mardi 26 octobre 2021

Hugo de la nuit - Bertrand Santini.

« L'oncle d'Hugo allait presser l'interrupteur de la lampe de chevet lorsque l'enfant le retint par la main. 

- Attends... J'avais encore une question à te poser... 
- Quoi donc ? sourit son oncle. 
- Je me demandais... Tu penses qu'un mort, ça peut se déterrer tout seul ? 

Son oncle écarquilla les yeux pour souligner l'absurdité de la question. 

- « L'enfer est vide. Tous les démons sont parmi nous », dit-il dans un souffle. 
- Qu'est-ce que ça veut dire ? 
- C'est du Shakespeare et cela signifie que les vivants sont plus à craindre que les morts. Hugo fronça les sourcils d'un air dubitatif. 
- Et sur ce constat d'épouvante, conclut Oscar dans un large sourire, je te souhaite de beaux rêves ! 

D'un clic, il éteignit la lampe de chevet. Hugo entendit ses pas s'éloigner dans le noir. La porte se referma sans bruit. Maintenant, la nuit pouvait commencer... »


Un roman déroutant, voilà ce que je retiens d’Hugo de la Nuit.


J’ai débuté ce roman sans avoir d’idée précise sur l’histoire, je me suis laissée tenter par la couverture que je trouve très jolie. Au fil de ma lecture, j’ai trouvé des airs aux Noces Funèbres de Tim Burton et à L’étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman, ce qui n’était pas pour me déplaire. L’intrigue envoie du lourd ! Un jeune garçon de 12 ans trouve la mort, en tentant d’échapper à l’assassin de sa famille, en pleine nuit, et se réveille, entouré des fantômes du cimetière local. L’auteur a démarré fort et n’a pas peur d’aborder à un public jeune le thème de la mort et de l’au-delà ainsi qu’un univers réaliste où le profit domine et peut amener à faire des choses terribles, alors que les parents de notre héro tentent de protéger la faune et la flore de leur domaine lorsqu’un puits de pétrole est découvert.


L’intrigue part parfois dans les tons sombres et macabres, ce qui n’est pas sans rappeler Tim Burton. C’est un vrai petit conte macabre et fantastique dans lequel notre jeune héro évolue en compagnie d’un groupe de fantômes, avec humour et loufoquerie. Nos fantômes sont déjantés et hauts en couleurs, chacun racontant à Hugo l’histoire de leur vie et, plus exactement, comment ils ont quitté leur vie. Toutefois, je déplore un manque de profondeur et de maturité auprès de ces fantômes… trop de loufoqueries tue la loufoquerie. Je dois également avoué avoir été… perturbée par certaines scènes, dont une assez malaisante [spoiler] la scène où Nicéphore, fantôme d’un homme décédé à 30 ans, téter le sein de sa mère morte en couche à 17 ans… je n’ai d’ailleurs pas du tout aimé cette relation. Adélaïde reproche sans cesse à son fils d’être morte en lui donnant naissance, qu’être mère est terrible, pour ensuite devenir un peu plus maternelle et forcer son fils à téter son sein. Cette scène m’a répugné et n’a servi à rien [/spoiler]. Certains fantômes manquaient même cruellement d’empathie envers Hugo, lui reprochant d’exagérer son choc pourtant légitime à se découvrir mort. Vouloir dédramatiser la mort, pourquoi pas, mais à force ça en devient lassant...


Le roman ne manque pas de rebondissements, et contient même des moments de pur suspens (je pense notamment à la scène de course poursuite nocturne), de drôlerie et de poésie, et j'ai bien aimé nos fantômes… malheureusement, cela s’est noyé progressivement dans l’absurde. Au fil de l’histoire, j’ai moins accroché à l’humour et à la loufoquerie de nos fantômes. Je pense notamment à la seconde partie du roman où tout part dans tous les sens, cela se rattrape avec le dénouement du mystère de l’homme masqué qui s’en est prit à la famille d’Hugo (bien que ce soit devenu prévisible), avec une fin intéressante concernant l’assassin.


Malgré tous ces points négatifs, ne vous y trompez pas : il y a du bon dans ce roman mais qui, selon moi, n'a pas été exploité jusqu'au bout. Le fait de suivre Hugo dans sa mort, après une scène de course-poursuite inquiétante, c'était original, audacieux, prometteur… mais je suis restée sur ma faim, avec cette impression que ça a été survolé. De la même manière, si j'ai trouvé le « dénouement » pour le moins sympathique et le twist final bien mené (on ne sait vraiment plus ce qui est réel et ce qui ne l'est pas), c'est arrivé assez rapidement.



Après, ce roman n’est pas une déception pour autant, disons qu'il y avait des scènes auxquelles j'ai moins adhéré et que je suis restée sur ma faim, avec cette sensation de survolement. Il y a de bonnes idées, et un univers entre le macabre et le loufoque, un peu à la Tim Burton qui m’a plu. Je ne suis juste pas le bon public pour ce roman acclamé par d’autres lecteurs, jeunes comme adultes.

vendredi 8 octobre 2021

Les brumes affamées - Dawn Kurtagich.

De nos jours. Zoey, obsédée depuis toujours par les ruines de Mill House qui semblent avoir un lien avec l’amnésie de son père, fugue avec son meilleur ami pour y mener l’enquête. Sur place, des événements étranges les font douter. Sont-ils seuls ? En danger ? D’autant plus que personne ne sait qu’ils sont ici…

1851. Roan emménage à Mill House pour y vivre avec son nouveau tuteur après le décès de son père. Elle y fait la rencontre d’autres orphelins. Mais quand elle comprend qu’elle est liée à un ancien secret, elle décide de s’échapper avant qu’il ne soit trop tard… Avant que les brumes de ne se referment complètement autour du manoir.

1583. Hermione, jeune mariée, accompagne son époux dans les terres sauvages du nord du Pays de Galles où il a prévu de construire une maison et un moulin à eau. Mais bientôt, des rumeurs concernant des rituels démoniaques se propagent…

3 femmes, 3 époques différentes, toutes liées par un Pacte Impie. Un pacte signé par un homme qui, plus de mille ans plus tard, est peut-être encore là


Une atmosphère brumeuse, une maison mystérieuse, un inquiétant bouc aux yeux rouges, de la magie noire, un pacte avec le diable. Un roman avec une ambiance parfaite pour Halloween.


Après la mort de son père en 1851, Roan Eddington est envoyée vivre à Mill House, une maison isolée au fin fonds de la montagne, chez son nouveau tuteur, le docteur Maudley, qu’elle n’a jamais rencontré. Elle y rencontre Emma et son jeune frère handicapé Seamus qui se trouvent dans la même situation qu’elle. Roan s’interroge sur ce tuteur dont elle n’avait jamais entendu parler, ainsi que cette maison et ces montagnes qui paraissent bien mystérieuses et inquiétantes, alors que des phénomènes étranges apparaissent et qu’un énorme bouc noir semble la suivre. De nos jours, Zoey cherche à comprendre ce qui est véritablement arrivé à son père et fugue en compagnie de Poulton, son meilleur ami, dans le but de retrouver Mill House, dans laquelle son père a enquêté jusqu’à en perdre la raison. Elle y découvre des écrits de Roan Eddington et ressent une présence… pas de doute, ils sont observés.


Ce qui m’a attiré avant tout, c’est la couverture.

Elle est particulièrement réussi, avec un magnifique dessin, qui laisse présager une atmosphère brumeuse et une ambiance délicieusement gothique.


En lisant le résumé, j’avais craint qu’une narration divisée en trois point de vue (et époques) différents m’aurait emmêlé les pinceaux ou que j’aurais ressenti des longueurs en préférant une protagoniste à l’autre. Toutefois, bien que nous suivons trois jeunes femmes d’époques différentes, le focus reste assez inégal. Celle dont l’histoire se focalise essentiellement est Roan, celle avec qui nous allons essentiellement avancer dans l’histoire et découvrir ce qu’il s’y trame. Nous avons quelques retours à notre époque avec Zoey, qui m’ont un peu moins intéressés, surtout au début et de par la présence d’un vocabulaire plus moderne et parfois familier, ainsi que le tempérament rebelle, obstiné et parfois effronté de Zoey, et que les chapitres sur Zoey cassent l’aspect gothique/horreur du récit. Mais cela s’améliore au fur et à mesure que nous avançons dans l’histoire, que des phénomènes inquiétants apparaissent et que des secrets sont découverts, ainsi qu’une relation F/F touchante, et c’est avec Zoey que nous terminons l’histoire.


Il y a également Hermione, qui n’apparaît malheureusement que brièvement et sous la forme de son journal intime dont nous découvrons quelques paragraphes au goutte à goutte. Elle reste assez effacée par rapport aux deux autres personnages, ce qui est dommage, car c’est avec elle que l’histoire a commencé, elle est la première occupante de Mill House et de par ce qu’elle a vécu, il y aurait eu tant de choses à dire et que son rôle a une importance capitale. Je comprends que l’auteure ne voulait pas risquer de dévoiler en racontant l’histoire d’Hermione, mais j’ai eu un goût de trop peu, un vécu à peine effleuré. Toutefois, je ne suis pas fâchée que Roan ait été la protagoniste principale car elle est celle à m’avoir le plus intéressé. C’est un personnage mystérieux qui va se dévoiler petit à petit (son passé, sa nature) et découvrir ses forces et ses faiblesses. J’ai beaucoup apprécié découvrir son histoire, sa progression dans l’intrigue ainsi que son humanité.


Les personnages secondaires ne sont pas en reste. J’avais assez bien aimé Emma et son franc parlé, ainsi que Rapley et son lien avec la montagne. La plupart des personnages, s’ils m’ont moins intéressé par rapport à nos protagonistes, n’en restent pas moins intéressants et ont tous une utilité, voire des révélations ou un passé intrigants. Un autre personnage à ne pas négliger : la montagne. Omniprésente dans l’histoire, elle est décrite comme vivante, menaçante, inquiétante. Elle bouge, elle respire, elle s’agite. Un monstre qui menace d’engloutir quiconque s’aventure dans son ventre. Elle attire et dévore et cache plus d’un secret. Aussi inquiétante que le Prince de ce monde qui s’est offert une place de choix dans cette histoire.


J’avoue qu’au départ, je ne savais pas où l’auteure voulait nous mener. J’ai tourné les premières pages sans grand intérêt, sans forcément comprendre ce qu’il se tramait, il faut attendre un moment avant que les choses sérieuses ne commencent, qu’une ambiance inquiétante s’installe et que l’action apparaisse. Il y a eu quelques longueurs mais honnêtement, je ne m’en suis pas trop plainte et ça ne m’a pas ralenti ma lecture. L’intrigue est bien menée, l’auteure titille notre curiosité et nous pousse à aller plus loin dans notre lecture en révélant quelques petits secrets, en dévoilant un élément de l’intrigue, en présentant des flash-back, en nous faisant découvrir un peu plus sur la personnalité, le passé et les capacités de ses héroïnes. Je me suis longtemps interrogée sur le choix du titre. Outre l’omniprésence des brumes, ça se ressent dans l’intrigue. Tout est fait pour embrouiller les personnages et les lecteurs. On ne sait parfois plus où l’on va, ce qui est réel ou non, ce qu’il s’est passé à un moment donné… On ne comprend pas tout de suite que Roan et Zoey sont des Pratiquantes de la magie, si Roan rêve ou si c’est la réalité, si elle a fait de la magie… On s’égare parfois dans le récit, mais je ne peux pas le présenter comme un défaut car l’auteur l’a sciemment fait pour nous embrouiller.


Toutefois, on ne reste pas éternellement dans le brouillard. Nous avons des scènes inquiétantes, des moments d’action, des rebondissements, des retournements de situation, des révélations et secrets dévoilés. Même si j’ai parfois été prise de court, je ne peux pas le nier : l’histoire est intrigante et passionnante, elle donne envie de tourner les pages, dévorer chaque chapitre pour découvrir le fin mot de l’histoire. C’est une sorte de huis clos à l’ambiance sombre, pesante et inquiétante où le diable est au cœur de l’intrigue, et dans lequel la plupart des personnages (du passé comme du présent) sombre peu à peu dans une douce folie et dans la peur liée au manoir et aux événements qui s’y sont déroulés.


J’ai beaucoup aimé l’idée que la magie , dans l’intrigue, ou du moins sa pratique, a un prix, soit par le sang ou la perte de quelque chose, et on finit par comprendre pourquoi au fil de l’intrigue, et qu’elle a un côté obscur, malfaisant qui ne demande qu’à être libéré. Toutefois, le point que j’ai le plus apprécié dans le roman est la revisite du mythe de Faust. Pour les personnes qui ne connaissent pas, Faust était un moine érudit dont la soif de connaissance l’a amené à faire un pacte avec le diable à qui il a promis son âme en échange du savoir et de pouvoir. Ici, l’auteure s’est inspirée de L’histoire tragique du Docteur Faust de Marlowe, l’a repris et l’a développé, créant un univers à part avec [spoiler] les Frayeurs, ces descendants de Faust, et les apprentis de ces moines du passé, anciens frères de cloître de Faust, qui ont juré de détruire son âme damnée, et de faire de Faust une sorte d’immortel prêt à tout pour reprendre son âme et gagner quelques siècles de plus [/spoiler]


J’ignore si l’auteure compte écrire un second tome ou si elle a prévu de terminer son roman de cette façon, car j’ai eu un sentiment d’inachevé, que tout n’était pas encore dit et terminé, avec l’histoire qui se termine sur une révélation [spoiler] car au final, Faust n’a pas été vaincu par Roan, il a échappé à la mort, Mill House est encore sous l’emprise d’une présence démoniaque, la malédiction est toujours active, et Zoey va rencontrer Roan. D’ailleurs, qu’est devenue Roan après tout ça ? Elle a passé un pacte avec Satan mais Faust est toujours en vie, etc [/spoiler] bref, que de questions sans réponses, ce qui est assez frustrant !


Toutefois, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman. C’est pesant, c’est glauque, c’est intriguant. Si l’on aime la sorcellerie, les pactes démoniaques, les cornes de bouc, l’occultisme, les rituels et secrets de famille, c’est le roman parfait ! Malgré cette fin frustrante, l’utilisation de polices différentes et l’enchaînement des événements qui m’ont souvent déstabilisé, c’est une histoire avec un rythme très entraînant, une intrigue sombre et fascinante, une reprise intéressante du mythe faustien sous fond de sorcellerie et de religion.


L'animal ressemble à un ovidé - un bélier des montagnes. Mais c'est impossible. Il ressemble presque à un mouton de Soay, mais il est plus gros. Vraiment beaucoup, beaucoup plus gros. Aussi gros qu'une vache. Ou qu'un cheval. Il se tient là, bien trop imposant, avec un calme qui n'a rien de naturel. Il la surveille.

lundi 4 octobre 2021

Le garçon sorcière - Molly Knox Ostertag.


Dans la culture du jeune Aster, treize ans, toutes les filles sont élevées pour devenir des sorcières et les garçons, des métamorphes. Toute personne qui ose contrevenir à cette tradition est exclue. Malheureusement pour Aster, il demeure incapable de se métamorphoser… et il est toujours aussi fasciné par la sorcellerie, bien qu'elle lui soit formellement interdite.

Lorsqu'un danger mystérieux menace les autres garçons, Aster sait qu'il peut aider… avec la sorcellerie. Avec les encouragements d'une nouvelle amie excentrique, Charlie, Aster se laisse enfin convaincre d'exercer ses talents de sorcière. Mais il aura besoin d'encore plus de courage pour sauver sa famille… et en réalité, se sauver lui-même.


Aster est un jeune adolescent qui vit dans une communauté magique où tout le monde est né avec des capacités surnaturelles et où toutes les filles sont élevées pour devenir des sorcières et les garçons des métamorphes. C’est la règle, personne ne peut y déroger. Le comble pour Aster qui ne sait pas et ne veut pas être forcé à apprendre à se métamorphoser et se sent bien plus attiré par la magie. C’est ainsi qu’il prend l’habitude d’espionner les cours des filles pour apprendre, comme elles, à faire des potions et des sortilèges, au grand dam de sa famille et de la communauté. Malgré tout, Aster persévère, avec la complicité de sa grand-mère. Alors que la nuit tant redoutée de l’initiation des garçons pour trouver son animal métamorphe est arrivée, un drame vient perturber la cérémonie : un mystérieux démon se met à kidnapper les jeunes garçons…


Une communauté où les garçons sont les plus forts et apprennent à se battre et les filles apprennent l’art de la magie et des potions. On voit tout de suite le cliché. Seulement voilà, c’est le but de ce livre et l’auteure, à travers son personnage principal, s’en donne à cœur joie de remettre en question et déconstruire tout cela. Aster est un jeune garçon qui refuse de s’enfermer dans une case, d’accepter ce qu’on lui a désigné automatiquement, sans regard pour ce qu’il ressent et ce qu’il préfère et, surtout, ce pour quoi il est le plus doué. Seulement, une fille voulant devenir métamorphe ou un garçon voulant devenir sorcière, c’est l’impensable tabou. C’est l’interdit. Le malheur est arrivé la dernière fois qu’une telle chose s’est produite !


Le sujet est prétexte à tout un questionnement intéressant de la part d’Aster : quelle est ma place dans la communauté ? Pourquoi je ne peux pas pratiquer un art dans lequel je suis à l’aise et doué ? Comment s’affirmer si on ne peut être soi-même ? Comment grandir si on doit nier ce qu'on est réellement ? Comment trouver sa place sans jouer un rôle imposé ? De plus, dans ce genre d’histoire, on s’attend à ce que ce soit un personnage féminin qui s’insurge contre les règles, veut montrer que les choses peuvent être différentes, qui défie les règles et s’épanouit dans un domaine que l’on dit appartenir à l’autre sexe. Attention, je ne rechigne pas contre ces récits, mais ils deviennent de plus en plus fréquents de sorte que c’est agréable de voir, pour une fois, un garçon qui s’épanouit dans un domaine que l’on dit féminin, qui ne le dédaigne pas du style “c’est pour les filles, beurk”, sans que cela signifie qu’il n’est pas un “vrai garçon”, et n’est pas moqué pour cela par ses camarades.




L’intrigue est intéressante. Outre l’intrigue personnelle autour d’Aster, nous avons un mystère autour de disparitions de jeunes garçons et d’attaque d’un démon, et Aster cherche à découvrir le comment et pourquoi de cette affaire alors que, garçon destiné à être métamorphe, il est susceptible d’être l’une des victimes de ces enlèvements. L’intrigue est plaisante et intéressante, bien que je n’ai pas été très surprise par quelques retournements de situation et que la résolution était un peu trop facile et rapide, j’ai tout de même pris plaisir à la suivre et en savoir un peu plus sur l’antagoniste, son passé et ses motivations.


Les personnages principaux sont attachants et les personnages secondaires variés et intéressants pour la plupart. Les illustrations sont simples mais avec un trait tout en rondeur, des couleurs vives et éclatantes qui donnent du peps, d’autant plus que la nature est quasi-omniprésente dans le dessin et l’histoire (animaux totems, les personnages communiquant avec les arbres, les plantes ou les animaux, la maison du héro se situant dans les bois, etc).


Une jolie histoire que cette bande-dessinée. C’est plein de diversité (famille homoparentale, personnages de couleur, etc), de déconstruction des clichés de genre. Une ode à la différence et à la tolérance, d’acceptation de soi et de l’autre. Ce n’est pas un coup de cœur, mais j’ai beaucoup aimé et je continue à penser encore à cette histoire ! J’espère pouvoir lire la suite un jour...




samedi 2 octobre 2021

Terreur à Smoke Hollow - Katherine Arden.


Depuis le décès de sa mère, Ollie, onze ans, trouve refuge dans la littérature. Jusqu’au jour où elle croise, près d’une rivière, une femme déterminée à se débarrasser d’un livre qu’elle prétend maudit. Le sang d’Ollie ne fait qu’un tour : pas question de la laisser commettre une telle barbarie ! Elle vole l’ouvrage et le dévore en une nuit. Il raconte l’histoire d’Elizabeth Morrison et de ses deux fils, Caleb et Jonathan, disparus après avoir passé un pacte avec un sinistre spectre souriant. Le lendemain, la jeune fille a la désagréable surprise de découvrir que la ferme que visite sa classe est celle où est enterrée Elizabeth…


Je m’étais gardée cette lecture pour le mois d’octobre, pour son ambiance automnale et sa couverture qui me rappelle Halloween, mais je ne m’étais pas attendue à le dévorer pratiquement d’une traite ! J’avais lu L’Ours et le Rossignol, de la même auteure, pour le Cold Winter Challenge 2020, que j’avais assez bien aimé, sans plus, aussi je ne m’étais pas attendue à grand-chose avec ce titre. Pourtant, quelle jolie surprise que ce fut !


Nous suivons Olivia Adler, dite Ollie, jeune fille de onze ans vivant à Smoke Hollow, qui s’est refermée sur elle-même et réfugiée dans les livres depuis la mort de sa mère. Un jour qu’elle rentre du collège, elle tombe sur une femme sur le point de jeter un livre à l’eau. Amoureuse des livres, elle ne peut se résoudre à laisser la femme commettre ce crime impardonnable à ses yeux et lui substitue le livre, indifférente à ses supplications et ses avertissements, et s’enfuie chez elle avec son précieux butin. En lisant l’ouvrage, elle y découvre les mémoires de Beth, soit Elizabeth, une jeune femme ayant vécu à Smoke Hollow il y a des années, dans lesquelles elle s’adresse à sa fille pour lui conter la tragédie de leur famille : alors que Jonathan, son époux, s’était disputé avec Caleb, son propre frère, ce dernier disparaît. Refusant de croire à la mort de son fils cadet, Catherine somme à son aîné de le retrouver. Malgré de nombreuses recherches, Caleb est introuvable mais voilà que Jonathan, désespéré, fait la rencontre d’un étrange spectre au sourire sinistre qui lui propose un marché contre le retour de son frère. Le lendemain, Ollie et sa classe se rendent dans une ferme, où elle découvre avec stupeur que sa propriétaire n’est autre que la femme à qui elle a volé le livre, et que Beth et sa famille sont enterrés dans cette même ferme qui leur a appartenu des années plus tôt…


C’est une lecture parfaite pour le challenge et pour la saison. C’est spooky à souhait. L’automne comme si on y était. L’omniprésence des épouvantails dans les champs qui vous observent avec leurs yeux inexpressifs et leur sourire figé, la brume qui dépeint le paysage, la pluie qui tombe, se réchauffer avec un plaid, de grosses chaussettes, devant une cheminée, savourer une bonne tartine de confiture… le tout dans une ambiance étrange et sombre, palpitant et assez inquiétant pour susciter des sensations mais pas trop pour ne pas traumatiser le jeune lecteur. Des champs de maïs à perte de vue, une omniprésence d’épouvantails aussi affreux que flippants, des nuits glaciales et agitées, des forêts sombres et envoûtantes. Une ambiance envoûtante et sombre pour un décor automnal et même halloweenesque, mais qui présente aussi un peu de couleur, de cocooning et de fantaisie, de légèreté et d’humour.


Si les histoires de spectres, de secrets de famille et de pactes faustiens n’ont rien d’original, j’ai beaucoup aimé l’intrigue autour de cet étrange être au sourire inquiétant, le pacte qui le lit à une famille devenue maudite, ce qui est véritablement arrivé à la famille de Beth ainsi que le rôle d’Ollie dans cette histoire et sa rencontre avec notre antagoniste. C’était bien amené, même si j’ai trouvé exagéré qu’Ollie n’en fasse qu’à sa tête et vole un livre tout simplement parce qu’elle refuse qu’il soit jeté. Toutefois, on découvre l’histoire en même temps qu’elle et on veut, tout comme elle, découvrir le dénouement à tout prix. Mais surtout, j'ai aimé l'ambiance que l'auteure construit progressivement. J'ai eu l'impression de voir les décors dans lesquels se déroulent l'action. Je me suis imaginée sans peine la ferme, ses vastes champs et ses épouvantails et je dois avouer que l'utilisation de ces derniers était plutôt ingénieuse, bien que j’ai deviné le plot twist autour d’eux.


L’intrigue est plutôt réussi, elle nous tient en haleine jusqu’au bout et l’histoire se lit avec beaucoup d’intérêt et de fluidité. Je déplore toutefois le dénouement final qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, plié en quelques pages, manquant également une certaine profondeur. Je déplore également la défaite du grand méchant que j’ai trouvé plutôt facile et expédiée. Ce qui me console, c’est la promesse de son retour dans un des prochains tomes car, malgré tout, c’est un antagoniste bien prometteur que je souhaite retrouver par la suite.


Outre l’intrigue, nous avons les personnages. J’ai déjà parlé du méchants, passons aux héros. J’ai eu un peu de mal avec le comportement d’Ollie par moment, la trouvant parfois dure et odieuse, bien qu’on sait qu’elle traverse une épreuve difficile et qu’il peut être difficile, à son âge et vu cette terrible épreuve, de gérer ses émotions. Elle reste néanmoins une héroïne plutôt agréable à suivre, elle est intelligente, débrouillarde, elle a une forte personnalité qui masque une fragilité causée par l’absence de sa mère, ce qui fait qu’elle se refuse des liens d’amitié et qu’elle s’est renfermée sur elle-même et réfugiée dans la littérature. Pourtant, elle va former un duo intéressant et dynamique avec Coco et Brian. Ces derniers sont assez stéréotypés au début avec la citadine qui arrive en campagne dont tout le monde se moque et le beau gosse sportif, mais Coco va commencer à s’affirmer un peu plus et montrer qu’elle est plus débrouillarde qu’elle n’en a l’air, et Brian se montrer plus intelligent et sensible que ne laissait penser sa première impression. Si les personnages et leurs arcs transformationnels ne sont pas inattendus, ils n'en sont pas moins efficaces et plutôt attachants, et j’ai aimé les voir apprendre à se connaître et se soutenir mutuellement.


Un bon roman horrifique jeunesse, bien que le côté horrifique reste soft compte-tenu du public visé, mais une histoire qui n’en demeure pas moins palpitante. La lecture idéale pour la période, et même au-delà. L’auteure a publié deux autres tomes de cette série, que je serais curieuse de lire et de retrouver nos personnages… ainsi que l’affreux bonhomme qui sourit.



Un énorme bras qui dégageait une odeur de paille plongea dans le trou. La respiration saccadée de Coco ressemblait à des sanglots. Les trois enfants se collèrent contre le rocher. Le bras de paille manqua de peu la cheville d’Ollie. Elle la replia sous elle. Son cœur battait si fort qu’on aurait dit un lapin tremblant dans un champ découvert.

Soudain, le bras se retira.

Le bruissement des pas s’estompa. Le silence retomba.

Au bout d’un moment, Coco, Ollie et Brian se regardèrent.

— Qu’est-ce que c’était que ce truc ? demanda Coco.

Brian se mit à glousser, puis carrément à rire.

— Quoi ? lâcha Ollie encore terrifiée. Qu’est-ce qu’il y a de drôle ?

— Alice au pays des merveilles, lui rappela Brian. Tu te souviens ? Comment savez-vous que je suis folle ? demanda Alice.

Vous devez l’être, dit Ollie, terminant lentement la citation, sinon vous ne seriez pas ici.

Brian enfouit sa tête dans ses mains.

vendredi 1 octobre 2021

Le bal des loups-garous - Barbara Sadoul et Collectif.


Immortalisé au cinéma par des films aussi différents que Wolfen, Le Loup-Garou de Londres ou Hurlement, le loup-garou est avec le vampire et le fantôme une des figures centrales du fantastique. Prenant racine dans le folklore de quasiment tous les pays de l'hémisphère Nord, le loup qui dévorait les cadavres du Moyen Age et décimait les troupeaux des bergers a toujours été associé au mal... Symbole de la résurgence de l'animalité prédatrice chez l'homme civilisé, symbole du lien homme-animal en tant que retour aux racines, la lycanthropie a toujours alimenté la littérature. Des auteurs aussi marquants que Jim Harrison, Stephen King, C.S. Lewis mais aussi Jack Williamson en ont fait la figure centrale d'un de leurs livres. Avec cette anthologie, Barbara Sadoul nous propose de découvrir le parcours du loup-garou à travers la littérature dite moderne. 




Grâce au succès rencontré ces dernières années par les livres du genre « bit-lit », vampires et loups-garous sont redevenus populaires, aussi bien dans la littérature que sur écran. Il ne faut toutefois pas oublier que de nombreux auteurs se sont penchés sur ces créatures tout au long des XIXe et XXe siècles, ayant suscité une profusion de récits. Si mon intérêt va davantage aux saigneurs immortels, je suis également fascinée par les loups-garous, bien qu’à un degré moindre. Je voulais toutefois découvrir des récits dans une catégorie autre que les romans Young Adult. Barbara Sadoul nous présente, dans cette anthologie, une liste de dix récits sur le thème de la lycantrophie, écrits entre les années 1930 et 1990. Si les nouvelles restent d'intérêt assez inégal, la plupart d’entre elles restent intéressantes à découvrir, et cela m’a permis de me pencher davantage sur ces créatures, avec des loups-garous monstrueux ou humains, terrifiants, sympathiques, tout simplement fascinants.


Opération éfrit : j'ai mal commencé ma lecture car cette première nouvelle ne m’a pas plu du tout, je ne l’ai même pas lu jusqu’au bout, n'ayant pas réussi à m’y intéresser, voire même à tout comprendre. Tout ce que je peux dire, c'est qu'il s'agit d'une histoire sur une troupe combattant dans une guerre magique, avec des sorcières et autres êtres surnaturels.


L’horreur immortelle : une nouvelle assez très courte dans laquelle nous suivons un individu qui s’est réfugié dans une cabane et découvre des coupures de journaux racontant l’histoire de deux hommes, à plusieurs années d’intervalle, ayant tué et dévoré d’autres hommes, appartenant à l’armée, ayant le même âge et le même grade. Ce n'est pas une histoire bien palpitante en soi mais assez plaisante et j'ai bien aimé le petit plot twist.


Coupable : une histoire un peu plus longue et frissonnante dans laquelle nous suivons Stuart, qui se retrouve seul en pleine nuit sur une route de campagne, lorsqu’il est poursuivi par une créature semblable à un loup. Fuyant pour sauver sa vie, il trouve refuge dans une ferme où une famille l’accueille… mais s’aperçoit vite que le danger n’est pas seulement dehors mais dedans…


Le loup de Saint-Bonnot : S’ennuyant en campagne après deux jours de festivités, le couple Fleetwood et leurs invités décident de tromper l’ennui à travers une séance de spiritisme. Peu de temps après, Fleetwood constate un comportement étrange chez sa femme Hildegarde, qui s’agite la nuit, lorsque retentit les hurlements d’une bête, et cherche à lui répondre et la rejoindre. Un bon mélange d’histoire de fantôme, de loups-garous, de spiritisme et de possession.


La proie : un groupe de loups-garous se fait passer pour une famille lorsque vient à eux un jeune homme venu rénover leur maison, l’occasion idéale pour la famille d’avoir une proie à portée de main, mais Chelsea est troublée par ce jeune homme pour qui elle éprouve une différente sorte de faim. Une histoire plutôt intéressante sur une louve-garou, ce qui est déjà moins commun, plus humaine que bête, se découvrant plus humaine à travers l’amour.


Norne : l’histoire de Mary Rose qui, enfant, a toujours été plus proche de sa tante Norne que de sa mère, jusqu’à la vénération… jusqu’à ce qu’elle la rencontre une nouvelle fois adulte. J’avoue avoir été agacée par le comportement de l’héroïne concernant sa mère, mais j’ai fini par comprendre, au fil du récit, qu’il est question d’une louve-garou aussi séductrice et manipulatrice qu’une vampire, qui charme son entourage pour arriver à ses fins et qu’elle est attirée par les enfants qu’elle cherche à s’approprier. Une vision assez intéressante du loup-garou qui est tente, manipule et séduit, et qui ne se présente pas uniquement comme une bête féroce.


La marque de la bête : un jeune homme loge chez un ami de son père et sa très jeune épouse que Garnier aurait sauvé d’une attaque de loup-garou. Garnier est persuadé qu’en sa femme vit une bête féroce et joue de son autorité sur elle, mais la bête n’est pas forcément celle que l’on croit. Un plot twist assez prévisible, mais une histoire pas moins déplaisante pour autant, reprenant quelques éléments du mythe du loup-garou (les balles en argent, le loup qui reprend sa forme humaine une fois blessé...)


La main de la fille O’Mecca : la découverte du mythe du loup-garou en Finlande, où le loup se confond avec la brume. J’ai eu un peu de mal à m’intéresser à cette histoire, mais la confrontation du personnage avec le loup et la scène de fin sont particulièrement réussies.


Le changement : je n’ai pas trop réussi à m’intéresser à cette histoire, même s’il relève de réflexions intéressantes sur la nature du loup-garou et comment la créature est ce qu’elle est et comment elle agit.


Au sud d’Oregon City : une belle histoire de Jem, bûcheron, qui épouse Nadya, amérindienne et louve garou, et tout l’amour et la tolérance d’un mari pour sa femme louve, entre la demeure maritale et les bois où Nadya part vagabonder quand vient la lune. J’ai aimé découvrir la rencontre puis le quotidien de ce couple pas comme les autres. Une belle histoire d’amour sur fond de légendes indiennes dans l’Amérique du XIXe siècle.


Ces dix nouvelles, d’un auteur différent, nous présentent des visions différentes de la figure du loup-garou, chaque auteur l’interprète à sa façon, suivant son style, ce qui fait que le/a lecteur.trice en a pour tous les goûts et découvre une vision différente du loup-garou. Certains auteurs le voit comme un monstre, un être de terreur, aux capacités décuplées et à l’appétit féroce, une malédiction qui rend l’humain animal, monstrueux. D’autres considèrent cette fusion de l'homme avec l'animal comme l'élargissement de nos limites, comme une vie en harmonie avec la nature, un don. Bien-sûr, ces nouvelles restent d’intérêt assez inégal, comme évoqué précédemment. Certaines nouvelles m'ont laissée indifférente, d'autres m'ont diverti sans plus, tandis que d’autres étaient plus intéressantes et palpitantes à découvrir. Un bon moment de lecture. Je serais curieuse de découvrir un jour Gare au garou, un autre recueil de Barbara Sadoul, regroupant des nouvelles sur les loups-garous mais cette fois-ci venant de la littérature plus classique et moins moderne.