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mercredi 11 juin 2025

Les enquêtes d'Hercule Poirot - Agatha Christie.



On ne le répètera jamais assez : Hercule Poirot est le plus grand détective de tous les temps.

Quel mystère pourrait le dérouter ? Disparition de bijoux inestimables, suicide suspect, espions retors, meurtre crapuleux, escroquerie du haut vol ou sombre affaire d'héritage, rien ne lui résiste. Mais surtout, pas d'acrobaties à quatre pattes dans l'herbe, une loupe à la main. Pas de dissertation sur un mégot taché de rouge à lèvres. Non, Hercule Poirot laisse ces divertissements aux besogneux de Scotland Yard.

Il se contente de s'installer dans un fauteuil et de laisser fonctionner ses illustres petites cellules grises.




Je débute le Ice Cream Summer Challenge avec un recueil de nouvelles d’Hercule Poirot, parce que je ne peux pas envisager un challenge littéraire sans policier mais aussi parce que j’ai pris l’habitude de lire un livre d’Agatha Christie en été.



Les Enquêtes d’Hercule Poirot est donc un recueil de 14 nouvelles :





L’énigme de « l’Etoile de l’Occident » : Poirot reçoit la visite d’une célèbre actrice qui lui explique avoir reçu trois lettres de menace au sujet d’un diamant dont elle est propriétaire : l’étoile de l’Ouest. Hastings, l’ami de Poirot, reçoit quant à lui la visite d’une autre dame possédant un diamant, l’étoile de l’Est, qui aurait elle-aussi reçu des lettres de menace concernant son diamant. Si les deux pierres ne sont pas restituées, elles seront volées.



Tragédie à Marsdon Manor : Poirot est amené à enquêter sur une affaire de meurtre. Pourtant, tout porte à croire que le riche Maltravers est mort dune simple hémorragie interne. Sûrement le fait qu’il ait contracté une police d’assurance maladie d’un montant de 50 000 livres n’a rien à voir…



Un appartement trop bon marché : où l’on apprend que même un détective peut s’intéresser à une affaire concernant un appartement dont le loyer est curieusement bien bas. En se penchant sur l’affaire, Poirot découvre une vérité bien plus sombre… Il se pourrait bien que des histoires d’espion et de mafia se cachent derrière tout ça !



Le mystère de Hunter’s Lodge : Poirot est grippé et cloué au lit… mais n’allez pas croire que cela l’empêchera de mettre de la lumière sur une sombre affaire de meurtre. Envoyant son ami Hastings et l’inspecteur Japp sur place, Poirot prouvera que même la maladie ne saurait avoir raison de ses cellules grises et qu’il est tout à fait capable de résoudre un meurtre depuis sa chambre.



Un million de dollars en bons volatilisés : Des bons de valeur ont disparu de la banque Bentley et Son. Les soupçons se portent vite sur des employés et des clients influents. À Hercule Poirot de les innocenter sur cette affaire bien énigmatique.



La malédiction du tombeau égyptien : Plusieurs membres d’une expédition archéologique en Égypte sont retrouvés morts de façon bien mystérieuse après avoir découvert la sépulture d’un pharaon. Nouveau mystère à la Toutankhamon ou meurtrier se servant des superstitions pour commettre ses méfaits ? Poirot et Hastings se rendent en Égypte pour découvrir la vérité.



Vol de bijoux à l’Hôtel Métropole : Ciel, mes bijoux ! Mme Opalsen est dans tous ses états, on lui a volé ses bijoux ! La bonne et la femme de chambre de Madame s’accusent. Lorsque les bijoux sont retrouvés dans le lit de la bonne, Japp croit l’affaire classée, mais Poirot n’est pas de cet avis.



L’enlèvement du Premier Ministre : Poirot doit enquêter sur la mystérieuse disparition du premier ministre britannique, enlevé juste avant une conférence internationale de grande importance, en France. Qui a kidnappé le premier ministre et dans quel but ?



Une étrange disparition : Un banquier et célèbre homme d’affaire a disparu, et son coffre-fort forcé et son contenu (de l’argent et des bijoux) envolés. Son collègue est vite soupçonné, d’autant plus qu’ils n’étaient pas en termes très chaleureux. Poirot, en revanche, porte ses soupçons ailleurs…



Un dîner peu ordinaire : Hercule Poirot et Hastings reçoivent la visite d'un de leurs amis et voisin proche, le docteur Hawker. Alors qu’ils discutent de cas d'empoisonnements criminels, la femme de chambre de Hawker surgit, affolée, affirmant avoir reçu par téléphone l'appel à l'aide d'un homme disant avoir été « tué ». Lorsqu’ils se rendent sur place, il est déjà trop tard. Seuls indices, les restes d’un dîner et une statuette ensanglantée…



L’affaire du testament disparu : Violet Marsh a hérité un petit manoir de son vieil oncle. Celui-ci, doutant des capacités intellectuelles de sa nièce et regrettant qu’elle ait choisi les études à une vie de femme au foyer, a rédigé un testament selon lequel elle avait un an pour trouver le second testament soigneusement caché dans la maison, faute de quoi l'ensemble de l'héritage sera attribué à des œuvres caritatives. En dépit de ses efforts, Violet ne trouve rien et vient solliciter l’aide de Poirot…



La boîte de chocolats : à la demande de son ami Hastings, Poirot révèle une enquête dans laquelle il a échoué, tout ceci à cause d’une boîte de chocolats et une mort suspecte d’un adversaire farouche du catholicisme, alors que Poirot était enquêteur dans la police…



La mine perdue : Le directeur de la banque de Londres doit acheter une carte d'une mine d'argent en Birmanie mais le porteur, un homme d'affaires chinois, a disparu. Il engage donc Poirot pour retrouver le Chinois et la carte…



La femme voilée : Poirot reçoit la visite d’une femme voilée, fiancée du duc de Southshire, dont une lettre écrite pendant la guerre est tombée dans de mauvaises mains… celles d’un maître chanteur qui lui réclame une somme importante en échange de la lettre, somme que la dame ne peut se permettre de payer. Le temps jouant contre elle, elle se tourne vers le détective en désespoir de cause.




Un petit recueil bien sympathique ! Il y a pas mal de références et clins d’œil à Sherlock Holmes (Poirot qui se plaint, comme Holmes, du manque de cas criminels, le mot qui fait référence à un échec du détective, un personnage du nom de Violet, une affaire en rapport avec le premier ministre, etc), ce que l’amatrice holmesienne en moi a beaucoup apprécié.



C’est un recueil dans lequel le personnage d’Hercule Poirot s’affirme, où l’on découvre plus de détails sur ce personnage, notamment son aversion des voyages, lui qui aime tellement son petit confort, sa maniaquerie (qu’on pourrait aussi appeler « toc » car Poirot aime quand tout est symétrique et rangera des objets selon sa taille ou sa forme), le fait aussi qu’il se nomme parfois « Papa Poirot ». On découvre davantage de facettes de ce personnage, autant l’homme que le détective, ce que j’ai beaucoup apprécié.



Poirot et Hastings (source)

Je ne peux malheureusement pas en dire autant de son ami, le capitaine Hastings, qui n’a guère l’occasion de briller dans ces nouvelles. Ce garçon n’est pas bien brillant, et il peut être parfois franchement désagréable avec Poirot, à manquer de patience avec lui et à prendre la mouche pour rien. À se demander pourquoi Poirot continue d’apprécier sa compagnie et de l’amener dans ses enquêtes. Pourtant, je voudrais bien aimer ce brave Hastings, il a souvent un bon fond, quand son sale caractère ne prend pas le dessus. Il peut être un ami sympathique et il ne se laisse pas faire, mais ce n’est pas le couteau le plus aiguisé du tiroir… Bien-sûr, il faut un Watson à qui le détective doit expliquer les tenants et aboutissants de l’enquête et sa résolution, mais enfin, même Watson avait ses moments d’éclat et d’utilité. J’aurais voulu qu’Hastings brille un peu, pas une lumière en lui-même mais un conducteur de lumière, voire qu’il se rende utile au moins une fois.



Pour parler des nouvelles, celles-ci sont d’intérêt inégal. J’en connaissais déjà quelques-unes pour les avoir déjà lu dans de précédents recueils mais je les ai redécouvertes avec plaisir. Certaines nouvelles ne me laisseront pas un souvenir mémorable, mais d’autres ont été un pur régal de lecture. Je pense notamment à La malédiction du tombeau égyptien qui nous emmène en Égypte et qui n’est pas sans rappeler la malédiction de Toutankhamon, mais aussi l’affaire du premier ministre disparu, celui du testament caché, La boîte de chocolats ou encore Un dîner peu ordinaire. J’ai beaucoup aimé certains retournements de situation (l’accusé idéal qui est en fait innocent, parfois c’est même le client de Poirot le vrai coupable, on a même la présence de la mafia et du premier ministre, rien que ça !). Les enquêtes sont diversifiées, certaines sont résolues grâce à des déguisements, des tours de passe-passe, mais d’autres sont plus complexes et auraient mérité d’être un roman plutôt qu’une nouvelle !



Encore une réussite donc pour Lady Agatha Christie, je retrouve toujours son petit détective belge avec grand plaisir. Si certaines nouvelles ne me laisseront pas un souvenir bien marquant et seront vite oubliées, je relirai d’autres avec plaisir !


— Pardonnez ma franchise, mais étant donné le gâchis que vous avez fait, ne croyez-vous pas qu'il serait plus délicat de notre part de quitter les lieux ? 

— Et que devient le dîner ? Cet excellent dîner préparé par le chef de lord Yardly ?

— Bah ! quelle importance ! m'exclamai-je, impatient.

Poirot eut un geste horrifié. On eût dit un Français, alors qu'il n'est après tout que Belge.

— Seigneur ! Dans ce pays vous traitez vraiment la gastronomie avec une indifférence criminelle.

mardi 15 août 2023

Sous le soleil - Agatha Christie.



Même les plus aguerris des enquêteurs ont besoin d’un peu de répit de temps à autre et, que leurs faveurs aillent à la beauté d’un temple grec ou à la douceur d’une croisière sur le Nil, la saison chaude a de quoi séduire tous les caractères. Mais le crime, lui, ne prend pas de vacances, et nos fins limiers devraient se méfier : cet été, il se pourrait bien qu’ils aient à redouter davantage que des coups de soleil…

Sous le soleil rassemble dans toute leur diversité les plus grands enquêteurs de la reine du crime : d’Hercule Poirot à Miss Marple, sans oublier les plus atypiques, tels que le futé Parker Pyne ou le mystérieux Harley Quinn. Un recueil incontournable pour tous les amateurs de cosy mystery.




Je ne peux pas envisager mes vacances d’été sans un petit roman policier à me mettre sous la dent. J’ai ici jeté mon dévolu sur un recueil de nouvelles d’Agatha Christie. J’avais lu, pour le Cold Winter Challenge, le recueil Sous laglace qui regroupait douze nouvelles qui se situaient pratiquement toutes pendant l’hiver ou les fêtes de fin d’année. Sous le soleil nous propose, à l’inverse, douze nouvelles dont l’intrigue se déroule (le plus souvent) en été ou pendant les vacances, en compagnie des détectives Hercule PoirotMiss MarpleParker Pyne, etc.



Le seuil ensanglanté : Joyce Lemprière raconte à une assemblée d'amis ainsi que sa tante, Miss Marple, l'étrange événement dont elle a été témoin lors de ses vacances dans les Cornouailles. Alors qu'elle s'était posée pour peindre une toile, elle découvre des tâches de sang sur le paysage qu'elle a choisi de peindre. Quelques jours plus tard, la mer renvoie le corps sans vie de l'épouse du capitaine Dacre. Tragique noyade ? Pas si sûr, puisque la victime porte des blessures sur le crâne. Une bonne petite enquête que l'on pourrait coller à la définition de "folie à deux" tant nous avons affaire à un couple redoutablement efficace dans l'art du crime. Miss Marple est douée pour deviner le fin mot d'une enquête, même sans y avoir été confrontée de près !



Le double indice : Hercule Poirot est mandaté pour résoudre l'affaire du cambriolage de bijoux médiévaux et de pierres précieuses. Sur le lieu du vol sont découverts un gant ainsi qu'un étui à cigarette. Le cambrioleur est-il si négligeant ou ces indices ont-ils été laissés là exprès pour mener les enquêteurs sur une fausse piste ? Une nouvelle intéressante qui nous permet de faire la connaissance de la comtesse Rossakov, une femme intelligente et redoutable qui ne laisse pas Poirot indifférent !



Mort sur le Nil : Depuis qu'elle a embarqué sur un somptueux bateau de croisière, Lady Grayle est exécrable et se plaint de tout, au grand désespoir de ses proches. Lorsqu'elle apprend que le détective Parker Pyne a embarqué à bord, elle sollicite ses services. Lady Grayle soupçonne en effet son mari de vouloir l’empoisonner. Une nouvelle qui n’a rien à voir avec le roman du même nom, mais une enquête efficace où l’empoisonneur n’est pas toujours celui que l’on pense (et tant mieux, sinon le lecteur se serait vite ennuyé), j’ai trouvé efficacement sournois l’astuce du meurtrier [spoiler] de faire coïncider l’empoisonnement de Lady Grayle quand son mari était là, et cesser les doses en l’absence du mari, pour que les soupçons se tournent vers le mari et non lui [/spoiler].



Le sentier d’Arlequin : une enquête de M. Satterthwaite qui séjourne chez un couple d’amis, les Denman, où il s’ennuie fermement. Il y retrouve son ami, Harley Quinn. Pas d’histoire de meurtre ou de cambriolage ici, j’ai même eu du mal à voir où l’auteure voulait en venir avec cette histoire de paravent chinois et puis de spectacle de danse, mais l’histoire de cette mystérieuse danseuse russe et de l’aussi énigmatique Mme Denman reste divertissant, et c’est assez tragiquement romantique.



Un dîner peu ordinaire : Nous retrouvons Hercule Poirot. Alors qu’il était en compagnie du docteur Hawker, celui-ci reçoit un appel alarmé d’un de ses patients qui déclare être en train de mourir. Lorsque Poirot et Hawker arrivent sur place, il est déjà trop tard. Le valet, interrogé, avoue que son employeur avait reçu deux hommes pour dîner et qu’il a été question d’argent et de menaces. Ce n’est pas une enquête bien mémorable mais le meurtrier est astucieux et méticuleux dans les détails et la mise en scène… à un détail près. Les lecteurs, tout comme le capitaine Hastings, ne découvrent le fin mot qu’à la toute fin et tout nous semble plus logique une fois que Poirot dévoile tout !



Jane trouve du travail : Jane Cleverland cherche du travail. Elle découvre une intrigante offre dans le journal, recherchant une jeune femme entre 25 et 30 ans, cheveux blonds, yeux bleus, sourcils bruns, sachant l’art de l’imitation et la maîtrise du français. Une bien étrange demande mais, désespérée, Jane décide d’y répondre sans savoir à quoi s’attendre. On lui demande alors de se rendre dans un hôtel de prestige pour aller à la rencontre d’un comte russe. Là-bas, elle y découvre la véritable nature de son travail : se faire passer pour la grande-duchesse Pauline de Russie, menacée d’assassinat… Quel plaisir que la lecture de cette nouvelle ! Jane est un personnage qui n’a pas froid aux yeux, est pleine d’audace et de ressources ! Encore une fois, je n’ai pas vu venir la chute et je salue Agatha Christie pour cette sympathique nouvelle.


— Pour en revenir à mon histoire, j’étais allée passer quinze jours en Cornouailles pour y faire des croquis. Il y a une vieille auberge à Rathole : Aux Armes de Polharwith. On prétend que c’est la seule maison qui aurait résisté aux bombardements des Espagnols en 1500 et quelques.

— Pas aux bombardements, dit Raymond West en fronçant les sourcils. Tâchez d’avoir une vue plus juste de l’histoire, Joyce.

----- Le seuil ensanglanté. (Raymond West is me) 



Une étrange disparition : Poirot, son ami Hastings et l’inspecteur Japp discutent de l’étrange disparition de Davenheim, banquier et financier renommé. Un peu plus tard, son coffre-fort est dévalisé, sans aucun signe d’effraction venant de l’extérieur de la pièce. Joueur, Japp fait le pari avec Poirot que, d’ici son fauteuil avec uniquement les faits à sa disposition, il ne saurait résoudre l’énigme en une semaine. C’est mal connaître Poirot et l’efficacité redoutable de ses petites cellules grises. Un type qui espère tromper son monde et excelle dans l’art du déguisement, les piques amicales entre Japp et Poirot sous fond d’un pari, une petite lecture sympathique.



Le sanctuaire d’Astarté : Miss Marple et ses compagnons écoutent l’histoire narrée par un révérend. Alors qu’il était invité à séjourner chez son ami auprès d’autres convives, il s’aperçoit bien vite qu’une jolie femme mariée fait tourner la tête à son ami. Un jour qu’ils visitent les environs, la dame disparaît après s’être aventurée dans un bosquet que le révérend décrit comme maléfique. Une étrange scène se produit alors qu’ils retrouvent la disparue. Celle-ci n’est pas dans son état normal et le révérend voit son ami mourir subitement devant ses yeux. Comment le meurtre a eu lieu sans que l’arme du crime n’ait été visible aux témoins, qui est l’assassin, le bosquet est-il vraiment maudit ? Une enquête intéressante où l’on ne découvre le fin mot qu’à la fin et l’ambiance autour de ce bosquet mystique est plaisante.



L’émeraude du Radjah : Un dénommé James Bond a la surprise de sa vie en regagnant les cabines de plage pour se rhabiller après une journée au bord de la mer. Au fond de la poche de son pantalon, une magnifique émeraude. Ce pantalon n’est pas le sien ! D’où vient cette émeraude ? A-t-elle été volée ? Doit-il en parler à la police ? Pourrait-on seulement croire que sa découverte est tout à fait hasardeuse ? Le personnage n’a rien d’un espion mais il est audacieux et plutôt hilarant dans ses petites piques, j’ai beaucoup aimé le suivre et la fin est un délice !



L’oracle de Delphes : Après ses déboires dans la nouvelle « Mort sur le Nil », Parker Pyne aspire à des vacances tranquilles en Grèce. Mais voilà qu’il apprend que l’on utilise son identité pour un mauvais escient et qu’une dame consulte ce faux détective concernant l’enlèvement de son fils.



Le sinistre inconnu : Une enquête de Tommy et Tuppence dans laquelle ils sont sollicités par un médecin victime de supercheries au téléphone. Du moins, le croit-il. À la fin de l’appel, il s’aperçoit avec effroi que son bureau a été fouillé. Avec l’aide des deux détectives, il espère prendre le ou les responsables la main dans le sac. Cependant, ils s’aperçoivent tous deux que l’adresse donnée par le médecin n’existe pas. Moins mémorable que les autres en mon sens mais assez divertissant. Tout le monde trompe tout le monde et on ne sait pas à qui se fier, en dehors de notre duo.



L’invraisemblable vol : On termine le recueil avec Hercule Poirot, mandaté par un lord et politicien pour résoudre l’affaire du vol de plans du nouveau bombardier de la Royal Air Force. Le lord soupçonne un de ses invités d’être un espion au service des nazis. Au cours de son enquête, Poirot découvre que le voleur est encore dans les parages et que les plans du bombardier n’ont pas encore quitté les lieux tandis que le lord et son ami sont persuadés qu’il s’agit d’une invitée à qui ils prêtent tous les maux. Une nouvelle un peu plus longue présentant un huis clos intéressant. Fidèle à lui-même, Poirot ne dévoile la vérité qu’à la toute fin, surprenant son monde !



J’ai retrouvé avec plaisir les différents héros d’Agatha Christie pour ces douze récits, mais, je l’avoue, surtout Hercule Poirot et Miss Marple. Le format nouvelle donne parfois l’impression que l’intrigue est rapide et bâclée, pourtant je n’ai pas boudé mon plaisir à l’occasion de cette lecture, je dirais même avoir préféré ce recueil à Sous la glace. Si les nouvelles restent d’intérêt inégal, j’ai aimé la quasi totalité d’entre elles. Globalement, cette sélection de nouvelles est de très bonne qualité, même si l’action de certaines d’entre elles ne se déroule pas toujours forcément en été. On y retrouve tout de même parfois le cadre de la plage, d’un voyage en train ou en bateau ou lors d’un dîner ou de vacances où les personnages sont conviés par des amis ou connaissances. J’ai trouvé amusante la présence d’une nouvelle intitulée « Mort sur le Nil » qui comporte quelques points communs avec le roman du même nom, ainsi que la présence d’un James Bond dans une autre nouvelle et qui n’a rien à voir avec le célèbre espion anglais.


En résumé, un sympathique florilège de nouvelles de la reine du crime, parfait pour la saison estivale. De bons petits crimes à se mettre sous la dent sous le parasol, à la plage ou en repos chez soi.


« Tandis qu’il me parlait, j’avais continué de peindre et je m’aperçus soudain que, prise par son récit, j’avais peint quelque chose qui n’existait pas. Sur les dalles blanches où tombait le soleil, devant les Armes de Polharwith, j’avais représenté des taches de sang. Il me sembla inouï que l’esprit puisse jouer des tours aussi extraordinaires à la main, mais en regardant encore une fois l’auberge, j’éprouvai un nouveau choc. Ma main n’avait fait que peindre ce que mon œil voyait – des taches de sang sur les dalles blanches. Je les fixai un moment. Puis je fermai les yeux en me disant : ne sois pas stupide, en fait, il n’y a rien du tout. Mais quand je les rouvris, les taches de sang étaient toujours là. Je me sentis soudain incapable de le supporter. »

jeudi 9 mars 2023

Cinq petits cochons - Agatha Christie.


Cinq témoignages accablants ont fait condamner à la détention perpétuelle Caroline, la femme d'Amyas Crale, peintre renommé, mort empoisonné. 

Seize ans après, Hercule Poirot, le détective belge qu'Agatha Christie a rendu célèbre, prend l'affaire en main. Ne s'arrêtant pas aux évidences, tirant parti du moindre indice, il fait éclater une vérité à laquelle personne ne s'attendait.




Une jeune femme nommée Carla Lemarchant mandate Hercule Poirot pour une affaire délicate. En effet, elle souhaite innocenter sa mère, Caroline, du meurtre de son père, Amyas Crale, célèbre peintre, retrouvé mort empoisonné. Il ne s’agit pas d’une mince affaire, le crime ayant eu lieu seize ans auparavant, d’autant plus que les preuves discriminant son épouse étaient irréfutables et que Caroline Crale n’a pas cherché à se défendre lors de son procès. Pourtant, Caroline a laissé à sa fille une lettre dans laquelle elle assure son innocence. Carla est décidée à découvrir la vérité sur la mort de son père et à innocenter sa pauvre mère, morte en prison. Une enquête bien particulière mais Hercule Poirot accepte de relever le défi et s’en va à la recherche des principaux suspects : Philip et Meredith, les frères du défunt ; Angela Warren, sœur de l’accusée ; Cecilia Williams, l’ancienne nourrice de Carla ; et enfin Elsa Greer, l’ancienne jeune et jolie maîtresse d’Amyas



Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une mince affaire. Juges, enquêteurs et avocats s’étant chargés de l’affaire sont unanimes. C’est l’épouse la coupable. Du côté des témoins, c’est le même son de cloche. Seule Angela clame l’innocence de l’accusée. Pour les autres, il s’agit soit d’une femme désagréable et calculatrice qui a prémédité avec sang froid le meurtre de son mari, soit d’une épouse bafouée et trompée que l’on a poussé à bout jusqu’à commettre l’impensable. Car tout n’était pas tout rose au foyer des Crale. Amyas jouissait d’une certaine renommée et était un homme à femmes, il a même poussé le vice jusqu’à faire cohabiter sa maîtresse avec son épouse en vue de peindre son portrait, tandis que la jeune Elsa répétait à qui voulait l’entendre qu’elle ferait divorcer le couple pour épouser le peintre. Or, Caroline l’a affirmé, elle préfère savoir son mari mort que de le laisser à cette opportuniste.



La particularité de ce roman est qu’Agatha Christie confronte son détective belge à un meurtre qui a été commis… seize ans auparavant. Les preuves ont disparu, les lieux ont changé, les relations ont évolué, les souvenirs ne sont plus aussi vifs dans les esprits des témoins. Des éléments ont pu être oubliés ou embrouillés, ce qui rend l’enquête plus compliquée pour Hercule Poirot. Un concept donc très intéressant que j’ai pris plaisir à découvrir dans ce roman. Les preuves matérielles ayant disparu, Hercule Poirot se base donc sur les témoignages des différents témoins… et on ne s’en étonnera guère, puisque Dame Agatha excelle dans la psychologie des personnages et des relations et que, comme ne cesse de le répéter Poirot, son exercice ne consiste pas à chercher des traces de pas ou de la cendre de cigarette mais plutôt à faire fonctionner ses petites cellules grises en travaillant sur les témoignages des témoins qui, s’ils se ressemblent, apportent chacun des éléments différents (car ils ont été vécu différemment) mais aussi et surtout un différent portrait du couple, et en particulier Caroline. Ainsi, il peut leur arriver de laisser leurs sentiments envers elle interférer avec leurs interprétations de certains scènes.



J’ai trouvé l’enquête très bien menée, Hercule Poirot use et abuse de ses relations pour pouvoir approcher les personnages clés de l’enquête, personnages avec une personnalité bien à eux ! J’avoue avoir beaucoup apprécié Cecilia Williams, excellente pédagogue et spécialiste dans la psychologie des enfants mais qui porte un regard qui est loin d’être tendre envers le sexe masculin (en même temps, peut-on la blâmer, surtout avec les événements décrits dans le roman ?). Le mystère plane jusqu’à la fin, et même si l’on porte des doutes sur tel ou tel personnage, la résolution finit par surprendre son lecteur tant l’auteure sait comment jouer avec nous pour nous faire dévier sur de fausses pistes. Je trouve juste dommage que [spoiler] la coupable s’en sorte et que Poirot la laisse partir, sans être punie de la même façon que Caroline l’a injustement été [/spoiler]



Encore un bon roman policier de la reine du crime. Elle sait toujours nous offrir des enquêtes intéressantes tout en gardant le suspense jusqu’au bout, mais c’est également la modernité et même la légèreté qu’on retrouve dans sa plume de l’auteure qui me font revenir vers elle pour découvrir ses autres romans. Elle écrit avec beaucoup de fluidité, d’humour et d’ingéniosité.  


- Les hommes ! ... lâcha-t-elle sans aller plus loin.

Comme un riche propriétaire terrien prononcerait "les bolcheviks", un communiste fervent "les capitalistes", une bonne maîtresse de maison "les cafards" - voilà comment miss Williams avait dit "les hommes !".

Toutes ses fibres de vieille fille et de gouvernante vibraient d'un féminisme virulent. A l'entendre, nul n'aurait douté que pour miss Williams, la gent masculine était l'Ennemi avec un grand E.

- Vous ne portez pas les hommes dans votre cœur, observa Poirot.

- En ce bas monde, les hommes se taillent la part du lion, répondit-elle sèchement. J'espère que ça changera un jour ! 

mardi 7 février 2023

Sous la glace - Agatha Christie.



Qui a dit qu’hiver rimait avec plaid, vin chaud et feu de cheminée ? Certainement pas les fins limiers de ce recueil de 12 nouvelles, pour qui l’art de passer un hiver paisible implique une méfiance absolue envers les possibles congères mortelles, repas empoisonnés, cadeaux malintentionnés et autres joyeusetés qui accompagnent les rigueurs de la saison froide.

Sous la glace rassemble dans toute leur diversité les plus grands enquêteurs de la reine du crime : d’Hercule Poirot à Miss Marple, sans oublier les plus atypiques, tels que le futé Parker Pyne ou le mystérieux Harley Quinn. Un recueil incontournable pour tous les amateurs de cosy mystery.




Derrière cette jolie couverture aux couleurs douces, presque pastel, se cache un recueil de douze nouvelles d’Agatha Christie où l’on retrouve ses personnages : le célèbre Hercule Poirot bien entendu, Miss Marple, mais aussi Parker Pyne, Harley Quinn (un détective et non une psychiatre d’Arkham devenue criminelle), Tommy et Tuppence, ou encore  Sattherthwaite.


Ces différentes nouvelles ont toutes (ou presque) comme point commun de se dérouler en hiver ou pendant la période des fêtes. Il s’agit souvent d’affaires qui se sont déroulées des années de cela et qui sont racontées par un ou plusieurs personnages, comme une histoire que l’on se raconte au coin du feu. Rien de tel qu’un bon mystère pour faire frissonner et un bon feu ou une boisson chaude pour se réchauffer.


J’ai retrouvé avec plaisir Hercule Poirot et découvert les autres détectives d’Agatha Christie, et notamment Miss Marple qui a éveillé ma curiosité. Bien-sûr, ces nouvelles ont des intérêts inégaux. Certaines m’ont plu, d’autres beaucoup moins. À l’inverse d’Arthur Conan Doyle où je préférais le format de nouvelles pour les aventures de son détective, ma préférence va chez les romans pour Agatha Christie et non les nouvelles où je trouve les affaires bien vite résolues, normal me direz-vous car c’est pour mieux suivre le format d’histoire courte. Toutefois, certaines histoires étaient plutôt savoureuses à découvrir et l’auteure aura réussi à me surprendre… encore une fois.


Sous la glace regroupe ainsi douze nouvelles, qui sont les suivantes :


La boîte de chocolats : Hastings interroge son ami Hercule Poirot. A-t-il déjà, au cours d’une enquête, échoué à trouver le véritable coupable ? Poirot lui raconte alors une ancienne enquête, celle où un homme d’Église a trouvé la mort, et où une boîte de chocolat est soupçonnée d’empoisonnement… Une histoire plutôt intéressante où l’on découvre que même le célèbre Hercule Poirot a ses limites, et les holmesiens trouveront que l’auteure s’est ici une nouvelle fois inspirée de Sherlock Holmes.


Tragédie de Noël : Miss Marple est amenée à raconter à son entourage une bien curieuse histoire. Persuadée qu’un certain M. Sanders cherchait à se débarrasser de sa femme, mais personne ne veut croire l’honorable vieille dame qui se retrouve seule à essayer d’empêcher ce drame. Mais Mme Sanders meurt brutalement, sous le choc de son mari. Véritable choc ou parfait comédien ? Est-il bien le tueur ou quelqu’un est-il passé avant lui ? Ma première rencontre avec Miss Marple, et pas la dernière ! Le procédé et l’issue étaient assez ingénieuse, j’ai tiré des conclusions hâtives et j’ai été surprise sur la fin.


L’arrivée de M. Quinn : Le soir de la Saint Sylvestre, M. Sattherthwaite et ses invités reçoivent la visite inattendue d’un certain M. Quinn dont la voiture est tombée en panne. Il s’avère qu’il connaissait plutôt bien M. Capel, l’ancien propriétaire de la maison des Sattherthwaite qui s’est donné la mort par balle des années de cela, ce qui conduit tout ce petit monde à discuter de ce tragique événement. Mais qu’est-ce qui a pu pousser cet homme, à priori sans histoire, joyeux et plein de projets d’avenir, à se suicider ? Les personnages s’interrogent… Une nouvelle sympathique, sans plus, mais qui fait l’affaire.


Le mystère du bahut de Bagdad : Poirot et Hastings se remémorent une ancienne enquête du détective sur le meurtre d’un certain M. Clayton retrouvé poignardé dans un meuble que l’ami du défunt, le Major Rich, a apporté de Moyen-Orient. Plusieurs regards extérieurs trouvant l’amitié de Mme Clayton et du Major Rich assez étroite pour en tirer la conclusion que le mobile du meurtre est déjà tout trouvé. Mme Clayton s’adresse à Poirot pour qu’il l’aide à innocenter le Major. J’ai beaucoup aimé cette histoire, le plan est tout simplement diabolique, c’est un exemple du crime parfait, celui que l’on commet en public sans que personne ne le remarque.


La fille du pasteur et La Maison Rouge : une aventure de Tommy et Tuppence. Monica Deane, fille de pasteur, vit dans la pauvreté avec sa mère lorsqu’elle hérite de la maison d’une vieille tante. Les offres affluent pour que Monica vende la maison, ce qu’elle refuse. Puis un jour, les tableaux se décrochent, les meubles bougent de place, bruits effrayants… Esprit frappeur, simples farceur ou autre ? Une intrigue plutôt sympathique même si ce n’est pas vraiment l’enquête qui m’a intéressé mais plutôt nos deux enquêteurs bien hauts perchés que j’ai pris plaisir à suivre.


L’express de Plymouth : Halliday, un riche Américain, fait appel à Poirot pour élucider le meurtre de sa fille, retrouvée poignardée dans une cabine de train. La jeune femme était en instance de divorce, ne voyageait jamais sans sa mallette à bijoux, et a inexplicablement modifié ses plans de trajets. Ce n'est pas la meilleure nouvelle du détective belge, mais elle se laisse lire avec plaisir.


L’intrigante de Pollensa : Alors en vacances, M. Parker Pyne est visité par une dame le conjurant de sauver son fils d’un mariage qui, selon elle, lui gâchera la vie. Et cette pauvre mère n’est pas au bout de ses peines ! Voilà qu’une dame diablement séduisante semble avoir mis le grappin sur son fils chéri. Qui entre la fiancée et cette nouvelle intrigante fera-t-elle la guerre ? Une intrigue qui semble classique mais son dénouement parvient à surprendre !


Droit d’asile : Bunch, femme de pasteur, découvre dans son église un homme bien mal en point demandant le droit d’asile avant de décéder. Le diagnostic du médecin de ville est formel, on a tiré sur le malheureux. Présenté comme dépressif par sa famille, il est conclu à un suicide. Bunch n’en est pas si sûre, d’autant que la famille du défunt insiste beaucoup trop pour récupérer ses affaires et notamment son veston. Persuadée qu’il y a anguille sous roche, Bunch s’en va retrouver sa marraine, Miss Marple… Sans doute une des nouvelles du recueil que j’ai beaucoup aimé ! Aussi bien pour l’intrigue que pour ses personnages, Bunch est la digne filleule de Miss Marple.


Le mystère de Hunter’s Logde : On retourne avec Hercule Poirot, grippé et en quarantaine, qui envoie son ami Hastings dans le Derbyshire, accompagner un baron dont l’oncle a été sauvagement assassiné. Une nouvelle plutôt intéressante nous prouvant que Poirot n’a pas besoin d’être sur place pour dénicher les coupables.


Le bout du monde : On retrouve Sattherthwaite, en vacances en Corse en compagnie d’une duchesse. Ils croisent sur leur route une artiste plutôt détachée de la vie. Je dois avouer ne pas avoir retenu grand-chose de cette histoire qui n’a pas su m’intéresser.


L’émancipation d’Edward Robinson : Edward Robinson découvre, en revenant de balade, un collier de diamants à l’intérieur de sa voiture et comprend bien vite que qu’un voleur a confondu sa voiture avec la sienne. Découvrant un message dans le vide proche donnant rendez-vous au voleur en un certain endroit, il décide sur un coup de tête de se faire passer pour le voleur… Quelle aventure cette nouvelle fut, et pourtant je l'ai trouvé laborieuse à la première lecture.


On termine avec Une aventure de Noël que je ne résumerai pas car j’ai eu l’occasion de la lire dans Christmas Pudding. Néanmoins, je l’ai relu avec grand plaisir. Elle retranscrit très bien les noëls des campagnes anglaises tout en nous offrant une petite intrigue sympathique.

Je n'ai pas grand chose à redire sur ce recueil, il se laisse lire avec plaisir et nous offre une panoplie d'affaires et d'enquêteurs variés, pour maintenir l'intérêt du lecteur. Si elles ne présentent pas toutes le même intérêt, ces nouvelles se laissent lire avec plaisir, comme souvent avec la reine du crime. En résumé, un sympathique recueil à lire pour la période hivernale, ou après.


Ce bon inspecteur croit à la matière en mouvement, murmura Poirot tandis que notre ami s’éloignait. Il voyage ; il mesure les empreintes de pas ; il ramasse la boue et les cendres de cigarette ! Il est extrêmement actif ! Zélé au-delà de toute expression ! Et si je lui parlais de psychologie, savez-vous ce qu’il ferait, mon ami ? Il sourirait ! Il se dirait : « Pauvre vieux Poirot ! Il vieillit. Il devient sénile. » Japp représente la « jeune génération qui frappe à la porte ». Et, ma foi, ils sont tellement occupés à y frapper, à cette malheureuse porte, qu’ils ne s’aperçoivent même pas qu’elle est grande ouverte !

mercredi 27 juillet 2022

Les vacances d'Hercule Poirot - Agatha Christie.



Hercule Poirot aimerait bien passer des vacances tranquilles. Une petite île, un hôtel agréable, une cuisine soignée, des pensionnaires charmants. 

Tout irait pour le mieux si, au milieu des estivants, ne tournait Arlena Marshall, une de ces femmes fatales qui font perdre la tête aux hommes. 

Mais était-ce une raison pour l'étrangler ?





Un détective, ça travaille toujours, même en vacances !



Je venais à peine de revenir de mes petites vacances qu’Hercule Poirot commençait les siennes… mais s’agit-il vraiment de vacances quand le crime veille toujours ? Alors qu’il se reposait au bord de mer dans une petite île tranquille et sans histoire, voilà que la ravissante Arlena Marshall débarque, faisant tourner la tête de bien des hommes et bouillir de jalousie les femmes. Patrick Redfern se transforme en toutou prêt à courir vers sa maîtresse sitôt Arlena l’appelle ou lui adresse un regard, un sourire… ce qui n’est pas au goût de Christine, sa femme. Linda ne peut souffrir sa nouvelle belle-mère et se demande pourquoi diable son père l’a épousé, lui qui semble bien être le seul homme à qui Arlena ne rend pas fou d’amour, une question que partage Rosamund, l’amie d’enfance de l’époux, Mr Marshall. Sans compter le couple Gardener et les autres vacanciers…



Le crime, s’il paraît simple de prime abord, se révèle progressivement être d’une ingéniosité diabolique, nous montrant que le meurtrier a pensé à tout [spoiler] le coup de la montre, le faux cadavre, le livre sur le vaudou, etc [/spoiler] ! L’identité de ce dernier se révèle à la fois comme une évidence mais également comme une surprise à laquelle on ne s’attendait pas !



La victime est désignée d’avance. Une aussi jolie femme, et riche de surcroît, ne peut qu’attirer les envies et les jalousies… surtout quand elle ne semble avoir aucun scrupule à attirer les hommes, fussent-ils mariés. Le crime est précédé par une délicieuse atmosphère qui signale le calme avant la tempête… un vrai orage d’été ! Une tension palpable, un malaise, des jalousies… un coupable bien difficile à cerner, car si Arlena avait de nombreux admirateurs, elle s’est faite beaucoup d’ennemis… Christine, dont le mari voyait en secret sa nouvelle maîtresse. Linda, qui ne supporte pas sa belle-mère. Rosamund, qui aime Mr Marshall et à qui ce dernier a révélé qu’il refusait le divorce et que seul la mort lui permettrait une séparation avec Arlena… et ce fameux maître chanteur dont Arlena serait victime, selon les dires de Christine.



C’est toujours un plaisir de retrouver Hercule Poirot, détective belge (et non Français, je vous prie ! comme il pourrait s’insurger), à la fois insupportable par son orgueil et attendrissant par son humanité, drôle dans ses remarques et toujours terriblement intelligent et efficace. Tout d’abord, il observe et suit l'enquête sans trop s'avancer à donner des réponses, laissant la police de Scotland Yard se charger de l’affaire. Progressivement, il devine l’identité du coupable et comment s’est déroulé le crime, sans pour autant révéler quoique ce soit, car Hercule Poirot aime la mise en scène et il ne révèle la vérité que devant un public, rassemblant avec eux les pièces du puzzle qu’il a réussi à achever grâce à ses cellules grises.



Comme dans la plupart des romans d’Agatha Christie, je déplore le fait qu’elle réunisse encore une fois de nombreux personnages introduits en si peu de temps, si bien qu’on s’y perd, surtout au début alors qu’on doit être accroché à l’histoire… Ce n’est qu’au fil des chapitres qu’on parvient un peu mieux à différencier qui est qui… même si certains personnages auront été chez moi moins mémorables que d’autres. Toutefois, j’ai trouvé intéressant cette sorte de réflexion sur le personnage de la femme fatale, ce qu’elle est, ce qu’elle fait, pourquoi, et si Arlena manipulait tous les hommes ou si elle n’était pas aussi un peu manipulée elle-aussi…



Ce roman ne me laissera pas un souvenir mémorable, mais la formule fonctionne toujours chez moi et j’ai passé un agréable moment avec Hercule Poirot. C’est une lecture légère et plaisante, idéale pour les vacances d’été, surtout avec le cadre du roman !


- Je le vois très bien, mon enfant, et je suis d'accord avec vous. Mrs Redfern n'est pas quelqu'un qui "voit rouge" comme on dit. Ce n'est pas elle qui se laisserait...
Et, la tête en arrière, les yeux mi-clos, il [Poirot] porsuivit en choisissant ses mots avec soin :
- Ce n'est pas elle qui se laisserait emporter par des sentiments violents... Pas elle qui regarderait avec des yeux de haine le visage haï de celle qui lui prend plus que la vie... Pas elle qui s'appesantirait sur ce cou détestable... Qui souhaiterait renfermer les mains dessus... Et puis les serrer, les serrer... Jusqu'à les sentir enfin s'enfoncer dans la chair...
Il s'interrompit net.
Linda se leva en chancelant.
- C'est fini ? Je peux m'en aller ? bredouilla-t-elle d'une voix tremblante.

lundi 7 mars 2022

La mort dans les nuages - Agatha Christie.



Dans un avion en plein vol, Mme Giselle est assassinée, apparemment à l'aide d'une fléchette empoisonnée lancée depuis une sarbacane sud-américaine. C'est un coup très difficile pour le tueur, car tous les passagers pouvaient le voir, y compris Hercule Poirot, qui était présent à quelques mètres de la victime. Et pourtant, l'assassin a réussi. Cependant, son aplomb et sa ruse ne feront pas le poids face aux qualités de déduction du détective belge…




Dans mon cœur, le roi des détectives est sans conteste Sherlock Holmes mais j’ai une tendresse toute particulière pour Agatha Christie et son petit détective belge que j’ai pris plaisir à retrouver dans cette aventure.


La mort dans les nuages nous présente un meurtre en huis-clos. Après les meurtres sur un bateau (Mort sur le Nil) ou dans un train (Le Train Bleu, Le crime de l’Orient-Express), le délit se déroule ici dans un avion avec les originalités qui suivent : l’arme du crime qui se présente comme une flèche empoisonnée avec sa sarbacane, et la présence d’Hercule Poirot au moment où le meurtre se déroule. Bien qu’ayant le mal de l’air et ayant passé le vol à dormir, Poirot devient suspect de l’affaire malgré lui. Un affront pour le détective belge. Le voilà suspect et on assassine sous son nez ! C’en est trop, et voici que ses fameuses petites cellules grises se mettent au travail pour dénicher le ou la coupable, aidé de Jane Grey, une jeune coiffeuse qui était également présente lors du vol.


Bien-sûr, les passagers interrogés disent ignorer tout de la victime et ne pas être impliqués dans l’affaire, et nous avons une belle brochette de suspects : une riche héritière et sa rivale, un dentiste, une coiffeuse, un docteur, un auteur de roman policier, deux archéologues français… ainsi qu’une guêpe ! Bien-sûr, au fil des chapitres, on finira par apprendre que la plupart de ces personnes étaient liées à la victime puisque cette dernière prêtait de l’argent en cas de difficultés… et n’oubliait jamais de réclamer son remboursement que certains peinaient parfois à faire, faute de moyen. Ainsi, ils trouvent bien leur intérêt à la mort soudaine de cette vieille dame. Fidèle à elle-même, la reine du crime ne manque jamais de faire dévoiler à ses personnages leurs petits problèmes familiaux ou conjugaux… et n’a pas su résister à l’envie de nous taquiner un peu, pauvres Français, ainsi que des auteurs de policier (l’occasion de faire un peu de satyre ?), et de parler de ces gens étranges mais fascinants que sont les archéologues (on sent que Madame Christie devait avoir épousé son archéologue de mari à cette époque).


Une fois de plus, Dame Agatha sait très bien jouer sur la psychologies de ses personnages et nous offrir une affaire intéressante dans laquelle on est bluffé par la véritable identité du meurtrier ainsi que son motif… Il y a bien des rebondissements dans cette affaire qui oscille entre la France et l’Angleterre, ainsi qu’une touche humoristique si propre à l’auteure, à travers ses petites taquineries, les répliques de l’inspecteur Japp côté anglais et l’inspecteur Fournier côté français, ou certains personnages drôles malgré eux (j’imagine encore l’un des inspecteurs s’entraîner avec la sarbacane devant les yeux surpris sinon effrayés des spectateurs)… mais tout de même, Hercule Poirot a un peu la fâcheuse manie de se faire entremetteur dans ses enquêtes !


Encore une fois, j’ai passé un très bon moment avec Hercule Poirot et Agatha Christie, il ne fait pas partie de mes préférés mais comme d’habitude, la formule fonctionne et l’histoire se lit avec beaucoup de plaisir, et on en redemande !


- Vous croyez vraiment que les Français sont les coupables ?

- Franchement, non. A mon avis, les archéologues sont de pauvres bougres. Tout le temps à creuser et à tenir des propos sans queue ni tête au sujet de ce qui est arrivé il y a mille ans... D'où le sauraient-ils, je vous le demande un peu ! Qui va les contredire ? S'ils affirment qu'un foutou collier de perles est vieux de cinq mille trois cent vingt-deux ans, qui va les contredire ? Ce sont peut-être des menteurs - bien qu'ils aient l'air de croire eux-mêmes à ce qu'ils disent - mais ils sont inoffensifs. J'ai eu un vieux ici, l'autre jour, à qui on avait fauché un scarabée. Il était dans un état ! Un brave type, mais aussi désarmé qu'un nourrisson. Non, entre nous, je ne crois pas un instant à la culpabilité de cette paire d'archéologues français.

- A celle de qui, alors ?

- Eh bien, il y a Clancy, évidemment. Il est bizarre. Il se balade en parlant tout seul. Quelque chose le travaille, ça c'est sûr.

- L'intrigue de son nouveau roman, peut-être ?


samedi 15 mai 2021

La Mort n'est pas une fin - Agatha Christie.

Quand Renisenb revient au foyer après la mort de son époux, elle retrouve sa famille telle qu'elle l'avait quittée. Mais depuis que son père, Imhotep, a ramené une nouvelle concubine de son voyage dans le Nord, tout semble différent. La jeune femme à la beauté sans pareille a ensorcelé le maître. Habitée par un génie maléfique, elle sème le désordre dans le domaine comme dans la fratrie.

Si elle venait à disparaître, le coeur d'Imhotep retournerait à ses fils. Il suffirait d'écraser le serpent, et tout redeviendrait comme avant. Mais le Mal vient-il seulement de cette inconnue ? On dirait qu'un autre poison ronge la maison du maître... 


Loin des détectives belges et de l’Angleterre auxquels elle nous a habitué avec ses romans, Agatha Christie a changé ici d’horizon pour nous offrir un polar en pleine Égypte Antique.


Après la mort de son mari, Renisenb et sa petite fille réintègrent le domicile familial, où vit son père Imhotep, veuf et prêtre de la maison des morts, ses deux frères, leurs épouses et enfants, leur grand-mère et le vieille domestique. Endeuillée, la jeune femme se languit de son enfance et aspire à la paix dans la maison familiale où elle est heureuse de constater que rien ni personne n’a changé… du moins, le croit-elle. Car Imhotep est revenu de son voyage avec une nouvelle concubine, la jeune et belle Nofret. L’arrivée de cette étrangère ne plaît pas à la famille et Nofret leur rend bien et, sournoisement, commence à semer la zizanie au sein de la famille en attisant les jalousies et les rivalités. La tension monte… jusqu’au premier meurtre. Renisenb va devoir mener l’enquête, avec l’aide d’Hori le scribe de la famille, et de sa grand-mère Esa.


On retrouve bien la patte d’Agatha Christie dans ce roman : elle nous décrit une famille d’apparence normale et semblant nager dans le bonheur, mais on finit par découvrir les jalousies et manigances de certaines femmes, il y a l’épouse qui martyrise son mari ou vice-versa, une dame âgée maligne et observatrice, des frères en pleine rivalité, le patriarche qui contrôle tout, etc. Le scénario n’a rien d’inédit, si l’on connaît bien Agatha Christie, toutefois c’est une formule qui marche car ce roman fut plaisant à lire malgré des lenteurs au début, et les difficultés, au début, à retenir qui est qui.


L’aspect le plus intéressant, c’est l’accent mis sur la psychologie de ses personnages. Imhotep a tendance à répéter que c’est lui et lui seul qui subvient aux besoins de ses enfants et leur famille et rechigne à leur laisser prendre des décisions. L’aîné, Yahmose, est le fils modèle qui obéit à son père mais qui n’ose pas s’affirmer et prendre des décisions par lui-même, ce qui exaspère sa femme, et son père. Sobek, le fils cadet, est plus indépendant mais trop fougueux. Le petit dernier, Ipi, ne rêve que de prendre les rênes de la famille mais il est trop jeune, et souffre d’être dans l’ombre de ses cousins plus âgés. La vieille domestique ne jure que par Imhotep, et elle est méprisée par les enfants et leur rend bien.


Lorsque Nofret débarque, nous assistons aux différentes réactions de la famille et comment ils s’adaptent à cette nouvelle. Les personnages deviennent cachottiers, sournois, manipulateurs, l’un s’affirme tandis que l’autre se fait plus discret, s’allient contre la nouvelle ou se déchirent alors que leurs insécurités et jalousies se dévoilent. Les frères et leurs épouses prennent peur car la place de Nofret en tant que nouvelle concubine peut tout changer, y compris leurs intérêts et ceux des petits-enfants. Car Imhotep pourrait très bien changer son testament en faveur Nofret… On assiste au changement qui se produit au sein de la famille alors que Nofret, comme du poison, installe le doute, les tensions et les jalousies… et très vite, on est amené à se demander qui va mourir.


J’ai aimé l’ambiance du roman. Il doit bien s’agir de l’un des rares romans où l’auteure fait mourir plus d’un personnage, et tout ne s’arrête pas après ce premier meurtre. La tension continue de monter alors que se succèdent les accidents et que des personnages changent d’attitude. Si Nofret n’a rien d’une Sainte et met bel et bien le feu à la poudre, sa présence ne fait que mettre au jour les insécurités, rivalités et jalousie des membres de la famille. Elle n’a fait qu’accélérer le processus. On finit par découvrir que c’est un personnage avec ses malheurs et une certaine vulnérabilité, ce qui ne nous empêche pas d’être irritée par elle alors qu’elle s’amuse à martyriser la famille et se faire bien voir par Imhotep uniquement. Au final, ce qui rend intéressant l’aspect psychologique est le fait que c’est une chose qu’on connaît bien, l’être humain est ce qu’il est, avec des familles dysfonctionnelles, c’est ce qui donne au récit un côté intemporel.


Si j’ai beaucoup apprécié le changement de décor et qu’Agatha Christie nous propose son histoire dans l’Égypte antique, je n’ai pas pu m’empêcher d’être légèrement déconfite face au manque de précisions autour des mœurs, de la vie quotidienne et de la société des Égyptiens de l’époque. Outre les mentions que l’auteure fait parfois sur les rites funéraires des Égyptiens, ce roman aurait très bien pu se passer en Angleterre au XXe siècle sans que cela nécessite de gros changements dans le scénario. Pourtant, l’ancienne Égypte n’a pas son pareil pour éveiller la curiosité et les fantasmes des lecteurs. Si Agatha Christie a été l’épouse d’un archéologue, elle ne fut ni historienne ni une aïeule de Christian Jacq, et l’auteure a d’ailleurs confessé que ce n’était pas son intention de faire un roman historique. Le cadre historique sert plutôt à l’auteur pour constituer un huis clos familial à l'équilibre précaire. Si l’on veut se représenter les paysages, l’habitation, les vêtements, les coiffures, etc, il faut user de son imagination.


Outre ce point, j'ai beaucoup apprécié ma lecture, l'aspect psychologique des personnages était intéressant et j'ai pris plaisir à suivre cette enquête, ainsi que de découvrir le happy ending pour Renisenb qui le mérite bien !


Ce n'était pas peu dire que l'entourage en question s'était assurément transformé, et pour le pire. Dans les jours qui avaient suivi le départ d'Imhotep, Nofret avait tout fait - c'est du moins ce que pensait Renisenb - pour semer la zizanie au sein de la famille.

Mais à présent, la famille avait resserré ses liens et faisait bloc contre l'intruse. Plus la moindre dispute entre Satipi et Kait. Plus le moindre sarcasme de Satipi à l'encontre de l'infortuné Yahmose. Sobek semblait plus calme et fanfaronnait moins. Ipi ne se montrait plus guère insolent et acceptait de meilleure grâce la tutelle de ses aînés. Une harmonie nouvelle semblait s'être développée entre les membres de la famille, mais cette harmonie ne rassurait pas Renisenb dans la mesure où elle possédait son contrepoint : l'inimaginable courant de malveillance de tout le clan à l'égard de Nofret.