C'est
suite au visionnage du film de Francis Ford Coppola que j'ai eu envie
de découvrir le livre, et donc de me plonger pour la première fois
dans la littérature vampirique. Je voulais découvrir la «
véritable » histoire de Dracula, entendons par là le roman
original de Bram Stoker, qui s’est lui-même inspiré des
légendes et de l'histoire de Vald Tepes. Dracula étant la
figure du vampire par excellence, je ne pouvais pas passer à côté.
L'histoire
de Dracula commence par le voyage de Jonathan Harker, un jeune
clerc anglais, fiancé et plein d'avenir, en Transylvanie. Il doit se
rendre chez un hôte bien mystérieux, le comte Dracula, pour
mener à bien la vente d'une vieille demeure d'Angleterre. Jonathan
découvre à son arrivée dans les Carpates un pays pour le moins
mystérieux et sauvage, aux forêts ténébreuses, aux montagnes
menaçantes, à cette nature indomptée peuplée de loups, un pays où
les habitants se signent au nom de Dracula. Tout prête à
croire que le terreur règne autour du comte Dracula, et l'on
conjure Jonathan de ne pas s'aventurer au château.
Jonathan
fait oreille sourde aux avertissements des paysans et décide de
continuer la mission qui lui a été confiée. Pourtant, malgré la
courtoisie et la bienveillance de son hôte, Jonathan ne peut
s'empêcher d'éprouver des doutes de plus en plus grandissants
envers ce comte qui semble se rendre maître des loups, qui contrôle
son courrier, qui verrouille les portes du château, qui semble être
le seul habitant de la demeure, qui n'apparaît jamais le jour, qui
se déplace sur les murs en défiant les lois de l'apesanteur, qui ne
se reflète pas dans les miroirs, qui ne semble pas se nourrir…
Tous ces éléments qui amènent Jonathan à découvrir
l'évidence terrible qui fait qu'il est prisonnier de ce château et
d'un homme qui ne semble ne pas faire parti du commun des mortels...
De
son côté, en Angleterre, Mina Murray est loin de se douter
de la situation de son fiancé et profite de son séjour chez son
amie Lucy Westenra qui finira par souffrir d'un mal étrange
après une nuit mouvementée... qu'arrive donc t-il à sa chère amie
? Et alors que le temps passe, des événements de plus en plus
étranges surviennent à Londres. Le docteur John Seward
s'active à soigner son amie Lucy, et fait appel pour cela à son
maître et vieil ami le professeur Van Helsing qui soupçonnera
la véritable origine du mal de Lucy et la cause du mal qui
semble rôder en Angleterre... mais tout ne s'arrête pas là, bien
au contraire…
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Bram Stoker (1847 - 1912) |
Je suis ressortie ravie de ma lecture, c'est vraiment mon coup de cœur de l'année 2008, et il s’offre une place de choix parmi mes livres préférés. Des vampires « classiques » comme je les aime ! Le genre qu’on détruit à coup de pieux, d'eau bénite et de vade retro satanas, ceux qui craignent le soleil, qui ne se reflètent pas dans un miroir. Au niveau du style, le livre est sous forme de journaux intimes, d'extraits de journaux de la presse, de comptes rendus, de carnets de bord, de lettres, de télégrammes mais le tout écrit sous forme de récit. Ce fut parfois laborieux avec quelques longueurs et une sensation de lourdeur dans le récit, mais dans l’ensemble le récit est fluide et très imagé. Dracula est un classique très abordable, très riche, variant les points de vue avec divers personnages tous très sympathiques à suivre. L'alternance des points de vue avec les divers journaux intimes vaut au moins le fait de mieux découvrir en profondeur la plupart des personnages. Chacun nous relate ses peurs, ses angoisses, ses convictions, son quotidien, sa foi, ses raisonnements, ses pensées les plus intimes.
J'ai
beaucoup aimé les descriptions de la Transylvanie, des
Carpates, de ces lacs froids, ces forêts sauvages, ces paysages
sombres, menaçants et inquiétants, des coutumes et mœurs du pays,
du château de Dracula, de l'histoire de Dracula, tout
est très bien décrit, c'est beau, frais et dépaysant. Il y a un
vrai travail de recherche sur ces contrées, sur le personnage de
Dracula et de ses ancêtres et leurs histoires. Bram Stoker
a fait un bon travail de recherche et nous expose les dernières
pratiques et technologies du siècle (chirurgie, psychologie,
linguistique, trépanation, médecine, étude des forces occultes et
du paranormal, parapsychologie), car certains personnages sont
très cultivés : Dracula, Van Helsing, et n'oublions
pas John Seward qui travaille en tant que docteur mais aussi
dans un asile de fous et ses notes sur un patient qu'il suit sont
très intéressantes, il s'agit de Renfield dont l'état
psychologique a radicalement changé depuis sa rencontre avec
Dracula. Bercé dans sa douce folie, sa dévotion pour son
maître, son intérêt chez les insectes qu'il élève ou mange ; la
plupart du temps fou et même fou-furieux, il peut devenir bien
éduqué, lucide et charmant et l'instant d'après replonger dans sa
folie, il reste un cas et donc un personnage très intéressant à
exploiter et je comprends l'intérêt de Seward pour lui car
il est un personnage clé du roman.
Si
vous voulez découvrir Dracula, le vrai, je vous conseille de
lire ce livre. Il n’est pas, à l’inverse de nombreux films, le
gentleman cultivé amoureux de Mina, torturé par sa condition
de vampire, et cela ne peut pas plaire à tout le monde. Ici, Dracula
est le mal incarné. On l'aime et on le déteste. Il est à la
fois repoussant et ignoble puisqu'il incarne le diable et qu'il est
l'auteur de nombreux crimes et des atrocités, mais il est également
un homme fascinant, cultivé, rusé, malin, fort, il est la beauté
éternelle par excellence. S'il paraît vieux et plutôt laid au
début du roman, il se révèle par la suite un prédateur au charme
fou, assoiffé de sang et de vengeance. Il a un but à mener et il
fera tout pour l'achever. On le hait pour ce qu'il est mais on le
plaint pour ce qu'il ne sera jamais : un homme tout simplement. Et
seule Mina le comprend alors que tout le reste des personnages
ne voit en lui qu'un monstre sanguinaire. Quel merveilleux
antagoniste et quel formidable adversaire il est pour nos héros !
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Les personnages principaux (minus Dracula), imaginés par Nathan Anderson sur Tumblr De gauche à droite : Jonathan, Mina, Lucy, Van Helsing, Arthur, Jack et Quincey |
Concernant
les personnages, comment ne pas tous les aimer ?
Mina
Murray est humble, profondément humaine, intelligente,
courageuse, pieuse, elle a un grand rôle dans le roman et aidera les
hommes à plusieurs reprises dans la traque de Dracula. Une simple
femme qui a assez de liberté, d'indépendance, de courage et
d'intelligence pour participer activement à la traque de Dracula,
même si je regrette qu’elle soit mise de côté par les hommes au
bout d’un moment, bien que ce soit pour sa sécurité, et que ces
chers messieurs aient mis du temps à se rendre compte du mal qui la
rongeait…
Jonathan
Harker, qui semble naïf au début pour ignorer tous les
avertissements concernant Dracula (cependant, n’oublions pas que
les lecteurs de l’époque, et par conséquent l’Angleterre du
XIXe siècle, ne connaissent que peu ou pas la figure du vampire),
plus intelligent qu’il n’y paraît, avec une force incroyable car
il a survécu à Dracula et ses épouses, il ressort traumatisé de
sa séquestration au château de Dracula mais participe à sa traque
et il est un excellent soutien pour Mina dont l’amour et la
dévotion qu’il a à son égard ne peuvent que nous toucher.
J'ai
également aimé le docteur Jack (ou John) Seward,
l'ancien élève de Van Helsing, médecin travaillant dans un asile
de fou, et en particulier le trio qu'il forme avec Quincey Morris,
l'américain, et Arthur Holmwood, l'aristocrate anglais et
fiancé de Lucy. Trois amis différents réunis pour leur affection
profonde pour Lucy, tous trois proches, qui chasseront ensemble le
vampire, leur amitié et solidarité seront leur force principale.
Comment
oublier la douce Lucy Westenra, pauvre victime dans l'histoire
surtout quand on sait ce qui adviendra d'elle.
Mais
le personnage qui m'a le plus plu et marqué était sans conteste le
professeur Abraham Van Helsing. Un personnage haut en couleur,
cultivé, intelligent, déterminé, parfois impétueux, croyant mais
savant, très attaché à ses amis et son ancien élève, il y a un
véritable combat intellectuel entre lui et Dracula. Le vampire et le
chasseur de vampire. Au niveau des personnalités, les personnages
sont bien fouillés, tous très intéressants et attachants à leur
manière, quoique un peu trop manichéens pour certains mais ça
s'arrête là.
J’ai
ressenti quelques longueurs vers la fin, fin qui est d'ailleurs
plutôt précipitée, ce qui m’a quelque peu déçu, mais j'en ai
ressentie un profond soulagement et l'on est enfin délivré de
l'atmosphère lourde et inquiétante du récit.
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La légende, sa majesté des vampires, incarnée par trois acteurs de légende, eux-aussi : Christopher Lee, Bela Lugosi et Gary Oldman |
Au
final, Dracula est un récit gothique, fantastique, qui nous offre
des personnages très intéressants et attachants, une intrigue
intéressante qui tient en haleine, on découvre le vampire par
excellence, c'est plein d'émotion. Le style de Bram Stoker
est hypnotisant, et si le roman ne fait pas si peur que ça au final
(peut-être était-ce plus effrayant pour l'époque ?), l'histoire
est passionnante, bien recherchée, on sent tout de travail de
l'auteur, c'est une bonne histoire de vampire de la littérature
classique, un bon récit gothique et fantastique qui m'aura enfin
permis de découvrir Dracula. Vraiment, c'est un excellent roman, une
très bonne surprise !
Avis
toutefois à ceux qui ont vu le film de Coppola : ne vous attendez
pas à retrouver une histoire d'amour entre Mina et Dracula, sous peine d'être déçu. S'il y a
des rencontres entre les deux personnages dans le roman, ils ne sont
en aucun cas amants !