dimanche 22 février 2026

[Bilan] Cold Winter Challenge 2025.


Après un mois de janvier interminable, Février touche doucement à sa fin après une existence qui me semble avoir duré trois jours, et je viens tout juste de terminer ma dernière lecture du Cold Winter Challenge. L’occasion pour moi de dresser le bilan de cette édition 2025-2026.


Les Guerres de Lucas (T.2), de Renaud Roche et Laurent Hopman : Un second tome aussi captivant que le premier ! J’ai aimé en savoir plus sur l’histoire derrière la réalisation de L’Empire Contre-Attaque, dont la production et le tournage furent aussi chaotiques que pour La Guerre des Étoiles, et de continuer à découvrir l’histoire du couple Lucas en parallèle. Gros coup de cœur pour ce second tome réussi !


Renouveau, de Jen Calonita et The Walt Disney Company : Une revisite divertissante de La Reine des Neiges qui présente certes de nombreuses similitudes avec le film d’origine, mais dont j’ai apprécié les libertés. La relation entre les deux sœurs est très touchante, et j’ai trouvé bien mené l’histoire et les causes liées à leur séparation forcée. Une petite lecture sympathique.


Contes des royaumes oubliés (T.1) Le prince au bois dormant, de Isabelle Lesteplume : Une réécriture originale et réussie du conte de La Belle au Bois Dormant. L’auteure a su se réapproprier les bases du conte pour nous offrir une histoire complexe et magique, avec une romance M/M plutôt classique mais qui fonctionne. Malgré une écriture qui manque un peu de maturité, cela reste une jolie petite histoire comme l’auteure sait nous les conter !


La maison Ipatiev / La maison des intentions particulières, de John Boyne : Une lecture riche et passionnante. J’ai aimé le schéma narratif avec cette double ligne temporelle où l’avancement et le recul se croisent. J'ai été émue par l’histoire de Gueorgui et Anastasia depuis leur rencontre jusqu’à la fin de leur vie, leur parcours de vie après le grand drame qui a touché les Romanov, et d’assister à cette grande fresque historique depuis le début du XXe siècle jusqu’à notre époque, avec les grands événements qui ont marqué l’Histoire de ce siècle. Gros coup de cœur !


Ce que les corbeaux nous laissent, de Sophie Leullier : Une bande-dessinée poignante et brutale, qui mélange les croyances celtes et vikings, avec une atmosphère mythique et mystique, une histoire aux tons doux et amers qui ne laisse pas indifférent.




Snowdonia, de Jeremy Angelo : Une lecture sympathique à découvrir pendant la période des fêtes. Si la romance ne m’a pas convaincu par son manque de crédibilité, j’ai été charmée par ce voyage au pays de Galles et en apprendre davantage sur les coutumes du pays mais aussi ses traditions festives. Un vrai dépaysement !


Le Chant des Ronces, de Leigh Bardugo : Un recueil de contes enchanteurs, qui rappellent à la fois les contes de fées de notre enfance mais aussi les contes russes, avec une morale, de jolies illustrations, mais aussi l’auteur qui renverse certaines valeurs codifiées. Une jolie découverte !


Noël au Cat café, de Rachel Rowlands : Un roman qui m’a fait passer un agréable moment de lecture, ponctué de douceur et d’humour, mais aussi un peu d’amertume qui ne gâche en rien le côté cozy du roman. J’ai aimé qu’il aborde des sujets plus sérieux qui m’ont beaucoup touché et qui font que le roman ne se limite pas à son aspect ‘comédie romantique’. Ce n’était pas un coup de cœur mais ça reste une jolie petite lecture, parfaite pour la saison.


Christmas Therapy, de Caro M. Leene : Un roman rythmé et divertissant, la romance de Noël est classique mais l’idée d’une thérapie de Noël est un concept original et intéressant qui peut offrir une véritable réflexion autour de Noël. Cela dit, ça ne me laissera pas un souvenir impérissable et je n’ai pas trouvé le roman bien transcendant.




Qui meurt à Noël ?, de Angélina Delcroix : Un thriller domestique et psychologique vraiment haletant en somme, avec une intrigue bien menée, sans temps mort. Un véritable page turner qui ne laisse pas indifférent. Malheureusement, je déplore un dénouement tiré par les cheveux et une fin brutale qui m’a laissé frustrée et perplexe.


Quand j'ai froid, de Valentine Choquet : Une histoire émouvante sur une amitié intergénérationnelle touchante, très douce-amère alors qu’elle aborde des thèmes tantôt doux et chaleureux (l’amitié, le partage de souvenirs, l’ouverture au monde), tantôt triste et déchirant (la perte de mémoire, la solitude, la vieillesse). Coup de cœur absolu et inattendu pour cette BD qui m’aura fait sourire autant qu’elle m’aura fait pleurer.


L'Antre des louves (T.3) Le Temple de Fortuna, de Élodie Harper : Ce troisième tome nous offre donc un épilogue majestueux qui conclue en beauté une saga qui m’aura séduite du début à la fin, qui m’aura bouleversée, avec des personnages qui m’auront tantôt ému, tantôt révolté, avec des destins funestes, et des épreuves parfois cruelles. Malgré la dureté des faits évoqués, il se dégage de cette saga beaucoup d’émotions et de force.


La BD de l'Avent 2024, de Collectif : Une lecture très sympathique et divertissante qui fonctionne comme un calendrier de l’avent avec une histoire à dévorer par jour pour faire patienter jusque Noël et nous plonger dans l’ambiance des fêtes. Si les histoires sont d’intérêt inégales, et certaines auraient mérité d’être plus longues, ça reste vraiment une sympathique lecture pour les fêtes !


Les comptes à la loupe

Livres prévus : 12
Livres lus : 12


Le mot de la fin

Je ressors satisfaite de ma participation de cette année, surtout après une édition désastreuse l’an dernier. J’ai beaucoup aimé mes lectures pour la plupart, aucune déception, et de belles découvertes. Une édition réussie pour cette année ! Mais j’avais quand même hâte que cela se termine, pour enfin passer au challenge du printemps, tellement il me tarde d’entrer enfin dans cette belle saison.


Mon top 3
 ♥

La maison IpatievJ. BOYNE

Quand j’ai froidV. CHOQUET

Les Guerres de Lucas (T.2)R. ROCHE et L. HOPMAN

samedi 21 février 2026

Contes des royaumes oubliés (T.1) Le prince au bois dormant - Isabelle Lesteplume.


Il était une fois, dans un pays lointain, un jeune homme nommé Éric qui rêvait de quêtes impossibles, de bêtes à terrasser et de grand amour à trouver. Une fois chevalier, il résolut de partir à l'aventure, sur la foi d'un vieux conte, à peine une légende. Il serait question d'un prince maudit et d'un royaume prisonnier d'une muraille d'épines... 

Mais derrière cette muraille se cache une réalité bien plus sombre et bien plus cruelle. Qui sont ces fantômes qui errent la nuit ? Quel crime a réellement commis Maléfique ? Et ce prince que l'on dit si parfait, veut-il seulement être réveillé ? 

Pour mener à bien sa quête, Éric devra apprendre que le monde ne se limite pas aux beaux et aux laids de ses contes de fées. Peut-être que Nyl, le magicien cynique avec lequel il s'est vu forcé de conclure un marché, saura le lui enseigner... Et vous, quel prix accordez-vous à la beauté ?


Ce qui est bien avec les romans d’Isabelle Lesteplume, c’est que j’ai la certitude de passer un bon moment. J’aime beaucoup sa plume, son imagination et ses personnages hauts en couleur. Il était bien temps que je découvre Le prince au bois dormant.


Comme son titre l’indique, il s’agit d’une réécriture de La Belle au Bois Dormant, avec une romance M/M, et le tout premier tome de sa saga des Contes des royaumes oubliés. Cela se ressent dans son écriture qui m’a paru plus simple, un peu moins riche et travaillée, un peu moins « mature ». L’auteure en était à ses débuts, ce qui ne veut pas dire que l’écriture n’était pas plaisante pour autant. On entre dans son univers avec beaucoup de plaisir et de facilité, et la lecture est fluide et la lecture suffisamment addictive pour que les pages se tournent avec plaisir. Je trouve juste intéressant la comparaison entre ce premier tome et ses dernières parutions. Madame Lesteplume en a fait du chemin, pour notre plus grand plaisir.


J’ai beaucoup aimé sa réinterprétation de La Belle au Bois Dormant, nous montrant que l’histoire officielle n’est pas celle que l’on croit être et qu’elle est plus complexe qu’on ne le pense, que certains protagonistes ne sont pas ceux que l’on pense être, et qu’il y a plusieurs zones d’ombre que notre preux chevalier, Eric, découvrira peu à peu. On découvre, par exemple, à quel point la beauté peut être une malédiction, et que le sommeil éternel dans lequel sont plongés le prince et les habitats du royaume a une certaine particularité : ceux endormis le jour se dévoilent la nuit dans une forme fantômatique. J’ai aussi aimé l’atmosphère qui se dégage de cet univers. La forêt de ronce et d’épines n’est pas qu’une simple forêt, elle vit, elle est presque un personnage à part entière, qui se nourrit du sang des âmes courageuses qui ont tenté de délivrer le prince. Concernant celui-ci, je dois avouer que l’auteure aura réussi à me surprendre avec le plot-twist, je ne l’avais vraiment pas vu venir !


Concernant nos personnages, trois se démarquent véritablement (bon, quatre si on compte Maléfique, mais je n’en dirai pas plus sur elle, de peur de spoiler). Nous avons tout d’abord Eric, le preux chevalier, qui nous paraît un peu simplet et boy-scout, un vrai labrador humain, dont l’optimiste contraste avec le pessimisme de son infortuné compagnon de voyage, Nyl, le magicien, qui est plus cynique sur lui-même, Eric et le monde qui l’entoure. Bien malgré eux, ils deviennent compagnons de voyage et leur tempérament différent fait que ça clashe très souvent entre eux. Nyl nargue la naïveté et l’optimisme d’Eric, et le chevalier déplore le pessimisme et le cynisme de Nyl.


Pour autant, ils vont apprendre à se connaître et se surprendre sans cesse, si bien que leurs convictions en seront chamboulées. Toutefois, j’ai trouvé certaines de leurs disputes un peu exagérées [spoiler] surtout une qui tombait comme un cheveu sur la soupe et que l’auteure s’est forcée d’écrire parce qu’elle avait besoin à un moment que Nyl s’éloigne d’Eric et se mette en danger [/spoiler]. Malgré tout, c’est un duo plaisant à suivre et que l’on prend plaisir à voir évoluer et se rapprocher, et de voir le mépris et l’agacement laisser peu à peu place au respect et à de l’affection sincère. J’ai aussi aimé Zig, le troubadour, qui finit par se joindre à notre duo et apporter un certain peps. J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteure lui consacre une nouvelle en fin d’histoire.


En résumé, une réécriture originale et réussie du conte de La Belle au Bois Dormant. L’auteure a su se réapproprier les bases du conte pour nous offrir une histoire complexe et magique, avec une romance M/M plutôt classique mais qui fonctionne. Une jolie petite histoire comme l’auteure sait nous les conter !


— Je ne peux pas croire, souffla le chevalier, fasciné, qu’une chose si belle puisse être totalement mauvaise…

Pour une raison qu’il ne comprit pas, le magicien lui lâcha le poignet comme s’il s’était brûlé et s’écarta ostensiblement, le regard ombré de colère.

— Mais pourquoi tout le monde est-il si obsédé par la beauté ? cracha-t-il. Je ne fais jamais confiance à ce qui est beau. Tout ce qui présente bien, tout ce qui est lisse, parfait, a quelque chose à cacher, une épine, un poison, une âme stupide ou un cœur de glace. Je n’aime que le laid. On peut faire confiance au laid, il t’a déjà montré le pire de ce qu’il possédait.

— Moi, ce que j’aime, rétorqua Éric, piqué au vif, c’est trouver de la beauté dans toute chose. Ne vois-tu pas comme le monde recèle de trésors et d’émerveillements ? Ne sais-tu vraiment pas apprécier le mystère de ce qui est beau, tout simplement ?

dimanche 15 février 2026

La maison Ipatiev - John Boyne.


De Saint-Saint-Pétersbourg en 1917 à Londres de nos jours, la trajectoire tumultueuse de deux êtres unis par l'amour, les secrets, et la folie de l'Histoire.

Pour Gueorgui Yachmenev, petit paysan russe, tout débute comme un conte de fées : engagé afin de protéger le tsarévitch Alexeï Romanov, il se retrouve dans le fastueux palais impérial. Le rêve se poursuit lorsqu'il rencontre les quatre soeurs d'Alexeï, les princesses Romanov, parmi lesquelles la belle Anastasia. Mais la révolution va éclater, balayant tout sur son passage...

1981, Londres : Gueorgui veille Zoïa, sa femme, qui est mourante. Ensemble, grâce à un amour infaillible, ils ont supporté l'exil et le poids d'incroyables secrets.

Qu'est-il arrivé en Russie ? Pourquoi Zoïa vit-elle toujours dans la peur ? Quels fantômes du passé la poursuivent encore ?



Je ne me penche pas souvent sur le sujet, mais je suis fascinée par l’histoire de la Russie et des Romanov, en particulier Nicolas II et sa famille et la tragédie dont ils ont été victimes. J’avais déjà ce livre dans mes intentions de lecture depuis un moment, et ma question est : pourquoi ai-je attendu autant de temps pour découvrir ce roman ?


L’histoire nous est narrée par Gueorgui Yachmenev, jeune paysan russe qui, suite à un concours de circonstance, se retrouve amené à quitter sa campagne et sa famille pour servir la famille impériale à Saint-Pétersbourg, en tant que garde et jeune compagnon du tsarévitch, Alexei, et à accompagner la famille du tsar jusqu’à leur chute pendant la Première Guerre Mondiale. Au cours de sa mission, il va s’attacher à ce tsarévitch à la santé fragile, mais aussi vivre une passion interdite et secrète avec la plus jeune des filles du tsar, la grande duchesse Anastasia.


Aux côtés de Gueorgui, nous découvrons la paysannerie en Russie, puis la vie à la cour impériale, nous entrons dans l’intimité de la famille Romanov, un aspect que j’ai beaucoup aimé. J’ai aimé ce voyage dans le temps dans la Russie du début du XXe siècle, le contraste entre la vie du peuple et des paysans qui ne s’en sortent plus, et le faste de la cour, avec un souverain soucieux de son peuple mais dépassé par les événements, qui voit le pouvoir lui échapper peu à peu des mains alors que la colère du peuple prend des airs de révolution, assister à la mort de Raspoutine, la chute de la dynastie Romanov. J’ai aimé entrer dans l’intimité du tsar et de sa famille, voir l’amour qu’ils se portent et qui ne sera jamais ébranlé face aux épreuves.


C’est un récit qui se divise en plusieurs temporalités. D’un côté, nous avons un Gueorgui âgé, qui vit avec sa femme Zoïa, atteinte d’un cancer en phase terminale, leur vie en Angleterre, puis de l’autre nous retrouvons Gueorgui du temps où il travaillait au service de la famille Romanov. Il y a un aspect intéressant dans le sens où : à l’époque du jeune Gueorgui, le temps avance de façon linéaire, jusqu’à cette nuit tragique où les Romanov ont été assassinés. Mais à l’époque du Gueorgui âgé, nous remontons peu à peu en arrière et découvrons comment il en est venu à vivre en Angleterre, la tragédie qui a secoué sa famille, son travail à la bibliothèque nationale de Londres, puis le temps où lui et sa femme ont vécu en France, avant la Seconde Guerre Mondiale, son mariage avec Zoïa, jusqu’à ce retour à notre époque où Gueorgui et Zoïa passent leurs derniers moments ensemble.


La famille Romanov en 1913

J’ai autant aimé ces passages dans la Russie du début du siècle avec Gueorgui au service des Romanov, à faire connaissance de cette famille, le début de sa relation avec Anastasia, son attachement à la famille Romanov qu’il suivra jusqu’au bout, mais aussi Gueorgui et sa famille à notre époque. J’ai aimé voir comment Gueorgui et Zoïa, ce couple soudé, a affronté tant bien que mal bien des souffrances : la douleur de l’exil, tromperie, deuil, tentative de suicide, perte d’amis… C’est une vie bien rude, agrémentée de quelques rares joies, qui nous est contée dans un contexte historique riche puisqu’ils ont connu la Guerre froide, l’URSS, la chute de Lénine, la Seconde Guerre Mondiale, l’ostracisme des Russes, la montée de l'extrême-droite en Europe, etc. Au gré de toutes ces épreuves, le couple n’en demeure que plus soudé. On vit avec eux, on pleure avec eux, on craint pour eux.


Bien-sûr, l’identité de Zoïa n’est un mystère pour personne, surtout quand on considère que l’un des titres du roman est « Ne m’appelle plus Anastasia », cela ne m’a pas dérangé car, pour moi, le mystère ne résidait pas dans la véritable identité de Zoïa, mais bien quel chemin Gueorgui et Zoïa ont parcouru depuis leur départ de Russie et comment Gueorgui a accompagné les Romanov jusqu’au bout, et comment Anastasia a survécu. Le seul bémol est que je trouve que la romance entre eux a été un peu mal amenée, je m’attendais vraiment à voir le début de leur relation, les voir faire connaissance et les voir tomber amoureux mais nous n’en sommes pas spectateur. Pendant un chapitre, ils font indirectement connaissance, puis quelques chapitres plus tard, le narrateur nous apprend qu’ils se voient en secret. Dommage, j’aurais bien voulu assister au début de leur relation. J’ai aussi trouvé que la partie sur [spoiler] leur fuite hors de Russie ne soit pas survolée mais que l’auteur ait passé un peu plus de temps dessus [/spoiler]


La maison Ipatiev en 1928 (détruite en 1977)

Cela dit, c’est vraiment le seul bémol que je peux trouver à ce roman, car ce fut vraiment pour moi un véritable coup de cœur ! La maison Ipatiev fut une lecture riche et passionnante. J’ai aimé le schéma narratif avec cette double ligne temporelle où l’avancement et le recul se croisent. J'ai été émue par l’histoire de Gueorgui et Anastasia depuis leur rencontre jusqu’à la fin de leur vie, leur parcours de vie après le grand drame qui a touché les Romanov, et d’assister à cette grande fresque historique depuis le début du XXe siècle jusqu’à notre époque, avec les grands événements qui ont marqué l’Histoire de ce siècle.


Ma fille m’avait offert une boule à neige, la base n’en était pas plus grande que ma paume, un socle en plastique blanc surmonté d’un hémisphère de verre. Au centre se dressait une maquette maladroite du palais d’Hiver de Saint-Pétersbourg, sa façade bleu foncé alors qu’elle aurait dû être vert pâle, les statues du toit invisibles, la colonne d’Alexandre manquant sur la place ; malgré tous ses défauts, le bâtiment était reconnaissable au premier coup d’œil. Il aurait été reconnaissable pour quiconque avait vécu ou travaillé sous ses lambris dorés. Je le contemplai en retenant ma respiration, comme si je craignais que mon souffle ne le fasse s’écrouler, et j’étrécis les yeux pour examiner les petites fentes blanches qui représentaient les fenêtres des trois étages.

Et les souvenirs revinrent en foule.

Je voyais le tsarévitch, Alexeï, s’élancer à travers la cour, courir d’une colonnade à l’autre, pourchassé par un membre de la Leib-Garde, terrifié à l’idée que l’enfant pourrait tomber et se blesser.

Je me représentais son père dans son bureau du premier étage, en grande discussion avec ses généraux et son Premier ministre, sa barbe parsemée de poils gris, ses yeux injectés de sang qui trahissaient leur angoisse face aux nouvelles décourageantes du front.

Au-dessus d’eux, j’imaginais la tsarine agenouillée sur son prie-Dieu, le starets debout derrière elle, marmonnant tout bas d’obscures incantations tandis qu’elle restait prostrée devant lui, non comme une impératrice, mais comme la femme d’un simple moujik.

Puis, à la porte d’une des cours intérieures, un jeune homme, un paysan de Kachine, allumait une cigarette dans l’air froid, refusait la compagnie d’un autre garde car il voulait être seul avec ses pensées, afin de se demander comment étouffer l’amour immense qu’il éprouvait pour une femme tellement hors de sa portée, une liaison condamnée à l’échec.

Je secouai le globe et les flocons qui reposaient sur la base montèrent dans l’eau, flottèrent doucement vers le toit du palais avant de descendre lentement, et les personnages peuplant ma mémoire surgirent de leurs cachettes pour regarder le ciel, les mains tendues, se souriant les uns aux autres, à nouveau réunis en un moment qu’ils auraient voulu ne jamais voir finir.

dimanche 1 février 2026

Ce que les corbeaux nous laissent - Sophie Leullier.



Dans les contrées normandes du IXe siècle, Tarik et Adalrik grandissent aux côtés de leur maman Galwinthe. 

Lorsque qu'Adalrik est assassiné, Tarik se mure dans le silence. Hanté par le fantôme de son frère, il grandit à la recherche d'une vengeance qu'il espère salvatrice. Noyant son chagrin dans l'alcool et les arnaques, il est convaincu que retrouver les coupables l'aidera à faire son deuil. Bercée par les croyances celtes et vikings, Galwinthe se réfugie dans l'étude de parchemins pour trouver comment guider Adalrik dans le royaume des morts.

Ensemble, ils vont découvrir que le sort d'Adalrik était scellé depuis des années. Depuis un événement dramatique lié à Galwinthe...



Dans les contrées normandes du IXe siècle, Galwinthe est une sorcière et soigneuse en exil, jouissant d’une vie paisible avec ses deux garçons, Adalrik et Tarik… jusqu’à ce que son passé la rattrape et que sa famille n’en paye le prix. La petite famille se retrouve brisée à jamais lorsque le fils aîné meurt assassiné. Témoin de la scène, le jeune frère n’aura de cesse de ruminer ses rêves de vengeance tandis que la mère tente à tout prix de reproduire les rites pour permettre de revoir son fils une dernière fois avant de lui assurer le repos éternel, car son esprit rode toujours…


Ce que les corbeaux nous laissent est un récit fort et poignant, sous fond de décors viking et médiéval, qui raconte les différentes phases d’un deuil suite à une mort survenue brutalement et soudainement, de la lente et difficile période de reconstruction, mais aussi de vengeance et du prix que cela demande. Galwinthe se plonge dans le travail et se réfugie dans ses croyances, tout en se coupant du reste du monde, dans le but de retrouver le corps de son fils pour faire son deuil, et lui donner une sépulture pour lui permettre de reposer enfin en paix. Quand à Tarik, il est ombrageux et est rongé par la vengeance qui le consume à petit feu, sourd à sa mère et aux conseils bien avisés de son employeur, tandis qu’il se retrouve également hanté par le fantôme de son frère, et qu’il culpabilise de n’avoir su le sauver. Noyant son chagrin dans l’alcool et les arnaques, il est convaincu que retrouver les coupables l’aidera à faire son deuil.



À travers cette histoire, on fait également face à la condition des femmes, accusées en premier des maux qui s'abattent sur une communauté. On suit également une mère et son fils, survivants d’une tragédie brutale, et le chemin choisi face au deuil. C’est une histoire pleine d’émotion qui parle de deuil et de vengeance, mais qui est également douce-amère avec Aldarik qui s’adresse à son frère et tente de le déguiser, la lente reconstruction de Tarik et sa mère. J’ai aimé que le récit mélange les croyances celtes et vikings et nous fasse naviguer entre le monde des morts et celui des vivants. C’est une lecture poignante, parfois violente, mais qui se termine avec un peu d’espoir et de couleur. J’ai bien aimé les graphismes et les couleurs, certaines pages rappellent les enluminures des ouvrages médiévaux.


En résumé, une bande-dessinée poignante et brutale, qui mélange les croyances celtes et vikings, avec une atmosphère mythique et mystique, une histoire aux tons doux et amers qui ne laisse pas indifférent.