Affichage des articles dont le libellé est Historique : Renaissance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Historique : Renaissance. Afficher tous les articles

jeudi 23 février 2023

Arte - Kei Ohkubo.

Florence, début du 16e siècle. Dans ce berceau de la Renaissance, qui vit l’art s’épanouir dans toute sa splendeur, une jeune aristocrate prénommée Arte rêve de devenir artiste peintre et aspire à entrer en apprentissage dans un des nombreux ateliers de la ville…  Hélas ! Cette époque de foisonnement culturel était aussi celle de la misogynie, et il n’était pas concevable qu’une jeune femme ambitionne de vivre de son art et de son travail. Les nombreux obstacles qui se dresseront sur le chemin d’Arte auront-ils raison de la folle énergie de cette aristo déjantée ?


Arte est un manga qui avait tout pour me plaire, pourtant j’ai eu bien du mal à progresser dans ma lecture.


Je vais d’abord commencer par les griefs avant de terminer sur les points positifs.


À l’inverse de la plupart des lecteurs/trices, j’ai eu bien du mal à m’attacher à l’héroïne. Je la trouve bruyante, impulsive, avec la fâcheuse tendance à mettre son nez dans les affaires des autres, et elle parvient à changer la personnalité de certains par le pouvoir de son sourire Colgate et par sa personnalité optimiste. Par certains aspects, elle me rappelle Naruto, mais en moins attachant.


En outre, l’aspect « moi femme, moi défier la société et réaliser mon rêve », qu’on retrouve de plus en plus en fiction, n’est pas parvenue à m’attirer ici et amené de façon pas très subtile et ce manque de finesse de l’histoire ne la rend pas crédible pour deux sous. Cela dit, je reconnais à Arte ses qualités et c’est une héroïne qui ne demande qu’à évoluer et mûrir et je l’accompagne de tout cœur dans son rêve, qui est de devenir une femme peintre reconnue.


Toutefois, j’ai beaucoup aimé le cadre que nous proposait le manga qui est celui de la Renaissance italienne et du monde des artistes, mais aussi le long et laborieux chemin pour percer dans ce monde complexe. Le manga nous présente les pratiques artistiques, les matériaux, les pigments, l’étude clandestine de l’anatomie pour que le sujet peint soit le plus réaliste possible, la place de l’artiste avec l’importance du commanditaire, la répartition du travail entre le maître et ses assistants, etc. Nous avons aussi quelques bulles explicatives visant à mieux nous éclairer sur le contexte et les pratiques.


En résumé, un voyage historique des plus intéressants et qui montre à quel point le monde des artistes peut être impitoyable déjà pour les hommes, alors notre héroïne, en tant que femme, doit faire deux fois plus pour s’imposer dans ce milieu masculin et faire reconnaître son talent et sa volonté en compagnie de son maître, Léo, qui ne la laisse pas indifférente.


Je ne dirai rien concernant la romance (rien encore de concret, juste les sentiments d’Arte pour Léo) qui ne me fait ni chaud ni froid, tout comme le personnage de Léo qui me semble assez apathique (plutôt le cliché de beau bru bourru et renfermé qui cache en réalité un cœur d’or et des blessures)


Cela dit, j’ai beaucoup apprécié voyager dans les rues de Florence au XVIe siècle, l’univers mis en place est très bien documenté et la mangaka nous offre une belle reconstitution, que ce soit au niveau des objets, de l’architecture ou des costumes. Sans atteindre la beauté de Cesare, les graphismes d’Arte sont réussis, détaillés, clairs et minutieux.


Les sous-intrigues sont d’intérêt inégal, il y en a certaines que j’ai apprécié plus que d’autres, notamment celle où Arte doit travailler avec d’autres artistes sur une fresque et comment elle essaye de se faire accepter, ou l’intrigue autour de la petite Caterina qu’Arte doit apprendre à connaître et « apprivoiser » en vue de faire son portrait et de l’aider à résoudre ses problèmes.


En résumé, un manga plutôt sympathique dont le cadre attrayant est celui de la Renaissance italienne et du monde des artistes. Si j’ai apprécié ce voyage historique ainsi que quelques sous-intrigues, je dois avouer ne pas avoir été charmée par son héroïne. Arte est très loin d’arriver à la botte de Cesare, mais c’est un manga qui reste divertissant et qui n’est pas dénué de qualités, bien au contraire…


vendredi 4 décembre 2020

Peau d'Homme - Hubert et Zanzim.

 


« Les femmes de notre famille, nous avons un secret, nous avons en notre possession une peau d’homme. Nous l’appelons Lorenzo. Une fois la peau revêtue, nul ne peut se douter que tu n’es pas un garçon. Ainsi, tu pourras voyager incognito dans le monde des hommes. »







Je débute le Cold Winter Challenge avec Peau d’Homme. À l’origine, je voulais lire cette bande-dessinée pour le Pumpkin Autumn Challenge, ayant eu l’occasion de retrouver ce titre plusieurs fois parmi les lectures des participants.es. Je n’en ai cependant pas eu l’occasion de le lire, tout simplement parce que ce livre était sans cesse emprunté et sur liste d’attente mais tout vient à point à qui sait attendre, et j’ai pu l’emprunter pour le Cold Winter Challenge. Une fois ce titre lu, je peux comprendre l’engouement des lecteurs et des lectrices, car Peau d’Homme s’est révélé être un coup de cœur !


Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, une jeune femme de bonne famille, doit épouser Giovanni, un riche marchand, jeune et séduisant. Un mariage arrangé, comme cela se fait à l’époque. Si Bianca accepte de se plier à la décision familiale, elle exprime son regret de ne pas avoir pris le temps de connaître l’homme qu’on lui destine avant leur mariage qui approche à grands pas. La voyant si morose, sa marraine lui propose de passer quelques jours chez elle pour lui changer les idées. Ce séjour sera l’occasion de dévoiler à sa filleule un secret de famille transmis par les femmes : une peau d’homme, conservée dans une malle. Puisque Bianca regrette de ne pas connaître son fiancé, sa marraine lui en offre l’opportunité : en revêtant cette peau, Bianca devient un homme séduisant, à la peau halée et aux cheveux de jais nommé Lorenzo. Désormais un homme, Bianca est libre de visiter le monde des hommes et apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel.




C’est sur ce concept original que les auteurs nous offrent une histoire dense et passionnante. En lisant cette histoire, je m’attendais alors à un récit où l’héroïne évolue dans l’univers des hommes pour y vivre des aventures rocambolesques avant d’avouer la vérité à son promis qui finit par l’aimer malgré ce secret. De ce côté-là, les auteurs ont su me surprendre ! Il ne s’agit pas seulement d’une histoire où Bianca découvre l’univers des hommes, c’est un prétexte pour véhiculer des messages intéressants et encore d’actualité sur la place de la femme, la recherche de sa sexualité, la liberté de vivre et d’aimer comme on le souhaite. Je ne m’attendais pas à trouver une telle richesse dans ce livre quand je l’ai commencé.


L’héroïne, Bianca, évolue dans une société où la femme n’a pas son mot à dire car la Bible dit qu’elle a été créée comme inférieure à l’homme. Dans ce contexte, difficile d’évoluer en tant que femme ! Pourtant, Bianca se révèle être une jeune femme instruite, intelligente, perspicace et elle a des idées qu’elle compte bien défendre et Lorenzo va l’aider en ce sens ! Après un premier essai peu concluant, Bianca découvre bien vite qu’elle ne peut résister à l’envie de redevenir Lorenzo car Lorenzo lui permet de s’affranchir des limites imposées aux femmes, et lui donne la liberté et la possibilité de découvrir l’amour et la sexualité... Lorsqu’elle revêt la peau d’homme, cela lui permet non seulement de découvrir un monde inconnu ainsi que son fiancé, mais aussi de réaliser le fossé entre l’attitude que la société exige des hommes et des femmes. En tant que Lorenzo, Bianca est libre d’aller et faire ce que seuls les hommes sont censés pouvoir faire, elle se révèle progressivement à elle-même. Elle devient alors, grâce à un caractère trempé, engagé et moderne pour l’époque, une femme qui revendique ses opinions en s’opposant à la condition du « sexe faible » : non, les femmes ne sont pas nées pour être soumises, non elles ne sont pas sources de vices mais plutôt le regard porté sur elle, non elles n’ont pas toutes le dégoût pour « la chose ».


« Et alors ? J’ai un corps et je n’en ai pas honte. En soi, il n’est ni bon ni mauvais. Ce n’est pas lui le problème : c’est ton regard qui est sale ! »


Devenir Lorenzo donne également à Bianca l’assurance de prendre des initiatives, d’être plus entreprenante mais aussi de revendiquer ses idées, poussant les gens autour d’elle à s’interroger et à évoluer. Ce qui ne veut pas dire que Bianca s’efface au profit de Lorenzo car c’est justement cette liberté qu’elle a goûtée en tant que Lorenzo qui va l’aider à exprimer son opinion et son mécontentement alors que les autorités religieuses durcissent le mode de vie de sa ville. Si Lorenzo devient un défenseur des droits, c’est Bianca qui devient une activiste forte et déterminée. C’est un personnage que j’ai beaucoup aimé, aussi bien en tant qu’homme que femme.


Son fiancé puis mari Giovanni n’est pas en reste pour autant. C’est avec lui que tout démarre. J’ai trouvé intéressant son évolution au cours de l’histoire. L’homme que Bianca découvre est d’abord imbu de lui-même, mais il va se révéler être un homme doux et touchant sous les yeux de Lorenzo et une relation très tendre et intime va se nouer entre Giovanni et Lorenzo, un autre élément à m’avoir surprise. J’ai pris beaucoup de plaisir à voir évoluer cette relation avec, en parallèle la relation Bianca/Giovanni, tout en m’interrogeant… Bianca va-t-elle révéler son secret à Giovanni ? Comment la relation entre Lorenzo et Giovanni va-t-elle évoluer et s’achever ? Combien de temps les escapades de Bianca en tant que Lorenzo allaient continuer ? Si je n’ai pas su deviner le dénouement et que j’aurais aimé… un peu plus de… mais au final, je ne suis pas mécontente et peut-être était-ce la meilleure façon de terminer le récit, avec nos deux personnages principaux libres de faire ce qu’ils souhaitent et en paix avec eux-mêmes et entre eux, et entretenir une relation entre complicité et affection...




Au-delà d’un récit féministe, les auteurs nous livrent également une histoire engagée, promulguant une liberté des mœurs et une liberté d’aimer au sens large, c’est une ode à la tolérance, à la découverte de la sexualité et du corps mais aussi à la vie et l’amour libres, car les protagonistes ne peuvent pas assumer pleinement leur sexualité ou leurs envies, sous peine d’être traités en hérétiques par une société puritaine qui n’accepte que le mariage religieux. Cette religion, c’est Fra Angelo, le frère de Bianca, qui la représente, un prédicateur souhaitant bannir toute forme de nudité et les œuvres d’art la représentant, un moralisateur rejetant le sexe, la luxure et la concupiscence, et qui s'attaque d'abord et avant tout aux femmes "pécheresses", et qui cherche par tous les moyens à imposer la "bienséance morale". Et, comme Bianca, on a envie de le secouer un bon coup en espérant lui remettre les idées en place, et s’insurger face à cet obscurantisme.


« - Les bravades, c’est bien joli, mais parfois il faut savoir faire profil bas.

- Et laisser les hypocrites et les bigots gagner parce que tout le monde baisse la tête ? »


Les auteurs n’ont pas cherché à faire d’opposition entre les hommes et les femmes, alors qu’il aurait été si facile de le faire, même accidentellement, et c’est un point que j’ai beaucoup apprécié. Le récit nous illustre bien une société et le rôle qu’elle veut attribuer aux femmes, mais aussi ce qu’elle attend des hommes et ce qu’elle ne souhaite pas voir.


Pour conclure : c'est en lectrice comblée que je referme ce livre, que j'ai déjà envie de relire et de partager mon amour pour cette œuvre. C'est une excellente découverte que je conseille à tous et à toutes !




lundi 26 janvier 2015

Cesare - Fuyumi Soryo.



Naïf et studieux, Angelo da Canossa n’est guère armé pour la vie d’étudiant à l’université de Pise, lieu d’intrigues et de tensions dans l’Italie de la Renaissance. Son innocence résistera-t-elle à sa rencontre avec Cesare Borgia, rejeton d’une famille à la réputation sulfureuse, dont le père est sur le point d’accéder au Saint-Siège ?

Rivalités entre les différentes factions de l’université, machinations politiques et luttes fratricides, Angelo va partager les années de formation d’un jeune homme en passe de devenir l’un des personnages les plus fascinants de l’Histoire. À ses côtés, il croisera le chemin de certains de ses contemporains les plus célèbres, de Christophe Colomb à Machiavel en passant par Léonard de Vinci



Depuis quelques temps, les Borgia jouissent d'une popularité que rien ne laissait présager il y a plusieurs années. Je pense que la plupart connaissent, ne serait-ce que de nom, la fameuse série Borgia. Cette célèbre famille a su séduire le public et envahir aussi bien les livres que les écrans, mais aussi le manga, qui est le sujet du présent billet. C'est un peu par hasard que j'ai découvert cette série à la bibliothèque universitaire. J'avais originellement empruntés les tomes à cause de ma petite faiblesse concernant la culture, l'art et l'histoire de la Renaissance, mais au final, ce manga est devenu ma petite drogue pendant plusieurs semaines. J'avais du mal à attendre de pouvoir emprunter la suite !

L'histoire se situe au XVes, en Italie. Malgré ses origines modestes, voire même pauvres, Angelo a la chance de pouvoir étudier dans la prestigieuse université de Pise. Mais, tout juste sorti de sa campagne florentine et ne connaissant rien à la vie urbaine, il peine à comprendre les subtilités de son nouvel environnement : les rivalités entre cercles d'étudiants (qui font un peu penser aux fraternités qu'on peut retrouver dans les universités américaines), l'histoire et les conflits européens, les différents cercles d'étudiants et leur façon de fonctionner... Ainsi, ignorant, il commet des impairs et enchaîne bourdes sur bourdes. Cependant, il y a quelque chose chez ce jeune homme maladroit mais curieux et passionné qui intrigue le jeune Cesare, héritier prestigieux des Borgia, qui décide de le prendre sous son aile et de lui apprendre la vie et société à Pise, ainsi que l'histoire et les conflits en Italie et Europe... ce qui entraînera peu à peu Angelo dans une société de machinations, d'intrigues, de lutte pour le pouvoir, forçant ce jeune homme candide à porter un autre regard sur le monde qui l'entoure.

Cesare et une de ses groupies fanboys

À travers Angelo, qui ignore comme nous les usages du monde à cette époque, l'auteur nous fait découvrir les intrigues politiques qui règnent aussi bien à Pise qu'en Italie, un pays morcelé dont les villes sont souvent en conflit. À travers les interrogations d'Angelo sur ce monde qui l'entoure, l'auteur nous permet de découvrir un peu plus le contexte historique, religieux, géopolitique, culturel de cette Renaissance italienne (tels que les luttes de pouvoir à la mort du Pape, les conflits entre clans italiens et les intrigues pour dominer le clan rival), sans que cela soit assommant car toutes ces informations passent avec fluidité et qu'elles font parties de l'histoire que nous suivons à travers Angelo, Cesare et Miguel (le plus proche ami de Cesare, presque son garde du corps), ainsi vous n'avez pas à craindre qu'il y ait de longues pages expliquant la géopolitique à cette époque, et l'auteur nous présente une Renaissance italienne réaliste et passionnante. Il faut d'ailleurs savoir que ce manga a bénéficié d'un long travail de recherche documentaire et que l'auteur a travaillé sous la supervision de Motoaki Hara, spécialisé dans cette période historique.

Portrait de Cesare Borgia, réalisé
par Altobello Melone.
Oui alors, certes, les explications historiques peuvent parfois prendre le pas sur l'action et ça peut se révéler gênant lors de la lecture, cependant Cesare est un manga dynamique, avec de l'action et des intrigues : tentatives d'assassinat, virée secrète hors de l'université, découvertes des quartiers les plus malfamés la nuit, complots au sein même de l'université... jusqu'aux machinations et manœuvres politiques qui préparent l'élection du Pape (un des éléments qu'on retrouve régulièrement dans l'intrigue), ce qui nous donne l'occasion de voir des roueries, tentatives de corruption, etc, car chaque grande famille italienne espère bien monter sur le trône de Saint Pierre !

Les personnages, intéressants pour la plupart, nous transmettent une multitude d'émotions : joie, tristesse, colère, agacement. Je retiendrais surtout Cesare qui apparaît sombre, arrogant et froid mais pourtant complexe, ambigu, curieux et pas moins dénué de sentiments; ainsi qu'Angelo, tellement candide, naïf et ignorant sur les us et coutumes qu'on aurait envie de se claquer une main contre le front, qui se révèle pourtant attachant, loyal, passionné car malgré ses impairs et sa maladresse, il possède une certaine intelligence et des talents qui lui ont permis d'être accepté à l'université, sans oublier une passion et un talent pour l'architecture. De plus, il a une façon de penser un peu révolutionnaire pour son époque, qui diverge, il sait argumenter ses convictions... même si, pour cela, il s'attire souvent les foudres de certains étudiants par inadvertance.

On remarque aussi la complexité des relations, l'exemple le plus typique : Miguel et Cesare, par moment, au vu des gestes et regards qu'ils s'échangent, on peut se demander si on a affaire là à une relation maître/serviteur où le serviteur a dédié sa vie à son maître, à une profonde amitié, où s'il n'y aurait pas une certaine attirance amoureuse..., on pourra également citer Cesare et Angelo. Ce dernier est fasciné par Cesare et les Borgia, et se montre vite loyal et attaché à Cesare. Cesare... certains éléments laissent croire qu'il utilise ou compte utiliser Angelo pour son propre intérêt maaais, d'autres éléments pourraient laisser croire que Cesare éprouve une certaine affection pour Angelo qui, parfois, l'étonne, le surprend, et il semble prendre à cœur de lui expliquer les réalités de ce monde, ses richesses jusqu'à la pauvreté la plus extrême... en même temps qu'il le fait entrer dans son cercle (Angelo demande même à apprendre l'espagnol, langue maternelle des Borgia). Alors, affection réelle ou pas ? À voir dans les prochains tomes !



En plus du travail de recherches, il faut souligner la qualité des dessins : ce manga nous offre des graphismes sublimes ! Les traits sont doux, réalistes, magnifiques (bon bien-sûr il y a des personnages présentés sous des traits grossiers, comme les Français qui ne sont pas montrés sous leurs beaux jours dans ce manga). J'ai souvent eu le souffle coupé pour certains détails (les cheveux de Cesare (don't judge me), les monuments, les églises, les palais, les vêtements, etc) pour nous offrir de superbes représentations des hauts-lieux et grands personnages de la Renaissance italienne, mais aussi les plus grandes œuvres d'art de la période (les reproductions de l'auteur des plus grands tableaux de la période sont un vrai délice pour les yeux !) Ceux ayant eu la chance de visiter l'Italie, ou ceux ayant eu des cours d'histoire de l'art sur la Renaissance italienne (comme moi) auront l'occasion de reconnaître quelques monuments/bâtiments emblématiques de la période ! Ce manga nous donne aussi l'occasion de retrouver quelques figures historiques célèbres comme Léonard de Vinci, Christophe Colomb (qui n'a pas encore découvert l'Amérique), ainsi que les grandes familles italiennes de la Renaissance (les Borgia, les Médicis, les Sforza), etc.

Je ne m'étendrais pas davantage, je crois avoir suffisamment proclamé mon amour pour ce manga. En résumé : Cesare est une petite merveille, un manga intense et passionnant qui nous entraîne en plein cœur de la Renaissance italienne. Plus qu'un manga à contempler, Cesare est un manga à dévorer !


Ce billet est une participation au :


mercredi 21 mars 2012

Les chroniques des vampires (T.8) Le sang et l'or - Anne Rice.


De tous les vampires imaginés par Anne Rice, Marius est sans doute le plus civilisé, le plus raffiné. 

Philosophe et artiste, mentor de Lestat et Armand qui, comparés à lui, font figure d'enfants turbulents, gardien d'Enkil et Akasha, il émane de lui une sorte de sagesse et de sérénité. Peut-être cela s 'explique t-il par le fait qu'il a été un témoin privilégié de la grandeur et la décadence de l'Empire romain, a assisté à l'épanouissement de Constantinople, puis découvert la Renaissance italienne.

 Mais quelqu'un de cette stature ne peut que se faire des ennemis. Car il y a aussi, parmi les vampires, des barbares, assoiffés de sang, qui commencent à se réclamer de Satan.



 

J'ai terminé ce livre hier soir et je ne pensais pas écrire mon avis aussi vite, j'aurais préféré attendre de lire Pandora, dans le même univers mais ce tome est déjà tellement riche que je ne voudrais pas mélanger les événements du Sang et l'or et de Pandora, je ne veux pas les mélanger et les confondre, donc je préfère écrire mon avis dessus avant d'être encombrée par les événements et mes impressions de Pandora. Ensuite, je remercie Matilda d'avoir eu la gentillesse de me prêter ce tome, bien difficile à trouver. Merci, je me suis régalée devant cette lecture (mais c'était évident, c'est du Anne Rice après tout :p)



Au fur et à mesure que je lisais Les chroniques des vampires, j'en suis venue à m'attacher à plus de vampires que Lestat, Louis et Claudia, the Unholy Family, qui sont mes préférés depuis le début, j'ai appris à mieux connaître les autres vampires, même secondaires car ils ont tous un passé, une histoire, quelque chose à raconter. J'ai mieux fait connaissance avec Armand, avec Daniel, avec David... ici, c'est Marius qui nous conte son histoire, qui choisi de raconter son passé à un autre vampire qu'il a rencontré : Thorne, un vampire ayant vécu à l'époque des vikings et qui a passé de nombreux siècle dans un sommeil de glace. Marius est un personnage intriguant, je l'ai toujours imaginé comme étant un homme très sage, le mentor de beaucoup de vampires, un protecteur silencieux et lire un récit de lui sous son point de vue, sa perspective, découvrir son passé, bien qu'on ait déjà eu un aperçu dans Lestat le vampire quand Marius raconte un peu sa vie à Lestat ; et dans Armand le vampire, Armand ayant vécu à un moment avec Marius donc ces événements sont résumés dans ce tome, l'auteur n'a pas passé son temps à raconter ce qui a déjà été dit, au moindre détail de la vie de Marius, des tomes précédents même s'il va me falloir relire des extraits de Lestat car je n'ai plus trop de souvenirs de la transformation en vampire de Marius. Donc même si chaque tome peut se lire individuellement, il vaut mieux avoir quand même lu les tomes précédent pour mieux comprendre certains événements ou les découvrir plus en détails.


Ce tome est palpitant, excellent ! J'ai apprécié l'univers qui entoure Marius, les époques qu'il traverse. C'est l'un des plus vieux vampires de la saga des Chroniques, vampirisé dans l'Antiquité. J'ai passé des heures merveilleuses entre l'Antiquité romaine, j'ai assisté à la chute de l'Empire Romain et aux invasions barbares qui déferlaient en Europe, j'ai vu la douleur de Rome victime de ces attaques barbares venus conquérir le continent européen, la Rome savante sous les massacres, j'ai vu Constantinople, j'ai vu l'Empire Romain encore existant en Orient, je me suis lentement avancée vers le Moyen-Âge avec ses guerres, ses épidémies de peste, sa culture pour enfin arriver à la Renaissance de Botticelli, puis Venise toujours sous la Renaissance italienne, la belle et rayonnante Venise. Je suis longtemps restée dans cette Venise de la Renaissance jusqu'à la Dresde du XVIIe siècle avant d'enfin revenir au monde moderne. Anne Rice sait vraiment manier toutes les époques historiques ! Et elle ne se contente pas seulement de poser une époque comme décors, elle raconte vraiment ce qu'il s'est passé et l'impact qu'il y a eu chez Marius. Lui qui voue un profond attachement à Rome, sa patrie, est effondré de la voir succomber face aux invasions barbares, ce n'est plus la Rome qu'il connaît, et ce, depuis avant les invasions quand les Empereurs romains se succédaient et mourraient aussitôt à cause de complots, meurtres car la plupart de ces Empereurs pervertissaient Rome ou ne pouvaient la gouverner.


Marius assiste à tout cela, il voyage beaucoup. Il va en France lorsqu'elle était encore la Gaule Romaine, il va jusqu'à Constantinople, en Orient que les barbares n'ont pas encore touché. Il vit le Moyen-Âge et la Renaissance, surtout la Renaissance. Il vit plus que ça : il a vécu la montée en puissance du christianisme en Europe. Il ne porte pas à la religion le même regard que Lestat, Louis ou Armand qui eux, sont né dans une époque où le christianisme avait une grande importance dans la vie des individus et ont, comme qui dirait, vécu une quête spirituelle à un moment de leur vie. Marius a vécu dans la Rome Antique avec leurs Dieux et Déesses greco-romains, sa religion polythéiste et il a du mal à comprendre comment les gens pouvaient tomber dans ce nouveau culte d'un seul et même dieu, que certains allaient même jusqu'à s'isoler dans des grottes pour prier, Marius ne voit pas l'intérêt de prier un Dieu dont il n'a jamais cru l'existence, et voit d'un œil étrange les différents mouvements religieux, il voit les chrétiens persécutés, les icônes des divinités païennes remplacées par des peintures de Saints et Saintes, mais il admet que les représentations artistiques de la Vierge Marie, des anges, des Saints sont aussi belles que les représentations des dieux et déesses greco-romaines, surtout quand il rencontre le célèbre peintre Botticelli, il est envoûté par son art, les couleurs, les formes. Botticelli peint aussi bien la Vierge Marie que la déesse Vénus. Marius voue vraiment une grande admiration, un grand amour pour Botticelli, ça se ressent bien et j'ai très appréciée la présence de Botticelli dans ce tome, c'était risqué que de présenter un personnage historique qui a existé mais Anne Rice s'en est très bien sortie, elle doit elle-aussi admirer ce peintre, comme Marius.


Lorsqu'il s'installe à Venise durant la Renaissance, c'est une grande étape pour lui je dirais. Il n'a jamais cessé de bouger et trouve enfin un point fixe à Venise, il s'installe, prend des élèves, des domestiques. C'était, je pense, une bonne période pour lui, il en avait bien besoin car nous découvrons un Marius qui se dévalorise sans cesse, il se sent obligé d'être seul et de ce fait, il souffre. Il souffre de cette solitude mais parfois, se sentant comme un grand méchant vampire (je ne vois pas en quoi, c'est un citoyen respectueux, sage, intelligent, un peintre de talent et il ne boit le sang que de malfrats, voleurs, assassins afin de ne pas tuer d'innocents) il se dit qu'il vaut mieux qu'il soit seul. Il passe quand même pas mal de temps à gémir sur son sort ou sur Pandora, son enfant vampirique et son amour perdu, il passe bien du temps à pleurer sur elle, le fait qu'il l'a perdue et comme elle lui manque, comme il aimerait la retrouver et oh Pandora, Pandora comme je te regrette, reviens, je t'aime ! C'était un peu agaçant à la longue et je me suis demandée à quel point leur histoire à tous les deux fut forte (si Marius en a parlé dans Lestat le vampire, mea culpa, je ne m'en rappelle plus !), même lorsqu'il est heureux et amoureux avec Amadeo ou encore même Bianca, qu'il admet avoir avec eux une relation stable, sans disputes, sans secrets, dès que Pandora entre en scène, il finit par tout plaquer pour aller la rejoindre. Et sa faiblesse pour Pandora est un de ses défauts qui lui fera tout perdre. Sa faiblesse est son attachement envers ses enfants-vampires en fait et pas seulement Pandora. Heureux avec son Amadeo, il baisse sa garde et devient moins attentif face aux dangers d'autres vampires satanistes voulant sa perte, il laisse tomber son face ce qui fait qu'Amadeo et Bianca, alors qu'ils étaient encore mortels, devinaient que Marius n'était pas humain mais bien plus que ça. Il est si attaché à ses enfants vampiriques qu'il en devient faible, aveugle, moins attentif, ce qui sera sa perte à un moment.


Cela dit j'ai adoré découvrir le point de vue et la vision de Marius sur Amadeo/Armand, comment est-il venu à le découvrir, comment il l'a sauvé d'un destin funeste deux fois de suite, comment il a tenté de lui faire revenir son don pour la peinture qu'il a perdu dans son traumatisme avant d'être découvert par Marius lorsqu'il l'a arraché à ses bourreaux, comment il devient si attaché à Amadeo qu'il considère sérieusement l'idée de le changer en vampire pour qu'il soit son compagnon, alors que depuis Pandora il y a des siècles de cela, il avait juré de ne pas offrir le don du sang à un mortel. On apprend enfin ce qu'il est advenu de Marius après les événements de Venise (je ne spoile rien, mais disons qu'on retrouve cet événement dans Armand le vampire mais ici, on a enfin l'occasion de découvrir ce qui est arrivé à Marius) et comment la courtisane Bianca Solderini l'a aidé à se relever, elle est restée auprès de lui et a partagé sa vie un long moment, elle a vraiment sauvé sa vie, j'ai pris plaisir à découvrir et redécouvrir ce personnage, on fait mieux connaissance avec elle. Je ne sais exactement comment la décrire, toujours est-il qu'elle m'a fait une impression très favorable et que je trouve dommage qu'après qu'elle quitte Marius, on ne sache plus rien d'elle ni ce qu'elle est devenue (Anne Rice avait indiqué sur son Facebook que Bianca 'was still around'). J'ai également aimé retrouver Mael, le vampire-druide qui a vécu en Gaule dans l'Antiquité et qui a crée Marius, ils ont une relation intéressante tous les deux, je ne sais pas trop les impressions de Mael sur Marius mais ce dernier aime Mael comme il le déteste pour ce qu'il lui a fait. J'ai aimé faire la connaissance d'Avicus et Zenobie, le groupe qu'ils ont formé avec Marius et Mael pendant un moment. Je me demande aussi ce qu'il est advenu d'Avicus et Zenobie... il y a des vampires comme ça qui vont et viennent et qui repartent en disparaissant dans la nature sans revenir.


J'ai trouvé incroyable toute la dévotion de Marius envers Enkil et Akasha, le roi et la reine des vampires, les tous premiers vampires ; et en particulier envers Akasha. Il y a comme un culte de ces Parents plongés dans un sommeil profond au fil des siècles, Marius, qui est leur gardien, fait des prières en leur parlant, change ou arrange leurs habits, les orne de bijoux selon la mode du siècle. Il y a un profond amour et une immense dévotion, comme s'ils étaient des dieux et j'ai aimé connaître le point de vue de Marius sur les agissements d'Akasha dans La reine des damnés. J'ai aussi aimé la présence du Talamasca, cette organisation qui se spécialise dans le paranormal et se renseigne sur tout être ou toute créature surnaturelle, en la présence d'un des leurs, Raymond qui va à la rencontre de Marius qui lui révèle - étant sûr que le Talamasca n'était pas dangereux - quelques informations sur les buveurs de sang, devenus plus tard les vampires. J'ai aussi aimé faire la connaissance de Thorne, cet ancien vampire roux de l'époque des Vikings, nommé après le dieu du tonnerre Thor, et j'aime surtout le fait que Santino a enfin eu ce qu'il méritait, au moins Marius pourra être tranquille de ce côté-là.


Assez blablaté ! Inutile pour moi de préciser qu'Anne Rice écrit divinement bien, que ses écrits vampiriques sont envoûtants, qu'elle sait rendre intéressant chacun de ses personnages, qu'elle s'y connaît dans toutes les époques historiques qu'elle évoque, qu'elle nous transmet sa passion de l'art et qu'elle sait très bien parler des diverses mythologies et même la religion chrétienne dans un livre mélangeant luxe, sang, sensualité, vampire et histoire ? Ce fut une très bonne lecture, malgré les lamentations de Marius et je continue de ce pas ma lecture de Pandora afin de mieux comprendre ce personnage et sa relation avec Marius !






La Naissance de Vénus, de Sandro Botticelli (1485).

Extrait : 

Cet esclave [Amadeo] par moi secouru avait en outre été peintre ! Il connaissait la magie de l’œuf et des pigments, de la couleur répandue sur le panneau de bois. Il se souviendrait ; il se rappellerait d'une époque où rien d'autre n'avait compté pour lui. Certes, ç'avait été dans la lointaine Russie, où les artistes œuvraient au fond des monastères, cantonnés au style byzantin que j'avais depuis longtemps rejeté en me détournant de l'Empire grec pour venir m'installer parmi l'agitation occidentale. Mais vois ce qui s'était produit ; l'Occident avait eu sa part de guerre, oh oui ; les barbares l'avaient semblait-il conquis tout entier. Pourtant, Rome s'était relevée grâce aux grands peintres et penseurs des années 1400 ! Je le constatais dans les œuvres de Botticelli, de Bellini, de Filippo Lippi et de cent autres.

XIX.

vendredi 25 novembre 2011

Les chroniques des vampires (T.6) - Armand le vampire - Anne Rice.


Au chevet de leur ami Lestat, plongé dans un profond coma au retour de son voyage aux Enfers, David Talbot, l'archiviste du Talamasca, rencontre Armand, peut-être le plus mystérieux et sans conteste le plus séduisant des vampires. Il entreprend de lui faire raconter l'histoire de sa vie. Une histoire cruelle et flamboyante qui nous mène des steppes de la Russie, où il est enlevé par des marchands d'esclaves, à Constantinople et enfin à Venise, où il est sauvé par Marius, un peintre qui vit avec faste et dont il ignore qu'il s'agit d'un vampire...


Je refais encore un peu de découpage au niveau de la quatrième de couverture, marre des résumés qui révèlent l'intrigue ! Et l'effet de surprise, alors ? Heureusement que malgré les spoilers dans le résumé, cette lecture fut un véritable délice qui me donne envie de relire Anne Rice encore et encore ! Merci à Matilda de m'avoir offert ce volume quasi introuvable (mais elle a un don pour trouver les livres rares, j'imagine qu'elle n'est pas une fée des livres pour rien :D).

Anne Rice est sans conteste la grande prêtresse des vampires, elle m'a charmé avec Entretien avec un vampire, relatant l'histoire de Louis de Pointe du Lac, vampire très humain possédant une très grande profondeur psychologique ; avec Lestat le vampire aussi, contant l'histoire de Lestat de Lioncourt, vampire libertin avec un penchant pour la violation des règles ; avec aussi La reine des damnés, Le voleur de corps, Merrick et enfin Vittorio, vampire de la Renaissance. Ce tome-ci nous conte l'histoire mortelle et vampirique du personnage d'Armand, que nous avons déjà vu dans les premiers tomes et qui est un personnage assez important, l'un de mes préférés aussi. Armand conte son histoire à la demande de David Talbot, enfant vampire de Lestat et qui travaillait dans le surnaturel avant d'être vampirisé. De son enfance en Russie, ses nombreuses années dans la Venise de la Renaissance en compagnie et sous la protection de Marius, peintre vampire tout habillé de rouge, à son entrée dans le monde des vampires, puis l'Europe en France avec le Théâtre des Vampires, et à New York...

Enfin un récit sur Armand le vampire ! Un des vampires clés des Chroniques des Vampires, qui apparaissait et disparaissait au fil des événements, personnage qui m'intriguait déjà depuis le premier tome, vampire mystérieux qu'il est, prenant d'autres dimensions dans les autres tomes et découvrir son histoire permet de lever le voile sur certains mystères, beaucoup de choses s'éclairent et nous permettent de mieux le comprendre : ses relations avec son maître vampire Marius, l'importance de sa rencontre avec Lestat, ses liens et ressentis face aux autres vampires comme Louis (comment se voient-ils depuis le tome un ?) ou Daniel. L'histoire d'Armand nous donne quelques réponses en même temps qu'elle dresse plusieurs questions, notamment sur Marius de Romanus, son créateur, et son histoire car là encore, des événements de l'histoire de Marius (l’événement après Venise par exemple, mais je n'en dirais pas plus, pour ne pas spoiler) restent bien floues, mais là j'espère que le tome consacré à Marius (Le sang et l'or) nous en dira plus, en même temps que deux femmes de la connaissance de Marius : Pandora et Bianca, surtout cette dernière qui laisse un voile de mystère derrière elle après la lecture de Armand le vampire. Bref, bref, le livre est riche en événements étonnants, rebondissements et péripéties ! Le tout, sous plusieurs époques. Comme quoi, Anne Rice sait manier pratiquement toutes les époques. Quand on sait qu'elle nous a fait voyager dans les XVIIIe jusqu'au XIXe siècle, ici c'est la Renaissance en grande majorité !

Toute la beauté de la Renaissance à Venise et à Florence ! Deux belles villes italiennes plongées dans l'art, où l'Antiquité est revisitée, redécouverte, ou tout ce qui était bénéfique dans l'Antiquité est remodelé, repris. Comme dans Vittorio, cette plongée dans la Renaissance ne se fait pas sans une plongée dans l'art. Il y a beaucoup de mentions de Fra Angelico, des peintures d'icônes ou de tableaux représentant des personnages ou scènes bibliques. Marius, qui est un artiste et aussi maître d'Armand, tâche de lui apprendre l'art, lui faire comprendre et ressentir l'art car comme il l'a déjà dit à son cher apprenti : 'Etudier l'art te mènera à étudier l'humanité, étudier l'humanité te conduira à célébrer le monde ou à pleurer sur lui.'. L'histoire de Venise est vraiment très riche et cette richesse est retranscrite dans le roman, c'est la Renaissance italienne comme s'y on y était ! Les peintres italiens et les Médicis, associés à cette époque, sont également mentionnés de nombreuses fois. Ça me rappelle d'une certaine façon l'histoire de Vittorio le vampire que j'ai lu et chroniqué il y a quelques mois déjà.

Armand est vraiment un personnage intriguant et intéressant. Il évolue au fil des pages, des chapitres. C'est un vampire important dans Les Chroniques et ce tome permet vraiment au lecteur de mieux le découvrir. Armand n'a pas toujours été Armand. Longtemps avant d'être l'apprenti de Marius, il fut Andrei et a grandit en Russie, à Kiev [ avant que la famille soit attaquée et qu'il ne fut enlevé, événement que son père Ivan vivra mal, sombrant dans la culpabilité de n'avoir pas pu sauver son fils, noyant son désespoir dans l'alcool ], puis devenu esclave et vendu à Marius qui lui offre protection et foyer, il devient Amadeo, qui signifie 'aimé de Dieu'. Il fut très longtemps Amadeo auprès de Marius pour qui il fut apprenti... et amant. Si les relations homosexuelles étaient des sous-entendus ou implicites dans les premiers tomes, ici on assiste vraiment à l'évolution de la relation entre Armand et Marius, une relation passionnée. Ils sont vraiment très attachés l'un à l'autre, bien qu'Armand ne peut s'empêcher de tenter son maître, de le contrer, de jouer les impertinents, car il veut faire ressortir de son maître toutes sortes d'émotions, il aime le provoquer. Bien que quand je parle de leur relation, je devrais plutôt parler d'Amadeo et non d'Armand car en mon fort intérieure, ce sont deux personnes assez différentes. Je ne doute pas qu'il reste un peu d'Amadeo en Armand mais ce sont deux personnes différentes [ et le fait d'avoir été séparé de Marius un long moment, pendant plusieurs siècles a dû changer Amadeo, le modeler en Armand qui est un nom qui a été choisi pour lui par un groupe de vampires dont il a fait parti à un moment ] mais grâce à ce tome, la scène des retrouvailles de Marius et Armand est plus compréhensive et d'autant plus touchante, on voit bien là toute l'étendue de leur affection.

On comprend mieux les ressentis de Marius et Armand dans La Reine des Damnés, ainsi que certains événements d'Entretien avec un vampire (je n'en dirais pas plus ! mais ceux qui l'ont lu doivent comprendre de quoi je parle), on avait déjà eu le point de vue de Louis et Lestat sur ces événements, maintenant nous avons celui d'Armand, qui nous permet de mieux comprendre ce qu'il s'est passé et ce qu'il a caché à Louis et Lestat au sujet de la petite Claudia, l'enfant vampire. C'est raconté d'une telle manière que ce n'est pas du tout répétitif ou ennuyeux. Et comme pour Lestat et Louis, il y a une vraie quête de spiritualité chez Armand qui est peut-être plus profonde et marquée chez ce personnage qu'elle ne l'a jamais été pour Lestat ou même Louis car la particularité des vampires d'Anne Rice est leur profondeur psychologique : les vampires sont tous des personnages torturés et plongés dans de nombreuses réflexions sur nombre de choses, sans que cela soit gonflant. Car ai-je besoin de préciser à quel point la plume d'Anne Rice est envoûtante ? L'art de parler de sang, d'immortalité, de sexe (car il y a des passages assez... olé-olé comme les scènes avec la courtisane Bianca, l'initiation sexuelle d'Armand, etc.), de religion et spiritualité, et d'Histoire de façon très réaliste, ce qui donne une grande profondeur à l'histoire qui nous paraît plus réelle.

Assez papoté ! Pour résumer, je dirais que c'était un excellent Anne Rice, comme toujours, son univers vampirique et sa plume ont su me charmer dans un récit proposant l'histoire à la fois mortelle et vampirique d'un des personnages clés de la saga, Armand. Histoire, religion, vampirisme, luxure et art sont mélangés dans ce petit bijou écrit d'une main d'or !

Extrait :

Le maître me révéla que sa création en tant que vampire remontait à près de quinze cents ans et qu'on trouvait des êtres de notre sorte par le monde entier. Dissimulés, méfiants, pour la plupart misérablement solitaires, les errants de la nuit, ainsi qu'il les appelait, faisaient de leur existence qu'une longue suite de tristes catastrophes, jusqu'à ce que le désespoir les consumât, les poussant à s'immoler dans un affreux brasier ou à la lumière du soleil.

IX. Première partie : Le corps et le sang.

lundi 20 juin 2011

Les nouveaux contes des vampires (T.2) Vittorio le vampire - Anne Rice.


Vittorio est un jeune noble qui partage son temps entre la Florence des Médicis et les terres de son père, dont le château domine la Toscane. Une existence dorée qui lui permet de bénéficier de tous les attraits de la Renaissance italienne, jusqu'au jour où sa famille est massacrée par une confrérie démoniaque. Vittorio lui-même ne devra sa survie qu'à l'intervention d'Ursula, une vampire d'une stupéfiante beauté. Dès lors, il n'aura de cesse de venger les siens. Parti à la recherche des démons pour les exterminer, il rencontre sur son chemin la guerre, les intrigues de cour et toutes sortes de mystères aussi bien sacrés que profanes.

Mais attention : celui qui nous raconte cette étonnante histoire est aujourd'hui... un vampire ! Que s'est-il donc passé ? Comment l'amateur d'art qui dialoguait avec les anges, l'adolescent assoiffé de vengeance a-t-il succombé à la séduction de la nuit ?


Mon avis :

La semaine dernière, j'ai eu la surprise de recevoir un paquet de Matilda, je venais alors à peine de rentrer de l'hôpital pour passer la nuit chez moi quand j'ai reçu et ouvert ce colis qui m'a remonté le moral, donc, je ne me répéterais jamais assez mais encore mille fois merci à Matilda :) Ce livre faisait parti du paquet et Matilda a eu l’œil car en effet, elle et moi partageons la même passion pour l'auteur Anne Rice, ce titre m'étais inconnu mais cela ne m'a pas empêché de le finir en quelques jours à peine (je n'avais pas tellement le choix en même temps, coincée à l'hôpital).

Ce livre ne fait pourtant pas parti des Chroniques des Vampires dont je recherche encore quelques tomes, mais fait parti des Nouveaux contes des vampires regroupant pour le moment l'histoire de deux vampires : Pandora et Vittorio, et l'histoire de Vittorio se déroule paisiblement dans la Florence de la Renaissance avec ses parents, deux nobles, son frère Matteo et sa sœur Bartola. Mais voilà qu'une nuit, la famille est importunée par d'étranges individus qui finiront par massacrer la demeure et la plupart de ses habitants. Vittorio n'aura le salut que grâce à une vampire nommée Ursula, subjuguée par le jeune homme. Perturbé lui-même par cette rencontre, Vittorio décide néanmoins de se mettre à la recherche des démons ayant massacré sa famille...

C'est assez différent de ce à quoi je m'attendais, mais ce n'était pas vraiment de façon négative, disons que c'était différent des tomes des Chroniques des Vampires que j'ai pu lire jusqu'à aujourd'hui, mais en même temps il y a quelques similitudes. Anne Rice a un style bien à elle et ça se voit tout de suite, ça se ressent, ça se savoure. L'écriture si chère à Anne Rice que j'ai pris plaisir à retrouver, m’enivrer de ses descriptions, oui, les belles descriptions de la Florence de la Renaissance, ses beaux paysages, ses châteaux, ses peintures. Ce livre fait aussi beaucoup de mentions et de descriptions de peintures, surtout représentant des scènes religieuses, des peintures de l'auteur peintre Fra Lippi, peut-être aussi Botticelli, Fra Angelico mais surtout Fra Lippi. Les descriptions sont tellement représentées pour rendre, d'une certaine manière, toute la beauté du tableau, pour nous faire ressentir la beauté et les émotions qui se dégagent du tableau envers celui qui contemple l'oeuvre et Vittorio admire ces peintures et leurs auteurs, ça se ressent beaucoup à un point où j'ai fait ma curieuse et j'ai été me renseigner sur le net afin d'en savoir plus sur ces peintures et leurs auteurs, admirer les œuvres d'art, je crois que comme Vittorio, Anne Rice doit profondément admirer ces peintures. Comment ne pas succomber aux descriptions faites par Vittorio ?

Il y a aussi pas mal de références historiques, surtout sur les Médicis en particulier Cosme de Médicis, il fait savoir que Vittorio et sa famille sont de très grands admirateurs de cette famille. J'ai aimé cette atmosphère de la Florence, de la Renaissance, c'était magnifiquement bien retranscrit avec des mots beaux, justes. Il y a une telle passion dans l'écriture, on ressent bien les émotions de Vittorio. Toujours cette écriture sensuelle, troublante, frémissante pour nous donner un récit se situant dans la Renaissance mais avec un brin de fantastique, d'histoire, un peu de macabre, de luxure et avec de nombreuses mentions à la religion : les rituels, les tableaux, la foi de Vittorio, les anges Ramiel et Setheus. Pourtant cela ne m'a pas gêné, moi qui connais suffisamment bien les œuvres d'Anne Rice, il ne faut pas être idiot pour savoir que le religion est un des thèmes que l'on retrouve dans ses écrits et elle a une telle façon d'en parler, de mélanger la religion avec le sang, la mort, les vampires, la luxure, l'Histoire ; d'une certaine façon, cela me rappelle le style bien cher à la chanteuse Mylène Farmer que je suis depuis de nombreuses années, ses chansons, ses clips reprenant à peu près les mêmes thèmes qu'Anne Rice (sans les vampires ou l'Histoire ceci dit). En lisant, j'ai eu envie d'écouter Mylène Farmer, de me plonger dans la Renaissance italienne, de relire l'histoire des Médicis...

Ici, point de vampires que l'on retrouve dans Les chroniques des Vampires, pas de Lestat ou autres, mais de nouveaux vampires pour une nouvelle histoire. La particularité avec les vampires d'Anne Rice est qu'ils sont éternellement damnés, ils sont rarement heureux et s'ils sont contents de leur quotidien à un moment donné, ils finissent par se lasser. C'est très différent des vampires de Stephenie Meyer où l'on retrouve le happily ever after, où les personnages vivront heureux pour toute l'éternité et où l'héroïne n'attendais que ça : être vampire pour pouvoir roucouler pour l'éternité avec son chéri. Et j'aime cette facette des écrits d'Anne Rice, les vampires auront à jamais une existence troublée, éternelle, rarement heureuse pour toujours car pour moi, l'éternité est un fardeau et les vampires ne peuvent supporter de vivre éternellement. Mais les vampires de l'auteur aiment aussi se donner en spectacle, faire un peu dans l'excès dans leurs rituels étranges, ça m'a un peu rappelé le Théâtre des Vampires dans Entretien avec un vampire, sauf qu'ici il s'agit d'un Graal rubis avec ses messes, ses rituels, ses sacrifices et ses vampires un peu loufoques mais intéressants. C'est l'inconnu, c'est mystique, c'est obscur.

Et quel étrange couple que celui d'Ursula et Vittorio mais tellement intéressant. Et quel personnage intéressant que celui de Vittorio qui ne se laisse pas impressionner par les vampires, qui a le sens de la répartie avec eux, qui est pieux, seul, courageux, qui est passionné. Et si ce roman était un peu trop court à mon goût, qu'il m'a déconcerté à bien des moments, que je m'attendais à plus et qu'il manque ce quelque chose qui faisait tout le charme des Chroniques, je suis ressortie plutôt positive de ce roman. Certes, ce n'était pas aussi formidable que les autres tomes de la Chronique, je m'attendais à bien plus (c'est trop court !), mais je ne parlerais pas de déception  J'ai retrouvé le style de l'auteur si envoûtant, j'ai découvert les merveilles des tableaux de Fra Filippo, la Renaissance italienne, des personnages intéressants. Bref, une lecture satisfaisante !

Extrait :

A quelque aune qu'on me juge, je suis un vampire remarquable, très puissant, ayant vécu cinq cents ans depuis la grande époque de Cosme de Médicis, et même les anges attesteront de mes pouvoirs si vous pouvez les amener à vous parler. Soyez tout de même prudents. Je n'ai cependant rien à voir avec cette bande d'étranges vampires romantiques du Nouveau monde, de la cité méridionale de La Nouvelle-Orléans, qui vous ont déjà régalés de tant de contes et de chroniques. Je ne sais rien de ces héros d’événements macabres déguisés en fiction. Je ne connais pas leur paradis charmeur des marais de Louisiane. Vous ne trouverez dans ces pages nulle information nouvelle sur eux, ni même d'autre mention que celle-ci de leur existence.

1. Qui je suis, pourquoi j'écris, ce qui doit advenir.