mercredi 2 septembre 2026

Saigneurs - Lou Lubie.



En Transylvanie, pays de vampires, trois colocs humains luttent entre morsures, militantisme et secrets amoureux.

Dans une société dominée par les vampires, Anghel, un jeune humain, est mordu dans la rue. Tandis qu'il lutte contre sa transformation en goule, sa coloc Maggy devient militante pour les droits des humains. Impossible alors pour Iulia, leur troisième amie, d'avouer qu'elle est amoureuse d'une vampire !



L’histoire se déroule en Transylvanie, de nos jours. Vampires et humains cohabitent en parfaite harmonie. Du moins, sur le papier. Anghel, un jeune acteur en herbe, se fait attaquer et mordre par un vampire dans la rue et, lorsqu’il prend le courage d’en parler, reçoit des interrogations et des reproches : « Comment tu étais habillé ? », « Tu n’as pas recouvert ton cou, tu as provoqué le vampire », « Les vampires ont des pulsions, c’est dans leur nature ». Maggy se fait renvoyer de son travail, dominé par des vampires, parce qu’elle « l’ouvre trop » et, révoltée par l’agression d’Anghel, devient militante pour la cause humaine. Iulia, leur troisième colocataire, n’ose pas leur avouer qu’elle sort avec une vampire.


J’aime beaucoup le concept de cette bande-dessinée où Lou Lubie utilise la métaphore du vampire pour parler des inégalités et des violences sexistes et sexuelles que subissent les femmes dans notre société. Ici, ce sont les humains qui subissent des inégalités et des agressions de la part des vampires, la classe dominante. Les agressions sont minimisées, on dit que c’est leur instinct, qu’ils ont des pulsions qu’ils ne peuvent contrôler, que les victimes veulent se rendre intéressantes. Si le vampire accusé d’agression est célèbre, il sera défendu corps et âme.


Bref, au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire, celle-ci nous rappelle très vite les réalités de notre propre société. Certes, ce n’est pas subtil et je pense que cela s’adresse davantage à un public adolescent. Pour ma part, je trouve que c’est intelligent, bien pensé, et que c’est une façon originale de dénoncer les inégalités sexistes et sexuelles que subissent encore les femmes de nos jours. Saigneurs sensibilise avec intelligence et originalité ces sujets durs mais nécessaires de connaître.


Lou Lubie évoque d’autres thèmes tout aussi durs, comme la dépression, le racisme, le harcèlement. Malgré la dureté de ces sujets, il y a tout de même pas mal de passages assez amusants (les jeux de mots dans les publicités, par exemple), mais aussi des moments tendres et émouvants, notamment à travers l’amitié de nos trois personnages qui restent soudés, mais aussi l’amour de Iulia avec Andreea, vampire qui deviendra leur alliée, preuve que tous les vampires ne sont pas à mettre dans le même panier.


Une bande-dessinée originale et percutante. Je pense que je vais me pencher de très près sur les œuvres de Lou Lubie et suivre cette auteure pour ses prochains projets, ayant déjà beaucoup aimé d’elle La fille dans l’écran et Et à la fin, ils meurent : la sale vérité sur les contes de fées.

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