vendredi 3 juillet 2026

Pompéi - Robert Harris.



Le temps est lourd en cette dernière semaine d'août de l'an 79, l'atmosphère étouffante dans la somptueuse baie de Naples où de nombreux Romains sont venus savourer les derniers jours de l'été. Une étrange odeur de soufre flotte dans l'air. 

Attilius, jeune ingénieur chargé de l'entretien du gigantesque aqueduc qui alimente la baie en eau potable, est inquiet. Son prédécesseur a disparu sans laisser de traces... et le Vésuve se réveille. Les signes du désastre se multiplient. Attilius pressent que la ville de Pompéi se prépare à vivre ses dernières heures et tente l'impossible pour sauver la vie de Corelia, la fille de son pire ennemi, dont il est tombé amoureux. 

L'auteur, en dramaturge raffiné, fait du lecteur le témoin d'un implacable compte à rebours.



Il y a un an, entre le 29 juin et le 03 juillet, je lisais Conclave, de Robert Harris. Une coïncidence a fait que je me suis attaquée à la lecture d’un autre de ses romans à ces mêmes dates. Pompéi n’a pas été le coup de cœur que fut Conclave, mais il n’en reste pas moins une bonne lecture.


Attilius est un jeune aquarius (ou ingénieur des eaux) envoyé par Rome à Naples, prenant la relève de son prédécesseur disparu soudainement, pour résoudre le problème des sources d’eaux qui se sont taries. Il n’est pas très bien vu de ses collaborateurs qui se méfient de lui. C’est bien le cadet de ses soucis, il a un aqueduc à réparer ! Mais, au fur et à mesure, des choses étranges se produisent. Le sol tremble, les poissons meurent, la mer se trouble alors qu’il n’y a pas de vent, les fontaines de Pompéi débordent alors que celles des villes voisines sont à sec, il règne une odeur de souffre dans l’air. Il y a quelque chose qui se trame et qui va au-delà du manque d’eau.


Je me suis plongée avec plaisir dans ce roman historique qui se situe deux jours avant puis les deux jours de l’éruption du Vésuve en 79 après JC. Alors que je ne m’y attendais pas, j’ai suivi avec intérêt la vie hydraulique dans la Rome antique avec l’importance de l’eau et des aqueducs, merveilles d’architecture dont il nous reste encore des vestiges en Europe, le génie romain pour acheminer l’eau, mais aussi comment l’eau pouvait être source de pouvoir économique et politique dans la Rome antique. Car oui, qui dit Rome antique, dit manipulations, magouilles politiques, pots de vins, conflits d’intérêt, etc.



Vestiges de l'aqueduc d'Auguste (Aqua Augusta) à Naples
dont l'auteur a fait le décor de son roman


Il st donc question de politiques, mais aussi de la place des femmes, de l’organisation de la vie publique, d’architecture, etc. On y parle bien évidemment de Pompéi, ville prospère, qui souhaite égaler Rome. J’ai également aimé la façon dont l’auteur pose les indices sur l’éruption qui se prépare, nous montrant bien que l’éruption n’est pas arrivée brutalement et qu’il y a eu des signes avant-coureurs que les Romains n’ont pas su déchiffrer, puisqu’ils ignoraient alors que le Vésuve était un volcan.


La multiplication de ces indices ne fait que renforcer l’impression de compte à rebours et de tension qui monte, d’autant plus que nos personnages évoluent en plein été, dans une chaleur suffocante avec des nuits ne laissant que peu de répit, ce qui accentue le sentiment de violence chez certains personnages. Nous avons la sensation de catastrophe imminente qui se prépare, que notre protagoniste devine, mais dont personne n’est capable de deviner toute l’ampleur de cette catastrophe.


D’ailleurs, à noter que l’éruption du Vésuve s’est en réalité produite en octobre, et non pas en août comme nous l’avons souvent pensé, le roman a donc été écrit avant que les preuves archéologiques ne réfutent cette idée. Voilà pour la minute historique !


Ce n’est pas le roman policier que je pensais lire, et c’est encore moins un roman à suspense. Je m’attendais à ce que l’affaire autour de de la mystérieuse disparition de l’ancien aquarius prenne une place plus importante, mais on est davantage ici sur du roman historique qui cherche davantage à mêler Histoire et fiction qu’à présenter une véritable enquête policière. Cela dit, j’ai aimé cette plongée dans l’Antiquité romaine, être témoin de la catastrophe du Vésuve en me demandant qui allait survivre ou qui allait périr, et comment l’auteur a décrit ces deux terribles journées où le monde s’est arrêté à Pompéi. L’immersion est totale, et Attilius est un protagoniste plutôt agréable à suivre. Il est honnête, intelligent et courageux. Toutefois, j’ai trouvé la fin plutôt rapide, même si ça n’a pas entaché mon appréciation du roman qui reste une sympathique lecture !


— Tu as consulté la sybille ? Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Ampliatus se composa une expression solennelle adéquate.

— Elle a sacrifié des serpents à Sabazius et les a écorchés pour en tirer ses prédictions. J’ai assisté à toute la cérémonie.

Il se rappela les flammes, sur l’autel, la fumée, les mains luisantes, l’encens ; la voix chevrotante de la sybille, haut perchée, à peine humaine, rappelant la malédiction lancée par cette vieille femme dont il avait jeté le fils aux murènes. Il avait été malgré lui impressionné par toute l’opération.

— Elle a vu une ville, notre ville, dans un avenir lointain. Un millier d’années, peut-être plus. Elle a vu une cité célèbre dans le monde entier, poursuivit-il dans un murmure. Nos temples, notre amphithéâtre, nos rues, arpentés par des gens de toutes les langues. Voilà ce qu’elle a vu dans les entrailles des serpents. Longtemps après que les César seront tombés en poussière et que l’empire ne sera plus, ce que nous avons bâti ici perdurera.

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