Septembre 1974, le France effectue sa dernière traversée. Les marins, qui refusent son démantèlement, organisent une mutinerie, prenant en otages équipage et passagers.
À bord, trois femmes avancent dans la tourmente. Jane, passagère de Première classe. Charlie, coiffeuse sur le navire. Rose, femme de chambre. Elles ont embarqué en secret pour retrouver Alice, mystérieusement disparue à bord.
Dans cette poudrière qu'est devenu le France, la quête de vérité a un prix, et fait ressurgir les ombres du passé.
Sur fond d'histoire vraie, Zoe Brisby livre un roman haletant sur la mémoire, la justice et la reconstruction.
Je ne connaissais pas grand-chose du France, à part la célèbre chanson de Michel Sardou. Zoé Brisby m’aura fait découvrir et voyager à bord de ce célèbre paquebot et, même si je connaissais déjà l’issue de celui qui fut un monument national, je n’ai pas pu m’empêcher d’espérer une issue plus heureuse.
Ce roman aborde deux histoires à la fois : celle de la dernière traversée du France, jusqu’aux mutineries de l’équipage et aux grèves pour tenter de le sauver, puis celle de trois amies d’enfance. Elles se nomment Jane, Rose et Charlie. L’une est l’épouse malheureuse et battue d’un riche homme d’affaire américain, l’autre est coiffeuse au bord du paquebot, et l’autre est femme de chambre du France. Toutes les trois viennent du même orphelinat où elles se sont connues, et sont réunies à bord du France pour tenter de percer un mystère : qu’est-il arrivé à Alice, leur quatrième amie, elle-aussi employée à bord du France, qui a disparu sans laisser de trace ?
Nous vivons en compagnie de nos protagonistes les derniers jours du France, son dernier voyage, puis la mutinerie du personnel à l’annonce du démantèlement du navire par le gouvernement, car le France n’est pas qu’un paquebot. C’est un symbole, une fierté nationale qui fait rayonner à l’international le luxe et le savoir-faire français, dans lequel se coutoient Français et Américains. C’est aussi le gagne-pain de tout l’équipage mais aussi de la ville du Havre, port d’attache du paquebot. J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt et d’émotion l’histoire de ce géant des mers, et l’attachement des personnages envers ce navire. Le France est ici son propre personnage et le roman une lettre d’amour à ce paquebot disparu.

SS France moored in Le Havre, 1978 (Source : Wikipédia)
Concernant la seconde intrigue, je l’ai également suivie avec intérêt, désireuse de savoir, à l’instar de nos héroïnes, ce qu’il était advenu d’Alice. Si le fin mot de l’histoire ne m’a finalement pas surprise, un élément du roman ayant fini par me mettre la puce à l’oreille au milieu de l’intrigue, j’ai suivi l’enquête des amies avec intérêt, d’autant plus qu’une personne mystérieuse sait qu’elles enquêtent et n’hésitera pas à envoyer des lettres de menaces… jusqu’à exécution de ces dernières.
On apprend au fil de l’enquête davantage sur le passé de ces jeunes femmes à l’orphelinat, et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est tout simplement révoltant [spoiler] avis aux âmes sensibles, il est question ici de pédophilie et viol sur mineures [/spoiler]. Les thématiques abordées sont parfois sombres et nous permettent d’apprécier davantage la force de ces femmes et d’être émue face au lien qui uni les trois amies, comme des sœurs, soudées à la vie, à la mort, et qui se re-familiarisent avec ce lien au fur et à mesure qu’elles se côtoient et se redécouvrent. Petite mention à Jane alias Jeanne alias Doudou qui fut ma préférée.
Le récit est fluide et nous happe vite, et nous offre donc une belle lecture pleine de rebondissements et de faits historiques, mis en valeur par une plume vive et directe. Une sympathique découverte !
– Pendant que vous êtes avec nous, qui pilote le bateau ?
Le commandant Deslice plaque sur son visage un sourire poli. Combien de fois a-t-il dû répondre à cette question stupide ? Dix, cent, mille peut-être ! À chaque traversée, c’est la même chose. (...) Cette fois-ci, son Sherlock Holmes du dimanche est une femme. Une dame au visage rond encadré de frisettes blondes. Elle lui fait penser à Nellie Oleson, ce personnage odieux dans la nouvelle série télévisée qui vient de diffuser ses premiers épisodes aux États-Unis : La Petite Maison dans la prairie.
Le commandant pourrait partir dans une explication didactique sur la composition de l’état-major pont. Lui rétorquer qu’heureusement, il n’est pas le seul à tenir la barre. Il pourrait énumérer le personnel de la passerelle : le commandant adjoint, le second capitaine, l’officier de navigation, les six lieutenants et les quatre élèves officiers… Mais il n’a pas envie de faire dans la dentelle. Il n’en a pas l’énergie, pas aujourd’hui. L’annonce du démantèlement prochain du paquebot lui donne mal au ventre. La nouvelle ne sera dévoilée officiellement que ce soir, mais la rumeur est déjà en train de contaminer le bateau.
(...) – Personne. Nous fonçons droit sur un iceberg.
Le silence glace la table. Les convives sont tétanisés. Il faut dire qu’une référence au Titanic sur un paquebot qui emprunte le même tracé est pour le moins osée. Les passagers restent muets jusqu’à l’éclat de rire de la jeune femme à côté du commandant. Son rire, aussi transparent que du cristal, fait immédiatement baisser la pression et tous les dîneurs l’imitent.

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