos différents personnages ne doit presque rien à la magie. Ce sont simplement eux qui ouvrent enfin les yeux et découvrent qu’avec de la communication, un meilleur jugement ou plus de clairvoyance, leurs problèmes sont peu à peu résolus. Cet aspect ne m’a pas déplu, c’est même réconfortant de savoir qu’il n’y a pas que la magie qui peut résoudre nos problèmes mais que nous en avons aussi le pouvoir, sans avoir forcément besoin de confiserie magique. Chacun peut trouver écho à l’une de ses histoires, ou se reconnaître chez un personnage.


Bien-sûr, les histoires sont romancées et finissent toutes bien, c’est le genre qui veut ça, et c’est bel et bien une lecture feel good. Il n’en reste pas moins que ces différentes histoires donnent à réfléchir, et qu’un peu de douceur fait du bien dans ce monde de brutes. Ça me donne même envie de lire d’autres romans japonais de ce genre.


J’ai aussi beaucoup aimé le personnage de Kogetsu, le patron de la confiserie. Il est en retrait pendant les 3/4 du roman, ce qui renforce l’aspect mystérieux qu’il dégage, et lui donne un côté mystique qui ne m’a pas déplu, mais j’ai tout de même été contente de voir que l’auteur lui a consacré un épilogue, ce qui m’a permis de découvrir comment il en est venu à ouvrir la confiserie.


En résumé, c’est un roman doux, une lecture bonbon et feel good que j’ai pris plaisir à découvrir, et qui m’a permis de voyager un peu au Japon et découvrir l’allée nocturne avec ses commerces, ses lampions lumineux, Kogetsu et ses confiseries japonaises. Chaque histoire est bienveillante, avec une petite morale, et permet de passer un agréable moment de lecture.


I felt a kind of catch in my chest release. I hadn’t even been aware of it before, but now that it was gone, it was as if a pleasant breeze had run through me.

It was good that I’d spoken frankly. It was good that I’d complimented Saya instead of hesitating, even though I wasn’t sure my opinion was worth anything to her. After all, no one minds a compliment.

Still marvelling at Saya’s unexpected reaction, I resolved to put my feelings into words in future.

jeudi 29 mai 2025

Le restaurant des recettes oubliées - Hisashi Kashiwai.


Caché dans les ruelles de Kyoto se trouve le petit restaurant des Kamogawa d’où s’élèvent d’exquises odeurs de riz cuit, de nabe et de légumes sautés. En plus de savoureux repas faits maison, Nagare et sa fille Koishi proposent une expérience qui sort de l’ordinaire : reproduire un plat que leurs clients ont en mémoire, mais dont la recette est depuis longtemps oubliée. 

Nabeyaki udon, sushis au maquereau, tonkatsu ou spaghettis à la napolitaine... pour chaque nouveau plat, la famille Kamogawa enquête et propose à ses convives de déguster une nouvelle fois les délicieux mets qui ont marqué leur vie. 

Et grâce à un soupçon de magie, ces saveurs perdues enfin retrouvées permettent de rêver à de nouveaux départs.



Lecture non prévue et de dernière minute pour boucler le Blossom Spring Challenge, Le restaurant des recettes oubliées n’en demeure pas moins une petite découverte sympathique.


Le roman propose un concept intéressant dans lequel nos protagonistes principaux, un père et sa fille, tiennent un restaurant mais aussi une agence d’enquêteurs gastronomiques. En plus de servir des repas faits maison, ils proposent à leurs convives de reproduire un plat qui les a marqué, qu’il s’agisse d’un repas de leur enfance, d’un met concocté par un être cher, ou qui est lié à un souvenir ou une personne.


Le roman est composé de six histoires dont le schéma reste le même. Le client trouve le restaurant, mange ce qui lui est proposé, puis le client est interrogé sur le plat qu’il souhaite retrouver. Origine des produits, temps de cuisson ou de préparation des ingrédients, lieu où le plat a été dégusté, en quelle compagnie, à quelle période de l’année, etc. Chaque détail, même minime, a son importance pour pouvoir recréer le plat. Ensuite, nos deux protagonistes donnent rendez-vous au client 15 jours après. Ensuite, le client revient, goûte le plat qu’il désirait et qui a été préparé par nos restaurateurs et ces derniers expliquent comment le cuisinier a mené son enquête et est parvenu à recréer le plat en question.


Le schéma répétitif des histoires peut déplaire. Pour ma part, comme il ne s’agissait que de six histoires, et que chaque plat et chaque client étaient différents, cela ne m’a pas gêné. Je regrette cependant de ne pas voir Nagare enquêter et que celui-ci se contente juste de raconter à ses clients son procédé. De ce fait, nous ne sommes que de distants spectateurs dans ce roman.


Je trouve aussi le concept du restaurant en lui-même étrange. C’est un restaurant caché, il n’a pas d’enseigne et ne dispose que d’une seule publicité qui en dit peu, et qui se revendique comme difficile à trouver et s’y complaît, ne désirant pas recevoir beaucoup de clients et semblant se contenter d’une petite poignée de clients, voire un à la fois. Koishi et Nagare imposent aussi le plat au client s’il vient pour la première fois et, seulement si le plat lui plaît et si le client décide de revenir une nouvelle fois, il sera servi le plat de son choix. Ça me semble bizarre et peu crédible mais, après tout, peut-être existe-t-il des restaurants avec le même concept.


Certains lecteurs ont déploré le peu d’informations sur Koishi et son père Nagare, ce ne fut pas mon cas. Je n’ai pas réussi à m’attacher à eux, je les ai même trouvé un peu antipathiques. Ils râlent souvent sur leur chat, Roupillon, parce qu’il agissait comme un chat et père et fille (mais surtout la fille) avaient parfois un comportement sec ou colérique envers les clients, surtout Koishi envers son propre père ou lorsqu’elle interrogeait les clients et qu’elle était frustrée ou irritée de leur réponse.


Cela dit, la force du roman ne repose pas tant sur les personnages mais sur son concept (retrouver des plats disparus de la même façon qu’une enquête policière) mais aussi son ambiance très dépaysante qui nous fait voyager au Japon, et qui nous fait découvrir davantage sa culture mais aussi et surtout la gastronomie (à noter que ce roman parle aussi de plats occidentaux). Et, ce qu’on peut dire, c’est que ça donne faim ! Chaque chapitre nous donne envie de nous replonger dans les plats de notre enfance ou bien de déguster de bons plats japonais et, là, je vous avoue, j’ai très envie de gyozas au poulet et de karaage, mais je m’interroge tout de même : si je pouvais déguster un plat associé à un souvenir, lequel choisirais-je ?


Ce que je retiendrais donc surtout du roman, c’est son ambiance japonaise dépaysante et son concept original qui permet, à chaque chapitre, de replonger dans le passé de chaque client et de lui faire revivre les émotions qui accompagnent la dégustation d’un plat qui l’a marqué et qui était préparé par un être cher. C’est la preuve qu’un plat est plus qu’un moyen de se nourrir, c’est vecteur de souvenirs, de nostalgies. On peut rattacher un plat à une personne, à un lieu, à un souvenir, quelque chose de très cher. Un plat peut nous rappeler un premier rendez-vous galant, notre enfance, un parent.


C’est très doux-amer car, dans ces histoires, il y a parfois un goût de regret. Une personne à jamais disparue, un plat que l’on mange pour la dernière fois avant de changer de vie, quelque chose d’inachevé. J’ai bien aimé l’histoire du client qui veut manger une dernière fois au plat de son épouse décédée avant de mener une nouvelle vie dans une autre région et avec sa nouvelle compagne, mais aussi l’histoire du business man qui veut retrouver le ragoût au bœuf de sa mère, et sa relation avec sa belle-mère.


En somme, un roman court et sympathique qui se lit avec fluidité, avec un concept original et une ambiance dépaysante. Je trouve cependant dommage qu’on ne s’attache pas aux personnages et qu’on ne soit que des spectateurs distants car il n’y a pas réellement d’enquête à suivre, on se contente juste d’attendre que Nagare explique son procédé à ses clients. Ça reste une petite lecture sympathique et qui ouvre l’appétit !


Les gens prennent facilement les choses pour acquises. Même s’ils jugent qu’un nouveau plat est bon, peu à peu, cela devient banal. Il ne faut jamais oublier son premier ressenti.

samedi 15 avril 2023

Ma vie de geisha - Mineko Iwasaki et Rande Brown.


« Mon nom est Mineko. Ce n’est pas le nom que mon père m’ a donné à ma naissance. C’est celui qu’ont choisi les femmes chargées de faire de moi une geisha, dans le respect de la tradition millénaire. Je veux raconter ici le monde des fleurs et des saules, celui du quartier de Gion. Chaque geisha est telle une fleur par sa beauté particulière et tel un saule, arbre gracieux, souple et résistant. On a dit de moi que j’étais la plus grande geisha de ma génération ; en tout cas j’ai frayé avec les puissants et les nobles. Et pourtant, ce destin était trop contraignant à mes yeux. Je veux vous raconter ce qu’est la vraie vie d’une geisha, soumise aux exigences les plus folles et récompensée par la gloire. Je veux briser un silence vieux de trois cents ans. »

Un témoignage exclusif, des révélations à couper le souffle, Mineko Iwasaki nous livre ici un témoignage surprenant sur un art de vivre aussi fascinant que cruel.



Figures iconiques de la culture nippone, les Geishas, figures incontestées de l’élégance, n’en demeurent pas moins un mystère. Aujourd’hui encore, leur existence et leur culture suscitent la curiosité et fascinent.



J’avais lu, il y a plusieurs années, Geisha d’Arthur Golden, que j’avais beaucoup apprécié ainsi que le film qui en fut tiré, mais qui n’en demeure pas moins une version romancée de la vie des Geisha. Avec ce titre, j’ai voulu m’immerger dans un témoignage plus réaliste et intimiste du monde des Geishas, qui est joliment appelé le monde des fleurs et des saules, à travers les mots de l’une des Geishas les plus célèbres de son temps, Mineko Iwasaki.



Il faut savoir que Mineko Iwasaki n’est pas le vrai nom de la narratrice. Mineko est son nom de Geisha et Iwasaki le nom de l’okiya qui est la maison où logent les maikos (les apprenties geisha) et les geikos (qui est l’autre nom des geishas). Autrefois, elle s’appelait Masako Tanaka et elle était la benjamine d’une grande famille qui vivait dans une banlieue de Kyoto. Elle vivait alors une vie tranquille et insouciante auprès de ses frères et sœurs, prenant l’habitude de se cacher dans les placards pour se retrouver seule. Un jour alors qu’elle n’était encore qu’une toute petite enfant, la propriétaire de l’okiya rend visite à la famille afin de s’enquérir du souhait de Tomiko, l’une des sœurs de Masako, de devenir geiko, étant à la recherche d’une fille adoptive pour sa succession. Elle est immédiatement séduite par la jeune Masako et n’aura eu de cesse de faire pression auprès de la famille pour adopter Masako. Cette dernière est alors déchirée entre son amour pour ses parents et sa fascination pour ce nouveau monde, et en particulier la danse pour laquelle elle se passionne. Son choix finit par se porter sur l’okiya et Masako est ainsi choisie pour devenir la future atotori, celle qui régit l’okiya.



Masako est ainsi rebaptisée Mineko Iwasaki. Si elle est choyée par l’okayi tout entière, elle n’en demeure pas moins sous leur autorité ainsi que sous celle d’une onesan (sorte de figure de grande sœur, de modèle et d’éducatrice pour la maiko). Mineko suit un long apprentissage en tant que maiko. Elle doit apprendre la danse, le chant, la calligraphie, la cérémonie du thé qui suit un protocole stricte, suivre des cours de koto et de shamisen tout en s’occupant de quelques tâches ménagères au sein de l’okiya.



La narratrice nous fait découvrir une société exclusivement féminine (les hommes, s’ils sont admis, doivent attendre une certaine heure pour entrer dans l’okiya, même s’il s’agit d’un parent ou d’un vendeur) à travers l’okayi Iwasaski dans les rues de Gion-Kobu à Kyoto, le monde des geisha.



C’est un univers très strict qui ne laisse pas ou peu de place aux erreurs et au mauvais comportement. Rigueur et discipline sont demandées dès l’enfance. Il est en effet mal vu pour une future geiko d’être dissipée et turbulente, car elle risque de se blesser et gâcher ainsi sa beauté et ses capacités d’être danseuse. Les kimonos pèsent environ 20 kg et il faut savoir se tenir sur des socques en bois de 15 cm de haut et se déplacer ainsi. Ajoutons à cela que maiko et geiko ne sont pas autorisées à manger lors d’un banquet car elles sont là pour divertir les clients. Elles ne sont pas uniquement là pour « faire joli », la maiko comme la geiko a ses propres devoirs, par exemple étudier les sujets à propos desquels le futur client serait susceptible de les entretenir (s’il s’agit d’un politicien, il est alors conseillé de lire des articles sur son secteur ; s’il s’agit d’un chanteur, écouter ses disques ; un romancier, lire ses romans, et ainsi de suite). Ainsi, Mineko Iwasaki nous fait mention des innombrables journées passées dans les bibliothèques, musées, etc, afin d’en apprendre le plus possible sur son futur client afin de mieux pouvoir discuter avec lui et montrer son intérêt et ses connaissances, la mission principale de la geiko étant de divertir son client, sinon l’hôte d’une fête et ses invités. Elle doit mettre à l’aise, engager la conversation, occasionnellement verser le saké, et surtout taire ses sentiments.


La geiko est engagée pour divertir l’hôte et ses invités. Elle est là pour mettre tout le monde à l’aise. Les naikai assurant le service, elle se contente de verser un peu de saké. Dès qu’elle entre dans l’ozashiki, elle doit aller droit à la personne qui préside et engager avec elle la conversation. Faisant taire ses sentiments, elle doit par son attitude lui dire : « Je n’avais qu’une hâte, c’était de venir bavarder avec vous. » Si jamais dans son visage quelque chose communique au client : « Je ne peux pas vous sentir », elle est indigne de porter le nom de geiko.

Le pire pour moi, c’était quand le client me dégoûtait physiquement. Il est infiniment pénible de dissimuler un sentiment de répulsion. Les clients ayant payé pour que je leur tienne compagnie, la moindre des politesses était de me montrer aimable avec eux. Mais la nécessité de cacher ses sympathies et antipathies sous un vernis de courtoisie m’a semblé une des épreuves les plus ingrates du métier.


A la lecture de cet ouvrage, il apparaît évident que la narratrice a aimé exercer son métier, qu'elle a pris plaisir à travailler sans relâche la danse mais aussi ses connaissances dans divers domaines, afin de remplir au mieux son rôle,. Cet investissement allait parfois bien loin car elle allait jusqu’à négliger plusieurs fois sa propre santé et à s’entêter à aller au-delà de ses propres limites. Néanmoins, on sent chez elle une véritable volonté de faire découvrir et de transmettre la culture japonaise traditionnelle. Certes, son propos manque souvent d'humilité, elle a été une célébrité et c’est évident dans ses propos, elle se conduisait parfois comme une enfant gâtée, mais il est manifeste qu'elle a fondé d'immenses espoirs dans sa profession et que celle-ci n’a pas toujours été facile, tant au niveau de l’apprentissage que du regard des autres à travers la jalousie des autres maikos.



Ma vie de Geisha est un récit autobiographique qui offre une lecture instructive, fluide et agréable. C’est une véritable plongée sur les us et coutumes dans « le monde des fleurs et des saules » et surtout autre un regard sur cette communauté traditionnelle ou encore mal comprise par les occidentaux, qui envoie balader de nombreuses idées reçues (notamment sur le fait que les Geishas sont assimilées aux courtisanes) et nous présente les Geishas davantage comme des gardiennes des traditions ancestrales et que, derrière le faste des kimonos de soie, se cache une réalité beaucoup plus complexe que celle que l’on imagine. Un voyage en Asie instructif que je vous invite à faire.


On sait à quel point le kimono, cette incarnation de la beauté, est essentiel à la geiko. Il est l’emblème de notre profession. Confectionné dans les plus somptueuses soieries, peint à la main, il est en soi une œuvre d’art.

Dans la vie quotidienne ordinaire, la qualité de ce costume est révélatrice de la personnalité de celle qui le porte. On y devine ses goûts, ses moyens financiers, ses origines sociales même. Ce vêtement n’épousant pas les formes du corps, sa coupe ne varie guère, mais on en trouve tissés dans des étoffes et des motifs d’une grande diversité.

Il faut beaucoup de savoir-faire pour choisir avec discernement son kimono selon les circonstances. D’abord, l’on doit tenir compte de la saison. Au Japon, la tradition veut que l’année se divise en vingt-huit saisons, chacune accompagnée de ses symboles : des rossignols pour la fin mars, des chrysanthèmes pour début novembre.