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dimanche 22 mars 2026

Les Disparus du Pays Imaginaire - Aiden Thomas.



Lorsque des enfants disparaissent dans la petite ville d'Astoria, tous les regards se portent sur Wendy...

Il y a cinq ans, Wendy a été portée disparue avec ses deux petits frères. Elle sera retrouvée au bout de six mois, seule, dans les bois !

Quelques années plus tard, deux enfants disparaissent à nouveau, rappelant à Wendy de sombres souvenirs. Alors qu'elle rentre chez elle par une route sombre à travers bois, au volant de son pick-up, une forme gisant sur la chaussée l'oblige à s'arrêter. Il s'agit d'un jeune garçon qui prétend connaître Wendy et pourrait bien être la clé du mystère entourant toutes ces disparitions d'enfants.

Il s'appelle Peter !



Les Disparus du Pays Imaginaire est une réécriture de Peter Pan qui m’a un peu déconcerté, puisque cela se passe à notre époque, mais aussi parce que, pendant une bonne partie du roman, il ne se passe pas grand-chose. Une fois qu’on s’habitue au fait que Wendy a un téléphone portable et conduit une voiture, et au rythme lent du récit, l’histoire qui nous est présentée est intéressante !


Wendy a ici 18 ans, elle est étudiante pour devenir infirmière, mais elle vit avec un poids sur la conscience. Cinq ans plus tôt, elle et ses frères ont disparu dans la forêt. Seule Wendy est revenue, sans aucun souvenir de ce qu’il s’est passé. À présent jeune adulte, elle remarque de plus en plus de disparitions d’enfants, faisant remonter en elle ses souvenirs et sa culpabilité… mais aussi des rêves concernant Peter Pan et le Pays Imaginaire. Impossible, pourtant, puisque ce ne sont que des histoires que sa mère lui racontait. Et pourtant, ce jeune garçon qui a débarqué dans sa vie en prétendant la connaître, et qui se nomme Peter, pourrait bien être la chance de Wendy pour retrouver la trace de ses frères, ainsi que des autres enfants disparus.


L’histoire présente du potentiel, entre la mystérieuse disparition des enfants, les retrouvailles entre Peter et Wendy, et Wendy qui retrouve ses souvenirs au compte-goutte concernant le soir où ses frères et elles ont disparu, mais aussi l’ombre de Peter qui s’est rebellée et œuvre contre lui, comme une sorte de jumeau maléfique. J’ai aussi aimé la relation entre Peter et Wendy qui est vraiment touchante, avec l’attachement qui les lient l’un à l’autre, et ce que Peter fait pour Wendy. La romance est touchante, sans prendre trop de place.


Le problème reste le rythme. On tourne en rond, il y a des longueurs et des répétitions, l’intrigue traîne plus que nécessaire. Je me suis souvent demandée où l’auteur voulait en venir, et l’intérêt de faire autant traîner les choses. L’auteur s'évertue à décrire des paragraphes entiers sur des actions triviales, et les moindres faits et gestes de Wendy, alourdissant le récit. Le récit aurait vraiment gagné en qualité et en rythme si tous ces passages inutiles avaient été retirés pour mieux développer la fin qui a été vraiment trop expéditive compte tenu du potentiel qu'elle avait. Quelle frustration !


J’avoue aussi avoir été un peu déçue de ne pas avoir retrouvé des éléments qui constituent l’histoire, voire même l’essence de Peter Pan, comme le capitaine Crochet, la fée Clochette, les pirates, etc. Alors, certes, peut-être n’auraient-ils pas servi à l’intrigue, mais j’aurais apprécié de les voir mentionnés au moins une fois. Cela aurait apporté un peu plus de fantastique à ce récit.


Cela dit, j’ai aimé l’ambiance sombre et pesante qui enveloppe le récit, ainsi que les thèmes qui sont abordés. On nous parle du deuil que Wendy et ses parents ne peuvent pas faire puisque le mystère plane autour de John et Michael. Sont-ils encore en vie ? Retenus au Pays Imaginaire ? L’incertitude plane jusqu’à la fin concernant leur sort. On ressent plus que jamais la douleur et le déchirement de leur absence, et cette incertitude qui nous fait craindre le pire comme espérer le meilleur. Personnellement, je m’attendais à une telle fin, elle apporte un sentiment à la fois doux et amer, ce qui est assez rare dans la fiction jeunesse je trouve. L’amour de Wendy pour ses frères est très touchant, au point d’en avoir versé ma petite larme à un moment.


Le traumatisme est aussi un élément central du roman, puisque Wendy ne se souvient de rien concernant sa disparition et celle de ses frères. Pendant les 3/4 du roman, nous ignorons ce qu'elle a vécu, mais nous comprenons petit à petit que le choc a été si important pour elle que son cerveau a tout effacé, enfoui profondément dans sa mémoire. Elle éprouve également la culpabilité du survivant, et parvient difficilement à avancer à cause de cela. Ses frères sont sa motivation, et malgré leur absence, elle songe si souvent à eux que leur souvenir est omniprésent dans le récit.


Si l'enquête met du temps à démarrer, le suspens est là tout au long de la lecture, autour de cette étrange forêt et de la disparition des enfants. C'est une réécriture de Peter Pan assez sombre et mélancolique qui traite du traumatisme et du deuil. Même si je lui ai trouvé des longueurs, j'ai aimé la fin qui était très touchante.


En résumé, une lecture en demi-teinte. Il y a du très bon, comme les thèmes du deuil et du traumatisme décrits avec brio, la revisite du conte de Peter Pan réécrit de manière plus sombre et originale, l’ombre de Peter Pan comme double maléfique, et la relation Peter/Wendy est très touchante. Malheureusement, les aspects négatifs (les longueurs interminables, le manque de magie, le côté moderne) ont entaché mon appréciation. Ce roman ne laissera pas de trace impérissable, et j'en suis la première déçue.


Ce n'est pas pour rien que les ombres sont attachées aux gens. Ce sont des créatures maléfiques. Pas comme les fées, qui mettent le bazar parce que ca les amuse. Les ombres sont faites de toutes les parties négatives de nous-même. Elles se nourrissent des mauvaises pensées, de la peur, de l'inquiétude, de la tristesse et de la culpabilité.


lundi 9 mars 2026

Miss Percy (T.1) Le petit guide de Miss Percy, ou comment élever un dragon britannique - Quenby Olson.


Miss Mildred Percy hérite d'un dragon.

Mais peut-être allons-nous trop vite en besogne...

Miss Mildred Percy appartient à la catégorie des vieilles filles : elle ne danse pas, a renoncé depuis longtemps à ses rêves et ne mène pas ce que l'on pourrait appeler une vie d'aventure. Du moins le pensait-elle, jusqu'au jour où son grand-oncle a l'audace de lui léguer, entre autres, un œuf de dragon.

Cet œuf, comme la plupart des œufs, a le bon goût d'éclore. Et c'est ainsi que, du jour au lendemain, Miss Mildred Percy passe du statut de tapisserie au rôle inouï d'éleveuse de dragons.

Un dragon ? En Angleterre ? Voilà quelque chose que l'on n'a jamais vu. Pourtant Mildred va devoir jongler entre l'éducation de ce spécimen (qui n'est pas censé exister), la naissance d'une idylle (avec un modeste pasteur) et le début d'une aventure à laquelle jamais elle ne se serait crue destinée.


C’est toujours un crève cœur quand un livre qui avait tout pour me faire finit par être une lecture mitigée, voire une déception.


Sur le papier, ce roman avait tout pour me plaire. De la cozy fantasy avec des dragons, la campagne anglaise pour décor, une ambiance à la Jane Austen, et même une héroïne d’âge mûr (pour changer !) qui a une mignonne petite romance avec un pasteur érudit. L’idée était bonne.


Mildred Percy est une protagoniste qui vit effacée dans la famille de sa sœur cadette qui n’a que peu d’estime pour elle, et qui reçoit contre toute attente un étrange héritage d’un lointain oncle décédé. Parmi les trésors dont elle hérite, une bien étrange pierre… qui finit par éclore, donnant naissance à un dragon, dont elle doit cacher l’existence à tous. Heureusement, elle a le soutien et l’aide d’un fort bien charmant pasteur, qui ne la laisse pas indifférente, et de sa gouvernante.


Ce n’est pas qu’une petite histoire toute mignonne sur un bébé dragon qu’il faut élever, car il y a des personnages fort intéressés par ce dragon et qui aimeraient bien mettre la main dessus… Il revient donc à Miss Percy de déjouer leurs pièges et déterminer en qui elle peut avoir confiance, y compris parmi sa propre famille. Aidée du pasteur Wiggan et de sa fidèle gouvernante Mrs Babbinton, Mildred va chercher comment protéger ce bébé dragon des mains avides et imprévisibles qui veulent s'en emparer.


Miss Percy est une héroïne plutôt agréable, tout d’abord effacée, voire même soumise et écrasée par sa famille, un peu trop gentille, qui veut faire plaisir à tout le monde, jusqu’à qu'une succession de petits événements qui la poussent à examiner sa vie autrement, non sans une certaine dose d’angoisse. J’avoue m’être un peu identifiée à elle. C'est par ailleurs assez rare d'avoir ce genre de caractère dans les romans, avec autant de réalisme


J’ai aimé son évolution au fur et à mesure de la lecture. C’est un plaisir de la voir s’affirmer de plus en plus, et devenir plus indépendante et sûre d’elle alors qu’elle s’éloigne de plus en plus de la prison familiale et qu’elle se trouve des amis et alliés. La naissance du dragon est vraiment l’élément déclencheur dont Miss Percy avait besoin. Elle commence à rêver d’aventure, à dire « non », à sortir peu à peu de sa coquille, ainsi qu’avec son amitié naissante avec le pasteur et sa gouvernante. De plus, c’est agréable de voir une héroïne d’âge mûr, et son début de romance avec le pasteur est plutôt mignonne.


Mais alors, qu’est-ce qui a cloché ? Le style d’écriture, truffé de descriptions, y compris pour des choses superflues (qui a besoin de trois pages de descriptions sur une voiture attelée et la façon dont un personnage descend de celle-ci ?), de parenthèses, et de parenthèses dans les parenthèses. Au début, ces parenthèses étaient amusantes, mais à la longue ça en devenait fastidieux. La moindre action, si infime soit-elle, est décrite dans le moindre détail, ce qui alourdit le récit, a parasité ma lecture et a rendu l’intrigue longue… très longue… Ce tome s’est révélé interminable, et même la présence de notre adorable mais si turbulent dragonnet n’a pas su redynamiser le récit… dragonnet pas autant présent que je l’aurais souhaité. 


Honnêtement, ce n’est pas une mauvaise lecture. Il y a du potentiel, de très bonnes idées, l’histoire présente une certaine originalité. Le problème vient du rythme. Ainsi, malgré ses bons points, ce roman a davantage été un flop, et je ne continuerai pas ma lecture. Dommage…


- Je vous prie de bien vouloir m'excuser, Miss Percy.Je n'ai guère pour habitude de pratiquer la malhonnêteté....

Mildred faillit le couper en cet instant, car elle était convaincue qu'une personne qui tenait à affirmer qu'elle ne pratquait pas la malhonnêteté faisait certainement acte de malhonnêteté par là même.

- ..... mais je craignais de ne point pouvoir gagner votre confiance autrement.

Si l'expression " rester sur le cul" avait existé dans l'Angleterre de1816, Mildred l'aurait non seulement trouvée amusante, mais elle aurait été tout près de l'illustrer en cet instant.

vendredi 23 janvier 2026

L'Antre des louves (T.3) Le Temple de Fortuna - Elodie Harper.



Le voyage d’Amara l’a conduite loin, d’une humble esclave dans un bordel de Pompéi à une courtisane de grande puissance à Rome. Elle est désormais une femme affranchie, riche et influente, mais elle est toujours attirée par son passé. 

Car tandis qu'Amara est prise dans les intrigues politiques du palais impérial, sa fille reste à Pompéi, élevée par le seul homme qu'elle ait jamais vraiment aimé. Même si elle aspire à sa famille, Amara sait qu'elle est plus en sécurité lorsqu'elle est loin. Peut-être qu’avec suffisamment d’astuce et de courage, elle parviendra à faire tourner la roue de Fortuna en leur faveur. 

Mais nous sommes en 79, et le Vésuve s'apprête à se faire connaître...



Après un second tome qui n’était pas loin du coup de cœur, il me tardait de reprendre les aventures d’Amara dans ce troisième et dernier tome.


Dans le tome deux, on quittait Amara qui, pour assurer un avenir meilleur à sa fille, a décidé d’accepter l’offre de Démétrius, un affranchi grec devenu un puissant homme de l’ombre, de le suivre dans sa vie à Rome et d’être sa bouche et ses oreilles auprès des nobles de Rome mais aussi de la famille impériale. Ce faisant, elle laisse derrière elle sa fille et Philos, l’homme qu’elle aime en secret, mais aussi ses amies de Pompéi. À Rome, Amara jouit d’un train de vie luxueux qui lui permet d’envoyer de l’argent à Philos pour le quotidien et la dot de leur fille, Rufina. Si elle apprécie ce statut social confortable, cet éloignement avec sa famille est pour elle un déchirement, mais elle est prête à sacrifier sa vie et son bonheur pour assurer un avenir à sa fille.


J’ai été un peu déconcertée par l’intrigue, nous passons finalement peu de temps à Rome. Seulement une infime partie de l’intrigue se situe dans la capitale impériale et est consacrée aux missions d’Amara qui doit tisser des amitiés avec des nobles et s’infiltrer dans des événements, afin de pouvoir ramener à Démétrius un rapport détaillé. Un prétexte oblige finalement assez rapidement Démétrius à envoyer Amara à Pompéi temporairement, pour sa protection, mais pas sans l’avoir demandé en mariage. Amara accepte, bien qu’elle ne cesse de penser à Philos. Remarquez, ce n’est pas pour me déplaire. Si la partie à Rome était intéressante (surtout pour voir la différence d’avec la vie à Pompéi, et aussi le chapitre consacré à des funérailles impériales, nous donnant un aperçu des rites funéraires de l’époque), j’ai été ravie de retourner à Pompéi.


À Pompéi, Amara retrouve ses amies, notamment Britannica qui est devenue gladiateur, mais aussi Philos et Rufina. Tandis qu’Amara retrouve les siens, les relations restent tendues entre elle, Philos et sa fille, et l’ombre de Félix, son ancien maître, plane toujours. Il sait tout de la véritable paternité de Rufina et n’hésite pas à utiliser le chantage pour lui soutirer de l’argent. Amara espère que son mariage la mettra définitivement à l’abri du besoin et qu’elle pourra vivre à Rome avec sa fille. Mais nous sommes en 79, et le Vésuve est sur le point de se réveiller. Les habitants de Pompéi ignorent qu’ils vivent à proximité non pas d’une montagne mais d’une machine à retardement.


Ce tome est indéniablement un ascenseur émotionnel, entre le futur d’Amara et des siens qui reste incertain, les menaces de Félix, mais aussi l’éruption du Vésuve qui reste ma partie préférée du roman. C’est un décor apocalyptique qui se met en place, entre le début de l’éruption, la panique des habitants avec ceux qui préfèrent rester et s’abriter chez eux, et ceux qui tentent de se réfugier dans les villes voisines ou fuir vers la mer. La cendre recouvre tout, la fumée est asphyxiante, des murs et des colonnes s’effondrent, des gens cherchent leur famille. C’est le chaos partout où Amara met les pieds. Philos, qui a su reconnaître la véritable nature de la montagne, persuade Amara de fuir avec leurs proches le plus loin possible de Pompéi. Mais la fuite n’est que le début. La route vers le salut est longue et semée d’embûche, c’est la fuite en ignorant la douleur dans ses pieds, la fumée qui se rapproche. Nous sommes tenus en haleine jusqu’au bout.


L’intrigue est rythmée, on ne prend pas le temps de se reposer avec les personnages. L’éruption est décrite avec puissance et précision, et offre des pages particulièrement saisissantes. La panique est palpable. Je dois avouer m’être demandée si Amara ou ses proches allaient survivre, et nous perdons en effet quelques personnages. Toutefois, j’ai été soulagée de savoir que [spoiler] Amara, Philos et leur fille ont survécu et ont pu se construire une nouvelle vie sous un autre nom [/spoiler]


Passée la partie consacrée à l’éruption, notre héroïne n’est pas tranquille pour autant. L’auteure nous offre une dernière partie qui fait monter la tension, notamment avec l’apparition d’un personnage que même le Vésuve n’aura pas réussi à achever, mais ce n’était que justice que [spoiler] Amara soit celle qui le tue, et qu’elle puisse enfin récupérer sa vie et son nom d’avant Pompéi, avant son esclavage [/spoiler]. Si je déplore une fin brutale, j’ai été ravie de voir qu’un personnage que j’aime a survécu et qui, à en croire l’auteure, aura droit à son propre roman, voire sa propre série… Une façon de retrouver l’univers de l’Antre des Louves et ses personnages. L’épilogue apporte donc satisfaction, en offrant aux personnages — et aux lecteurs — une forme de clôture émotive attendue.


Amara en aura parcouru du chemin depuis les premières pages de L’Antre des Louves, et ce fut avec plaisir et soulagement de voir qu’elle a enfin une fin heureuse tant mérité, après tant d’épreuves. Ce troisième tome nous offre donc un épilogue majestueux qui conclue en beauté une saga qui m’aura séduite du début à la fin, qui m’aura bouleversée, avec des personnages qui m’auront tantôt ému, tantôt révolté, avec des destins funestes, et des épreuves parfois cruelles. Malgré la dureté des faits évoqués, il se dégage de cette saga beaucoup d’émotions et de force.


Terrifiée, Amara se jette au sol tandis que Rufina hurle. La terre tremble sous son corps. Peu à peu, elle se redresse, à genoux, les oreilles bourdonnantes. D'où venait cette détonation ? Philos serre leur fille contre lui, blanc de peur. Puis la lumière décline comme si le soleil se couchait à toute vitesse. Amara lève les yeux. Une colonne noire s'élève au-dessus de la montagne, tel un javelot lancé par Vulcain, le dieu des flammes. Des doigts noirs s'étirent depuis son sommet, traversant le bleu du ciel, une main tendue vers la ville de Pompéi. Le monde perd ses couleurs lorsque le soleil s'efface. Il se met à pleuvoir - mais jamais Amara n'avait connu ce genre d'averse. Les gouttes sont brûlantes et laissent des traces sur sa peau. Elle les brosse de ses bras nus, d'abord sans comprendre. De la cendre. C'est de la cendre. Elle se rend compte, malgré ses acouphènes, qu'elle entend des hurlements.

- Le Vésuve ! crie Philos, sa voix portant par-delà le chaos. C'est un mont de feu !

Il agrippe Amara, en l'arrachant à sa transe.

- Il faut partir !

- Partir ? Mais où ? De quoi parles-tu ?

Rufina s'agrippe à son père, ses bras resserrés autour de son cou, son visage pressé contre son torse, si terrifiée qu'elle ne fait plus aucun bruit. Philos force Amara à se tourner vers le Vésuve. Malgré la pluie de cendre, elle voit l'ombre de la montagne, son cœur qui vient d'exploser, la colonne noire qui en émerge encore.

- Amara, le Vésuve brûle. C'est un mont de feu, comme l'Etna. Il faut partir le plus loin possible.

mercredi 31 décembre 2025

Le Chant des Ronces - Leigh Bardugo.




Embarquez dans un voyage vers des terres sombres et dangereuses, peuplées de villes hantées et de bois affamés, de monstres bavards et de golems en pain d'épices, où la voix d'une sirène peut invoquer une tempête mortelle, où les rivières font de terribles promesses d'amour...






Le chant des ronces est un recueil de six contes en rapport avec un autre univers fantasy de l’auteur, les Grishas, un peu comme ce que sont les Contes de Beetle le Barde dans l’univers d’Harry Potter. Fort heureusement, il n’est pas nécessaire d’avoir lu au préalable cette saga pour comprendre et apprécier ces contes, et quelle jolie lecture ce fut, surtout en cette période de fête !


Voici les six contes présents dans ce recueil :


Ayama et le bois aux épines : Tout commence lorsque, dans un royaume fort lointain, une reine donna naissance à un prince charmant, puis à un autre garçon… ou plutôt, une bête. En parallèle, une paysanne donne naissance à Kima, une fille charmante, belle, à la voix chantante, puis Ayama, moins gracieuse, plus maladroite et ronde. Un jour, le second prince s’échappe, semant la panique et tuant les troupeaux. Personne n’est assez valeureux pour l’arrêter ou négocier avec lui. On envoie donc Ayama, que personne ne regrettera, pour trouver la bête qui s’est terrée dans les bois. Celle-ci lui propose un marché : si elle lui raconte une histoire qui lui fera oublier sa colère, il lui laissera la vie sauve et n’attaquera plus les troupeaux.


Le renard trop rusé : Koja, un regard chétif et laid, se sert de sa ruse pour se sortir de situations dangereuses, mais il se pourrait qu’un jour son ennemi soit plus rusé que lui. Heureusement, il peut compter sur l’aide de Lula, l’oiseau chanteur.


La sorcière de Duva : Des petites filles disparaissent dans les bois et, au milieu d’un hiver terrible, Nadya perd sa maman d’une maladie et son père se remarie avec Karina qui ne cache pas son mépris pour Nadya. Alors qu’elle l’envoie dans ces bois inquiétants, Nadya tombe sur la maison d’une sorcière, faite de friandises, et se met à son service…


Petite Lame : C’est l’histoire de Yeva, fille d’un duc, si belle qu’elle fait bien malgré elle tourner la tête de tous ceux qu’elle rencontre. Aimant l’attention que l’on porte à Yeva, le duc décide de faire subir à tous ses prétendants une série d’épreuves dont la récompense sera la main de sa fille. Semyon, un paysan, remporte les épreuves avec l’aide de Petite Lame, une rivière, il espère bien gagner une épouse, mais la rivière a plus d’un tour dans son sac.


Le prince soldat : Droessen est un horloger et chacun est comblé de ravissement face à ses œuvres, mais il souhaite se marier. La jeune Clara, encore malléable, est la candidate parfaite. Il lui offre un casse-noisette dont Clara ne se sépare pas et à qui elle confie tous ses secrets. Le casse-noisette a aussi un secret : il vit, et il a la tête hanté de souvenirs d’une vie qu’il ne comprend pas…


Quand l’eau chantait le feu : Ulla est une sild (sorte de sirène) méprisée par ses pairs à cause de sa différence. Ce qu’elle désire plus que tout est de devenir chanteuse à la Cour. Un jour, alors qu’Ulla et sa partenaire de chant, Signy, chantent devant la Cour, elles attirent l’attention du plus jeune des princes, Roffe, rongé dambition et impressionné par la magie crée par leur chant. La vie d’Ulla bascule le jour où elle rejoint la terre ferme avec Roffe et Signy, et qu’elle découvre le secrets de ses origines, cachés par ses parents, et que le prince Roffe commence à montrer son vrai visage... 


J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ces différents contes. S’ils sont d’intérêt inégal, et que j’ai mes préférences, j’ai pris grand plaisir à découvrir et à dévorer chacun d’entre eux. Ils ne sont pas sans rappeler, pour certains, des contes célèbres que nous connaissons comme Casse-Noisette, La Belle et la Bête, Hansel et Gretel, le Roman de Renart ou encore La Petite Sirène, mais aussi avec quelques éléments qui nous font rappeler les contes russes avec les prénoms des personnages, le froid et l’hiver qui sont présents dans de nombreuses histoires, la nature belle et cruelle à la fois. J’ai beaucoup apprécié découvrir, lors de ma lecture, de quels contes l’auteur s’inspirait (certains sont moins évidents que d’autres), et comment il les a réinventé à sa propre sauce, et avec son propre univers.


L’auteur a très bien su reprendre la recette des contes de fée pour créer les siens, en nous offrant parfois même un dénouement surprenant puisque l’auteur renverse certaines valeurs codifiées et montre combien les apparences et les évidences peuvent paraître bien trompeuses. Il reprend donc le schéma des contes mais apporte sa petite touche. Ainsi, la chute n’est pas forcément celle que l’on croit, le méchant n’est pas toujours celui auquel on pense, on a une héroïne pas bien jolie mais pleine d’esprit, de belles amitiés, des gentils qui ne le sont qu’illusoirement, etc.


Ajoutons à cela que le livre est un bel objet et que nous trouvons, en fin de conte, une jolie illustration pour clore le récit. Ces contes sont ensorcelants, avec une consonance slave, et apportent bien entendu de très belles morales à la fin.


Elle se rappela que ce n’était pas parce que personne ne voulait l’écouter qu’elle n’avait rien à dire, bien au contraire. Si la bête aimait qu’on lui parle, Ayama apprécierait peut-être tout autant d’être entendue.

vendredi 31 octobre 2025

The Halloween Moon - Joseph Fink.



Esther Gold loves Halloween more than anything in the world. So she is determined to go trick-or-treating again this year despite the fact that her parents think she is officially too old. Esther has it all planned out, from her costume to her candy-collecting strategy. But when the night rolls around, something feels . . . off.

No one is answering their door. The moon is an unnatural shade of orange. Strange children wander the streets, wearing creepy costumes that might not be costumes at all. And it seems like the only people besides Esther who are awake to see it all are her best friend, her school bully, and her grown-up next-door neighbor.

Together, this unlikely crew must find a way to lift the curse that has been placed upon their small town before it's too late. Because someone is out to make sure Halloween never comes to an end. And even Esther doesn't want to be trapped in this night forever.



Esther Gold aime Halloween plus que tout. Elle aime regarder des films d’horreur et frissonner devant son écran. Elle aime la chasse aux bonbons. Elle prépare toujours trois déguisements : son déguisement principal, un déguisement de rechange, et un déguisement pour l’école. Elle juge les voisins qui ne décorent pas pour Halloween ou qui proposent, en guise de bonbons, des tubes de dentifrice. Halloween, c’est plus qu’une fête pour Esther Gold. C’est un état d’esprit, c’est une saison entière, c’est un mode de vie. Ainsi, elle est choquée d’apprendre que ses parents considèrent qu’Esther, du haut de ses treize ans, est trop âgée pour se déguiser et partir à la chasse aux bonbons.


Faisant fi de l’interdiction parentale, Esther décide de prétexter une simple soirée cinéma avec Agustin, son meilleur ami, pour partir collecter des bonbons une dernière fois. Mais, au fur et à mesure de la soirée, elle remarque des choses inhabituelles : la lune qui s’est parée d’une étrange teinte orange, ces enfants inconnus qui errent dans le voisinage, parés de costumes délavés et abîmés… et puis, ces adultes endormis qu’on ne parvient pas à réveiller et les enfants du quartier qui disparaissent tous. Il y a définitivement anguille sous roche !


The Halloween Moon est un roman jeunesse plutôt efficace à se mettre sous la dent pendant la période automnale, pour se mettre dans l’ambiance d’Halloween. Il faut dire que la protagoniste principale est une fan pure et dure d’Halloween (peut-être un peu trop à mon goût, son désir de célébrer Halloween par tous les moyens la rendant parfois un peu égoïste au début du roman), et cette passion est plutôt amusante à découvrir. Halloween est plus qu’une fête pour Esther, c’est une religion.


Ce roman rappellera un peu Hocus Pocus dans le sens où nous avons un groupe de personnage face à une menace et qu’il s’agit d’une course contre la montre pour éradiquer cette menace un soir d’Halloween, mais les comparaisons s’arrêtent là. J’ai nettement préféré les sœurs Sanderson à la reine d’Halloween, l’antagoniste du roman, qui n’aura pas su me convaincre entièrement. Elle n’est pas toujours très crédible comme menace, on sait peu de choses sur elle, et je m’attendais à en apprendre plus sur elle et que ses raisons de faire d’Halloween un jour sans fin soient un peu plus complexes. Au final, on ne sait pas trop pourquoi le voisin Nathaniel effraie tant que ça cette reine, et qui sont les sbires de la reine, Dan Apel et Ed Pumpkin. Cela dit, j’ai bien aimé son antagonisme avec les chats noirs, et son lien avec les enfants disparus d’Halloween. Il y a du potentiel mais il n’a pas été assez exploité à mon goût.


Cela dit, le roman fait la part belle à la diversité et cette diversité n’est pas là juste pour dire « untel est juif / latino / etc » mais cette diversité sert à l’intrigue, au moins pour mieux comprendre nos personnages. Nous avons Esther qui est juive, Agustin qui est latino, ou encore Sasha qui est coréenne. Dans son ensemble, j’ai bien aimé notre groupe de personnages, avec Esther et Agustin qui sont amis d’enfance, Sasha qui est victime d’harcèlement scolaire à cause de ses origines et qui, en retour, décide d’harceler Esther pour ses origines, même si cela la fait culpabiliser, et enfin Mr Gabler, voisin d’Esther, dentiste qui nous réserve quelques surprises. Un groupe haut en couleur que j’ai aimé suivre et qui vont avoir l’occasion de mieux se connaître et changer ensemble.


J’ai été agréablement surprise de voir que ce roman évoquait des thèmes plus profonds, comme la peur de grandir, la nécessité du changement qu’on ne peut éviter en grandissant, puis accepter de grandir et de changer, même si cela nous fait peur. Il est également évoqué le harcèlement scolaire, l’abandonnement parental, etc.


Ce qui fait donc la force du roman pour moi, c’est son groupe de personnages qui vont braver les danger et évoluer ensemble, la part belle à la diversité, et les thèmes évoqués autour du changement et du fait de grandir. Si l’ambiance Halloween est un petit plus très appréciable, je n’ai malheureusement pas été entièrement convaincue par l’antagoniste. Il y avait du potentiel, mais cette reine d’Halloween ne fait pas partie des éléments les plus mémorables du roman, tout simplement parce que j’ai été frustrée du peu d’informations la concernant, elle et ses sbires, son histoire, ses motivations. Cela dit, ça reste un roman jeunesse sympathique pour se mettre dans l’ambiance d’Halloween !


Maybe you love Halloween. Maybe you dress up every year and put a lot of time and care into your costume. Maybe you watch scary movies and then can’t sleep, but also can’t resist watching more. Maybe candy corn tastes better to you than other candy, not because it tastes better (it doesn’t) but because it tastes like a moment in time, like a season.

But you don't love Halloween the way Esther did.

jeudi 18 septembre 2025

La Maison à la porte dorée (T.2) - Elodie Harper.


Entre manigances et amours interdites, la liberté torturée d'une femme à Pompéi. 

Amara, esclave affranchie, mène désormais la vie luxueuse de concubine d'un puissant politicien : elle habite une magnifique demeure, se rend aux plus extravagantes fêtes et se pare des plus beaux tissus. Mais son passé la hante. Si elle a réussi à se libérer de l'Antre des Louves - le lupanar le plus célèbre de Pompéi - l'idée que ses sœurs de cœur y soient restées lui est insupportable.

Décidée à les délivrer, elle devient alors une femme impitoyable et vengeresse, qui usera de stratagèmes terribles pour parvenir à ses fins. Néanmoins, ce nouveau rôle n'est pas sans risques : un faux pas, et elle pourrait tout perdre. Mensonges, trahisons, tromperies et escroqueries... dans l'Empire romain, quand on est une femme, la survie a un prix.


Avant d’ouvrir le second tome de L’Antre des Louves, je me demandais bien ce que l’auteure pourrait trouver à raconter d’intéressant en 400 pages concernant la vie d’Amara, sa protagoniste, après que celle-ci ait été déclarée comme femme libre, libérée à tout jamais de la vie de prostitution, en ayant trouvé un protecteur chez Rufus, fils d’une riche famille, s’étant entiché d’elle. Lectrice de peu de foi que je suis ! Si je ne m’attendais pas à grand-chose, ce second tome a su capter mon intérêt assez rapidement et j’ai replongé avec intérêt dans les aventures d’Amara.


Nous avions quitté Amara, libre, mais le cœur brisé après la perte d’une de ses amies du lupanar. À présent affranchie par Pline et mise sous la protection de Rufus, Amara a été installée dans une belle maison avec serviteurs où elle se retrouve seule la plupart du temps, attendant que son protecteur vienne lui rendre visite.


On découvre que, bien qu’elle soit libre, Amara ne coule pas des jours heureux pour autant. Elle doit faire tout pour garder l’intérêt et l’amour de son protecteur, sans quoi elle risquerait de se retrouver dans la rue, et Amara ne parvient pas entièrement à se satisfaire de sa nouvelle vie en sachant ses amies au lupanar. Elle se met donc en tête de les sortir de leur condition et de les libérer, quitte à devoir faire affaire avec Félix, son ancien et tyrannique maître. Mais il est dangereux de s’associer à pareil homme, surtout quand on lui doit de l’argent.


En parallèle, écrasée de solitude, Amara cherche de l’affection qu’elle trouvera dans les bras de Philos, esclave et intendant de Rufus, une liaison qu’elle doit garder secrète à tout prix…


Dans ce deuxième tome, l’auteure nous raconte la nouvelle vie d’Amara avec ses joies mais surtout ses difficultés. Ne plus être esclave est un grand pas, mais pas suffisant pour assurer ses arrières et la fin de ses soucis. Elle doit garder l’intérêt d’un protecteur qu’elle n’aime pas et qui peut s’avérer tantôt jaloux et violent, tantôt doux et généreux, mais aussi gagner de l’argent pour rembourser Félix à qui elle a racheté la liberté de certaines de ses amies. J’ai d’ailleurs retrouvé avec plaisir certaines d’entre elles, notamment Victoria et Britannica, dont l’évolution m’a bien surprise. L’une en mal, l’autre en bien. J’ai beaucoup aimé les liens qui se sont tissés entre Amara et Britannica, notre farouche celte qui partage le désir de vengeance d’Amara et qui souhaite devenir gladiateur.


J’ai retrouvé avec plaisir Amara, j’ai parfois déploré certains de ses choix mais je comprends aussi que ce qu’elle est et ses actions sont le fruit d’une vie d’esclavage. Elle est calculatrice car elle souhaite survivre, elle considère l’amour davantage comme une faiblesse qu’une force, bien que son amour pour Philos soit touchant et fort. C’était d’ailleurs la relation un peu inattendue mais ils ont fini par me toucher et me laisser le cœur en miette aussi. Je suis curieuse de voir comment leur relation va évoluer dans le dernier tome. J’ai aimé suivre Amara, j’ai crains pour elle, me suis révoltée avec elle. Elle n’est pas une héroïne parfaite. Elle ment, elle trompe, elle ne fait pas toujours les choix les plus justes ou les plus prudents, mais elle ne fait jamais rien dans un pur esprit de cruauté ou d’avidité. Tout ce qu’elle fait, elle le fait pour assurer une vie meilleure à elle et ceux qu’elle aime. On sent que c’est une femme avec ses traumatismes, profondément blessée et révoltée, tout simplement humaine.


J’ai également retrouvé avec plaisir Pompéi et le voyage dans le temps, au plein cœur de la Rome antique, avec son mode de vie, ses codes sociaux, ses fêtes religieuses, et je suis d’autant plus curieuse de poursuivre ce voyage temporel car, dans le dernier tome, le Vésuve grondera… On sent d’ailleurs les prémisses de la catastrophe dans ce second opus. J’ai hâte de voir ce que ça va donner et quel sort l’auteure réserve à ses différents personnages. Honnêtement, je suis incapable de dire si cette trilogie va s’achever sur un happy ending ou pas.


Ce tome a su avoir les ingrédients pour garder mon intérêt : stratagèmes, amour interdit, voyage dans la Rome antique, trahisons, révélations, un récit plus rythmé que dans le tome précédent et chargé d’émotions entre la joie, la peur, la colère. Un second tome que j’ai trouvé aussi, si ce n’est plus, captivant que le premier. Je lirai le dernier tome avec plaisir !


On ne peut pas compter sur la beauté pour s'attarder, et sur les amants, encore moins. Mais je ne pense pas qu'un tas d'argent ait jamais fait pleurer une femme !

samedi 23 août 2025

L'Antre des louves (T.1) - Elodie Harper.


Bienvenue à Pompéi, en l'an 74 avant notre ère. 

Amara, jeune grecque instruite mais réduite en esclavage après la mort de son père, est vendue à bas prix à un lupanar sordide, l'Antre des Louves, dirigé par Félix, un homme violent et imprévisible. L'impétueuse Amara comprend vite que la cité a beaucoup d'opportunités à offrir à celles qui savent les saisir.

Avec les autres prostituées, qui deviennent sa famille de cœur, elle gravit les échelons d'une société où les hommes détiennent le pouvoir, forçant les femmes à constamment s'adapter pour survivre. Des ruelles animées de Pompéi aux recoins les plus sombres de l'Antre des Louves, nul n'imagine une seconde que les prostituées connaissent les règles du jeu mieux que quiconque. Amara va apprendre à utiliser et à contourner les codes de ce monde impitoyable afin de regagner sa liberté.



Cela faisait un moment que cette trilogie me faisait de l’œil. Maintenant que j’ai terminé le premier tome, celui-ci me laisse une impression mitigée mais tout de même avec l’envie de découvrir la suite !


J’ai beaucoup apprécié cette plongée dans Pompéi, en pleine antiquité romaine, et notamment le lupanar de Pompéi, que l’on peut aujourd’hui visiter pour y découvrir son architecture, ses fresques érotiques et ses graffitis. C’est là qu’Élodie Harper a imaginé son histoire, cinq ans avant l’éruption fatidique du Vésuve qui marqua la fin de Pompéi, et donné une voix aux oubliées de l’Histoire, les prostituées dans la Rome antique.


Elles se nomment Cressa, Didon, Britannica, Victoria, ou encore Béronice, mais celle qui sort du lot est Amara, notre protagoniste. Fille de médecin, jeune femme cultivée d’origine grecque, elle a été vendue, par sa mère après la mort de leur père et la perte de toutes leurs ressources, à un maître autoritaire nommé Félix. Alors que ses compagnes d’infortune tentent de faire face avec plus ou moins de résignation à leur condition, Amara ne perd pas espoir de retrouver un jour sa liberté, guettant farouchement la moindre opportunité pour sortir de sa condition et des griffes de son maître, quitte à jouer plusieurs rôles ou à être prise comme une putain sans âme en cachant ses émotions. La vie n’est pas tendre à Pompéi, surtout pour les prostituées, et Amara doit faire preuve d’une volonté de fer et cacher sa vulnérabilité pour espérer s’en sortir.


Chaque femme dans ce roman a son propre vécu qui nous les rendent touchantes. L’une est amoureuse de son maître, l’autre est une farouche celte qui n’accepte pas sa position et qui se bat avec ses clients, une autre a vu son maître vendre l’enfant qu’elle a porté, etc. J’ai aimé découvrir chacune de ces femmes, leur histoire, mais aussi le lien qui les unissent toutes. Il y a parfois des conflits, elles ne se comprennent pas toujours. Certaines ont accepté leur sort avec plus ou moins de résignation, d’autres sont un peu plus rongées par le désespoir et ne parviennent pas à s’en accommoder. Mais, face à l’adversité et les aléas de leur « profession », elles sont unies et soudées. J’ai beaucoup aimé ces amitiés féminines. On s’attache à ces femmes, on a de la peine pour elles, on craint pour elles, car la vie d’une prostituée n’est pas simple et certaines ne seront pas épargnées par les drames de la vie. On le constatera au fil des pages.



Fresque érotique que l'on peut trouver dans le lupanar de Pompéi


On en apprend un peu plus sur ce que pouvait être la vie d’une prostituée à cette époque. Les plus populaires pouvaient espérer mieux s’en sortir, avec des clients fidèles, des cadeaux qu’elles pouvaient garder, un revenu pour leur permettre de vivre. Certaines se trouvent même un client amoureux qui promet de les libérer. D’autres sont plus malchanceuses. Il s’agit d’éviter la déchéance, conserver sa beauté car le déclin attend les prostituées vieillissantes. Il y a aussi les rivalités avec les autres bordels romains, la cruauté de certains clients ou de leur maître. C’est un roman assez dur parfois car il retranscrit l’horreur de la prostitution à une époque où l’esclave était normalisé. Il y a des scènes de violence, le viol et l’avortement sont évoqués, nos personnages sont souvent abusées verbalement ou physiquement par des hommes.


Malgré les thèmes parfois durs, l’histoire ne sombre pas dans le pathos. Il y a des moments un peu plus légers, et l’auteure réussi tout de même à glisser de l’espoir entre ses pages. On ne peut qu’admirer le courage et la solidarité de ces femmes. Quant aux hommes, certains sont bons, d’autres sont horribles. J’ai beaucoup aimé les passages avec l’auteur Pline, d’avantage intéressé par les sciences que par les femmes. Méandre m’a touché, mais après la fin du roman, j’ignore si Amara le reverra ou s’ils auront un avenir ensemble. Je ne sais encore quoi penser de Rufus, tout comme Félix qui se conduit souvent comme un véritable tyran aux paroles cruelles, mais en qui Amara se retrouve parfois à travers certains points communs, et qui se montre tantôt amical, tantôt cruel avec elle, et qui semble se montrer sentimental avec Victoria. Je me demande ce que l’auteure nous réserve à son sujet. Je n’oublie pas non plus Paris, seul prostitué homme de l’Antre des louves, que l’on prend en pitié.


J’ai été happée dès le début par l’ambiance, l’atmosphère et l’époque peintes dans ce roman. Les personnages sont intéressants et nuancés, le fil conducteur est prometteur. Toutefois, les redondances et longueurs du récit ont parfois failli avoir raison de moi. Je ne savais pas où l’auteure voulait nous mener. Un coup, Amara ramène des clients endettés à Félix pour l’aider dans ses affaires. Puis, Amara met à profit son don pour le chant pour se faire inviter dans des soirées chez de riches clients. Puis enfin, elle cherche un client à qui s’attacher pour essayer de le convaincre de lui acheter sa liberté. Le récit est assez inégal, alternant entre des passages ennuyeux et des passages plus palpitants. J’ai trouvé certains passages, voire chapitres longs, sans savoir où l’auteure voulait en venir, mais je me suis accrochée, surtout lorsqu’Amara rencontre Pline et qu’elle passe plusieurs jours à ses côtés, pour lui faire la lecture.


C’est une histoire indéniablement romanesque, mais je ne peux pas nier que l’auteure a construit son roman avec un souci de réalisme. C’est une véritable plongée dans l’Antiquité romaine qu’elle nous propose : le lupanar mais pas que, les célébrations religieuses, les thermes, les luxuriantes villas avec leurs somptueuses fêtes, ses fresques et mosaïques, les jardins à la romaine, les commerces, le théâtre, les combats de gladiateurs… Pompéi comme si on y était ! La ville reprend vie sous nos yeux, et j’ai beaucoup apprécié le voyage. Ainsi, malgré le sentiment mitigé que ce premier tome m’a laissé, je pourrais facilement me laisser convaincre de lire la suite. Je suis curieuse de voir où la vie mènera Amara… 


Amara lève les yeux vers Vénus. [...] Ce n'est pas que la déesse de l'amour, songe Amara. C'est une déesse qui pousse les hommes à la folie, qui détruit les guerriers. C'est par elle qu'est tombée Troie.

- Qu'elle nous donne du pouvoir sur les hommes.

dimanche 10 août 2025

Comme dans un roman d'été - Emily Henry.


Ils n'étaient pourtant pas faits l'un pour l'autre. Augustus Everett est un écrivain "sérieux", considéré comme le nouveau génie des lettres américaines. January Andrews ne compte plus les bestsellers publiés, mais dans un tout autre registre : la comédie romantique. Si elle multiplie les happy endings, Augustus réserve à ses personnages des destins épouvantables. Aux antipodes l'un de l'autre, ils vont néanmoins se croiser et se lancer un défi.

Elle passera l'été à écrire un grand roman littéraire, lui s'essayera à une comédie sentimentale. Afin de trouver l'inspiration, January organise pour Augustus des excursions romantiques, et lui l'emmène à la rencontre de personnes à l'existence brisée. Chacun devra achever son roman avant la rentrée et, bien évidemment, aucun des deux n'imagine tomber amoureux. Bien évidemment.



Petite romance de l’été, assez sympathique à lire dans l’ensemble mais qui ne m’aura pas entièrement convaincu et qui ne me laissera pas un souvenir mémorable. À peine terminé, ce sera vite oublié.


Ce qui m’a attiré dans ce roman est le pitch plutôt original qu’il proposait : une auteure de romans sentimentaux qui ne jure que par les happy endings, un auteur de roman qui préfère quand l’histoire se finit mal. Deux parfaits opposés dans leurs romans comme dans leurs tempéraments. Ils se lancent comme défi d’écrire un roman sur le thème de prédilection de l’autre, et bien-sûr ils tombent petit à petit amoureux.


Ce qui m’a donc attiré était de suivre le processus d’écriture d’un roman de nos deux protagonistes qui se retrouvent à écrire sur un genre qui est très loin d’être leur thème de prédilection, ce qui promettait quelque chose d’intéressant (comment écrire un roman, qui plus est un roman qui nous sort de notre zone de confort ?) et de divertissant. Je regrette toutefois que le processus d’écriture prenne finalement trop peu de place à mon goût. Alors certes, January emmène Auguste dans des excursions romantiques pour lui donner de l’inspiration, et Auguste fait rencontrer à January des personnes brisées par la vie pour la même raison, ce qui n’est pas une mauvaise idée en soi, mais ces escapades prennent un peu trop de place à mon goût, au détriment de l’écriture car on voit finalement peu nos personnages écrire. Ce n’est peut-être qu’une impression car j’ai déjà vu certaines lectrices reprocher l’inverse, que le processus d’écriture était trop décortiqué. Peut-être que je m’attendais tout simplement à ce qu’il soit présenté autrement.


J’aurais aussi bien voulu que le roman nous partage aussi le point de vue d’Auguste et pas seulement celui de January, car je dois dire m’être un peu plus intéressée à Auguste qu’à January. Nos deux protagonistes ont un passé qui les rendent touchant, mais j’ai davantage apprécié Auguste pour ses multiples facettes et son évolution. Quant aux personnages secondaires, ils sont assez oubliables.


Alors que je n’avais pas été convaincue au départ par la romance, je dois dire que finalement, nos deux personnages ont de l’alchimie. Il y a du peps et beaucoup de dynamisme dans leur relation, de la répartie. Même si leur relation a mal démarré, on a évité le cliché des personnages qui se détestent avant de tomber amoureux (ce que je peux apprécier si c’est bien écrit), mais on a une bonne entente qui s’installe entre nos deux personnages. Leurs échanges sont assez savoureux pour la plupart, et il se dégage parfois même un peu de sensibilité et de moments tendres quand ils dévoilent leurs insécurités. Pas le genre de romance à me rendre folle, mais elle se laissait lire.


Après c’est très cliché par moment, on n’échappe pas à certains clichés et mélodrames classiques du genre. Ce n’est pas un mauvais roman en soi, il y a de l’émotion, de l’humour, de l’amour (c’est un peu le principe…), et il aborde des thèmes comme la reconstruction de soi, le deuil, l’infidélité… Cela dit, j’ai parfois eu du mal à accrocher à l’histoire. Je me suis tantôt ennuyée, tantôt amusée. Certains passages m'ont paru trop longs et certains détails peu utiles à mon sens. Je crois tout simplement que je m’attendais à autre chose en lisant le synopsis. En somme, un roman de plage plutôt divertissant mais qui ne me laissera pas un souvenir mémorable.


J’ai fait ce que n’importe quelle femme adulte responsable aurait fait en se trouvant confrontée à son ancien rival devenu son voisin. J’ai plongé derrière l’étagère la plus proche.

samedi 31 mai 2025

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Mary Ann Shaffer et Annie Barrows.



Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet pour son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? 

Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre un monde insoupçonné, délicieusement excentrique ; celui d'un club de lecture au nom étrange inventé pour tromper l'occupant allemand : le « Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates ». 

De lettre en lettre, Juliet découvre l'histoire d'une petite communauté débordante de charme, d'humour, d'humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey...



Ceci est la chronique inutile pour un roman qui a été relu et chroniqué des milliers de fois depuis sa sortie. Je n’aurais pas grand-chose à dire qui n’ait déjà été dit par de nombreux lecteurs, mais il était temps que je dépoussière ce roman qui dormait sur mes étagères depuis au moins 2010. Après tout, le ménage de printemps concerne aussi nos PAL !



Sous ce titre très original se cache une histoire qui parle de livres, d’amitié, de Seconde Guerre Mondiale, et d’une charmante île du nom de Guernesey.



Juliet Ashton est une écrivaine londonienne à la recherche d'un sujet pour son prochain livre. Par une heureuse coïncidence, elle reçoit une lettre d’un dénommé Dawsey Adams, habitant de l’île de Guernesey, qui a trouvé un livre ayant autrefois appartenu à Juliet. Il a tant aimé le livre qu’il souhaite en apprendre plus sur la vie et les autres œuvres de l’auteur, ce que Juliet fait avec joie. S’ensuit alors un échange de lettres entre Juliet et Dawsey, où Juliet apprend l’existence d’un cercle littéraire au nom bien original qui s’est crée de façon inattendue pendant la Seconde Guerre Mondiale. C’est en cherchant à en apprendre plus sur l’histoire de ce cercle et de ses membres que Juliet sera amenée à correspondre et à se lier avec chacun d’entre eux…



Il y a plusieurs aspects que j’ai aimé dans ce roman. Déjà le côté épistolaire qui, s’il peut faire fuir certains lecteurs, a ici son charme et nous permet de faire connaissance avec chaque personnage. Les lettres se suivent mais ne se ressemblent pas, les sujets se répondent et rebondissent les uns sur les autres, pour former peu à peu une construction cohérente. L’histoire va à son rythme tranquille, sans pour autant être long. Il prend le temps de se poser et de nous introduire chaque personnage avec fluidité.



Ensuite, on a le contexte historique (et vous connaissez mon goût pour l’Histoire), nous sommes sur une île anglo-normande au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, et le roman pose à la fois de contexte d’après-guerre avec la reconstruction aussi bien psychologique que matérielle, mais aussi le contexte de la guerre car nos personnages reviendront sans cesse sur leurs souvenirs de la guerre et notamment l’occupation allemande de leur île et ce que ça a engendré (les restrictions alimentaires, le couvre-feu, les relations amoureuses avec des soldats allemands, l’évacuation des enfants, la position du Royaume-Uni concernant Guernesey, etc).



J’ai été charmée par l’atmosphère conviviale et bucolique de Guernesey et la chaleur de ses habitants dont j’ai aimé faire la connaissance. Ils ne sont pas seulement des gens habitant un lieu, ils forment une véritable communauté, notamment nos chers membres du cercle littéraire qui sont plus que des voisins et des amis, c’est une famille unie. On ne peut qu’être sensible à la solidarité qui règne entre eux, ainsi qu’aux épreuves qu’ils ont vécues, les proches qu’ils ont perdus, les joies et les drames qu’ils ont partagés. Le caractère de chacun s'affine au fil des lettres et on s’attache petit à petit à eux au fur et à mesure qu’on apprend à les connaître au fil de leurs lettres, à l’image de notre protagoniste Juliet. J’ai également beaucoup aimé les liens qui se sont tissés entre Juliet et les différents membres du cercle littéraire, et comment elle a été accueillie, d’abord à travers ses lettres, puis lors de son arrivée à Guernesey. On a aussi une romance qui s’installe, certes prévisible mais plutôt mignonne.



Malgré certains sujets graves évoqués au fil de l’histoire (disparition de proches, les camps de concentration, bombardements, etc), il se dégage du récit de la solidarité et de l’optimisme face à l’adversité et l’espoir dans la reconstruction et vers l’avenir. C’est un roman qui traite avec sensibilité et bienveillance à de nombreux thèmes variés autour de l’Histoire, les relations humaines, l’entraide, la reconstruction (de soi comme du foyer) mais aussi sur les bienfaits de la lecture. J’ignore si l’expression « feel good historique existe » mais, comme l’a déjà dit une lectrice sur Babelio, je trouve que ça correspond bien à ce roman. En outre, ce fut une jolie découverte !



Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey. Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu’à leur lecteur idéal. Comme il serait délicieux que ce soit le cas.

jeudi 8 mai 2025

Dot de Sang - S. T. Gibson.


Dans les décombres d'un village ravagé par la guerre, un mystérieux inconnu arrache Constanta, simple paysanne, aux bras de la mort. Elle devient en un instant l'épouse d'un immortel, qui lui offre le baiser éternel du vampire. Rien dans sa courte vie ne l'avait préparée à l'intensité de l'amour qui naît alors entre eux. Ensemble, ils vont traverser les époques et goûter aux plus grands délices du monde.


Mais bien qu'ils soient tous deux insensibles au passage du temps, les sentiments de Constanta vont quant à eux être peu à peu souillés par le doute... Est-elle vraiment maîtresse de son destin ? Pour retrouver sa liberté, elle devra oser le plus grand des sacrifices.




Un bon petit roman vampirique à se mettre sous la dent et qui raconte l’histoire de Constanta, sauvée de la mort par un mystérieux individu qui lui offre l’immortalité à ses côtés. Simple paysanne, Constanta devient maîtresse d’un château et l’épouse d’un homme à qui elle doit tout. Ensemble, ils vont traverser l’Europe et les siècles, découvrir les différents chamboulements de l’Histoire, et se lier à d’autres personnes qui les rejoindront dans ce long chemin qu’est l’éternité.


Une belle histoire d’amour ? Pas forcément.


Il s’agit bien de l’histoire de Constanta, épouse d’un maître vampire à qui elle doit tout et qu’elle suit avec amour et dévotion, supportant l’ignorance dans lequel il la met concernant ses pouvoirs et sa nature de vampire, mais aussi sa jalousie, sa possessivité, ainsi que la passivité de Constanta face à son emprise, les excuses qu’elle lui trouve, et les manipulations de son époux qui rejette la faute sur elle ou minimise ses tourments émotionnels.


Au cours de leur longue vie, deux compagnons se joindront à eux. Tout d’abord Magdalena, jeune femme pétillante et habile dans la politique, puis Alexi, jeune homme qui croque la vie, et qui subiront également l’emprise de leur époux possessif qui cherche à les isoler du monde et les garder sous son influence. Peu à peu, les trois compagnons vont se faner sous le joug et l’amour écrasants de cet époux autoritaire… jusqu’aux premières étincelles de rébellion.


Au-delà donc de l’aspect fantastique du roman, celui-ci traite donc de maltraitance domestique et conjugale qui ne se fait pas forcément sur le plan physique (rarement le maître vampire lève la main sur ses conjoints) mais plutôt psychologique car il maintient ses conjoints dans l’ignorance, il les rabaisse, il les isole, il y a aussi du gaslighting, de la manipulation psychologique. Il est à la fois un mari aimant (car il aime ses compagnons immortels, à sa façon tordue, possessive et autoritaire) mais aussi un bourreau.


On plonge dans un univers sombre, tantôt cruel, tantôt sensuel. D’ailleurs, l’auteure nous dresse une liste d’avertissement en début de roman, ce que je trouve appréciable.


L’histoire est narrée par Constanta qui s’adresse à son époux, « son amour, son bourreau », une histoire d’amour puis de haine, et comment il était son protecteur et son bourreau à la fois, comment il l’a sauvé puis protégé et couvert d’amour avant de la couper du monde extérieur pour devenir son seul centre de gravité, puis le schéma qu’il a répété avec les deux autres compagnons. J’ai aimé voir les étincelles de rébellion s’installer petit à petit. Ce n’est pas une décision prise du jour au lendemain. Nos trois compagnons vont avoir du mal à se décider à sauter le grand pas en faisant l’interdit, c’est-à-dire tuer leur bourreau, car il y a la crainte de ne pas survivre sans lui, ne pas savoir comment vivre dans ce monde inconnu, la crainte d’échouer et les représailles, puis enfin les transgressions qu’ils vont faire, les petits actes de rébellion, les désobéissances, comment ils cherchent à en apprendre plus sur leur nature et leurs pouvoirs.


Je tiens également à féliciter l’auteure sur la prouesse d’avoir écrit un roman sur les épouses (enfin épouses et époux) de Dracula sans mentionner une seule fois le nom du vampire. On ne devine que c’est lui uniquement parce que les Harker sont mentionnés une fois, ce qui laisse donc supposer que ce roman est une réécriture et une réadaptation de Dracula puisque ses compagnons ne meurent pas dans le roman [spoiler] et que ce sont eux qui tuent Dracula et non les Harker et leurs amis  mais du coup, j’avais espéré que les événements du roman d’origine soient évoqués et comment l’auteure a choisi d’adapter ces événements car on ne comprend pas comment Dracula a survécu à Van Helsing et cie, s’il a simulé sa mort, etc. On a rien de tout cela, ce qui est frustrant [/spoiler]


J’ai également été un peu déçue de la fin du roman et de la direction qui a été prise [spoiler] par exemple je ne comprends pas que les trois compagnons décident de vivre leur vie de leur côté, ou que Constanta décide de transformer d’autres personnes, ou que Magdalena se serve d’un humain comme serviteur et amant, ce que j’ai trouvé étrange, surtout après leur passé auprès de Dracula. J’aurais trouvé plus cohérent que les trois soient restés ensemble vu l’amour qu'ils se portent [/spoiler]


Toutefois, j’ai aimé le fait qu’il y ait une relation polyamoureuse entre les compagnons eux-mêmes, et pas uniquement avec Dracula. Il y a une relation touchante entre ConstantaMagdalena et Alexi, faite d’amour, de désir, de passion et de complicité, avec un besoin profond de se soutenir mutuellement.


C’est un roman qui se dévore, en tout cas ça l’a été pour moi. L’écriture est fluide, envoûtante et poétique. J’ai été happée par l’ambiance gothique qui se dégage du roman, et j’ai aimé suivre Constanta et découvrir son histoire et la voir reprendre petit à petit sa vie en main. En outre, j’ai beaucoup aimé ma lecture !


J'ai su à cet instant que j'irais jusqu'en enfer pour glaner le moindre de vos moments de faiblesse, aussi infimes soient-ils. Qu'y a-t-il de plus charmant, après tout, qu'un monstre vaincu par le désir ?