samedi 28 mars 2026

Perveen Mistry (T.1) Les veuves de Malabar Hill - Sujata Massey.

Bombay, 1921.

Perveen Mistry travaille dans le cabinet d’avocats de son père, devenant la toute première femme avocate en Inde. Un statut qui ne manque pas de faire débat, alors que seuls les hommes sont autorisés à plaider au tribunal… Mais quand un meurtre est commis dans une riche maison musulmane pratiquant la purdah (séparation stricte des femmes et des hommes), elle est la seule à pouvoir mener l’enquête.

Faisal Mukri a été retrouvé poignardé à Malabar Hill, chez son ancien employeur, Omar Farid, un riche marchand, lui-même décédé quelques semaines auparavant. Les potentielles témoins du crime sont ses trois veuves, vivant recluses dans une partie de la maison interdite aux hommes. Perveen arrivera-t-elle à comprendre ce qui s’est réellement passé ?

Une enquête passionnante, qui nous plonge au cœur de la société indienne du début du XXe siècle et de la place qu’y occupent les femmes.


Bombay, 1921. Perveen Mistry est une jeune avocate érudite et indépendante qui a rejoint le cabinet d’avocat de son père en tant qu’associée. Mais, en temps que femme, elle n’a pas le droit de plaider et elle doit donc se contenter d’étudier des dossiers. Une occasion en or se présente à elle. Un homme est mort en laissant ses trois épouses qui ont peut-être signé un papier concernant leur héritage, sans savoir de quoi il en retourne. Ces veuves étant de confession musulmane et pratiquant la séparation entre hommes et femmes, seule Perveen peut pénétrer dans le domaine et entrer en contact avec elles, et il lui devient vite évident que des détails très importants concernant la succession n’ont pas été communiquées aux veuves. Peu à peu, la tension monte… jusqu’au sang.


Un roman policier assez long à démarrer mais, une fois lancée, l’intrigue se déroule d’elle-même au fur et à mesure des pages. Il ne faut toutefois pas s’attendre à de l’action et à de nombreux rebondissements. Le rythme de l’intrigue reste assez long, parce que l’auteure prend le temps de la mettre en scène mais aussi de nous baigner pleinement dans les différentes cultures que composent l’Inde (culture parsie, culture musulmane, etc).


Le récit alterne entre deux temporalités : 1921, soit le moment présent, avec Perveen qui mène l’enquête concernant l’affaire de succession des veuves de Malabar Hill puis le meurtre qui en découle, et 1916 pendant les jeunes années de Perveen mais je n’ose pas en dire davantage, de peur de spoiler. De façon assez paradoxale, c’est cette dernière partie qui m’a davantage intéressé, par rapport à l’enquête en elle-même (même si j’ai eu envie de savoir qui est le tueur et ses raisons), de découvrir ce pan de l’histoire de Perveen, qui explique ce qu’elle est devenue et ce qu’elle a vécu. Ces retours en arrière sont loin d’être inutiles puisqu’ils vont servir au récit et se retrouver liée à l’intrigue, bien que légèrement.


Les personnages ne sont ni marquants, ni attachants, mais ils jouent bien leur rôle. Perveen est la plus réussie d’entre eux. À défaut de m’attacher à elle, j’ai été touchée par son vécu, et j’ai admiré sa ténacité, son intelligence et son indépendance.


Plus que l’enquête, ce que j’ai vraiment apprécié était cette immersion dans l’Inde du début du XXe siècle, notamment l’Inde à travers les yeux de la femme. J’ai pu en apprendre plus sur les mœurs, la cuisine, les coutumes, les différentes cultures et religions, la cohabitation entre Indiens et Anglais, mais aussi et surtout les droits (ou le peu de droits) des femmes en Inde, les traditions ultra-patriarcales, les difficiles luttes des femmes pour avoir des droits équitables, les injustices (un mari battant sa femme n’est, par exemple, pas un motif de divorce mais si elle fuit un foyer toxique, c’est elle qui est en tord ; ou encore cette horrible séparation imposée aux femmes qui ont leurs règles, devant être enfermées dans une pièce, sans le moindre contact, car elles sont considérées comme impures). Je sais qu’il est encore, malheureusement, dangereux d’être une femme en Inde de nos jours, mais j’ose espérer que les lois ont changé en leur faveur depuis plus de cent ans.


Une plongée plaisante dans l’Inde du XXe siècle, je regrette de ne pas y sentir les parfums des fleurs et la délicieuse odeur des plats qui sont présents. Un voyage instructif en Inde mais qui ne manque pas d’indigner concernant la condition de la femme. L’intrigue policière en elle-même était plutôt intéressante, mais je retiendrai surtout le voyage en Inde, ainsi que les flash-back sur la vie de Perveen. Une découverte sympathique, cela dit je ne pense pas lire la suite…


- Il semble que vous soyez enchainée à certaines personnes et une grande et vieille maison que vous n'appréciez pas pleinement.

- N'est-ce pas la définition de la famille ?

dimanche 22 mars 2026

Les Disparus du Pays Imaginaire - Aiden Thomas.



Lorsque des enfants disparaissent dans la petite ville d'Astoria, tous les regards se portent sur Wendy...

Il y a cinq ans, Wendy a été portée disparue avec ses deux petits frères. Elle sera retrouvée au bout de six mois, seule, dans les bois !

Quelques années plus tard, deux enfants disparaissent à nouveau, rappelant à Wendy de sombres souvenirs. Alors qu'elle rentre chez elle par une route sombre à travers bois, au volant de son pick-up, une forme gisant sur la chaussée l'oblige à s'arrêter. Il s'agit d'un jeune garçon qui prétend connaître Wendy et pourrait bien être la clé du mystère entourant toutes ces disparitions d'enfants.

Il s'appelle Peter !



Les Disparus du Pays Imaginaire est une réécriture de Peter Pan qui m’a un peu déconcerté, puisque cela se passe à notre époque, mais aussi parce que, pendant une bonne partie du roman, il ne se passe pas grand-chose. Une fois qu’on s’habitue au fait que Wendy a un téléphone portable et conduit une voiture, et au rythme lent du récit, l’histoire qui nous est présentée est intéressante !


Wendy a ici 18 ans, elle est étudiante pour devenir infirmière, mais elle vit avec un poids sur la conscience. Cinq ans plus tôt, elle et ses frères ont disparu dans la forêt. Seule Wendy est revenue, sans aucun souvenir de ce qu’il s’est passé. À présent jeune adulte, elle remarque de plus en plus de disparitions d’enfants, faisant remonter en elle ses souvenirs et sa culpabilité… mais aussi des rêves concernant Peter Pan et le Pays Imaginaire. Impossible, pourtant, puisque ce ne sont que des histoires que sa mère lui racontait. Et pourtant, ce jeune garçon qui a débarqué dans sa vie en prétendant la connaître, et qui se nomme Peter, pourrait bien être la chance de Wendy pour retrouver la trace de ses frères, ainsi que des autres enfants disparus.


L’histoire présente du potentiel, entre la mystérieuse disparition des enfants, les retrouvailles entre Peter et Wendy, et Wendy qui retrouve ses souvenirs au compte-goutte concernant le soir où ses frères et elles ont disparu, mais aussi l’ombre de Peter qui s’est rebellée et œuvre contre lui, comme une sorte de jumeau maléfique. J’ai aussi aimé la relation entre Peter et Wendy qui est vraiment touchante, avec l’attachement qui les lient l’un à l’autre, et ce que Peter fait pour Wendy. La romance est touchante, sans prendre trop de place.


Le problème reste le rythme. On tourne en rond, il y a des longueurs et des répétitions, l’intrigue traîne plus que nécessaire. Je me suis souvent demandée où l’auteur voulait en venir, et l’intérêt de faire autant traîner les choses. L’auteur s'évertue à décrire des paragraphes entiers sur des actions triviales, et les moindres faits et gestes de Wendy, alourdissant le récit. Le récit aurait vraiment gagné en qualité et en rythme si tous ces passages inutiles avaient été retirés pour mieux développer la fin qui a été vraiment trop expéditive compte tenu du potentiel qu'elle avait. Quelle frustration !


J’avoue aussi avoir été un peu déçue de ne pas avoir retrouvé des éléments qui constituent l’histoire, voire même l’essence de Peter Pan, comme le capitaine Crochet, la fée Clochette, les pirates, etc. Alors, certes, peut-être n’auraient-ils pas servi à l’intrigue, mais j’aurais apprécié de les voir mentionnés au moins une fois. Cela aurait apporté un peu plus de fantastique à ce récit.


Cela dit, j’ai aimé l’ambiance sombre et pesante qui enveloppe le récit, ainsi que les thèmes qui sont abordés. On nous parle du deuil que Wendy et ses parents ne peuvent pas faire puisque le mystère plane autour de John et Michael. Sont-ils encore en vie ? Retenus au Pays Imaginaire ? L’incertitude plane jusqu’à la fin concernant leur sort. On ressent plus que jamais la douleur et le déchirement de leur absence, et cette incertitude qui nous fait craindre le pire comme espérer le meilleur. Personnellement, je m’attendais à une telle fin, elle apporte un sentiment à la fois doux et amer, ce qui est assez rare dans la fiction jeunesse je trouve. L’amour de Wendy pour ses frères est très touchant, au point d’en avoir versé ma petite larme à un moment.


Le traumatisme est aussi un élément central du roman, puisque Wendy ne se souvient de rien concernant sa disparition et celle de ses frères. Pendant les 3/4 du roman, nous ignorons ce qu'elle a vécu, mais nous comprenons petit à petit que le choc a été si important pour elle que son cerveau a tout effacé, enfoui profondément dans sa mémoire. Elle éprouve également la culpabilité du survivant, et parvient difficilement à avancer à cause de cela. Ses frères sont sa motivation, et malgré leur absence, elle songe si souvent à eux que leur souvenir est omniprésent dans le récit.


Si l'enquête met du temps à démarrer, le suspens est là tout au long de la lecture, autour de cette étrange forêt et de la disparition des enfants. C'est une réécriture de Peter Pan assez sombre et mélancolique qui traite du traumatisme et du deuil. Même si je lui ai trouvé des longueurs, j'ai aimé la fin qui était très touchante.


En résumé, une lecture en demi-teinte. Il y a du très bon, comme les thèmes du deuil et du traumatisme décrits avec brio, la revisite du conte de Peter Pan réécrit de manière plus sombre et originale, l’ombre de Peter Pan comme double maléfique, et la relation Peter/Wendy est très touchante. Malheureusement, les aspects négatifs (les longueurs interminables, le manque de magie, le côté moderne) ont entaché mon appréciation. Ce roman ne laissera pas de trace impérissable, et j'en suis la première déçue.


Ce n'est pas pour rien que les ombres sont attachées aux gens. Ce sont des créatures maléfiques. Pas comme les fées, qui mettent le bazar parce que ca les amuse. Les ombres sont faites de toutes les parties négatives de nous-même. Elles se nourrissent des mauvaises pensées, de la peur, de l'inquiétude, de la tristesse et de la culpabilité.


vendredi 13 mars 2026

La Fille aux cheveux turquoise - Elena Triolo.



Toscane, 1871, Giovannina, petite fille de 7 ans vit sur le magnifique domaine Il Bel Riposo propriété des Lorenzini, où son père est jardinier. Un jour, alors qu'elle se se cache après avoir commis une bêtise, elle est découverte par Carlo. Le fantasque frère du propriétaire est traumatisé par la mort de sa petite sœur, Marianna.

Carlo est aussi journaliste et écrivain, sous le pseudonyme de Collodi. Entre ces deux êtres que tout sépare (âge, sexe, statut social…) va naître une improbable amitié qui durera toute leur vie, et même au-delà de la mort, pour donner naissance à l’un des chefs-d'œuvre de la littérature italienne et mondiale : Pinocchio.



Si je devais penser à Pinocchio, mes pensées se tourneraient automatiquement vers le célèbre film animé de Disney. Tout en sachant que Pinocchio est un roman de l’italien Carlo Collodi, je ne sais presque rien de l’histoire d’origine… juste qu’elle est bien loin de la version édulcorée de Disney (sachant que le film a quelques scènes bien traumatisantes, je n’ose imaginer à quel point le roman peut être plus sombre !).


Avec La Fille aux cheveux turquoise, c’est un pan de la vie de l’auteur, mais aussi de l’histoire de l’Italie, que je découvre à travers la vie de Giovanna Ragionieri. Cette petite fille, avec qui Collodi va tisser des liens d’amitié profonds et qui a inspiré le personnage de la fée bleue, de par sa jolie chevelure blonde si claire que l’on pouvait y voir le soleil se refléter. C’est une jolie histoire d’amitié entre un monsieur fantasque et poétique et une petite fille espiègle qui se noue, malgré la différence d’âge et le statut social. Peut-être cette amitié a-t-elle été romancée, elle n’en demeure pas moins touchante, traversant les frontières de la mort, avec Giovanna qui vivra toute sa vie avec le souvenir de son cher ami mais aussi de sa marionnette de fiction. C’est un duo improbable et émouvant qui va mutuellement apporter quelque chose à l’autre.


Plus que la vie de Collodi, c’est celle de Giovanna qui se tisse sous nos yeux. Depuis son enfance, en tant que fille du jardinier du frère de Collodi, jusqu’à son adolescence, puis ses années d’adulte et la fin de sa vie. En parallèle, nous sommes indirectement témoin des changements qui bouleversent l’Italie des années 1870 à la grande guerre, puis la montée du fascisme, la seconde guerre mondiale jusqu’aux années 1990. C’est doux et amer à la fois. Il est question de deuil, d’un monde qui se transforme jusqu’à devenir parfois méconnaissable, mais le récit véhicule aussi des thèmes comme l’amitié, la loyauté, le désir de transmettre une foi en la vie et en l’imaginaire.


Cette bande-dessinée a aussi été l’occasion pour moi de découvrir à quel point Pinocchio est un monument national en Italie, un peu comme notre Petit Prince. C’est une histoire qui a marqué plusieurs générations et qui poussera Giovanna, vers la fin de sa vie, à raconter son histoire avec Collodi, pour perdurer la magie et l’émerveillement auprès des enfants comme des adultes.


J’ai eu un petit coup de cœur pour cette bande-dessinée qui nous offre un récit doux-amer, alternant le rire et les larmes, mélangeant nostalgie et émerveillement. Une histoire sensible et émouvante que je conseille chaleureusement la lecture !


lundi 9 mars 2026

Miss Percy (T.1) Le petit guide de Miss Percy, ou comment élever un dragon britannique - Quenby Olson.


Miss Mildred Percy hérite d'un dragon.

Mais peut-être allons-nous trop vite en besogne...

Miss Mildred Percy appartient à la catégorie des vieilles filles : elle ne danse pas, a renoncé depuis longtemps à ses rêves et ne mène pas ce que l'on pourrait appeler une vie d'aventure. Du moins le pensait-elle, jusqu'au jour où son grand-oncle a l'audace de lui léguer, entre autres, un œuf de dragon.

Cet œuf, comme la plupart des œufs, a le bon goût d'éclore. Et c'est ainsi que, du jour au lendemain, Miss Mildred Percy passe du statut de tapisserie au rôle inouï d'éleveuse de dragons.

Un dragon ? En Angleterre ? Voilà quelque chose que l'on n'a jamais vu. Pourtant Mildred va devoir jongler entre l'éducation de ce spécimen (qui n'est pas censé exister), la naissance d'une idylle (avec un modeste pasteur) et le début d'une aventure à laquelle jamais elle ne se serait crue destinée.


C’est toujours un crève cœur quand un livre qui avait tout pour me faire finit par être une lecture mitigée, voire une déception.


Sur le papier, ce roman avait tout pour me plaire. De la cozy fantasy avec des dragons, la campagne anglaise pour décor, une ambiance à la Jane Austen, et même une héroïne d’âge mûr (pour changer !) qui a une mignonne petite romance avec un pasteur érudit. L’idée était bonne.


Mildred Percy est une protagoniste qui vit effacée dans la famille de sa sœur cadette qui n’a que peu d’estime pour elle, et qui reçoit contre toute attente un étrange héritage d’un lointain oncle décédé. Parmi les trésors dont elle hérite, une bien étrange pierre… qui finit par éclore, donnant naissance à un dragon, dont elle doit cacher l’existence à tous. Heureusement, elle a le soutien et l’aide d’un fort bien charmant pasteur, qui ne la laisse pas indifférente, et de sa gouvernante.


Ce n’est pas qu’une petite histoire toute mignonne sur un bébé dragon qu’il faut élever, car il y a des personnages fort intéressés par ce dragon et qui aimeraient bien mettre la main dessus… Il revient donc à Miss Percy de déjouer leurs pièges et déterminer en qui elle peut avoir confiance, y compris parmi sa propre famille. Aidée du pasteur Wiggan et de sa fidèle gouvernante Mrs Babbinton, Mildred va chercher comment protéger ce bébé dragon des mains avides et imprévisibles qui veulent s'en emparer.


Miss Percy est une héroïne plutôt agréable, tout d’abord effacée, voire même soumise et écrasée par sa famille, un peu trop gentille, qui veut faire plaisir à tout le monde, jusqu’à qu'une succession de petits événements qui la poussent à examiner sa vie autrement, non sans une certaine dose d’angoisse. J’avoue m’être un peu identifiée à elle. C'est par ailleurs assez rare d'avoir ce genre de caractère dans les romans, avec autant de réalisme


J’ai aimé son évolution au fur et à mesure de la lecture. C’est un plaisir de la voir s’affirmer de plus en plus, et devenir plus indépendante et sûre d’elle alors qu’elle s’éloigne de plus en plus de la prison familiale et qu’elle se trouve des amis et alliés. La naissance du dragon est vraiment l’élément déclencheur dont Miss Percy avait besoin. Elle commence à rêver d’aventure, à dire « non », à sortir peu à peu de sa coquille, ainsi qu’avec son amitié naissante avec le pasteur et sa gouvernante. De plus, c’est agréable de voir une héroïne d’âge mûr, et son début de romance avec le pasteur est plutôt mignonne.


Mais alors, qu’est-ce qui a cloché ? Le style d’écriture, truffé de descriptions, y compris pour des choses superflues (qui a besoin de trois pages de descriptions sur une voiture attelée et la façon dont un personnage descend de celle-ci ?), de parenthèses, et de parenthèses dans les parenthèses. Au début, ces parenthèses étaient amusantes, mais à la longue ça en devenait fastidieux. La moindre action, si infime soit-elle, est décrite dans le moindre détail, ce qui alourdit le récit, a parasité ma lecture et a rendu l’intrigue longue… très longue… Ce tome s’est révélé interminable, et même la présence de notre adorable mais si turbulent dragonnet n’a pas su redynamiser le récit… dragonnet pas autant présent que je l’aurais souhaité. 


Honnêtement, ce n’est pas une mauvaise lecture. Il y a du potentiel, de très bonnes idées, l’histoire présente une certaine originalité. Le problème vient du rythme. Ainsi, malgré ses bons points, ce roman a davantage été un flop, et je ne continuerai pas ma lecture. Dommage…


- Je vous prie de bien vouloir m'excuser, Miss Percy.Je n'ai guère pour habitude de pratiquer la malhonnêteté....

Mildred faillit le couper en cet instant, car elle était convaincue qu'une personne qui tenait à affirmer qu'elle ne pratquait pas la malhonnêteté faisait certainement acte de malhonnêteté par là même.

- ..... mais je craignais de ne point pouvoir gagner votre confiance autrement.

Si l'expression " rester sur le cul" avait existé dans l'Angleterre de1816, Mildred l'aurait non seulement trouvée amusante, mais elle aurait été tout près de l'illustrer en cet instant.

lundi 23 février 2026

Blossom Spring Challenge, édition 2026.

 

Officiellement, nous sommes encore en hiver mais je me languis déjà du printemps. Il me tarde tant de revoir les arbres en fleur, les oiseaux chanter, le jardin reprendre vie, les journées s’allonger et les températures s’adoucir… En tout cas, je ne peux qu’espérer un beau printemps. En attendant le printemps, le Blossom Spring Challenge reprend du service cette année, pour mon plus grand plaisir.

Je ne reviens pas sur le fonctionnement du challenge, juste qu’il se déroulera du 1er mars au 31 mai 2026. Pour le reste, je vous laisse découvrir la vidéo de présentation :




Pour plus de détails sur les livres, je vous laisse la découvrir sur ma page Livraddict.






La volière aux souvenirs me semble être une bande-dessinée de saison avec la présence d’oiseaux mais aussi de plantes sur la couverture, et qui devrait promettre une histoire de secrets de famille plutôt intéressante. Je suis curieuse de voir ce que ça raconte !


Une réécriture de La Belle et la Bête, l’un de mes contes préférés, de surcroît avec une jolie couverture bien fleurie. J’espère que cette lecture me fera vibrer, j’aime beaucoup tout ce qui touche de près ou de loin à ce conte.


J’avoue que pour cette catégorie, j’ai utilisé pour la première fois le bingo en choisissant de changer la catégorie du menu avec une catégorie du bingo, car je vous avoue que la catégorie d’origine « Fraîcheur printanière » ne m’inspirait pas du tout, ne me sentant plus du tout d’humeur à lire un livre hivernal. Ainsi, j’ai changé avec la catégorie « Kali » du bingo (couverture sombre), et ce roman qui reprend l’histoire de Peter Pan me semble tout à fait adaptée, et l’histoire promet d’être prenante. Hâte de voir ce que cette réinterprétation de Peter Pan va m’offrir !





Nos rendez-vous gourmands, un manga OS du même mangaka que Le mari de mon frère que j’avais déjà lu pour l’Ice Cream Summer Challenge. Le synopsis propose quelque chose d’intéressant, et le genre de récits qui tournent autour de la nourriture ou de la cuisine m’intéresse toujours, donc à voir !


Je ne peux pas envisager un challenge littéraire sans roman policier, et j’ai justement ce pastiche Sherlock Holmes qui m’attend sagement sur mes étagères. Ce sera avec grand plaisir que je retrouverai Holmes et Watson pendant quelques nouvelles.


Un nouveau recueil de nouvelles avec des chevaliers, des princes et des magiciens, le tout sous la plume d’Isabelle Lesteplume qui m’a déjà conquise avec ses contes M/M et sa trilogie Sherlock Holmes. J’ai hâte de voir ce que son imagination nous a concocté à travers ces nouvelles.






Ce roman me faisait déjà de l’œil, et dont j’avais fait l’un de mes objectifs de lecture pour cette année, un récit fantastique avec des dragons mais sous un style britannique et qui me semble être à la fois cozy et humoristique. Voilà qui semble intéressant… voyons si ce roman saura tenir ses promesses.


Une bande-dessinée historique qui retrace non pas (pas seulement) les grandes figures féminines de l’Histoire mais avant tout des histoires de sororité. Un livre féministe qu’il me tarde déjà de découvrir !


Un roman qui me semble être un peu dans la même veine que Le restaurant des recettes oubliées, et qui semble promettre des nouvelles gourmandes et divertissantes, et puis j’ai tellement pris l’habitude de caser un roman japonais dans chaque BSC, pourquoi déroger à la règle ?






Voici un roman que je pensais plutôt lire pour le Pumpkin Autumn Challenge, mais qui correspond finalement bien à la catégorie (lecture défi) puisque ce roman fait aussi partie de mes objectifs de lecture de cette année. Cela fait déjà un moment que j’avais envie de découvrir ce classique, j’espère qu’il me plaira plus que Orgueil et Préjugés.


Roman que j’ai surtout mis pour avoir une lecture en rapport avec l’Inde (la destination de cette année pour le challenge), mais j’avais déjà repéré ce livre sur Livraddict et il m’avait bien intrigué. Un roman policier dans l’Inde du début du XXe siècle, avec une femme comme détective, malgré le contexte de l’époque ? Voilà qui attise ma curiosité. J’espère être comblée par ce voyage en Inde.


Une bande-dessinée sur Van Gogh et un chat, avec une jolie couverture fleurie qui rappelle les célèbres tournesols de l’artiste. Il en faut peu pour que ma curiosité soit piquée.



Un bon challenge à toutes et à tous !


dimanche 22 février 2026

[Bilan] Cold Winter Challenge 2025.


Après un mois de janvier interminable, Février touche doucement à sa fin après une existence qui me semble avoir duré trois jours, et je viens tout juste de terminer ma dernière lecture du Cold Winter Challenge. L’occasion pour moi de dresser le bilan de cette édition 2025-2026.


Les Guerres de Lucas (T.2), de Renaud Roche et Laurent Hopman : Un second tome aussi captivant que le premier ! J’ai aimé en savoir plus sur l’histoire derrière la réalisation de L’Empire Contre-Attaque, dont la production et le tournage furent aussi chaotiques que pour La Guerre des Étoiles, et de continuer à découvrir l’histoire du couple Lucas en parallèle. Gros coup de cœur pour ce second tome réussi !


Renouveau, de Jen Calonita et The Walt Disney Company : Une revisite divertissante de La Reine des Neiges qui présente certes de nombreuses similitudes avec le film d’origine, mais dont j’ai apprécié les libertés. La relation entre les deux sœurs est très touchante, et j’ai trouvé bien mené l’histoire et les causes liées à leur séparation forcée. Une petite lecture sympathique.


Contes des royaumes oubliés (T.1) Le prince au bois dormant, de Isabelle Lesteplume : Une réécriture originale et réussie du conte de La Belle au Bois Dormant. L’auteure a su se réapproprier les bases du conte pour nous offrir une histoire complexe et magique, avec une romance M/M plutôt classique mais qui fonctionne. Malgré une écriture qui manque un peu de maturité, cela reste une jolie petite histoire comme l’auteure sait nous les conter !


La maison Ipatiev / La maison des intentions particulières, de John Boyne : Une lecture riche et passionnante. J’ai aimé le schéma narratif avec cette double ligne temporelle où l’avancement et le recul se croisent. J'ai été émue par l’histoire de Gueorgui et Anastasia depuis leur rencontre jusqu’à la fin de leur vie, leur parcours de vie après le grand drame qui a touché les Romanov, et d’assister à cette grande fresque historique depuis le début du XXe siècle jusqu’à notre époque, avec les grands événements qui ont marqué l’Histoire de ce siècle. Gros coup de cœur !


Ce que les corbeaux nous laissent, de Sophie Leullier : Une bande-dessinée poignante et brutale, qui mélange les croyances celtes et vikings, avec une atmosphère mythique et mystique, une histoire aux tons doux et amers qui ne laisse pas indifférent.




Snowdonia, de Jeremy Angelo : Une lecture sympathique à découvrir pendant la période des fêtes. Si la romance ne m’a pas convaincu par son manque de crédibilité, j’ai été charmée par ce voyage au pays de Galles et en apprendre davantage sur les coutumes du pays mais aussi ses traditions festives. Un vrai dépaysement !


Le Chant des Ronces, de Leigh Bardugo : Un recueil de contes enchanteurs, qui rappellent à la fois les contes de fées de notre enfance mais aussi les contes russes, avec une morale, de jolies illustrations, mais aussi l’auteur qui renverse certaines valeurs codifiées. Une jolie découverte !


Noël au Cat café, de Rachel Rowlands : Un roman qui m’a fait passer un agréable moment de lecture, ponctué de douceur et d’humour, mais aussi un peu d’amertume qui ne gâche en rien le côté cozy du roman. J’ai aimé qu’il aborde des sujets plus sérieux qui m’ont beaucoup touché et qui font que le roman ne se limite pas à son aspect ‘comédie romantique’. Ce n’était pas un coup de cœur mais ça reste une jolie petite lecture, parfaite pour la saison.


Christmas Therapy, de Caro M. Leene : Un roman rythmé et divertissant, la romance de Noël est classique mais l’idée d’une thérapie de Noël est un concept original et intéressant qui peut offrir une véritable réflexion autour de Noël. Cela dit, ça ne me laissera pas un souvenir impérissable et je n’ai pas trouvé le roman bien transcendant.




Qui meurt à Noël ?, de Angélina Delcroix : Un thriller domestique et psychologique vraiment haletant en somme, avec une intrigue bien menée, sans temps mort. Un véritable page turner qui ne laisse pas indifférent. Malheureusement, je déplore un dénouement tiré par les cheveux et une fin brutale qui m’a laissé frustrée et perplexe.


Quand j'ai froid, de Valentine Choquet : Une histoire émouvante sur une amitié intergénérationnelle touchante, très douce-amère alors qu’elle aborde des thèmes tantôt doux et chaleureux (l’amitié, le partage de souvenirs, l’ouverture au monde), tantôt triste et déchirant (la perte de mémoire, la solitude, la vieillesse). Coup de cœur absolu et inattendu pour cette BD qui m’aura fait sourire autant qu’elle m’aura fait pleurer.


L'Antre des louves (T.3) Le Temple de Fortuna, de Élodie Harper : Ce troisième tome nous offre donc un épilogue majestueux qui conclue en beauté une saga qui m’aura séduite du début à la fin, qui m’aura bouleversée, avec des personnages qui m’auront tantôt ému, tantôt révolté, avec des destins funestes, et des épreuves parfois cruelles. Malgré la dureté des faits évoqués, il se dégage de cette saga beaucoup d’émotions et de force.


La BD de l'Avent 2024, de Collectif : Une lecture très sympathique et divertissante qui fonctionne comme un calendrier de l’avent avec une histoire à dévorer par jour pour faire patienter jusque Noël et nous plonger dans l’ambiance des fêtes. Si les histoires sont d’intérêt inégales, et certaines auraient mérité d’être plus longues, ça reste vraiment une sympathique lecture pour les fêtes !


Les comptes à la loupe

Livres prévus : 12
Livres lus : 12


Le mot de la fin

Je ressors satisfaite de ma participation de cette année, surtout après une édition désastreuse l’an dernier. J’ai beaucoup aimé mes lectures pour la plupart, aucune déception, et de belles découvertes. Une édition réussie pour cette année ! Mais j’avais quand même hâte que cela se termine, pour enfin passer au challenge du printemps, tellement il me tarde d’entrer enfin dans cette belle saison.


Mon top 3
 ♥

La maison IpatievJ. BOYNE

Quand j’ai froidV. CHOQUET

Les Guerres de Lucas (T.2)R. ROCHE et L. HOPMAN

samedi 21 février 2026

Contes des royaumes oubliés (T.1) Le prince au bois dormant - Isabelle Lesteplume.


Il était une fois, dans un pays lointain, un jeune homme nommé Éric qui rêvait de quêtes impossibles, de bêtes à terrasser et de grand amour à trouver. Une fois chevalier, il résolut de partir à l'aventure, sur la foi d'un vieux conte, à peine une légende. Il serait question d'un prince maudit et d'un royaume prisonnier d'une muraille d'épines... 

Mais derrière cette muraille se cache une réalité bien plus sombre et bien plus cruelle. Qui sont ces fantômes qui errent la nuit ? Quel crime a réellement commis Maléfique ? Et ce prince que l'on dit si parfait, veut-il seulement être réveillé ? 

Pour mener à bien sa quête, Éric devra apprendre que le monde ne se limite pas aux beaux et aux laids de ses contes de fées. Peut-être que Nyl, le magicien cynique avec lequel il s'est vu forcé de conclure un marché, saura le lui enseigner... Et vous, quel prix accordez-vous à la beauté ?


Ce qui est bien avec les romans d’Isabelle Lesteplume, c’est que j’ai la certitude de passer un bon moment. J’aime beaucoup sa plume, son imagination et ses personnages hauts en couleur. Il était bien temps que je découvre Le prince au bois dormant.


Comme son titre l’indique, il s’agit d’une réécriture de La Belle au Bois Dormant, avec une romance M/M, et le tout premier tome de sa saga des Contes des royaumes oubliés. Cela se ressent dans son écriture qui m’a paru plus simple, un peu moins riche et travaillée, un peu moins « mature ». L’auteure en était à ses débuts, ce qui ne veut pas dire que l’écriture n’était pas plaisante pour autant. On entre dans son univers avec beaucoup de plaisir et de facilité, et la lecture est fluide et la lecture suffisamment addictive pour que les pages se tournent avec plaisir. Je trouve juste intéressant la comparaison entre ce premier tome et ses dernières parutions. Madame Lesteplume en a fait du chemin, pour notre plus grand plaisir.


J’ai beaucoup aimé sa réinterprétation de La Belle au Bois Dormant, nous montrant que l’histoire officielle n’est pas celle que l’on croit être et qu’elle est plus complexe qu’on ne le pense, que certains protagonistes ne sont pas ceux que l’on pense être, et qu’il y a plusieurs zones d’ombre que notre preux chevalier, Eric, découvrira peu à peu. On découvre, par exemple, à quel point la beauté peut être une malédiction, et que le sommeil éternel dans lequel sont plongés le prince et les habitats du royaume a une certaine particularité : ceux endormis le jour se dévoilent la nuit dans une forme fantômatique. J’ai aussi aimé l’atmosphère qui se dégage de cet univers. La forêt de ronce et d’épines n’est pas qu’une simple forêt, elle vit, elle est presque un personnage à part entière, qui se nourrit du sang des âmes courageuses qui ont tenté de délivrer le prince. Concernant celui-ci, je dois avouer que l’auteure aura réussi à me surprendre avec le plot-twist, je ne l’avais vraiment pas vu venir !


Concernant nos personnages, trois se démarquent véritablement (bon, quatre si on compte Maléfique, mais je n’en dirai pas plus sur elle, de peur de spoiler). Nous avons tout d’abord Eric, le preux chevalier, qui nous paraît un peu simplet et boy-scout, un vrai labrador humain, dont l’optimiste contraste avec le pessimisme de son infortuné compagnon de voyage, Nyl, le magicien, qui est plus cynique sur lui-même, Eric et le monde qui l’entoure. Bien malgré eux, ils deviennent compagnons de voyage et leur tempérament différent fait que ça clashe très souvent entre eux. Nyl nargue la naïveté et l’optimisme d’Eric, et le chevalier déplore le pessimisme et le cynisme de Nyl.


Pour autant, ils vont apprendre à se connaître et se surprendre sans cesse, si bien que leurs convictions en seront chamboulées. Toutefois, j’ai trouvé certaines de leurs disputes un peu exagérées [spoiler] surtout une qui tombait comme un cheveu sur la soupe et que l’auteure s’est forcée d’écrire parce qu’elle avait besoin à un moment que Nyl s’éloigne d’Eric et se mette en danger [/spoiler]. Malgré tout, c’est un duo plaisant à suivre et que l’on prend plaisir à voir évoluer et se rapprocher, et de voir le mépris et l’agacement laisser peu à peu place au respect et à de l’affection sincère. J’ai aussi aimé Zig, le troubadour, qui finit par se joindre à notre duo et apporter un certain peps. J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteure lui consacre une nouvelle en fin d’histoire.


En résumé, une réécriture originale et réussie du conte de La Belle au Bois Dormant. L’auteure a su se réapproprier les bases du conte pour nous offrir une histoire complexe et magique, avec une romance M/M plutôt classique mais qui fonctionne. Une jolie petite histoire comme l’auteure sait nous les conter !


— Je ne peux pas croire, souffla le chevalier, fasciné, qu’une chose si belle puisse être totalement mauvaise…

Pour une raison qu’il ne comprit pas, le magicien lui lâcha le poignet comme s’il s’était brûlé et s’écarta ostensiblement, le regard ombré de colère.

— Mais pourquoi tout le monde est-il si obsédé par la beauté ? cracha-t-il. Je ne fais jamais confiance à ce qui est beau. Tout ce qui présente bien, tout ce qui est lisse, parfait, a quelque chose à cacher, une épine, un poison, une âme stupide ou un cœur de glace. Je n’aime que le laid. On peut faire confiance au laid, il t’a déjà montré le pire de ce qu’il possédait.

— Moi, ce que j’aime, rétorqua Éric, piqué au vif, c’est trouver de la beauté dans toute chose. Ne vois-tu pas comme le monde recèle de trésors et d’émerveillements ? Ne sais-tu vraiment pas apprécier le mystère de ce qui est beau, tout simplement ?

dimanche 15 février 2026

La maison Ipatiev - John Boyne.


De Saint-Saint-Pétersbourg en 1917 à Londres de nos jours, la trajectoire tumultueuse de deux êtres unis par l'amour, les secrets, et la folie de l'Histoire.

Pour Gueorgui Yachmenev, petit paysan russe, tout débute comme un conte de fées : engagé afin de protéger le tsarévitch Alexeï Romanov, il se retrouve dans le fastueux palais impérial. Le rêve se poursuit lorsqu'il rencontre les quatre soeurs d'Alexeï, les princesses Romanov, parmi lesquelles la belle Anastasia. Mais la révolution va éclater, balayant tout sur son passage...

1981, Londres : Gueorgui veille Zoïa, sa femme, qui est mourante. Ensemble, grâce à un amour infaillible, ils ont supporté l'exil et le poids d'incroyables secrets.

Qu'est-il arrivé en Russie ? Pourquoi Zoïa vit-elle toujours dans la peur ? Quels fantômes du passé la poursuivent encore ?



Je ne me penche pas souvent sur le sujet, mais je suis fascinée par l’histoire de la Russie et des Romanov, en particulier Nicolas II et sa famille et la tragédie dont ils ont été victimes. J’avais déjà ce livre dans mes intentions de lecture depuis un moment, et ma question est : pourquoi ai-je attendu autant de temps pour découvrir ce roman ?


L’histoire nous est narrée par Gueorgui Yachmenev, jeune paysan russe qui, suite à un concours de circonstance, se retrouve amené à quitter sa campagne et sa famille pour servir la famille impériale à Saint-Pétersbourg, en tant que garde et jeune compagnon du tsarévitch, Alexei, et à accompagner la famille du tsar jusqu’à leur chute pendant la Première Guerre Mondiale. Au cours de sa mission, il va s’attacher à ce tsarévitch à la santé fragile, mais aussi vivre une passion interdite et secrète avec la plus jeune des filles du tsar, la grande duchesse Anastasia.


Aux côtés de Gueorgui, nous découvrons la paysannerie en Russie, puis la vie à la cour impériale, nous entrons dans l’intimité de la famille Romanov, un aspect que j’ai beaucoup aimé. J’ai aimé ce voyage dans le temps dans la Russie du début du XXe siècle, le contraste entre la vie du peuple et des paysans qui ne s’en sortent plus, et le faste de la cour, avec un souverain soucieux de son peuple mais dépassé par les événements, qui voit le pouvoir lui échapper peu à peu des mains alors que la colère du peuple prend des airs de révolution, assister à la mort de Raspoutine, la chute de la dynastie Romanov. J’ai aimé entrer dans l’intimité du tsar et de sa famille, voir l’amour qu’ils se portent et qui ne sera jamais ébranlé face aux épreuves.


C’est un récit qui se divise en plusieurs temporalités. D’un côté, nous avons un Gueorgui âgé, qui vit avec sa femme Zoïa, atteinte d’un cancer en phase terminale, leur vie en Angleterre, puis de l’autre nous retrouvons Gueorgui du temps où il travaillait au service de la famille Romanov. Il y a un aspect intéressant dans le sens où : à l’époque du jeune Gueorgui, le temps avance de façon linéaire, jusqu’à cette nuit tragique où les Romanov ont été assassinés. Mais à l’époque du Gueorgui âgé, nous remontons peu à peu en arrière et découvrons comment il en est venu à vivre en Angleterre, la tragédie qui a secoué sa famille, son travail à la bibliothèque nationale de Londres, puis le temps où lui et sa femme ont vécu en France, avant la Seconde Guerre Mondiale, son mariage avec Zoïa, jusqu’à ce retour à notre époque où Gueorgui et Zoïa passent leurs derniers moments ensemble.


La famille Romanov en 1913

J’ai autant aimé ces passages dans la Russie du début du siècle avec Gueorgui au service des Romanov, à faire connaissance de cette famille, le début de sa relation avec Anastasia, son attachement à la famille Romanov qu’il suivra jusqu’au bout, mais aussi Gueorgui et sa famille à notre époque. J’ai aimé voir comment Gueorgui et Zoïa, ce couple soudé, a affronté tant bien que mal bien des souffrances : la douleur de l’exil, tromperie, deuil, tentative de suicide, perte d’amis… C’est une vie bien rude, agrémentée de quelques rares joies, qui nous est contée dans un contexte historique riche puisqu’ils ont connu la Guerre froide, l’URSS, la chute de Lénine, la Seconde Guerre Mondiale, l’ostracisme des Russes, la montée de l'extrême-droite en Europe, etc. Au gré de toutes ces épreuves, le couple n’en demeure que plus soudé. On vit avec eux, on pleure avec eux, on craint pour eux.


Bien-sûr, l’identité de Zoïa n’est un mystère pour personne, surtout quand on considère que l’un des titres du roman est « Ne m’appelle plus Anastasia », cela ne m’a pas dérangé car, pour moi, le mystère ne résidait pas dans la véritable identité de Zoïa, mais bien quel chemin Gueorgui et Zoïa ont parcouru depuis leur départ de Russie et comment Gueorgui a accompagné les Romanov jusqu’au bout, et comment Anastasia a survécu. Le seul bémol est que je trouve que la romance entre eux a été un peu mal amenée, je m’attendais vraiment à voir le début de leur relation, les voir faire connaissance et les voir tomber amoureux mais nous n’en sommes pas spectateur. Pendant un chapitre, ils font indirectement connaissance, puis quelques chapitres plus tard, le narrateur nous apprend qu’ils se voient en secret. Dommage, j’aurais bien voulu assister au début de leur relation. J’ai aussi trouvé que la partie sur [spoiler] leur fuite hors de Russie ne soit pas survolée mais que l’auteur ait passé un peu plus de temps dessus [/spoiler]


La maison Ipatiev en 1928 (détruite en 1977)

Cela dit, c’est vraiment le seul bémol que je peux trouver à ce roman, car ce fut vraiment pour moi un véritable coup de cœur ! La maison Ipatiev fut une lecture riche et passionnante. J’ai aimé le schéma narratif avec cette double ligne temporelle où l’avancement et le recul se croisent. J'ai été émue par l’histoire de Gueorgui et Anastasia depuis leur rencontre jusqu’à la fin de leur vie, leur parcours de vie après le grand drame qui a touché les Romanov, et d’assister à cette grande fresque historique depuis le début du XXe siècle jusqu’à notre époque, avec les grands événements qui ont marqué l’Histoire de ce siècle.


Ma fille m’avait offert une boule à neige, la base n’en était pas plus grande que ma paume, un socle en plastique blanc surmonté d’un hémisphère de verre. Au centre se dressait une maquette maladroite du palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, sa façade bleu foncé alors qu’elle aurait dû être vert pâle, les statues du toit invisibles, la colonne d’Alexandre manquant sur la place ; malgré tous ses défauts, le bâtiment était reconnaissable au premier coup d’œil. Il aurait été reconnaissable pour quiconque avait vécu ou travaillé sous ses lambris dorés. Je le contemplai en retenant ma respiration, comme si je craignais que mon souffle ne le fasse s’écrouler, et j’étrécis les yeux pour examiner les petites fentes blanches qui représentaient les fenêtres des trois étages.

Et les souvenirs revinrent en foule.

Je voyais le tsarévitch, Alexeï, s’élancer à travers la cour, courir d’une colonnade à l’autre, pourchassé par un membre de la Leib-Garde, terrifié à l’idée que l’enfant pourrait tomber et se blesser.

Je me représentais son père dans son bureau du premier étage, en grande discussion avec ses généraux et son Premier ministre, sa barbe parsemée de poils gris, ses yeux injectés de sang qui trahissaient leur angoisse face aux nouvelles décourageantes du front.

Au-dessus d’eux, j’imaginais la tsarine agenouillée sur son prie-Dieu, le starets debout derrière elle, marmonnant tout bas d’obscures incantations tandis qu’elle restait prostrée devant lui, non comme une impératrice, mais comme la femme d’un simple moujik.

Puis, à la porte d’une des cours intérieures, un jeune homme, un paysan de Kachine, allumait une cigarette dans l’air froid, refusait la compagnie d’un autre garde car il voulait être seul avec ses pensées, afin de se demander comment étouffer l’amour immense qu’il éprouvait pour une femme tellement hors de sa portée, une liaison condamnée à l’échec.

Je secouai le globe et les flocons qui reposaient sur la base montèrent dans l’eau, flottèrent doucement vers le toit du palais avant de descendre lentement, et les personnages peuplant ma mémoire surgirent de leurs cachettes pour regarder le ciel, les mains tendues, se souriant les uns aux autres, à nouveau réunis en un moment qu’ils auraient voulu ne jamais voir finir.

dimanche 1 février 2026

Ce que les corbeaux nous laissent - Sophie Leullier.



Dans les contrées normandes du IXe siècle, Tarik et Adalrik grandissent aux côtés de leur maman Galwinthe. 

Lorsque qu'Adalrik est assassiné, Tarik se mure dans le silence. Hanté par le fantôme de son frère, il grandit à la recherche d'une vengeance qu'il espère salvatrice. Noyant son chagrin dans l'alcool et les arnaques, il est convaincu que retrouver les coupables l'aidera à faire son deuil. Bercée par les croyances celtes et vikings, Galwinthe se réfugie dans l'étude de parchemins pour trouver comment guider Adalrik dans le royaume des morts.

Ensemble, ils vont découvrir que le sort d'Adalrik était scellé depuis des années. Depuis un événement dramatique lié à Galwinthe...



Dans les contrées normandes du IXe siècle, Galwinthe est une sorcière et soigneuse en exil, jouissant d’une vie paisible avec ses deux garçons, Adalrik et Tarik… jusqu’à ce que son passé la rattrape et que sa famille n’en paye le prix. La petite famille se retrouve brisée à jamais lorsque le fils aîné meurt assassiné. Témoin de la scène, le jeune frère n’aura de cesse de ruminer ses rêves de vengeance tandis que la mère tente à tout prix de reproduire les rites pour permettre de revoir son fils une dernière fois avant de lui assurer le repos éternel, car son esprit rode toujours…


Ce que les corbeaux nous laissent est un récit fort et poignant, sous fond de décors viking et médiéval, qui raconte les différentes phases d’un deuil suite à une mort survenue brutalement et soudainement, de la lente et difficile période de reconstruction, mais aussi de vengeance et du prix que cela demande. Galwinthe se plonge dans le travail et se réfugie dans ses croyances, tout en se coupant du reste du monde, dans le but de retrouver le corps de son fils pour faire son deuil, et lui donner une sépulture pour lui permettre de reposer enfin en paix. Quand à Tarik, il est ombrageux et est rongé par la vengeance qui le consume à petit feu, sourd à sa mère et aux conseils bien avisés de son employeur, tandis qu’il se retrouve également hanté par le fantôme de son frère, et qu’il culpabilise de n’avoir su le sauver. Noyant son chagrin dans l’alcool et les arnaques, il est convaincu que retrouver les coupables l’aidera à faire son deuil.



À travers cette histoire, on fait également face à la condition des femmes, accusées en premier des maux qui s'abattent sur une communauté. On suit également une mère et son fils, survivants d’une tragédie brutale, et le chemin choisi face au deuil. C’est une histoire pleine d’émotion qui parle de deuil et de vengeance, mais qui est également douce-amère avec Aldarik qui s’adresse à son frère et tente de le déguiser, la lente reconstruction de Tarik et sa mère. J’ai aimé que le récit mélange les croyances celtes et vikings et nous fasse naviguer entre le monde des morts et celui des vivants. C’est une lecture poignante, parfois violente, mais qui se termine avec un peu d’espoir et de couleur. J’ai bien aimé les graphismes et les couleurs, certaines pages rappellent les enluminures des ouvrages médiévaux.


En résumé, une bande-dessinée poignante et brutale, qui mélange les croyances celtes et vikings, avec une atmosphère mythique et mystique, une histoire aux tons doux et amers qui ne laisse pas indifférent.


vendredi 23 janvier 2026

L'Antre des louves (T.3) Le Temple de Fortuna - Elodie Harper.



Le voyage d’Amara l’a conduite loin, d’une humble esclave dans un bordel de Pompéi à une courtisane de grande puissance à Rome. Elle est désormais une femme affranchie, riche et influente, mais elle est toujours attirée par son passé. 

Car tandis qu'Amara est prise dans les intrigues politiques du palais impérial, sa fille reste à Pompéi, élevée par le seul homme qu'elle ait jamais vraiment aimé. Même si elle aspire à sa famille, Amara sait qu'elle est plus en sécurité lorsqu'elle est loin. Peut-être qu’avec suffisamment d’astuce et de courage, elle parviendra à faire tourner la roue de Fortuna en leur faveur. 

Mais nous sommes en 79, et le Vésuve s'apprête à se faire connaître...



Après un second tome qui n’était pas loin du coup de cœur, il me tardait de reprendre les aventures d’Amara dans ce troisième et dernier tome.


Dans le tome deux, on quittait Amara qui, pour assurer un avenir meilleur à sa fille, a décidé d’accepter l’offre de Démétrius, un affranchi grec devenu un puissant homme de l’ombre, de le suivre dans sa vie à Rome et d’être sa bouche et ses oreilles auprès des nobles de Rome mais aussi de la famille impériale. Ce faisant, elle laisse derrière elle sa fille et Philos, l’homme qu’elle aime en secret, mais aussi ses amies de Pompéi. À Rome, Amara jouit d’un train de vie luxueux qui lui permet d’envoyer de l’argent à Philos pour le quotidien et la dot de leur fille, Rufina. Si elle apprécie ce statut social confortable, cet éloignement avec sa famille est pour elle un déchirement, mais elle est prête à sacrifier sa vie et son bonheur pour assurer un avenir à sa fille.


J’ai été un peu déconcertée par l’intrigue, nous passons finalement peu de temps à Rome. Seulement une infime partie de l’intrigue se situe dans la capitale impériale et est consacrée aux missions d’Amara qui doit tisser des amitiés avec des nobles et s’infiltrer dans des événements, afin de pouvoir ramener à Démétrius un rapport détaillé. Un prétexte oblige finalement assez rapidement Démétrius à envoyer Amara à Pompéi temporairement, pour sa protection, mais pas sans l’avoir demandé en mariage. Amara accepte, bien qu’elle ne cesse de penser à Philos. Remarquez, ce n’est pas pour me déplaire. Si la partie à Rome était intéressante (surtout pour voir la différence d’avec la vie à Pompéi, et aussi le chapitre consacré à des funérailles impériales, nous donnant un aperçu des rites funéraires de l’époque), j’ai été ravie de retourner à Pompéi.


À Pompéi, Amara retrouve ses amies, notamment Britannica qui est devenue gladiateur, mais aussi Philos et Rufina. Tandis qu’Amara retrouve les siens, les relations restent tendues entre elle, Philos et sa fille, et l’ombre de Félix, son ancien maître, plane toujours. Il sait tout de la véritable paternité de Rufina et n’hésite pas à utiliser le chantage pour lui soutirer de l’argent. Amara espère que son mariage la mettra définitivement à l’abri du besoin et qu’elle pourra vivre à Rome avec sa fille. Mais nous sommes en 79, et le Vésuve est sur le point de se réveiller. Les habitants de Pompéi ignorent qu’ils vivent à proximité non pas d’une montagne mais d’une machine à retardement.


Ce tome est indéniablement un ascenseur émotionnel, entre le futur d’Amara et des siens qui reste incertain, les menaces de Félix, mais aussi l’éruption du Vésuve qui reste ma partie préférée du roman. C’est un décor apocalyptique qui se met en place, entre le début de l’éruption, la panique des habitants avec ceux qui préfèrent rester et s’abriter chez eux, et ceux qui tentent de se réfugier dans les villes voisines ou fuir vers la mer. La cendre recouvre tout, la fumée est asphyxiante, des murs et des colonnes s’effondrent, des gens cherchent leur famille. C’est le chaos partout où Amara met les pieds. Philos, qui a su reconnaître la véritable nature de la montagne, persuade Amara de fuir avec leurs proches le plus loin possible de Pompéi. Mais la fuite n’est que le début. La route vers le salut est longue et semée d’embûche, c’est la fuite en ignorant la douleur dans ses pieds, la fumée qui se rapproche. Nous sommes tenus en haleine jusqu’au bout.


L’intrigue est rythmée, on ne prend pas le temps de se reposer avec les personnages. L’éruption est décrite avec puissance et précision, et offre des pages particulièrement saisissantes. La panique est palpable. Je dois avouer m’être demandée si Amara ou ses proches allaient survivre, et nous perdons en effet quelques personnages. Toutefois, j’ai été soulagée de savoir que [spoiler] Amara, Philos et leur fille ont survécu et ont pu se construire une nouvelle vie sous un autre nom [/spoiler]


Passée la partie consacrée à l’éruption, notre héroïne n’est pas tranquille pour autant. L’auteure nous offre une dernière partie qui fait monter la tension, notamment avec l’apparition d’un personnage que même le Vésuve n’aura pas réussi à achever, mais ce n’était que justice que [spoiler] Amara soit celle qui le tue, et qu’elle puisse enfin récupérer sa vie et son nom d’avant Pompéi, avant son esclavage [/spoiler]. Si je déplore une fin brutale, j’ai été ravie de voir qu’un personnage que j’aime a survécu et qui, à en croire l’auteure, aura droit à son propre roman, voire sa propre série… Une façon de retrouver l’univers de l’Antre des Louves et ses personnages. L’épilogue apporte donc satisfaction, en offrant aux personnages — et aux lecteurs — une forme de clôture émotive attendue.


Amara en aura parcouru du chemin depuis les premières pages de L’Antre des Louves, et ce fut avec plaisir et soulagement de voir qu’elle a enfin une fin heureuse tant mérité, après tant d’épreuves. Ce troisième tome nous offre donc un épilogue majestueux qui conclue en beauté une saga qui m’aura séduite du début à la fin, qui m’aura bouleversée, avec des personnages qui m’auront tantôt ému, tantôt révolté, avec des destins funestes, et des épreuves parfois cruelles. Malgré la dureté des faits évoqués, il se dégage de cette saga beaucoup d’émotions et de force.


Terrifiée, Amara se jette au sol tandis que Rufina hurle. La terre tremble sous son corps. Peu à peu, elle se redresse, à genoux, les oreilles bourdonnantes. D'où venait cette détonation ? Philos serre leur fille contre lui, blanc de peur. Puis la lumière décline comme si le soleil se couchait à toute vitesse. Amara lève les yeux. Une colonne noire s'élève au-dessus de la montagne, tel un javelot lancé par Vulcain, le dieu des flammes. Des doigts noirs s'étirent depuis son sommet, traversant le bleu du ciel, une main tendue vers la ville de Pompéi. Le monde perd ses couleurs lorsque le soleil s'efface. Il se met à pleuvoir - mais jamais Amara n'avait connu ce genre d'averse. Les gouttes sont brûlantes et laissent des traces sur sa peau. Elle les brosse de ses bras nus, d'abord sans comprendre. De la cendre. C'est de la cendre. Elle se rend compte, malgré ses acouphènes, qu'elle entend des hurlements.

- Le Vésuve ! crie Philos, sa voix portant par-delà le chaos. C'est un mont de feu !

Il agrippe Amara, en l'arrachant à sa transe.

- Il faut partir !

- Partir ? Mais où ? De quoi parles-tu ?

Rufina s'agrippe à son père, ses bras resserrés autour de son cou, son visage pressé contre son torse, si terrifiée qu'elle ne fait plus aucun bruit. Philos force Amara à se tourner vers le Vésuve. Malgré la pluie de cendre, elle voit l'ombre de la montagne, son cœur qui vient d'exploser, la colonne noire qui en émerge encore.

- Amara, le Vésuve brûle. C'est un mont de feu, comme l'Etna. Il faut partir le plus loin possible.