mardi 30 octobre 2018

Betty Boob - Vero Cazot et Julie Rocheleau.





Elle a perdu 
son sein gauche, 
son job
et son mec.
Elle ne sait pas encore,
mais c'est le meilleur jour de sa vie.





« No body is perfect »

C'est l'histoire d'Elisabeth, une jeune femme comme les autres, avec un travail, un copain, une vie tout à fait normale… jusqu'au jour où le crabe vient l'attaquer et qu'elle se réveille un jour sur son lit d'hôpital, un sein en moins. C'est l'histoire d'une jeune femme à qui on a enlevé une partie d'elle et qui va devoir réapprendre à vivre, avec cette différence…

Comme souvent, c'est sur Livraddict que j'ai découvert ce titre. Ce qui interpelle avant tout quand on commence la lecture, c'est l'absence quasi-totale de texte, de dialogue, un peu à la manière d'un film muet, ainsi que l'absence de cadre dans lequel le dessin « s'enferme », comme dans les bandes-dessinées classiques. Niveau dessin, c'est très coloré ! Nous avons une abondance de rouge, de blanc, de rose, de noir. Peut-être une explosion de couleur pour symboliser la force de vivre, de renaître après la maladie.

Il y a aussi beaucoup de mouvement, de situations burlesques, parfois un peu étranges, mais avec beaucoup de fantaisie ! Car malgré le sujet de l’œuvre, l'histoire est plutôt optimiste, ponctuée de moments drôles, décalés et tendres. Le cancer est une terrible épreuve, et si on a la chance d'y survivre, ce n'est pas sans quelques séquelles. Notre héroïne y laissera quelques plumes puisqu'elle perd son travail et son conjoint, mais dans ses malheurs elle retrouvera progressivement le bonheur. C'est donc perdre quelques plumes pour mieux reprendre son envol.

Cette histoire nous fait se poser la question : comment vivre avec un sein en moins ? Ce n'est pas une simple partie de notre corps, c'est un attribut de notre identité, de notre féminité pour beaucoup d'entre nous, et l'absence de cet attribut peut causer des séquelles psychologiques. Comment se reconstruire ? Comment ne pas avoir le sentiment d'avoir perdu une part de sa féminité ? Comment supporter le regard des autres ? Comment vivre avec cette différence ? Ce n'est évidemment pas facile pour Élisabeth qui hurle de désespoir quand elle s'aperçoit que son sein gauche lui a été retiré, et elle tente de trouver un substitut : glisser un fruit rond dans son soutien-gorge, essayer un sein artificiel que l'on peut coller à la poitrine. Et comme s'il n'était pas assez difficile d'avoir vécu cette terrible épreuve qu'est le cancer, il y a le regard extérieur – celui des proches, du conjoint, des collègues, des inconnus – qui pèse et qui rend le quotidien difficile.

Pourtant Élisabeth essaye de reprendre une vie normale : elle se pomponne, porte de jolies robes, se dandine, prépare un dîner aux chandelles pour son compagnon mais lui n'ose la regarder ou la toucher, il est penaud, il ne sait pas comment s'habituer… Un premier coup dur pour la jeune femme qui sera vite accompagné par un second lorsqu'elle se fait licencier de son travail, son physique n'étant plus considéré comme harmonieux depuis la perte d'un sein. Pourtant, dans ces malheurs, Élisabeth va se reconstruire petit à petit. Suite à une course poursuite rocambolesque après sa perruque, elle va faire une rencontre qui va changer sa vie, rencontrer des gens, des danseuses burlesques. Soutenue par cette troupe de danseuses, la jeune femme va découvrir que l’amour de soi peut prendre toutes sortes de formes et, de ce fait, va tant bien que mal se réapproprier son corps et se reconstruire.

Je n'ai pas grand-chose à ajouter, le cancer est un sujet épineux sur lequel je peine à parler, à trouver les mots justes. J'ai cependant trouvé cette bande-dessinée magnifique, qui parle de ce sujet douloureux et délicat avec beaucoup de justesse, et qui nous apporte une histoire optimiste, comme pour nous prouver que oui, il est possible de se reconstruire, de se réapproprier son corps, et de goûter de nouveau à la vie comme notre héroïne...

vendredi 26 octobre 2018

Jamais - Bruno Duhamel.



Troumesnil, Côte d’Albâtre, Normandie. 

La falaise, grignotée par la mer et le vent, recule inexorablement de plus d’un mètre chaque année, emportant avec elle les habitations côtières. Le maire du village parvient pourtant, tant bien que mal, à en protéger les habitants les plus menacés. 

Tous sauf une, qui résiste encore et toujours à l’autorité municipale. Madeleine, 95 ans, refuse de voir le danger. Et pour cause. Madeleine est aveugle de naissance.







De retour avec une nouvelle bande-dessinée, qui se déroule en Normandie, dans le village de Troumesnil dont la falaise, grignotée par la mer et le vent, recule inexorablement d'un mètre chaque année. Le maire a toutes les peines du monde à convaincre une irréductible vieille dame qui résiste encore et toujours aux autorités municipales qui refuse de voir la menace qui pèse sur sa maison. Sa petite maison, elle y tient ! Elle ne compte pas la quitter de sitôt, et sous aucun prétexte ! Malgré l'insistance et les efforts du maire pour la déloger, Madeleine ne se montre pas prête à partir, malgré la menace pesant sur sa chère petite maison… Madeleine ne veut rien entendre, prétextant ne pas voir la falaise diminuer… et pour cause, elle est aveugle de naissance !

Le point central de cette histoire, c'est son héroïne. Madeleine. Une dame aveugle et âgée, certes, mais à qui on ne le fait pas ! Au fil des pages, nous découvrons le quotidien de cette dame : elle part faire les courses, arrose ses rosiers, nourri son chat, prépare le repas pour elle et pour son défunt mari, disparu en mer il y a des années, à qui elle parle comme s’il était toujours en vie et chaque jour, un pan de la falaise s'en va rejoindre le fond de la mer et les autorités municipales ont peine à lui faire comprendre le danger qu'elle risque en restant dans sa maison.

Le personnage de Madeleine est attachant. C'est une femme forte qui ne se laisse pas faire et à la langue bien pendue ! Il y a de quoi apprécier, voire admirer sa franchise et sa force de caractère. Pourtant c'est un personnage que j'ai eu du mal à cerner. Tout le long de la lecture, je me suis demandée si elle était consciente du danger, que sa falaise était grignotée chaque jour, si elle refusait vraiment de croire en la mort de son époux et qu'elle l'attendait encore… C'est au fil des pages que l'on découvre le fin mot de l'histoire, tous ces petits détails qu'elle ne montre à personne et au final, on en vient à ressentir encore plus d'empathie pour cette femme si forte, si courageuse et lucide. Derrière ce « fichu caractère », son ton bourru et son entêtement se cache une personne brisée par la vie qui survit tant qu'elle peut, avec sa solitude et ses souvenirs [spoiler] je trouve ça juste triste qu'elle est prête à laisser son chat mourir avec elle, même si personne ne meurt dans cette histoire ; eh oui, même si c'est de la fiction, je ne pourrais jamais supporter la mort d'un animal [/spoiler]


Je ne retiendrais pas cette bande-dessinée comme un coup de cœur, mais je ne peux pas être insensible à son message, celui de l'importance de laisser les gens décider de leur vie, ainsi que l'évocation de l’attachement à son domicile et la volonté de rester avec ses repères et ses souvenirs. Même si le sujet est, au fond, assez triste, l'histoire ne va pas dans le pathos puisque Madeleine n'est absolument pas le genre de personne à se lamenter sur son sort. Malgré les malheurs qu'elle a vécu et la solitude pesante, elle reste une véritable force de la nature… un peu à l'image de la mer bordant sa petite maison. De plus, j'ai apprécié les traits d'humour présents dans cette bande-dessinée, pas seulement à travers le caractère bien trempé de Madeleine, mais aussi celui des villageois qui ne sont pas sans rappeler ceux du village d'Astérix, ce qui n'est pas une surprise car l'auteur a ajouté quelques petits clins d’œil à Astérix, à travers les villageois dont les disputes se transforment en bagarre, ou les clients critiquant la fraîcheur des poissons du poissonnier.

L'histoire est simple, mais efficace. Le trait de Duhamel est assez classique, mais ses personnages sont très expressifs, sans oublier le décor qui donne envie de découvrir la Normandie ! On peut regretter que l'histoire reste assez courte au final, mais elle va à l'essentiel, et aborde avec efficacité des thèmes durs comme l'isolement, le handicap, le choix, etc. Je ne peux pas trop en dire sous peine de spoilers, mais j'ai passé une lecture agréable, même si peu mémorable en ce qui me concerne. Je ne regrette cependant pas ma lecture, et c'est un titre que je recommande !

lundi 2 juillet 2018

Edelweiss - Cédric Mayen et Lucy Mazel.


Été 1947 : Edmond rencontre Olympe lors d'un bal typique de l'après-guerre. Le jeune ouvrier ne se doute pas que cette bourgeoise au caractère bien trempé va bouleverser sa vie. 

Passionnée d'alpinisme, Olympe n'a qu'un rêve : escalader le mont Blanc pour égaler la prouesse de son aïeule Henriette d'Angeville. Edmond promet de l'aider à le réaliser, malgré le sort qui s'acharne. 

Si l'amour peut déplacer des montagnes, il peut aussi aider à les gravir…






Nouveau moment de creux niveau roman, du coup je me suis remise aux bandes-dessinées. J'ai repéré ce titre sur Livraddict, et j'ai été attirée par la jolie couverture ainsi que son titre. Ayant achevé la lecture, je peux affirmer que Edelweiss a su me charmer jusqu'au bout !

Cette histoire est une pure fiction, inspirée toutefois de personnages historiques et de faits réels. C'est l'histoire d'une vie, celle d'Edmond – ouvrier – et Olympe – fille de bourgeois indépendante qui travaille en tant que couturière – et d'une histoire d'amour, entre ces deux personnages mais aussi sur la montagne. Car Olympe a la montagne dans ses veines, à l'instar de sa famille, et rêve de recréer la prouesse de son ancêtre, Henriette d'Angeville, célèbre pour avoir fait l'ascension du Mont Blanc au XIXe siècle. Edmond, qui aime sa belle, s'inquiète toutefois de ce rêve risqué. La vie se construit et se poursuit autour de ce jeune couple qui fondent leur vie ensemble et qui doivent faire face aux contraintes de la vie, mais jamais Olympe n'oubliera son rêve.


Raconter l'histoire d'un couple, avec ses hauts et ses bas, n'a rien d'inédit ; elle est pourtant joliment racontée, avec beaucoup d'émotion, et on s'attache facilement à ce couple pour qui on vibre, pleure, rit. C'est loin d'être un couple parfait, notamment avec Edmond lorsqu'il grimpe les échelons et change quelque peu son comportement, et qui a souvent essayé de dissuader sa femme de poursuivre son rêve. Malgré tout, Edmond reste un personnage attachant, qui se révèle au final prêt à tout pour aider et soutenir sa femme dans les épreuves. J'ai beaucoup apprécié ce point car cela montre aux lecteurs un couple humain, réaliste. J'ai aimé suivre l'histoire de ce couple, m'attacher à eux et les voir évoluer et vieillir ensemble, et affronter les épreuves et, à travers les épreuves, en ressortir plus forts et plus soudés pour parvenir à leur rêve, au sommet de ce mont Blanc, mais aussi celui de leur vie... J'ai également beaucoup aimé la façon dont l'artiste, Lucy Mazel, choisit de représenter le temps qui passe à travers des images et non pas des dialogues, et c'est représenté simplement mais de façon poignante.

L'autre sujet de cette bande-dessinée, c'est bien évidemment la montagne, à travers le rêve d'Olympe. J'ai trouvé intéressant de la rattacher à un personnage historique qui a bel et bien existé, ce qui apporte comme une sorte de touche réaliste à l'histoire, à nous l'ancrer dans la réalité. Les moments où Edmond et Olympe gravissent les montagnes sont magnifiques, on baigne dans l'émotion et le sentiment de liberté éprouvé par les personnages est vif, et cela nous est présenté comme l’apothéose car ils ont enfin atteint leur objectif, malgré les malheurs et les difficultés, car la montagne, aussi belle soit-elle, n'en est pas moins dangereuse comme l'histoire a pu nous le montrer, la nature reste plus forte que l'homme. J'ai même cru à un moment [spoilers] qu'ils étaient mort une fois arrivés au sommet et après avoir vue l'incroyable vue que cela offrait, notamment parce qu'ils ont cru voir leurs défunts mais j'imagine que c'est l'air de la montagne avec le froid et le manque d’oxygène qui ont crée cette hallucination... [/spoilers]

En fond, l'histoire évoque aussi l'histoire de la France après la seconde guerre mondiale à travers des épisodes comme l'affirmation de la classe ouvrière ou encore la lutte pour l'émancipation des femmes (avec Simone de Beauvoir qui fait une mini apparition !). L'autre point fort de cette bande-dessinée c'est, comme vous avez pu le constater en regardant la couverture, ce sont les graphismes. Le dessin, signé Lucy Mazel, est une merveille, un bonheur pour les yeux. Le trait est fin, avec de jolies couleurs ! Je n'ai vraiment pas grand chose à redire sur cette bande-dessinée, exceptée qu'il s'agit l'une des meilleures que j'aie pu lire. L'histoire est belle et touchante, les personnages attachants et le dessin sublime, avec un beau message sur les rêves qui nous tiennent à cœur et qu'il faut persévérer pour savoir les réaliser. Bref, je recommande !

mardi 29 mai 2018

L'agence Barnett et cie - Maurice Leblanc.


Les enquêtes de l’inspecteur Béchoux piétinaient. Surgit un détective privé, de l’agence Barnett et Cie, qui, en un clin d’œil, démasque le coupable, sauve les innocents… et tout cela gratuitement ! 
Arsène Lupin, il n’y a que lui pour réussir ces exploits, oublierait de se payer, resterait insensible aux jolies choses ? Charité bien ordonnée commence par soi-même. Lupin sait mieux que personne où trouver l’argent et les objets de valeur, un fabuleux collier de perles, une lettre d’amour du roi George IV, une lettre de chantage, un titre de propriété…



Je poursuis ma découverte des aventures d'Arsène Lupin, avec un recueil de nouvelles cette fois-ci, à l'instar qui s'inscrivent dans le même contexte : Arsène Lupin, s'étant pendant une période, reconverti en détective privé, résout des enquêtes là où la police échoue, en compagnie de l'inspecteur Béchoux.

Arsène Lupin, détective ! On peut penser que ça ne tient pas debout et que cela va à l'encontre du personnage, voir qu'Arsène Lupin en détective rendrait le personnage moins intéressant et lui ferait perdre ses couleurs. Il n'en est rien. On retrouve un Arsène Lupin futé, observateur, rugueux, toujours avec cette gaieté juvénile qu'on lui connaît bien... et toujours aussi coureur de jupons [spoiler] allant jusqu'à l'ex-femme de Béchoux, je peux comprendre que celui-ci ait refusé de le revoir pendant un long moment ! [/spoiler] Détective oui il l'est le temps de quelques nouvelles, mais non sans s'amuser aux dépens de l'inspecteur Béchoux. En effet, au fil de ces nouvelles, Lupin sous l'identité de Jim Barnett aide Béchoux à résoudre des enquêtes où la police piétine et l'aide à y voir plus clair. Seulement, il ne serait pas Lupin sans son sens de l'humour, et Lupin s'amuse ! Il aime le faire sortir de ses gongs, le laisser perplexe… Pire, non content de résoudre les enquêtes de Béchoux, il lui en laisse le crédit et se paie de ses efforts… en détroussant les coupables au passage, comme la nouvelle des Douze Africaines le résume si bien : "Barnett châtiait les coupables et sauvait les innocents, mais n’oubliait pas de se payer. Charité bien ordonnée commence par soi-même." ! Car oui, malgré tout, sous l'apparence du détective privé, le voleur sommeille toujours !

Ce recueil est aussi une occasion pour l'auteur d'introduire un nouveau personnage : l'inspecteur Théodore Béchoux qui, ma foi, m'a l'air assez sympathique (même si j'aurais souhaité le voir davantage efficace dans les nouvelles... il n'est pas dénué d'intelligence et de ressources, mais ici il m'a plus fait penser à un Watson ou inspecteur Lestrade ; j'aurais voulu qu'il puisse aussi parfois résoudre les enquêtes... au moins en même temps que son compagnon), mais ce qui m'a le plus intéressé, c'est la relation entre Lupin et Béchoux. On sent que ces deux-là ont une histoire, puisque Béchoux connaissait déjà Lupin (ou du moins, l'a déjà rencontré) avant que Lupin ne devienne Jim Barnett [spoiler] et que Béchoux ne découvre qui exactement est Barnett [/spoiler], et que Lupin soit familier avec lui ; ils se tutoient, il aime le taquiner, et il éprouve une affection sincère pour lui :


« Jim Barnett s’empressa autour de lui, le saisit affectueusement par les épaules, lui serra la main, et, avec une délicatesse charmante, lui épargna les humiliations de la défaite. Ce ne fut pas l’entrevue du vainqueur et du vaincu, mais la réconciliation de deux camarades."En vérité, mon vieux Béchoux, le petit malentendu qui nous séparait me peinait infiniment. Deux copains comme nous, adversaires ! Quelle tristesse ! Je n’en dormais plus." » Chapitre V - Les Douze Africaines de Béchoux.


Et Béchoux, même si sa conscience de policier se reproche ses relations cordiales avec Barnett et et s'indigne d'être le collaborateur et l’obligé de ce dernier, il reconnaît ses qualités et il sait qu'il est efficace et qu'avec lui, les choses seront vite réglées. Cette relation a du potentiel, et je serais curieuse d'en savoir plus sur eux et leur histoire. À l'inverse de mon chouchou, Isidore Beautrelet, Théodore Béchoux est présent dans d'autres aventures d'Arsène Lupin, ainsi j'aurais la certitude de le retrouver, et j'avoue que je serais curieuse de découvrir ses prochaines interactions avec Lupin, car ces deux-là ont une dynamique intéressante !

Je n'ai pas grand chose à dire sur les nouvelles... elles restent sympathiques dans l'ensemble, mais pas mémorables. Elles n'ont rien de transcendant, mais l'humour est bien présent, et nous avons pas mal de situations croustillantes ! C'est rythmé, et ça va au vif au sujet, sans se perdre dans des descriptions, et le style de Leblanc reste efficace et agréable ! En bref, un recueil plutôt sympathique, mais sans plus, mais qui présente un personnage de l'univers Lupin et introduit une bonne dynamique entre nos deux personnages centraux !


Ce billet est une participation au :

samedi 26 mai 2018

Le Bouchon de Cristal - Maurice Leblanc.


Quel intérêt peut avoir ce bouchon de cristal que tant de gens veulent posséder par tous les moyens, y compris le meurtre ? 
Le plus difficile dans une affaire, nous dit Arsène Lupin, souvent, ce n'est pas d'aboutir, c'est de débuter. En l'occurrence, par où débuter? Quel chemin suivre ? Sans rien connaître, sans savoir quelle partie était jouée, quelles étaient les cartes et qui tenait l'enjeu, Arsène Lupin se jette au plus fort de la bataille. Mais l'adversaire se révèle très vite redoutable et Arsène Lupin est plusieurs fois renvoyé à la case départ. 
Le jeu sera impitoyable, le suspense poignant.
Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur, l'éternel séducteur, l'insolent, réussira-t-il à déjouer les forces du mal et de la haine ?



J'avais envie de faire de nouveau connaissance avec l'ami Lupin, et on m'avait conseillé (coucou gentlemanlupin;)) ce titre. Ainsi, je me suis lancée dans l'aventure, sans trop savoir à quoi m'attendre.

Nous retrouvons Arsène Lupin alors qu'avec ses complices, il organise un vol dans une villa. Vol qui tourne mal car, contre toute-attente, ils ont été surpris par un domestique. Arsène Lupin n'a pas le choix : il doit fuir ! Fuir, mais voilà ses deux complices, le jeune Gilbert, et Vaucheray, ont été arrêtés puis emprisonnés, mais pas avant que Gilbert n'ait réussi à donner à Lupin un bouchon de cristal dérobé à la villa. Arsène Lupin est déconcerté par cet objet qu'il croit sans valeur… et l'est encore plus lorsqu'on lui vole à son tour le bouchon ! Qui a osé voler le gentleman cambrioleur, et quelle valeur a exactement ce bouchon ? Mais Lupin a aussi une autre préoccupation : libérer ses deux complices avant qu'ils ne soient exécutés pour leurs crimes, et ces deux missions s'avèrent être plus compliquées qu'au départ…

Face à lui, Arsène Lupin a un adversaire de taille. Daubrecq, député de son état, et sans doute l'un des méchants les plus détestables qui m'ait jamais été donné de lire ! Horrible et intelligent, Daubrecq parvient à mettre en déroute Lupin de nombreuses fois, prévoyant parfois tout jusque dans les moindres détails, et traitant ses adverses à la fois avec moquerie et nonchalance, mépris. Maître-chanteur, nourrissant des projets de vengeance et de complot, Daubrecq est un méchant qui remplit bien son rôle : brillant et détestable à souhait. Tout au long du roman, je l'ai maudit, détesté, souhaité sa défaite… et une mort dans d'atroces souffrances, et combien de fois ses apparitions surprises m'ont fait pousser des exclamations d'horreur, et me faire dire : « Mais quand est-ce qu'il crèèèèèèèève ? ». En bref, Daubrecq est un antagoniste efficace et horrible à souhait, mais qui n'est pas juste méchant. Il est rusé et prévoyant, et il est jusqu'à présent l'un des adversaires les plus terribles qu'Arsène Lupin ait eu à affronter.



Ça résume assez mon ressenti sur Daubrecq !


L'un des points forts du roman, c'est la relation entre Arsène Lupin et son complice, Gilbert. Il a une connexion qu'il n'a pas avec Vaucheray, et c'est en partie du à son jeune âge et bien qu'il n'apparaisse pas souvent au cours du roman, Gilbert se révèle être une figure pour qui on se prend en sympathie. Gilbert est un jeune homme insouciant, gai, naïf, franc, mystérieux par son passé qui se dévoile petit à petit au cours du roman. Mais par dessus-tout, c'est un jeune homme dévoué à Lupin pour qui il serait prêt à tout. Jamais il ne cesse d'avoir confiance en lui, au « patron » qu'il admire et c'est cette dévotion qui émeut énormément Lupin qui redouble d'efforts pour essayer de le sauver et lui éviter l'échafaud. On voit que très peu Gilbert au final, mais Maurice Leblanc nous le dépeint, ainsi que sa relation avec son patron, à travers Arsène Lupin qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour sauver ses complices et surtout le jeune Gilbert pour qui il a beaucoup d'affection. Et c'est poignant, car Lupin connaît des hauts et des bas dans cette affaire, et surtout des bas, et il en souffre, il pleure, il s'agite car il pense ne pas arriver à temps pour sauver Gilbert et qu'il l'a failli. Arsène Lupin est vraiment très humain dans cette histoire, et on a mal avec lui.


L'édition de Bibliothèque Verte
qui illustre bien le roman
Pour tout dire, j'ai stressé pendant tout le roman et je n'ai pu le lâcher qu'une fois l'affaire terminée. C'est un roman avec beaucoup d'intrigues et de rebondissements, on a à peine le temps de se reposer qu'un nouveau rebondissement prend place et, pour moi, la victoire de Lupin n'était pas acquise… pour tout dire, j'ai beaucoup hésité sur l'issue de ce roman. Pour la première fois depuis que j'ai commencé la série, j'ai eu peur, j'ai angoissé, j'ignorais si le roman allait avoir une fin heureuse ou pas, si Gilbert allait s'en sortir, si Daubrecq allait faire un coup de lâche au moment où l'on croit la victoire acquise par Lupin [spoiler] au final, Gilbert s'en est sorti et mon petit cœur a pu se calmer… j'ai vraiment craint pour lui ! Je pensais qu'il allait finir guillotiné, ou que Lupin ait réussit à le gracier mais que Daubrecq aurait fait un coup vache, comme tirer sur lui au moment de sa libération ! Je n'ai pas du tout été tranquille pendant ma lecture xD [/spoiler]. Le suspense était bel et bien là, et c'était haletant ! Car l'affaire va au-delà de l'histoire autour d'un simple bouchon de cristal… c'est une histoire contre la montre, pour sauver les complices de Lupin, c'est une histoire de vengeance et de coups bas, un formidable jeu d'échec qui nous met en doute sur l'issue du jeu et à qui appartiendra la victoire [spoiler] même si je devais me douter que Leblanc n'allait pas faire échouer son héros… mais heureusement, la fin ici n'est pas aussi bittersweet que celle de l'Aiguille Creuse où Lupin s'en sort et déjoue tout le monde… mais sa compagne meurt en le protégeant [/spoiler], ce qui nous donne, même si Lupin semble plus perdant que gagnant, l'occasion de voir les ingrédients d'une bonne aventure Arsène Lupin : déguisements, espionnage, évasions rocambolesques, reparties insolentes ou moqueuses, prises de risques insensées, etc.

Le Bouchon de Cristal restera pour moi un roman qui tient en haleine du début à la fin, avec un rythme effréné, des fausses pistes, des doutes, un méchant détestable, un Lupin humain et formidable, avec une intrigue qui fonctionne (des intrigues de famille, des vieilles rancœurs, une course contre la montre), une enquête maîtrisée, une relation touchante entre Lupin et son complice, et des personnages attachants (notamment Victoire, la vieille nourrisse de Lupin, et Clarisse une femme courageuse, intelligente et prête à tout).


Il [Daubrecq] tapotait le rideau de velours dans les plis duquel Lupin s'était vivement enveloppé."En vérité, monsieur, vous devez étouffer là-dessous ? Sans compter que j'aurais pu me divertir à transpercer ce rideau à coup de dague... Rappelez-vous le délire d'Hamlet et la mort de Polonius... 'C'est un rat, vous dis-je, un gros rat...' Allons, monsieur Polonius, sortez de votre trou."C'était là une de ces postures dont Lupin n'avait pas l'habitude et qu'il exécrait. Prendre les autres au piège et se payer leur tête, il l'admettait, mais non point qu'on se gaussât de lui et qu'on s'esclaffât à ses dépens. Pourtant pouvait-il riposter ?

II. Huit ôtés de neuf, reste un.

Ce billet est une participation au :