jeudi 4 novembre 2021

L'enfant et le maudit - Nagabe.


Il y a très longtemps, dans une contrée lointaine, existaient deux pays… “L’intérieur” où vivaient les humains, et “l’extérieur”, où habitaient des créatures monstrueuses qu’il ne fallait surtout pas toucher, sous peine de subir la malédiction. Cette histoire commence le jour où se sont rencontrés deux êtres qui n’auraient jamais dû se croiser…

Ils sont aussi différents que le jour et la nuit… Et malgré tout ce qui les sépare, malgré les ténèbres qui les entourent, ils vont écrire petit à petit une fable tous les deux…



Je profite de la parution du dernier tome pour parler de ce manga.

L’Enfant et le Maudit est une œuvre unique en son genre, aussi bien au niveau du graphisme que de l’histoire. C’est l’histoire d’une petite fille, Sheeva, et du Professeur, un être humanoïde pourvu d’une fourrure noire, d’une queue et de cornes. Deux êtres que tout oppose et qui n’auraient jamais dû s'approcher mais qui, pourtant, vont vivre ensemble, s’aimer et veiller l’un sur l’autre.

C’est l’histoire riche et complexe d’un univers divisé par deux mondes : l’intérieur et l’extérieur. Les gens de l’intérieur sont des êtres humains, vivant dans la sécurité des remparts de la ville, vénérant un dieu céleste. Les gens de l’extérieur sont des êtres maudits engendrés par une divinité souterraine. Ils ne ressentent ni le froid, ni la chaleur, ni la faim, ni la douleur. Ces deux mondes ne sont pas destinés à se croiser, car si par malheur un être de l’intérieur est touché par un être de l’extérieur, il sera frappé par une malédiction et sera condamné à devenir un être de l’extérieur, perdant ainsi son humanité. C’est un monde sombre et complexe et l’innocence de Sheeva ainsi que la relation touchante qu’elle entretient avec le Professeur vont apporter un soupçon de légèreté et d'insouciance. L’histoire possède ce côté mignon et enfantin qui est propre aux contes pour enfants mais, en même temps, on sent qu’elle est très profonde, avec une dimension triste, assez douce-amère. De plus, elle est narrée toute en finesse jouant parfaitement avec les moments doux et les moments plus forts en émotions.

La force du manga, c’est bien évidemment la relation entre Sheeva et le Professeur. Celle-ci est passionnante en partie parce que ce sont deux opposés qui n’auraient jamais dû se rencontrer et qui, malgré ces différences, se sont rencontrés, se sont apprivoisés et ont appris à s’aimer, mais aussi parce qu’il s’agit d’une relation parent-enfant extrêmement douce, amère, touchante, triste et forte à la fois. Le Professeur est un être maudit hanté par sa malédiction et le fait qu’il ne peut pas autant veiller et protéger Sheeva comme il le souhaite, par crainte de la maudire, et qui se cherche parfois dans son passé. Sheeva est une petite fille candide dont l’innocence va apporter beaucoup de douceur, d’humanité et de bonheur dans leur relation. On rit face à leurs pitreries, on s’attriste à chaque dispute, danger ou séparation forcée. On ne peut qu’être touché par l’amour profond qu’ils se portent. Traversée par une douceur empreinte de tristesse, cette relation se construit par petites touches et soulève nombre de nombreuses questions : que font-ils ensemble ? Pourquoi la protège-t-il ? Qu’adviendra-t-il d’eux ? Pourquoi les hommes s’en prennent-ils au Professeur ? Que cherchent-ils en traquant ainsi Sheeva ? Ce duo fonctionne à merveille et leur complicité est un rayon de lumière dans la noirceur du monde extérieur. C’est une relation qui va vivre des drames mais aussi des bonheurs et on ne peut qu’être attendri.




Même en dehors du duo qu’ils forment, ce sont tous les deux des personnages attachants et intéressants. Sheeva est une petite fille innocente et candide mais qui a vécu beaucoup de choses éprouvantes mais qui a beaucoup de courage et de maturité. Malgré le monde austère dans lequel elle évolue, elle sait saisir les moments de bonheur. Le Professeur est également très touchant dans son humanité, dans son amour pour Sheeva, et aussi le fait que, même parmi les autres êtres de l'extérieur, c'est un être à part. On s'attache à lui, on craint pour lui et on découvre en même temps que lui les pans de son passé, la personne qu'il était avant de devenir maudit et dans quelles circonstances il a été maudit.

C’est un récit doux et sombre que nous offre Nagabe dans lequel les émotions surgissent à chaque instant et nous transporte dans un monde singulier où règne la dualité. C’est une histoire touchante et poétique, semblable à un conte. Chaque tome apporte des moments forts en émotions et soulève des questions. C’est un univers riche et complexe… peut-être même un peu trop complexe. Au fur et à mesure que l’intrigue s'approfondit, on apprend plus de choses sur la mythologie créée par Nagabe sur les êtres de l’intérieur et de l’extérieur, leurs caractéristiques, leurs origines, et comment Sheeva et le Professeur sont liés à tout cela. Certaines révélations apportent plus de questions qu’elles n’offrent de réponses et une relecture ne suffit pas pour espérer comprendre le récit. Je n’ai rien contre les récits complexes, mais je l’ai souvent regretté dans L’Enfant et le Maudit. C’est vraiment très énigmatique, cryptique, métaphorique vers les derniers tomes, et il faut souvent s’accrocher au récit et le relire plusieurs fois pour bien saisir le sens des mots.

Concernant la fin du manga, je ne dirais pas être déçue. Sans forcément m’être fait une idée de la façon dont l’histoire aurait pu finir, je ne m’attendais pas à une telle conclusion et même de telles révélations, même si je ne suis pas sûre d’avoir tout compris, surtout avec des questions qui restent en suspens que l’on doit résoudre seul ou imaginer. Il y a toutefois un côté poétique qui fait que la fin est plutôt bien adaptée à l'œuvre dans son intégralité.

L’autre particularité du manga, c’est le dessin. Nagabe a un trait assez éloigné des standards habituels. L'ambiance visuelle est unique, avec un trait sombre et parfois hachuré tout en restant assez clair, qui oscille entre épuré et détaillé, apportant une originalité dans le graphisme.

Pour résumer : un manga poétique et sombre, doux et vibrant à la fois, oscillant entre innocence enfantine et cruauté du monde des adultes, entre mythologie et tranches de vie. C'est un manga qui sort du lot et dont on ne ressort pas indemne.





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