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samedi 15 août 2026

Mother of Rome - Lauren J. A. Bear.

The names Romulus and Remus may be immortalized in map and stone and chronicle, but their mother exists only as a preface to her sons’ journey, the princess turned oath-breaking priestess, condemned to death alongside her children.

But she did not die; she survived. And so does her story.

Beautiful, royal, rich: Rhea has it all—until her father loses his kingdom in a treacherous coup, and she is sent to the order of the Vestal Virgins to ensure she will never produce an heir.

Except when mortals scheme, gods laugh.

Rhea becomes pregnant, and human society turns against her. Abandoned, ostracized, and facing the gravest punishment, Rhea forges a dangerous deal with the divine, one that will forever change the trajectory of her life…and her beloved land.

To save her sons and reclaim their birthright, Rhea must summon nature’s mightiest force – a mother’s love – and fight.


Mother of Rome est un roman, malheureusement non traduit en français, qui reprend le mythe de Rhéa Silvia, figure méconnue pour ceux et celles qui sont moins familiers avec la mythologie romaine. Pourtant, Rhéa Silvia n’est pas n’importe qui !


Princesse, prêtresse vestale, amante du dieu Mars, mère de Remus et Romulus qui devinrent les mythiques fondateurs de Rome, et épouse du dieu de la rivière Tibre. Il y a de quoi raconter sur cette dame !


Princesse déchue lorsque son oncle Amulius trompa son frère, le roi Numitor, pour prendre le trône, il fit de Rhéa une vestale, prêtresse vouée au culte de la déesse Vesta et devant faire vœu de renonciation au mariage et à la maternité, pour s’assurer de l’absence de descendance venant de sa nièce. Rhéa reçut pourtant la visite du dieu Mars dont elle tomba enceinte, une grossesse dangereuse puisqu’un châtiment terrible attend les vestales qui fautent. Découverte, elle est pourtant sauvée et finit par épouser le dieu Tibérinus.



Mars et Rhéa Silvia par Rubens (1617)

Figure emblématique de l’histoire des origines de Rome, nous savons finalement peu de choses sur Rhéa Silvia, ainsi j’ai trouvé intéressant que l’auteure se consacre à elle et à son histoire. Il s’agit ici d’une réécriture et d’une interprétation libre. L’auteure a pris ici le parti de faire de la relation entre Mars et Rhéa une relation consentie, avec de l’attachement, de la passion, la rencontre entre deux êtres libres et passionnés. S’il ne s’agit pas d’une grande histoire d’amour, le dieu Mars a une place de choix dans ce roman, ainsi qu’à d’autres divinités qui font leur apparition dans le roman, notamment Cybèle, Aphrodite, Tibérinus ou encore Vesta. Le roman fait la part belle à la mythologie romaine, et nous sentons les prémisses de ce que sera Rome, ce que j’ai beaucoup apprécié.


J’ai aimé les changements que l’auteur a apporté dans sa version de l’histoire de Rhéa [spoiler] notamment le fait qu’elle fut la louve qui s’occupa de Remus et Romulus bébés, ce qui lui permis de rester dans la vie de ses fils [/spoiler], sa relation proche avec sa cousine Antho qui est elle-aussi un personnage inoubliable. Là où Rhéa est plus indomptable, têtue, libre, effrontée et passionnée, Antho est d’abord la princesse douce, docile, soumise, effacée qui va peu à peu gagner en assurance, prendre des risques, et se lier avec ses serviteurs pour s’affirmer et jouer un rôle clé dans l’histoire.


Ce roman nous offre une panoplie de personnages qui ne laissent pas indifférents. Rhéa a ses défauts, elle fait des erreurs, elle est têtue, désespérée, effrontée, libre, passionnée, elle est complexe et j’ai beaucoup aimé suivre son histoire ainsi que celle de sa cousine. Je déplore juste que cela ne se termine avec Remus et Romulus fondant Rome et le point de vue de Rhéa sur le futur de ses fils, même si je comprends que le roman se consacre à Rhéa et non à ses fils, et surtout au statut de la femme à l’époque. C’est un roman féministe qui donne la part belle aux femmes, à la sororité, la beauté et les sacrifices de la maternité, la force et la détermination des femmes, celles qui refusent de se soumettre, celles qui veulent être libres d’aimer, celles qui essayent de se donner les moyens d’être ce qu’elles sont.


Je ne sais pas encore s’il s’agit d’un coup de cœur, mais ce roman ne m’a pas laissé indifférente. Les premières pages ont été éprouvantes mais je suis contente d’avoir persévéré, sans quoi je serais passée à côté d’une excellente lecture. Ce roman m’a fait ressentir plusieurs émotions à la fois, je ne pouvais plus lâcher le livre que j’ai littéralement dévoré en trois jours. Vraiment une très belle découverte !



La célèbre sculpture représentant la louve avec les jumeaux Remus et Romulu
s


LAVINIA. This is the first lesson, Rhea. Men think they create the empires, but both are born of women. You will be a mother of kings.

RHEA (aside, more to herself). I said as much to my uncle once.

XANTHE. Which leads us to the second lesson, my lesson. Ilia, my sons put you here, not Mars. Be careful how you raise your boys. We worry too much about our daughters, ensuring they are pretty and polite, virtuous and hard-working. I should have expected more of my sons.

dimanche 9 août 2026

Sur la route de San Diego - Lynda Rutledge.


Âgé de cent cinq ans, Woodrow Wilson Nickel sait qu’il sera le prochain à s’éteindre dans l’hôpital pour vétérans où il vit. Mais il est bouleversé quand il apprend que les dernières girafes risquent de disparaître avant lui.

Car près de quatre-vingt-dix ans plus tôt, en 1938, le jeune Woody s’est lié d’amitié avec deux girafes rescapées, comme lui, du grand ouragan de Nouvelle-Angleterre. Ingénieux et sans attaches, il s’est vu confier le rôle de chauffeur du convoi qui allait conduire ces surprenantes passagères du port de New York au zoo de San Diego, où elles étaient attendues. Une aventure de douze jours et un inoubliable voyage initiatique à travers l’Amérique de la Grande Dépression, qui a fait de lui l’homme qu’il est devenu.

Woody ne peut laisser son histoire se perdre avec lui. Avant de disparaître à son tour, il doit raconter...

Inspiré d’une histoire vraie, un roman d’apprentissage universel et plein d’humanité porté par les souvenirs empreints de nostalgie du vieux Woodrow Nickel et par la profonde et touchante amitié qu’il a nouée avec les girafes.


Aussi connu sous le titre « L'étonnant voyage du garçon qui parlait aux girafes », Sur la route de San Diego est un roman d’aventure qui nous fait voyager à travers les longues routes des États-Unis en compagnie de compagnons de voyage bien singuliers, deux jeunes girafes !


Nous suivons Woody Nickel, orphelin suite à la Grande Dépression, un jeune homme ingénieux et débrouillard qui survit dans les rues de Nouvelle-Angleterre qui a été dévastée après un terrible ouragan. Il y fera une rencontre qui bouleversera sa vie à tout jamais : deux jeunes girafes rescapées du désastre que l’on doit conduire depuis New York jusqu’au zoo de San Diego où elles sont attendues en grande pompe. Rêvant de rejoindre la Californie, Woody saute sur l’occasion, quitte à mentir et prétendre être ce qu’il n’est pas, et se propose comme chauffeur pour conduire celles qui sont affectueusement nommées « les chéries » par Riley Jones, nommé « le Vieux », le gardien des girafes.


Nous suivons donc Woody, le Vieux et les deux girafes dans un road-trip de douze jours à travers les États-Unis. Ils y croiseront également Red, une journaliste et photographe souhaitant suivre le parcours des girafes, ainsi que des figures variées qui aideront nos personnages ou, au contraire, seront guidées par des intérêts et des intentions plus obscures concernant les girafes, notamment un cirque, des chasseurs, etc.


Le récit nous plonge dans un road-trip divertissant qui nous fait voyager à travers les États-Unis, tout en nous présentant le contexte historique d’époque, notamment les conséquences de la crise de 1929, la Grande Dépression, les prémices de la Seconde Guerre Mondiale, la ségrégation…


C’est aussi et surtout une belle histoire d’amitié qui se noue entre l’homme et l’animal, entre Woody et les girafes. Woody ayant grandi avec un père considérant les animaux comme du bétail ou des créatures sans âmes, Woody est pourtant subjugué par les girafes, des créatures élégantes mais aussi imprévisibles, attachantes et dangereuses à la fois. Ces animaux ont beau être herbivores, ils n’en demeurent pas moins des animaux sauvages qu’il faut traiter avec précaution, et protéger à tout prix. La présence des girafes marque un tournant dans la vie de Woody qui comprend que les girafes ne sont pas que des animaux mais des êtres à part entière, qui vont l’aider indirectement à prendre la bonne direction dans sa vie, qu’un autre chemin est possible pour lui, malgré les tragédies de sa vie. Avec les girafes, Woody découvre le monde autant qu’il se découvre lui-même, et qui fait également de ce roman un récit d’apprentissage.


J’ai aussi aimé la relation qui se tisse entre Woody et Riley Jones qui constituera un père de substitution pour notre héro. C’est un personnage d’expérience qui, après une méfiance bien compréhensive, finit par lui donner sa chance et faire partie de son parcours de vie et qui contribue à faire de Woody l’homme qu’il deviendra.



Ce roman est à la fois un roman d’aventure, un road-trip, un récit d’apprentissage et un vibrant hommage aux animaux qui font partie de notre vie et qu’il faut protéger. Un roman divertissant, qui ne laisse pas insensible, surtout lorsquil traite de la cause animale et de l’importance des animaux dans notre vie, et la beauté de la relation qui lie l’Homme et les animaux. Toutefois, je déplore certaines longueurs, j’ai eu un peu de mal à accrocher au roman jusqu’au moment où Woody fait vraiment partie du convoi. Je n’ai pas été plus attachée que ça aux personnages. C’était une découverte bien sympathique mais qui ne laissera pas un souvenir mémorable.


— Les gens nous considèrent bizarrement quand on parle de ce qu’on peut ressentir pour les animaux. On nous dit qu’ils n’ont pas d’âme, pas le sens du bien et du mal, qu’ils ne valent rien à côté des humains. Je n’en sais rien. Parfois je pense que les animaux devraient parler de nous ainsi.

Il a secoué la tête.

— Les animaux peuvent te briser le cœur. Ils peuvent te blesser. Ils peuvent te tuer par instinct et reprendre leur balade la minute suivante comme si rien ne s’était passé. Mais au moins, on connaît les règles de base avec les animaux. On sait ce que cela coûte quand on ne respecte pas ces règles. On ne sait jamais avec les gens. Même les personnes bonnes peuvent te faire très mal, et les mauvaises, eh bien, elles te font vraiment mal.

Il a laissé tomber son bras de la fenêtre pour frotter sa main noueuse.

— C’est pour ça que je choisirai toujours les animaux. Même si cela me tue un jour. C’est ce qui arrivera probablement.

samedi 20 juin 2026

Projet Dernière Chance - Andy Weir.


Ryland Grace est le seul survivant d'une expédition spatiale de la dernière chance. S'il échoue, c'est le sort de l'humanité et la Terre tout entière qui sera en péril.

Mais pour l'instant, il ignore tout de cela. Il ne se souvient même pas de son propre nom, et encore moins des objectifs de sa mission. Il sait seulement qu'il est resté en sommeil très, très longtemps. Et il vient de se réveiller pour découvrir qu'il se trouve à des millions de kilomètres de chez lui, avec deux cadavres pour toute compagnie.

Ryland se rend compte peu à peu qu'il doit faire face à une tâche impossible. Filant à travers l'espace, il lui faut trouver la clé d'un mystère scientifique insondable... et combattre un fléau qui laisse présager l'extinction de notre espèce.

Alors que chaque minute compte et que des années-lumière le séparent de l'être humain le plus proche, il est seul pour relever cet incroyable défi...

Mais l'est-il vraiment ?


La science-fiction ne fait pas partie de mes genres de prédilection, encore moins les histoires se déroulant dans l’espace, mais il existe quelques exceptions. Projet Dernière Chance en fait partie. Pourtant, jamais je n’aurais touché à ce livre si je n’avais pas vu le film, tout comme je n’aurais jamais vu le film si je n’avais pas entendu tant d’éloges à son sujet, et je peux comprendre pourquoi Projet Dernière Chance, le livre comme le film, est acclamé par la critique.

Ce livre commence de façon énigmatique : un homme se réveille dans un vaisseau spatial, ayant tout oublié : qui il est, ce qui l’a conduit là, et ce qu’il est supposé faire. Il est soigné et surveillé par les bras d’un ordinateur intelligent qui veille à tous ses besoins, et qui semble avoir pris soin de lui tout le temps de son coma. Il constate avec horreur que les deux autres membres de l’équipage sont morts dans leur sommeil, et depuis un moment à en juger par l’état de décomposition de leur corps ! Notre protagoniste est donc le seul survivant d’une expédition spatiale dont il ne sait plus rien. Tandis qu’il prend peu à peu ses repères, sa mémoire qui rappelle par brides ce qui lui est arrivé, et la raison de cette expédition spatiale de la dernière chance… Des formes de vie parasitaires s’en prennent au soleil. Il faut impérativement trouver le moyen de les détruire, sans quoi la Terre sera peu à peu plongée dans une ère glaciaire dont personne n’en rééchappera.

Ce roman fut une merveilleuse surprise. Si j’ai été souvent perdue par les termes scientifiques, ce fut réellement passionnant. Cela aide que la plume est plaisante à lire, avec des touches d’humour, car malgré la situation désespérée dans laquelle il se trouve, notre protagoniste, Ryland Grace, n’a pas perdu son sens de l’humour. C’est un personnage intelligent, et plein de ressources, et il fait beaucoup d’auto-dérision. Il garde la tête sur les épaules même si, et c’est bien compréhensible, il a des moments où il est sujet à la panique. C’est un protagoniste profondément humain et attachant que j’ai pris plaisir à suivre.


Ayant vu le film au préalable, les événements du roman, et donc de la présence de Grace dans l’espace, n’auront pas été une surprise pour moi, mais j’ai redécouvert tout cela avec plaisir. Ce roman se présente comme une énigme, à sa propre façon. Nous sommes amenés à nous interroger sur la raison de Grace en espace, quel danger menace exactement la Terre, comment remédier à ce problème, comment la mission « Dernière Chance » est née avec Grace, Eva Stratt et toute une poignée de scientifiques, toute nationalité confondue, travaillant pour la sauvegarde de la Terre. Nous progressons dans le roman avec des questions en tête : comment Grace en est arrivé là, comment s’est développée cette mission de la dernière chance, quelle est cette menace pour la Terre, vont-ils réussir à sauver notre planète ? Nous sommes tenus en haleine jusqu’au bout.

L’autre force du roman est bien entendu la relation entre Grace et Rocky, un bien étrange alien que Grace a baptisé d’après le célèbre personnage de fiction, qui vont travailler ensemble pour sauver leur planète respective contre le danger qui plane dans l’espace. La part à l’amitié est ici très belle entre ces deux espèces que tout oppose mais qui sont réunies dans un seul et même but, et qui vont devenir coéquipiers, colocataires et des amis proches. J’ai beaucoup aimé les voir se découvrir l’un l’autre, expliquer à l’autre comment fonctionne leur organisme, comment est leur monde, leur façon de dormir ou de manger ou de faire face aux maladies. Il y a beaucoup de curiosité et de fascination mutuelles, et leur rapprochement est à la fois drôle et touchant. Je n’ai pas su rester insensible à l’amitié qui se met en place entre eux, et l’auteur nous offre là un alien bien original, pas dénué d’humour et de répartie.

Le seul bémol reste finalement pour moi l’omniprésence des termes scientifiques qui, s’ils sont logiques ici, m’ont souvent bien perdue dans ma lecture. Pourtant, l’auteur a fait son possible pour nous les rendre accessibles, mais je dois malheureusement admettre ne pas avoir l’esprit scientifique, ainsi, après avoir tenté de comprendre les propos de Grace, j’ai fini par survoler ces passages au fur et à mesure que j’avançais de la fin. Je salue pourtant l’auteur de par ses connaissances maîtrisées sur le sujet, ainsi que sur les longues heures de recherche que cela a dû lui demander.



Fanart de Grace et Rocky (Source)


Malgré tout, ce roman reste – à l’instar de son adaptation – une très belle découverte. Le cœur du roman reste indéniablement pour moi la relation entre Grace et Rocky, mais j’ai également aimé cette aventure interstellaire avec cette course contre la montre pour sauver la Terre, les efforts internationaux pour construire le vaisseau ou pour faire face aux conséquences climatiques du déclin du soleil, l’énigme autour de Grace (qui était-il sur Terre, comment en est-il arrivé là, comment a-t-il contribué à cette mission), tous ces éléments qui font de ce roman un véritable page turner qui tient en haleine, et qui est adoucie par l’auto-dérision de Grace et l’amitié qui se noue entre Grace et Rocky. Vraiment une belle découverte qui me donne encore plus envie de revoir le film !


      — Nous garder unités terriennes. Plus facile pour vous. Combien durer journée terrienne, question ? Combien journées une année terrienne, question ?

      — Une journée terrienne dure 86 400 secondes. Une année terrienne dure 365,25 journées terriennes.

      — Compris. Moi ici quarante-six années.

      — Quarante-six ans ? (J’étais stupéfait). Quarante-six années terriennes ?

      — Moi ici quarante-six années terriennes. Oui.

Il est arrivé dans ce système avant ma naissance.

      — Combien… ? Combien de temps vivent les Eridiens ?

    — Moyenne six cent quatre-vingt-neuf années, répondit-il en agitant une pince.

      — Des années terriennes ?

      — Oui, confirme-t-il un peu sèchement. Toujours années terriennes. Vous mauvais mathématiques. Toujours années terriennes.

J’étais bouche bée.

      — Combien d’années avez-vous vécu ?

      — Deux cent quatre-vingt-onze années. (Il fait une pause). Oui. Années terriennes.

Saperlipopette ! Rocky est plus vieux que les États-Unis. Il est né à la même époque que George Washington.

Et il n’est pas si vieux pour un Eridien. De vieux Eridiens étaient déjà nés lorsque Christophe Colomb a découvert les Amériques. Et les gens qui y habitaient depuis longtemps.

      — Pourquoi tellement surpris, question ? Combien de temps humain vivre, question ?

dimanche 22 mars 2026

Les Disparus du Pays Imaginaire - Aiden Thomas.



Lorsque des enfants disparaissent dans la petite ville d'Astoria, tous les regards se portent sur Wendy...

Il y a cinq ans, Wendy a été portée disparue avec ses deux petits frères. Elle sera retrouvée au bout de six mois, seule, dans les bois !

Quelques années plus tard, deux enfants disparaissent à nouveau, rappelant à Wendy de sombres souvenirs. Alors qu'elle rentre chez elle par une route sombre à travers bois, au volant de son pick-up, une forme gisant sur la chaussée l'oblige à s'arrêter. Il s'agit d'un jeune garçon qui prétend connaître Wendy et pourrait bien être la clé du mystère entourant toutes ces disparitions d'enfants.

Il s'appelle Peter !



Les Disparus du Pays Imaginaire est une réécriture de Peter Pan qui m’a un peu déconcerté, puisque cela se passe à notre époque, mais aussi parce que, pendant une bonne partie du roman, il ne se passe pas grand-chose. Une fois qu’on s’habitue au fait que Wendy a un téléphone portable et conduit une voiture, et au rythme lent du récit, l’histoire qui nous est présentée est intéressante !


Wendy a ici 18 ans, elle est étudiante pour devenir infirmière, mais elle vit avec un poids sur la conscience. Cinq ans plus tôt, elle et ses frères ont disparu dans la forêt. Seule Wendy est revenue, sans aucun souvenir de ce qu’il s’est passé. À présent jeune adulte, elle remarque de plus en plus de disparitions d’enfants, faisant remonter en elle ses souvenirs et sa culpabilité… mais aussi des rêves concernant Peter Pan et le Pays Imaginaire. Impossible, pourtant, puisque ce ne sont que des histoires que sa mère lui racontait. Et pourtant, ce jeune garçon qui a débarqué dans sa vie en prétendant la connaître, et qui se nomme Peter, pourrait bien être la chance de Wendy pour retrouver la trace de ses frères, ainsi que des autres enfants disparus.


L’histoire présente du potentiel, entre la mystérieuse disparition des enfants, les retrouvailles entre Peter et Wendy, et Wendy qui retrouve ses souvenirs au compte-goutte concernant le soir où ses frères et elles ont disparu, mais aussi l’ombre de Peter qui s’est rebellée et œuvre contre lui, comme une sorte de jumeau maléfique. J’ai aussi aimé la relation entre Peter et Wendy qui est vraiment touchante, avec l’attachement qui les lient l’un à l’autre, et ce que Peter fait pour Wendy. La romance est touchante, sans prendre trop de place.


Le problème reste le rythme. On tourne en rond, il y a des longueurs et des répétitions, l’intrigue traîne plus que nécessaire. Je me suis souvent demandée où l’auteur voulait en venir, et l’intérêt de faire autant traîner les choses. L’auteur s'évertue à décrire des paragraphes entiers sur des actions triviales, et les moindres faits et gestes de Wendy, alourdissant le récit. Le récit aurait vraiment gagné en qualité et en rythme si tous ces passages inutiles avaient été retirés pour mieux développer la fin qui a été vraiment trop expéditive compte tenu du potentiel qu'elle avait. Quelle frustration !


J’avoue aussi avoir été un peu déçue de ne pas avoir retrouvé des éléments qui constituent l’histoire, voire même l’essence de Peter Pan, comme le capitaine Crochet, la fée Clochette, les pirates, etc. Alors, certes, peut-être n’auraient-ils pas servi à l’intrigue, mais j’aurais apprécié de les voir mentionnés au moins une fois. Cela aurait apporté un peu plus de fantastique à ce récit.


Cela dit, j’ai aimé l’ambiance sombre et pesante qui enveloppe le récit, ainsi que les thèmes qui sont abordés. On nous parle du deuil que Wendy et ses parents ne peuvent pas faire puisque le mystère plane autour de John et Michael. Sont-ils encore en vie ? Retenus au Pays Imaginaire ? L’incertitude plane jusqu’à la fin concernant leur sort. On ressent plus que jamais la douleur et le déchirement de leur absence, et cette incertitude qui nous fait craindre le pire comme espérer le meilleur. Personnellement, je m’attendais à une telle fin, elle apporte un sentiment à la fois doux et amer, ce qui est assez rare dans la fiction jeunesse je trouve. L’amour de Wendy pour ses frères est très touchant, au point d’en avoir versé ma petite larme à un moment.


Le traumatisme est aussi un élément central du roman, puisque Wendy ne se souvient de rien concernant sa disparition et celle de ses frères. Pendant les 3/4 du roman, nous ignorons ce qu'elle a vécu, mais nous comprenons petit à petit que le choc a été si important pour elle que son cerveau a tout effacé, enfoui profondément dans sa mémoire. Elle éprouve également la culpabilité du survivant, et parvient difficilement à avancer à cause de cela. Ses frères sont sa motivation, et malgré leur absence, elle songe si souvent à eux que leur souvenir est omniprésent dans le récit.


Si l'enquête met du temps à démarrer, le suspens est là tout au long de la lecture, autour de cette étrange forêt et de la disparition des enfants. C'est une réécriture de Peter Pan assez sombre et mélancolique qui traite du traumatisme et du deuil. Même si je lui ai trouvé des longueurs, j'ai aimé la fin qui était très touchante.


En résumé, une lecture en demi-teinte. Il y a du très bon, comme les thèmes du deuil et du traumatisme décrits avec brio, la revisite du conte de Peter Pan réécrit de manière plus sombre et originale, l’ombre de Peter Pan comme double maléfique, et la relation Peter/Wendy est très touchante. Malheureusement, les aspects négatifs (les longueurs interminables, le manque de magie, le côté moderne) ont entaché mon appréciation. Ce roman ne laissera pas de trace impérissable, et j'en suis la première déçue.


Ce n'est pas pour rien que les ombres sont attachées aux gens. Ce sont des créatures maléfiques. Pas comme les fées, qui mettent le bazar parce que ca les amuse. Les ombres sont faites de toutes les parties négatives de nous-même. Elles se nourrissent des mauvaises pensées, de la peur, de l'inquiétude, de la tristesse et de la culpabilité.


lundi 9 mars 2026

Miss Percy (T.1) Le petit guide de Miss Percy, ou comment élever un dragon britannique - Quenby Olson.


Miss Mildred Percy hérite d'un dragon.

Mais peut-être allons-nous trop vite en besogne...

Miss Mildred Percy appartient à la catégorie des vieilles filles : elle ne danse pas, a renoncé depuis longtemps à ses rêves et ne mène pas ce que l'on pourrait appeler une vie d'aventure. Du moins le pensait-elle, jusqu'au jour où son grand-oncle a l'audace de lui léguer, entre autres, un œuf de dragon.

Cet œuf, comme la plupart des œufs, a le bon goût d'éclore. Et c'est ainsi que, du jour au lendemain, Miss Mildred Percy passe du statut de tapisserie au rôle inouï d'éleveuse de dragons.

Un dragon ? En Angleterre ? Voilà quelque chose que l'on n'a jamais vu. Pourtant Mildred va devoir jongler entre l'éducation de ce spécimen (qui n'est pas censé exister), la naissance d'une idylle (avec un modeste pasteur) et le début d'une aventure à laquelle jamais elle ne se serait crue destinée.


C’est toujours un crève cœur quand un livre qui avait tout pour me faire finit par être une lecture mitigée, voire une déception.


Sur le papier, ce roman avait tout pour me plaire. De la cozy fantasy avec des dragons, la campagne anglaise pour décor, une ambiance à la Jane Austen, et même une héroïne d’âge mûr (pour changer !) qui a une mignonne petite romance avec un pasteur érudit. L’idée était bonne.


Mildred Percy est une protagoniste qui vit effacée dans la famille de sa sœur cadette qui n’a que peu d’estime pour elle, et qui reçoit contre toute attente un étrange héritage d’un lointain oncle décédé. Parmi les trésors dont elle hérite, une bien étrange pierre… qui finit par éclore, donnant naissance à un dragon, dont elle doit cacher l’existence à tous. Heureusement, elle a le soutien et l’aide d’un fort bien charmant pasteur, qui ne la laisse pas indifférente, et de sa gouvernante.


Ce n’est pas qu’une petite histoire toute mignonne sur un bébé dragon qu’il faut élever, car il y a des personnages fort intéressés par ce dragon et qui aimeraient bien mettre la main dessus… Il revient donc à Miss Percy de déjouer leurs pièges et déterminer en qui elle peut avoir confiance, y compris parmi sa propre famille. Aidée du pasteur Wiggan et de sa fidèle gouvernante Mrs Babbinton, Mildred va chercher comment protéger ce bébé dragon des mains avides et imprévisibles qui veulent s'en emparer.


Miss Percy est une héroïne plutôt agréable, tout d’abord effacée, voire même soumise et écrasée par sa famille, un peu trop gentille, qui veut faire plaisir à tout le monde, jusqu’à qu'une succession de petits événements qui la poussent à examiner sa vie autrement, non sans une certaine dose d’angoisse. J’avoue m’être un peu identifiée à elle. C'est par ailleurs assez rare d'avoir ce genre de caractère dans les romans, avec autant de réalisme


J’ai aimé son évolution au fur et à mesure de la lecture. C’est un plaisir de la voir s’affirmer de plus en plus, et devenir plus indépendante et sûre d’elle alors qu’elle s’éloigne de plus en plus de la prison familiale et qu’elle se trouve des amis et alliés. La naissance du dragon est vraiment l’élément déclencheur dont Miss Percy avait besoin. Elle commence à rêver d’aventure, à dire « non », à sortir peu à peu de sa coquille, ainsi qu’avec son amitié naissante avec le pasteur et sa gouvernante. De plus, c’est agréable de voir une héroïne d’âge mûr, et son début de romance avec le pasteur est plutôt mignonne.


Mais alors, qu’est-ce qui a cloché ? Le style d’écriture, truffé de descriptions, y compris pour des choses superflues (qui a besoin de trois pages de descriptions sur une voiture attelée et la façon dont un personnage descend de celle-ci ?), de parenthèses, et de parenthèses dans les parenthèses. Au début, ces parenthèses étaient amusantes, mais à la longue ça en devenait fastidieux. La moindre action, si infime soit-elle, est décrite dans le moindre détail, ce qui alourdit le récit, a parasité ma lecture et a rendu l’intrigue longue… très longue… Ce tome s’est révélé interminable, et même la présence de notre adorable mais si turbulent dragonnet n’a pas su redynamiser le récit… dragonnet pas autant présent que je l’aurais souhaité. 


Honnêtement, ce n’est pas une mauvaise lecture. Il y a du potentiel, de très bonnes idées, l’histoire présente une certaine originalité. Le problème vient du rythme. Ainsi, malgré ses bons points, ce roman a davantage été un flop, et je ne continuerai pas ma lecture. Dommage…


- Je vous prie de bien vouloir m'excuser, Miss Percy.Je n'ai guère pour habitude de pratiquer la malhonnêteté....

Mildred faillit le couper en cet instant, car elle était convaincue qu'une personne qui tenait à affirmer qu'elle ne pratquait pas la malhonnêteté faisait certainement acte de malhonnêteté par là même.

- ..... mais je craignais de ne point pouvoir gagner votre confiance autrement.

Si l'expression " rester sur le cul" avait existé dans l'Angleterre de1816, Mildred l'aurait non seulement trouvée amusante, mais elle aurait été tout près de l'illustrer en cet instant.

vendredi 23 janvier 2026

L'Antre des louves (T.3) Le Temple de Fortuna - Elodie Harper.



Le voyage d’Amara l’a conduite loin, d’une humble esclave dans un bordel de Pompéi à une courtisane de grande puissance à Rome. Elle est désormais une femme affranchie, riche et influente, mais elle est toujours attirée par son passé. 

Car tandis qu'Amara est prise dans les intrigues politiques du palais impérial, sa fille reste à Pompéi, élevée par le seul homme qu'elle ait jamais vraiment aimé. Même si elle aspire à sa famille, Amara sait qu'elle est plus en sécurité lorsqu'elle est loin. Peut-être qu’avec suffisamment d’astuce et de courage, elle parviendra à faire tourner la roue de Fortuna en leur faveur. 

Mais nous sommes en 79, et le Vésuve s'apprête à se faire connaître...



Après un second tome qui n’était pas loin du coup de cœur, il me tardait de reprendre les aventures d’Amara dans ce troisième et dernier tome.


Dans le tome deux, on quittait Amara qui, pour assurer un avenir meilleur à sa fille, a décidé d’accepter l’offre de Démétrius, un affranchi grec devenu un puissant homme de l’ombre, de le suivre dans sa vie à Rome et d’être sa bouche et ses oreilles auprès des nobles de Rome mais aussi de la famille impériale. Ce faisant, elle laisse derrière elle sa fille et Philos, l’homme qu’elle aime en secret, mais aussi ses amies de Pompéi. À Rome, Amara jouit d’un train de vie luxueux qui lui permet d’envoyer de l’argent à Philos pour le quotidien et la dot de leur fille, Rufina. Si elle apprécie ce statut social confortable, cet éloignement avec sa famille est pour elle un déchirement, mais elle est prête à sacrifier sa vie et son bonheur pour assurer un avenir à sa fille.


J’ai été un peu déconcertée par l’intrigue, nous passons finalement peu de temps à Rome. Seulement une infime partie de l’intrigue se situe dans la capitale impériale et est consacrée aux missions d’Amara qui doit tisser des amitiés avec des nobles et s’infiltrer dans des événements, afin de pouvoir ramener à Démétrius un rapport détaillé. Un prétexte oblige finalement assez rapidement Démétrius à envoyer Amara à Pompéi temporairement, pour sa protection, mais pas sans l’avoir demandé en mariage. Amara accepte, bien qu’elle ne cesse de penser à Philos. Remarquez, ce n’est pas pour me déplaire. Si la partie à Rome était intéressante (surtout pour voir la différence d’avec la vie à Pompéi, et aussi le chapitre consacré à des funérailles impériales, nous donnant un aperçu des rites funéraires de l’époque), j’ai été ravie de retourner à Pompéi.


À Pompéi, Amara retrouve ses amies, notamment Britannica qui est devenue gladiateur, mais aussi Philos et Rufina. Tandis qu’Amara retrouve les siens, les relations restent tendues entre elle, Philos et sa fille, et l’ombre de Félix, son ancien maître, plane toujours. Il sait tout de la véritable paternité de Rufina et n’hésite pas à utiliser le chantage pour lui soutirer de l’argent. Amara espère que son mariage la mettra définitivement à l’abri du besoin et qu’elle pourra vivre à Rome avec sa fille. Mais nous sommes en 79, et le Vésuve est sur le point de se réveiller. Les habitants de Pompéi ignorent qu’ils vivent à proximité non pas d’une montagne mais d’une machine à retardement.


Ce tome est indéniablement un ascenseur émotionnel, entre le futur d’Amara et des siens qui reste incertain, les menaces de Félix, mais aussi l’éruption du Vésuve qui reste ma partie préférée du roman. C’est un décor apocalyptique qui se met en place, entre le début de l’éruption, la panique des habitants avec ceux qui préfèrent rester et s’abriter chez eux, et ceux qui tentent de se réfugier dans les villes voisines ou fuir vers la mer. La cendre recouvre tout, la fumée est asphyxiante, des murs et des colonnes s’effondrent, des gens cherchent leur famille. C’est le chaos partout où Amara met les pieds. Philos, qui a su reconnaître la véritable nature de la montagne, persuade Amara de fuir avec leurs proches le plus loin possible de Pompéi. Mais la fuite n’est que le début. La route vers le salut est longue et semée d’embûche, c’est la fuite en ignorant la douleur dans ses pieds, la fumée qui se rapproche. Nous sommes tenus en haleine jusqu’au bout.


L’intrigue est rythmée, on ne prend pas le temps de se reposer avec les personnages. L’éruption est décrite avec puissance et précision, et offre des pages particulièrement saisissantes. La panique est palpable. Je dois avouer m’être demandée si Amara ou ses proches allaient survivre, et nous perdons en effet quelques personnages. Toutefois, j’ai été soulagée de savoir que [spoiler] Amara, Philos et leur fille ont survécu et ont pu se construire une nouvelle vie sous un autre nom [/spoiler]


Passée la partie consacrée à l’éruption, notre héroïne n’est pas tranquille pour autant. L’auteure nous offre une dernière partie qui fait monter la tension, notamment avec l’apparition d’un personnage que même le Vésuve n’aura pas réussi à achever, mais ce n’était que justice que [spoiler] Amara soit celle qui le tue, et qu’elle puisse enfin récupérer sa vie et son nom d’avant Pompéi, avant son esclavage [/spoiler]. Si je déplore une fin brutale, j’ai été ravie de voir qu’un personnage que j’aime a survécu et qui, à en croire l’auteure, aura droit à son propre roman, voire sa propre série… Une façon de retrouver l’univers de l’Antre des Louves et ses personnages. L’épilogue apporte donc satisfaction, en offrant aux personnages — et aux lecteurs — une forme de clôture émotive attendue.


Amara en aura parcouru du chemin depuis les premières pages de L’Antre des Louves, et ce fut avec plaisir et soulagement de voir qu’elle a enfin une fin heureuse tant mérité, après tant d’épreuves. Ce troisième tome nous offre donc un épilogue majestueux qui conclue en beauté une saga qui m’aura séduite du début à la fin, qui m’aura bouleversée, avec des personnages qui m’auront tantôt ému, tantôt révolté, avec des destins funestes, et des épreuves parfois cruelles. Malgré la dureté des faits évoqués, il se dégage de cette saga beaucoup d’émotions et de force.


Terrifiée, Amara se jette au sol tandis que Rufina hurle. La terre tremble sous son corps. Peu à peu, elle se redresse, à genoux, les oreilles bourdonnantes. D'où venait cette détonation ? Philos serre leur fille contre lui, blanc de peur. Puis la lumière décline comme si le soleil se couchait à toute vitesse. Amara lève les yeux. Une colonne noire s'élève au-dessus de la montagne, tel un javelot lancé par Vulcain, le dieu des flammes. Des doigts noirs s'étirent depuis son sommet, traversant le bleu du ciel, une main tendue vers la ville de Pompéi. Le monde perd ses couleurs lorsque le soleil s'efface. Il se met à pleuvoir - mais jamais Amara n'avait connu ce genre d'averse. Les gouttes sont brûlantes et laissent des traces sur sa peau. Elle les brosse de ses bras nus, d'abord sans comprendre. De la cendre. C'est de la cendre. Elle se rend compte, malgré ses acouphènes, qu'elle entend des hurlements.

- Le Vésuve ! crie Philos, sa voix portant par-delà le chaos. C'est un mont de feu !

Il agrippe Amara, en l'arrachant à sa transe.

- Il faut partir !

- Partir ? Mais où ? De quoi parles-tu ?

Rufina s'agrippe à son père, ses bras resserrés autour de son cou, son visage pressé contre son torse, si terrifiée qu'elle ne fait plus aucun bruit. Philos force Amara à se tourner vers le Vésuve. Malgré la pluie de cendre, elle voit l'ombre de la montagne, son cœur qui vient d'exploser, la colonne noire qui en émerge encore.

- Amara, le Vésuve brûle. C'est un mont de feu, comme l'Etna. Il faut partir le plus loin possible.

mercredi 31 décembre 2025

Le Chant des Ronces - Leigh Bardugo.




Embarquez dans un voyage vers des terres sombres et dangereuses, peuplées de villes hantées et de bois affamés, de monstres bavards et de golems en pain d'épices, où la voix d'une sirène peut invoquer une tempête mortelle, où les rivières font de terribles promesses d'amour...






Le chant des ronces est un recueil de six contes en rapport avec un autre univers fantasy de l’auteur, les Grishas, un peu comme ce que sont les Contes de Beetle le Barde dans l’univers d’Harry Potter. Fort heureusement, il n’est pas nécessaire d’avoir lu au préalable cette saga pour comprendre et apprécier ces contes, et quelle jolie lecture ce fut, surtout en cette période de fête !


Voici les six contes présents dans ce recueil :


Ayama et le bois aux épines : Tout commence lorsque, dans un royaume fort lointain, une reine donna naissance à un prince charmant, puis à un autre garçon… ou plutôt, une bête. En parallèle, une paysanne donne naissance à Kima, une fille charmante, belle, à la voix chantante, puis Ayama, moins gracieuse, plus maladroite et ronde. Un jour, le second prince s’échappe, semant la panique et tuant les troupeaux. Personne n’est assez valeureux pour l’arrêter ou négocier avec lui. On envoie donc Ayama, que personne ne regrettera, pour trouver la bête qui s’est terrée dans les bois. Celle-ci lui propose un marché : si elle lui raconte une histoire qui lui fera oublier sa colère, il lui laissera la vie sauve et n’attaquera plus les troupeaux.


Le renard trop rusé : Koja, un regard chétif et laid, se sert de sa ruse pour se sortir de situations dangereuses, mais il se pourrait qu’un jour son ennemi soit plus rusé que lui. Heureusement, il peut compter sur l’aide de Lula, l’oiseau chanteur.


La sorcière de Duva : Des petites filles disparaissent dans les bois et, au milieu d’un hiver terrible, Nadya perd sa maman d’une maladie et son père se remarie avec Karina qui ne cache pas son mépris pour Nadya. Alors qu’elle l’envoie dans ces bois inquiétants, Nadya tombe sur la maison d’une sorcière, faite de friandises, et se met à son service…


Petite Lame : C’est l’histoire de Yeva, fille d’un duc, si belle qu’elle fait bien malgré elle tourner la tête de tous ceux qu’elle rencontre. Aimant l’attention que l’on porte à Yeva, le duc décide de faire subir à tous ses prétendants une série d’épreuves dont la récompense sera la main de sa fille. Semyon, un paysan, remporte les épreuves avec l’aide de Petite Lame, une rivière, il espère bien gagner une épouse, mais la rivière a plus d’un tour dans son sac.


Le prince soldat : Droessen est un horloger et chacun est comblé de ravissement face à ses œuvres, mais il souhaite se marier. La jeune Clara, encore malléable, est la candidate parfaite. Il lui offre un casse-noisette dont Clara ne se sépare pas et à qui elle confie tous ses secrets. Le casse-noisette a aussi un secret : il vit, et il a la tête hanté de souvenirs d’une vie qu’il ne comprend pas…


Quand l’eau chantait le feu : Ulla est une sild (sorte de sirène) méprisée par ses pairs à cause de sa différence. Ce qu’elle désire plus que tout est de devenir chanteuse à la Cour. Un jour, alors qu’Ulla et sa partenaire de chant, Signy, chantent devant la Cour, elles attirent l’attention du plus jeune des princes, Roffe, rongé dambition et impressionné par la magie crée par leur chant. La vie d’Ulla bascule le jour où elle rejoint la terre ferme avec Roffe et Signy, et qu’elle découvre le secrets de ses origines, cachés par ses parents, et que le prince Roffe commence à montrer son vrai visage... 


J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ces différents contes. S’ils sont d’intérêt inégal, et que j’ai mes préférences, j’ai pris grand plaisir à découvrir et à dévorer chacun d’entre eux. Ils ne sont pas sans rappeler, pour certains, des contes célèbres que nous connaissons comme Casse-Noisette, La Belle et la Bête, Hansel et Gretel, le Roman de Renart ou encore La Petite Sirène, mais aussi avec quelques éléments qui nous font rappeler les contes russes avec les prénoms des personnages, le froid et l’hiver qui sont présents dans de nombreuses histoires, la nature belle et cruelle à la fois. J’ai beaucoup apprécié découvrir, lors de ma lecture, de quels contes l’auteur s’inspirait (certains sont moins évidents que d’autres), et comment il les a réinventé à sa propre sauce, et avec son propre univers.


L’auteur a très bien su reprendre la recette des contes de fée pour créer les siens, en nous offrant parfois même un dénouement surprenant puisque l’auteur renverse certaines valeurs codifiées et montre combien les apparences et les évidences peuvent paraître bien trompeuses. Il reprend donc le schéma des contes mais apporte sa petite touche. Ainsi, la chute n’est pas forcément celle que l’on croit, le méchant n’est pas toujours celui auquel on pense, on a une héroïne pas bien jolie mais pleine d’esprit, de belles amitiés, des gentils qui ne le sont qu’illusoirement, etc.


Ajoutons à cela que le livre est un bel objet et que nous trouvons, en fin de conte, une jolie illustration pour clore le récit. Ces contes sont ensorcelants, avec une consonance slave, et apportent bien entendu de très belles morales à la fin.


Elle se rappela que ce n’était pas parce que personne ne voulait l’écouter qu’elle n’avait rien à dire, bien au contraire. Si la bête aimait qu’on lui parle, Ayama apprécierait peut-être tout autant d’être entendue.

vendredi 31 octobre 2025

The Halloween Moon - Joseph Fink.



Esther Gold loves Halloween more than anything in the world. So she is determined to go trick-or-treating again this year despite the fact that her parents think she is officially too old. Esther has it all planned out, from her costume to her candy-collecting strategy. But when the night rolls around, something feels . . . off.

No one is answering their door. The moon is an unnatural shade of orange. Strange children wander the streets, wearing creepy costumes that might not be costumes at all. And it seems like the only people besides Esther who are awake to see it all are her best friend, her school bully, and her grown-up next-door neighbor.

Together, this unlikely crew must find a way to lift the curse that has been placed upon their small town before it's too late. Because someone is out to make sure Halloween never comes to an end. And even Esther doesn't want to be trapped in this night forever.



Esther Gold aime Halloween plus que tout. Elle aime regarder des films d’horreur et frissonner devant son écran. Elle aime la chasse aux bonbons. Elle prépare toujours trois déguisements : son déguisement principal, un déguisement de rechange, et un déguisement pour l’école. Elle juge les voisins qui ne décorent pas pour Halloween ou qui proposent, en guise de bonbons, des tubes de dentifrice. Halloween, c’est plus qu’une fête pour Esther Gold. C’est un état d’esprit, c’est une saison entière, c’est un mode de vie. Ainsi, elle est choquée d’apprendre que ses parents considèrent qu’Esther, du haut de ses treize ans, est trop âgée pour se déguiser et partir à la chasse aux bonbons.


Faisant fi de l’interdiction parentale, Esther décide de prétexter une simple soirée cinéma avec Agustin, son meilleur ami, pour partir collecter des bonbons une dernière fois. Mais, au fur et à mesure de la soirée, elle remarque des choses inhabituelles : la lune qui s’est parée d’une étrange teinte orange, ces enfants inconnus qui errent dans le voisinage, parés de costumes délavés et abîmés… et puis, ces adultes endormis qu’on ne parvient pas à réveiller et les enfants du quartier qui disparaissent tous. Il y a définitivement anguille sous roche !


The Halloween Moon est un roman jeunesse plutôt efficace à se mettre sous la dent pendant la période automnale, pour se mettre dans l’ambiance d’Halloween. Il faut dire que la protagoniste principale est une fan pure et dure d’Halloween (peut-être un peu trop à mon goût, son désir de célébrer Halloween par tous les moyens la rendant parfois un peu égoïste au début du roman), et cette passion est plutôt amusante à découvrir. Halloween est plus qu’une fête pour Esther, c’est une religion.


Ce roman rappellera un peu Hocus Pocus dans le sens où nous avons un groupe de personnage face à une menace et qu’il s’agit d’une course contre la montre pour éradiquer cette menace un soir d’Halloween, mais les comparaisons s’arrêtent là. J’ai nettement préféré les sœurs Sanderson à la reine d’Halloween, l’antagoniste du roman, qui n’aura pas su me convaincre entièrement. Elle n’est pas toujours très crédible comme menace, on sait peu de choses sur elle, et je m’attendais à en apprendre plus sur elle et que ses raisons de faire d’Halloween un jour sans fin soient un peu plus complexes. Au final, on ne sait pas trop pourquoi le voisin Nathaniel effraie tant que ça cette reine, et qui sont les sbires de la reine, Dan Apel et Ed Pumpkin. Cela dit, j’ai bien aimé son antagonisme avec les chats noirs, et son lien avec les enfants disparus d’Halloween. Il y a du potentiel mais il n’a pas été assez exploité à mon goût.


Cela dit, le roman fait la part belle à la diversité et cette diversité n’est pas là juste pour dire « untel est juif / latino / etc » mais cette diversité sert à l’intrigue, au moins pour mieux comprendre nos personnages. Nous avons Esther qui est juive, Agustin qui est latino, ou encore Sasha qui est coréenne. Dans son ensemble, j’ai bien aimé notre groupe de personnages, avec Esther et Agustin qui sont amis d’enfance, Sasha qui est victime d’harcèlement scolaire à cause de ses origines et qui, en retour, décide d’harceler Esther pour ses origines, même si cela la fait culpabiliser, et enfin Mr Gabler, voisin d’Esther, dentiste qui nous réserve quelques surprises. Un groupe haut en couleur que j’ai aimé suivre et qui vont avoir l’occasion de mieux se connaître et changer ensemble.


J’ai été agréablement surprise de voir que ce roman évoquait des thèmes plus profonds, comme la peur de grandir, la nécessité du changement qu’on ne peut éviter en grandissant, puis accepter de grandir et de changer, même si cela nous fait peur. Il est également évoqué le harcèlement scolaire, l’abandonnement parental, etc.


Ce qui fait donc la force du roman pour moi, c’est son groupe de personnages qui vont braver les danger et évoluer ensemble, la part belle à la diversité, et les thèmes évoqués autour du changement et du fait de grandir. Si l’ambiance Halloween est un petit plus très appréciable, je n’ai malheureusement pas été entièrement convaincue par l’antagoniste. Il y avait du potentiel, mais cette reine d’Halloween ne fait pas partie des éléments les plus mémorables du roman, tout simplement parce que j’ai été frustrée du peu d’informations la concernant, elle et ses sbires, son histoire, ses motivations. Cela dit, ça reste un roman jeunesse sympathique pour se mettre dans l’ambiance d’Halloween !


Maybe you love Halloween. Maybe you dress up every year and put a lot of time and care into your costume. Maybe you watch scary movies and then can’t sleep, but also can’t resist watching more. Maybe candy corn tastes better to you than other candy, not because it tastes better (it doesn’t) but because it tastes like a moment in time, like a season.

But you don't love Halloween the way Esther did.

jeudi 18 septembre 2025

La Maison à la porte dorée (T.2) - Elodie Harper.


Entre manigances et amours interdites, la liberté torturée d'une femme à Pompéi. 

Amara, esclave affranchie, mène désormais la vie luxueuse de concubine d'un puissant politicien : elle habite une magnifique demeure, se rend aux plus extravagantes fêtes et se pare des plus beaux tissus. Mais son passé la hante. Si elle a réussi à se libérer de l'Antre des Louves - le lupanar le plus célèbre de Pompéi - l'idée que ses sœurs de cœur y soient restées lui est insupportable.

Décidée à les délivrer, elle devient alors une femme impitoyable et vengeresse, qui usera de stratagèmes terribles pour parvenir à ses fins. Néanmoins, ce nouveau rôle n'est pas sans risques : un faux pas, et elle pourrait tout perdre. Mensonges, trahisons, tromperies et escroqueries... dans l'Empire romain, quand on est une femme, la survie a un prix.


Avant d’ouvrir le second tome de L’Antre des Louves, je me demandais bien ce que l’auteure pourrait trouver à raconter d’intéressant en 400 pages concernant la vie d’Amara, sa protagoniste, après que celle-ci ait été déclarée comme femme libre, libérée à tout jamais de la vie de prostitution, en ayant trouvé un protecteur chez Rufus, fils d’une riche famille, s’étant entiché d’elle. Lectrice de peu de foi que je suis ! Si je ne m’attendais pas à grand-chose, ce second tome a su capter mon intérêt assez rapidement et j’ai replongé avec intérêt dans les aventures d’Amara.


Nous avions quitté Amara, libre, mais le cœur brisé après la perte d’une de ses amies du lupanar. À présent affranchie par Pline et mise sous la protection de Rufus, Amara a été installée dans une belle maison avec serviteurs où elle se retrouve seule la plupart du temps, attendant que son protecteur vienne lui rendre visite.


On découvre que, bien qu’elle soit libre, Amara ne coule pas des jours heureux pour autant. Elle doit faire tout pour garder l’intérêt et l’amour de son protecteur, sans quoi elle risquerait de se retrouver dans la rue, et Amara ne parvient pas entièrement à se satisfaire de sa nouvelle vie en sachant ses amies au lupanar. Elle se met donc en tête de les sortir de leur condition et de les libérer, quitte à devoir faire affaire avec Félix, son ancien et tyrannique maître. Mais il est dangereux de s’associer à pareil homme, surtout quand on lui doit de l’argent.


En parallèle, écrasée de solitude, Amara cherche de l’affection qu’elle trouvera dans les bras de Philos, esclave et intendant de Rufus, une liaison qu’elle doit garder secrète à tout prix…


Dans ce deuxième tome, l’auteure nous raconte la nouvelle vie d’Amara avec ses joies mais surtout ses difficultés. Ne plus être esclave est un grand pas, mais pas suffisant pour assurer ses arrières et la fin de ses soucis. Elle doit garder l’intérêt d’un protecteur qu’elle n’aime pas et qui peut s’avérer tantôt jaloux et violent, tantôt doux et généreux, mais aussi gagner de l’argent pour rembourser Félix à qui elle a racheté la liberté de certaines de ses amies. J’ai d’ailleurs retrouvé avec plaisir certaines d’entre elles, notamment Victoria et Britannica, dont l’évolution m’a bien surprise. L’une en mal, l’autre en bien. J’ai beaucoup aimé les liens qui se sont tissés entre Amara et Britannica, notre farouche celte qui partage le désir de vengeance d’Amara et qui souhaite devenir gladiateur.


J’ai retrouvé avec plaisir Amara, j’ai parfois déploré certains de ses choix mais je comprends aussi que ce qu’elle est et ses actions sont le fruit d’une vie d’esclavage. Elle est calculatrice car elle souhaite survivre, elle considère l’amour davantage comme une faiblesse qu’une force, bien que son amour pour Philos soit touchant et fort. C’était d’ailleurs la relation un peu inattendue mais ils ont fini par me toucher et me laisser le cœur en miette aussi. Je suis curieuse de voir comment leur relation va évoluer dans le dernier tome. J’ai aimé suivre Amara, j’ai crains pour elle, me suis révoltée avec elle. Elle n’est pas une héroïne parfaite. Elle ment, elle trompe, elle ne fait pas toujours les choix les plus justes ou les plus prudents, mais elle ne fait jamais rien dans un pur esprit de cruauté ou d’avidité. Tout ce qu’elle fait, elle le fait pour assurer une vie meilleure à elle et ceux qu’elle aime. On sent que c’est une femme avec ses traumatismes, profondément blessée et révoltée, tout simplement humaine.


J’ai également retrouvé avec plaisir Pompéi et le voyage dans le temps, au plein cœur de la Rome antique, avec son mode de vie, ses codes sociaux, ses fêtes religieuses, et je suis d’autant plus curieuse de poursuivre ce voyage temporel car, dans le dernier tome, le Vésuve grondera… On sent d’ailleurs les prémisses de la catastrophe dans ce second opus. J’ai hâte de voir ce que ça va donner et quel sort l’auteure réserve à ses différents personnages. Honnêtement, je suis incapable de dire si cette trilogie va s’achever sur un happy ending ou pas.


Ce tome a su avoir les ingrédients pour garder mon intérêt : stratagèmes, amour interdit, voyage dans la Rome antique, trahisons, révélations, un récit plus rythmé que dans le tome précédent et chargé d’émotions entre la joie, la peur, la colère. Un second tome que j’ai trouvé aussi, si ce n’est plus, captivant que le premier. Je lirai le dernier tome avec plaisir !


On ne peut pas compter sur la beauté pour s'attarder, et sur les amants, encore moins. Mais je ne pense pas qu'un tas d'argent ait jamais fait pleurer une femme !