vendredi 31 juillet 2026

Outlaws - Lena Shartiaud.


Colorado, 1860

James Lloyd est un trappeur, autant dire une espèce en voie de disparition dans un Nouveau Monde où s’achève la conquête de l’Ouest. Criblé de dettes et directement menacé par les nouvelles lois fédérales destinées à réguler son activité, il n’a d’autre choix que d’accepter la surprenante proposition du shérif Philips. Pour sauver sa peau, James endosse le rôle du chasseur de primes et se lance sur les traces du tristement fameux gang Morrison. On raconte que ces hors-la-loi de la pire espèce ne reculent devant aucune bassesse lorsqu’ils attaquent diligences et convois.

Les approcher sans éveiller leurs soupçons n’est pas une mince affaire et James se voit contraint de se faire passer pour un fuyard. Proposant de guider le gang à travers les Rocheuses pour leur éviter les ennuis, il découvre très vite que Philips est loin de lui avoir dit toute la vérité. Si Morrison et ses hommes sont bel et bien des voleurs, ils ne sont pas pour autant les monstres que l’on se plait à décrire dans les saloons. Petit à petit, James se retrouve happé par cette drôle de famille où il se sent plus à sa place que nulle part ailleurs. Du moins jusqu’à ce que la vérité sur son double jeu éclate au grand jour. Rattrapé par le passé et confronté à un futur plus qu’incertain, l’heure des choix sonne pour James. Même s’il n’a plus la moindre envie de livrer le troublant Nathaniel Morrison à son ennemi de toujours, le shérif Philips les attend au tournant.


Un bon western bien rythmé, avec une petite romance M/M, des péripéties, des attaques d’Indiens, un shérif sans scrupules, des hors-la-loi en cavale, la nature sauvage, bagarre dans un saloons, course à cheval… bref, les clichés du Far West mais quand c’est bon, on aurait tord de se priver.


J’ai beaucoup aimé cette plongée dans le Far West, à un tournant de son histoire avec l’Ouest qui se modernise peu à peu avec l’arrivée du chemin de fer, à l’aube d’une guerre civile qui menace de tout bouleverser, un monde que notre protagoniste James Lloyd a du mal à suivre alors que sa profession de trappeur est à son crépuscule avec l’arrivée de tous ces changements. Il peine à vivre de son métier, est d’un naturel solitaire, sombre, nostalgique d’une époque quasiment révolue, avec des abords rudes mais qui est plus complexe qu’on ne le pense. J’ai beaucoup aimé suivre ce personnage qui essaye de survivre dans ce monde en mutation, qui est plus proche de la nature, avec un héritage indien de par sa mère qui le rend encore plus intéressant.


J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman que j’ai dévoré en moins de trois jours. J’ai suivi l’intrigue, aux côtés de James Lloyd et de la bande de hors-la-loi avec leur chef Morrison. On s’éloigne un peu des clichés des hors-la-loi qui sont en réalité innocents. Certains sont quand même sacrément misogynes ! Cela dit, ils restent attachants pour la plupart et ils ont une personnalité qui leur est propre, ils forment à eux tous une famille de parias rejetés par la société puritaine en raison de leurs différences.


J’ai notamment beaucoup aimé Sanchez ou Sol le musicien, Mabel et ses deux amants, sans oublier le chef Nathanaël Morrison dont j’ai aimé voir le rapprochement avec notre trappeur taciturne. La romance reste efficace, Lloyd et Morrison sont deux personnages qu’on imagine difficilement ensemble, mais la romance est crédible, elle se fait sans précipitation et se tisse au fil de l’intrigue, au fur et à mesure qu’on en apprend davantage sur Morrison. J’ai d’ailleurs aimé que [spoiler] la fin heureuse ne soit pas acquise, bien qu’on devine à la fin que Lloyd va retrouver son ancien amant, les retrouvailles sont juste supposées, ce n’est pas la fin heureuse que je m’attendais à voir, ce qui a été une surprise mais pas désagréable ceci dit [/spoiler]. Même si le dénouement de l’intrigue autour du shérif ne m’aura pas surprise, le suspense est tout de même resté jusqu’au bout pour d’autres aspects de l’histoire.


Un roman d’aventure qui se dévore, offrant donc mal d'action, entrecoupé de moments d’amitié sympathique, sans oublier la relation amoureuse qui se tisse peu à peu entre Lloyd et Morrison. Une plongée dans le Far West avec les clichés du genre mais qui fonctionnent toujours autant chez moi. Une sympathique découverte !


Le gang de Morrison est définitivement loin de l'image que Lloyd s'en faisait jusqu'à présent. Même s'il a eu des doutes depuis leur rencontre, il se dit que la mise à prix est peut-être exagérée. Ils ont commis des crimes, mais il a de plus en plus de mal à les considérer comme les bandits sanguinaires dépeints par Philips. Il se force à se remémorer l’attaque de la diligence et la façon dont le garde armé a été froidement abattu… Pourtant seule victime de cette rixe… Il revoit Doc Armand soigner le cocher, Sanchez et McKennie relâcher les voyageurs infortunés… Ils les ont dépouillés avant, mais ils ne les ont pas tués.

Des hors-la-loi avec des principes moraux. James aura tout vu.

dimanche 19 juillet 2026

Le Port des marins perdus - Teresa Radice et Stefano Turconi.


Automne 1807. Un navire de Sa Majesté récupère au large du Siam un jeune naufragé qui ne se rappelle que de son prénom : Abel. Le garçon se lie rapidement d'amitié avec le premier officier, capitaine du navire depuis que le commandant s'est enfui avec le trésor du bord. Abel retourne ensuite en Angleterre où il loge dans l'auberge tenue par les trois filles déchues du fuyard. 

Alors que la mémoire lui revient peu à peu, il découvre quelque chose de profondément troublant sur lui-même, et la véritable nature des personnes qui l'ont aidé...




Une histoire qui sent bon le sel marin et qui nous emporte au grès des vagues.


Tout commence avec un jeune homme repêché des eaux par William Roberts, premier officier de la frégate L’Explorer. Un naufragé ? Sans doute. L’ennui, c’est que ce jeune homme ne se souvient de rien, à part son nom, Abel, qui se propose d’accompagner l’équipage en attendant de regagner les côtes anglaises. Si le jeune Abel ne se souvient de rien, il démontre en revanche des connaissances solides sur la navigation, se révélant très vite être un excellent marin, comme s’il avait déjà navigué auparavant… Lorsque l’Explorer rejoint enfin l’Angleterre, William décide de confier Abel à Helen, Heather et Harriet, les trois filles du capitaine de l’Explorer, disparu dans des circonstances mystérieuses, qui tiennent une auberge mais les affaires ne sont pas bonnes, surtout depuis que leur père est accusé de trahison. En effet, il aurait disparu avec un trésor, tuant au passage les gardes du bateau… Tandis qu’Abel tente de se souvenir qui il est et ce qu’il lui est arrivé, il découvre une île au loin qu’il est le seul à voir, avec Rebecca, maquerelle, qui est tétanisée lorsqu’elle voit Abel. Pourquoi ? Et qu’est-il arrivé exactement au capitaine Stevenson ?


Le Port des marins perdus est une histoire en quatre actes, illustrée par des dessins crayonnés qui surprennent un peu au début mais qui font finalement le charme de cette BD. J’avais déjà eu l’occasion de la lire en 2019 puis j’ai tout oublié, ce qui fait un peu de cette relecture une redécouverte. Néanmoins, j’ai vite fini par comprendre le mystère autour de la disparition du capitaine, ainsi que le mystère qui entoure le jeune Abel. Néanmoins, cela n’a pas gâché ma lecture. Au contraire, c’est une lecture emprunt de fantastique qui m’aura fait voyager. C’est le genre d’aventure maritime épique qui est touchant et prenant du début à la fin, avec des moments tantôt tristes, tantôt émouvants. Rebecca est un personnage qui m’a beaucoup touchée, forte et vulnérable à la fois, avec ses secrets et ses blessures.


C’est une belle histoire douce-amère qui traite de deuil, de famille, de perte, de voyage en mer, de courage. Une belle aventure maritime emprunt de surnaturel, avec des personnages attachants pour la plupart, ou en tout cas qui ne laissent pas indifférents. J’aimerais en dire plus pour rendre justice à cette histoire, mais ce serait la spoiler


Si je devais trouver une critique, c’est au niveau du dessin. Je trouve dommage que les hommes ont droit à des character designs plus diversifiés que les femmes qui sont, elles, toutes très belles et se ressemblent presque toutes, ce qui donne un effet très « Disney ». Dommage, j’aurais aimé un peu plus de diversité…

vendredi 3 juillet 2026

Pompéi - Robert Harris.



Le temps est lourd en cette dernière semaine d'août de l'an 79, l'atmosphère étouffante dans la somptueuse baie de Naples où de nombreux Romains sont venus savourer les derniers jours de l'été. Une étrange odeur de soufre flotte dans l'air. 

Attilius, jeune ingénieur chargé de l'entretien du gigantesque aqueduc qui alimente la baie en eau potable, est inquiet. Son prédécesseur a disparu sans laisser de traces... et le Vésuve se réveille. Les signes du désastre se multiplient. Attilius pressent que la ville de Pompéi se prépare à vivre ses dernières heures et tente l'impossible pour sauver la vie de Corelia, la fille de son pire ennemi, dont il est tombé amoureux. 

L'auteur, en dramaturge raffiné, fait du lecteur le témoin d'un implacable compte à rebours.



Il y a un an, entre le 29 juin et le 03 juillet, je lisais Conclave, de Robert Harris. Une coïncidence a fait que je me suis attaquée à la lecture d’un autre de ses romans à ces mêmes dates. Pompéi n’a pas été le coup de cœur que fut Conclave, mais il n’en reste pas moins une bonne lecture.


Attilius est un jeune aquarius (ou ingénieur des eaux) envoyé par Rome à Naples, prenant la relève de son prédécesseur disparu soudainement, pour résoudre le problème des sources d’eaux qui se sont taries. Il n’est pas très bien vu de ses collaborateurs qui se méfient de lui. C’est bien le cadet de ses soucis, il a un aqueduc à réparer ! Mais, au fur et à mesure, des choses étranges se produisent. Le sol tremble, les poissons meurent, la mer se trouble alors qu’il n’y a pas de vent, les fontaines de Pompéi débordent alors que celles des villes voisines sont à sec, il règne une odeur de souffre dans l’air. Il y a quelque chose qui se trame et qui va au-delà du manque d’eau.


Je me suis plongée avec plaisir dans ce roman historique qui se situe deux jours avant puis les deux jours de l’éruption du Vésuve en 79 après JC. Alors que je ne m’y attendais pas, j’ai suivi avec intérêt la vie hydraulique dans la Rome antique avec l’importance de l’eau et des aqueducs, merveilles d’architecture dont il nous reste encore des vestiges en Europe, le génie romain pour acheminer l’eau, mais aussi comment l’eau pouvait être source de pouvoir économique et politique dans la Rome antique. Car oui, qui dit Rome antique, dit manipulations, magouilles politiques, pots de vins, conflits d’intérêt, etc.



Vestiges de l'aqueduc d'Auguste (Aqua Augusta) à Naples
dont l'auteur a fait le décor de son roman


Il st donc question de politiques, mais aussi de la place des femmes, de l’organisation de la vie publique, d’architecture, etc. On y parle bien évidemment de Pompéi, ville prospère, qui souhaite égaler Rome. J’ai également aimé la façon dont l’auteur pose les indices sur l’éruption qui se prépare, nous montrant bien que l’éruption n’est pas arrivée brutalement et qu’il y a eu des signes avant-coureurs que les Romains n’ont pas su déchiffrer, puisqu’ils ignoraient alors que le Vésuve était un volcan.


La multiplication de ces indices ne fait que renforcer l’impression de compte à rebours et de tension qui monte, d’autant plus que nos personnages évoluent en plein été, dans une chaleur suffocante avec des nuits ne laissant que peu de répit, ce qui accentue le sentiment de violence chez certains personnages. Nous avons la sensation de catastrophe imminente qui se prépare, que notre protagoniste devine, mais dont personne n’est capable de deviner toute l’ampleur de cette catastrophe.


D’ailleurs, à noter que l’éruption du Vésuve s’est en réalité produite en octobre, et non pas en août comme nous l’avons souvent pensé, le roman a donc été écrit avant que les preuves archéologiques ne réfutent cette idée. Voilà pour la minute historique !


Ce n’est pas le roman policier que je pensais lire, et c’est encore moins un roman à suspense. Je m’attendais à ce que l’affaire autour de de la mystérieuse disparition de l’ancien aquarius prenne une place plus importante, mais on est davantage ici sur du roman historique qui cherche davantage à mêler Histoire et fiction qu’à présenter une véritable enquête policière. Cela dit, j’ai aimé cette plongée dans l’Antiquité romaine, être témoin de la catastrophe du Vésuve en me demandant qui allait survivre ou qui allait périr, et comment l’auteur a décrit ces deux terribles journées où le monde s’est arrêté à Pompéi. L’immersion est totale, et Attilius est un protagoniste plutôt agréable à suivre. Il est honnête, intelligent et courageux. Toutefois, j’ai trouvé la fin plutôt rapide, même si ça n’a pas entaché mon appréciation du roman qui reste une sympathique lecture !


— Tu as consulté la sybille ? Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Ampliatus se composa une expression solennelle adéquate.

— Elle a sacrifié des serpents à Sabazius et les a écorchés pour en tirer ses prédictions. J’ai assisté à toute la cérémonie.

Il se rappela les flammes, sur l’autel, la fumée, les mains luisantes, l’encens ; la voix chevrotante de la sybille, haut perchée, à peine humaine, rappelant la malédiction lancée par cette vieille femme dont il avait jeté le fils aux murènes. Il avait été malgré lui impressionné par toute l’opération.

— Elle a vu une ville, notre ville, dans un avenir lointain. Un millier d’années, peut-être plus. Elle a vu une cité célèbre dans le monde entier, poursuivit-il dans un murmure. Nos temples, notre amphithéâtre, nos rues, arpentés par des gens de toutes les langues. Voilà ce qu’elle a vu dans les entrailles des serpents. Longtemps après que les César seront tombés en poussière et que l’empire ne sera plus, ce que nous avons bâti ici perdurera.