lundi 30 novembre 2020

Mercy - Mirka Andolfo.


Jusqu'à quel point peut-on changer par amour ?

Alaska, fin du XIXe siècle. Lady Hellaine, une femme d'apparence noble et aux origines mystérieuses, débarque dans la petite ville de Woodsburgh non loin de l'épicentre de la ruée vers l'or du Klondike, Dawson City. La petite communauté minière d'apparence paisible est en émoi suite à une série de meurtres sanglants. 

Qui sont les coupables de ces atrocités et surtout, quels desseins animent la nouvelle notable de cette bourgade où les secrets les mieux enfouis pourraient bien surgir à tout moment... ? Lady Hellaine ne tardera pas à abattre ses cartes pour déstabiliser les forces en présence.



Je termine le Pumpkin Autumn Challenge avec le premier tome d’une bande-dessinée. J’aurais préféré attendre de lire les tomes suivants avant de faire un avis plus complet, toutefois je souhaitais vous parler de ce titre.


Nous sommes à Woodsburg, une ville en Alaska, au XIXe siècle. L'histoire débute dans une mine d'où surgissent des coups de feu. Une femme s'accroche désespérément au cadavre de son mari. Quelque chose de monstrueux semble attaquer les personnes qui se trouvent dans la mine. Ces derniers décampent, après avoir fait exploser la mine. La chose monstrueuse semble alors vaincue. Tout cela en deux-trois pages. Quelques années plus tard, les habitants de Woodsburg se sont présentés au cimetière pour commémorer l'explosion de la mine. Lady Gloria Swanson, qui a perdu son mari dans la mine, est présente mais sa présence n'est pas bien perçue par certains. En parallèle, une jeune noble du nom de Lady Nolwenn Hellaine, accompagnée d'un étrange homme qui se fait passer pour son majordome, s'installent en ville. La beauté de Lady Hellaine est stupéfiante et fait tourner la tête de nombreux hommes. Pour fêter son arrivée, elle décide de donner une petite fête à laquelle sont conviés les notables que compte la ville, ignorant que leur sublime hôte n'est pas ce qu'elle semble être.


L'histoire démarre donc fort ! Dès les premières pages, nous avons affaire à un drame au sein d'une mine où des personnages se battent contre une chose non-identifiable et monstrueux, contraignant les protagonistes à fuir la mine et la faire exploser, sans se douter que quelque chose a survécu dans les décombres. Dès le début, nous sommes amenés à nous interroger. Qui est cette chose monstrueuse et comment s'est-elle trouvée là, comment les personnages l'ont découverte et ont été amenés à entrer dans la mine, pourquoi Lady Swanson est mal perçue par certains individus qui vont jusqu'à la traiter de meurtrière ? Si on peut deviner ce qui est advenu de la chose de la mine et le secret que Lady Hellaine cache, on se doute que celle-ci décèle encore de nombreux secrets et que le mystère autour de la mine et de la créature qui la hanta jadis sera révélé progressivement au cours de l'intrigue. Les premières bases de l'intrigue ont été posées dans ce premier tome ainsi que les premières interrogations, nous donnant envie de lire la suite et de percer le mystère, d'en apprendre plus sur les principaux protagonistes et leurs secrets.


Nous suivons différents personnages : Lady Swanson, une dame de la haute société qui fut présente lors de l'attaque de la mine où elle y a perdu son mari, et qui possède secrètement le bordel du village ; Rory, une jeune Amérindienne miséreuse, devant travailler pour un homme tyrannique, qui se languit de sa mère disparue et dont elle est persuadée qu'elle est un ange ; Lady Hellaine, une jeune noble de grande beauté, dont on commence à découvrir l'aspect surnaturel, et dont les intentions et les origines nous sont mystérieuses, ainsi que Godwill, l'homme qui se fait passer pour son majordome et qui cherche à faire jouer un rôle à "sa protégée" ; ainsi que d'autres personnages secondaires.


C'est un récit gothique à souhait, entre l'horreur et le fantastique. Si la véritable nature de Lady Hellaine, et de la chose de la mine, n'est pas encore dévoilée, on remarque quelques petites similitudes avec le thème du vampire (la beauté presque surnaturelle, ne pouvoir se repaitre que de l'énergie vitale des humains) tout en s'éloignant de cette charmante créature à crocs. La tension commence à grimper dans cette ville encore traumatisée par l'explosion de la mine alors que l'arrivée de Lady Hellaine déclenche toutes les réactions, entre ceux qui sont subjugués et séduits à ceux qui se méfient, la jeune lady, à sa grande surprise, découvre elle-même se sentir affectée par certaines personnes, dont la jeune Rory, ce qui serait susceptible de changer ses plans.


Au travers du récit, on note également certaines thématiques abordées, telles que l'esclavage et le travail des enfants ou encore la discrimination. On note également, dès les premières pages, l'aspect horrifique du récit, certaines images sont gores et seraient susceptibles de choquer des âmes sensibles. Toutefois, depuis que j'ai vu la sublime couverture de ce premier tome, j'ai été attirée par les traits de Mirka Andolfo, ses graphismes sont magnifiques, et elle sait tout aussi bien manier l'innocence que le glauque, les couleurs opulentes et les ombres opaques ! On en prend plein les yeux !


Un récit d'horreur et de fantastique qui débute bien et qui m'a déjà séduite par la beauté de ses graphismes, et qui nous laisse sur notre faim ! J'ai hâte de lire le prochain tome pour voir ce que la suite de l'intrigue nous réserve. Je ne pense toutefois pas faire de nouvel article pour la suite, uniquement mettre à jour celui-ci...

mardi 24 novembre 2020

La vie hantée d'Anya - Vera Brosgol.


La vie d'Anya est un vrai cauchemar. Une famille "gênante", des rondeurs mal placées, et un accent russe qui complique considérablement son intégration au lycée. Pour couronner le tout, la voilà qui dégringole dans un puits où elle tombe nez à nez avec un fantôme. C'est Emily, tombée là elle aussi quelques décennies plus tôt. En l'aidant à sortir du trou puis en lui donnant de précieux conseils, Emily devient vite la meilleure amie d'Anya. Enfin, c'est ce qu'elle croit...



Cette bande-dessinée m'a été conseillée par Wilwy, mon Alsacienne adorée, sur Discord, que je remercie pour cette sympathique découverte !


Anya est une jeune lycéenne avec des rondeurs qu’elle déteste et des origines dont elle a honte, car Anya est d’origine russe et sa famille a emménagé en Amérique. Anya complexe car elle aimerait bien se fondre dans la masse et être populaire, et surtout attirer l’attention du garçon qui lui plaît, et qui sort malheureusement avec une fille sublime et populaire, comme beaucoup d’adolescentes de son âge. Un jour qu’elle sèche le lycée et se promène dans les bois, elle tombe malencontreusement dans un trou et découvre avec terreur qu’au fond de ce trou se trouve un squelette et un fantôme qui lui est attaché. Ce fantôme, c’est Emily, qui lui explique avoir été assassinée il y a 90 ans. Passé le choc, Anya ne sait comment réagir face à ce fantôme. Désireuse de se faire une amie, Emily aide Anya à sortir du trou. À partir de ce moment, Emily suit Anya dans son quotidien. Si cela n’enchante pas Anya de prime abord, elle va vite en saisir les avantages car Emily lui permet d’entrevoir ce qu’elle rêve : la réussite et la popularité, grâce à l’aide qu’Emily lui apporte pour tricher aux examens et pour attirer l’attention du garçon de ses rêves… Débute ainsi une amitié pas comme les autres. En remerciement, Anya décide d’enquêter sur sa mort, mais ce qu’elle découvre lui réserve bien des surprises…


Cette histoire est assez typique des récits de fiction autour de l’adolescence, et montre un lycée américain plutôt classique, voire caricatural, avec une jeune fille qui a les soucis « classiques » d’adolescents avec, toutefois, du fantastique qui sert parfaitement à l’histoire, avec la présence d’Emily, un fantôme qui va évoluer au cours de l’intrigue. L’histoire n’est pas des plus originales ni même son déroulé, certains retournements ne sont pas étonnants et la quatrième de couverture nous dévoile de suite qu’il faut se méfier du fantôme mais la sauce a bien prise de mon côté. J’ai apprécié cette lecture et découvrir l’évolution de l’intrigue, les pages se tournent facilement et je ne me suis pas ennuyée une seconde. Je regrette toutefois que la fin soit un peu rapide entre Anya et Emily, je n’aurais pas été contre à ce qu’elle ait été un peu plus développée.




J’ai trouvé mignonne l’amitié hors du commun entre Anya et son fantôme, les moments d’insouciance et de bonheur qu’elles passent au fur et à mesure du temps qu’elles passent ensemble, jusqu’à ce que s’installe un autre climat alors qu’Emily change, passant de fantôme attentionné et ne désirant rien que plus que de la compagnie, elle qui a été seule pendant 90 ans, jusqu’à adopter une attitude de plus en plus étrange et devenir envahissante, inquiétant Anya. La tension monte peu à peu et on s’interroge sur Emily, son passé, ses prochaines réactions et comment cette tension va se résoudre.


Plus qu’une histoire de fantôme, c’est aussi un récit d’apprentissage, l’histoire de fantôme servant de prétexte à l’héroïne pour grandir et évoluer. Si Anya nous semble un peu égoïste et hautaine, je lui reconnais que, malgré son désir d’être aimée et reconnue, elle sait réfléchir et faire la part des choses. Elle sait jusqu’où il ne faut pas aller, et être raisonnable. Malgré tout, être adolescent n’est pas chose facile, surtout lorsqu’on est ignoré sinon impopulaire à l’école. Je pense qu’on a tous un peu souhaité être quelqu’un d’autre et que cette double identité qu’elle possède (d’origine russe et Américaine d’adoption), si riche soit-elle, ne doit pas être facile à assumer tous les jours, surtout quand on est une adolescente en pleine construction, qui se cherche encore. C’est pourquoi ça fait plaisir de voir, au cours de l’histoire, Anya apprendre à être plus en paix avec elle-même, elle va prendre conscience de ce qui l’entoure davantage et apprendre le classique mais toujours juste adage que les apparences sont souvent trompeuses. Anya est un personnage complètement humain, avec ses qualités et ses défauts. J’ai aimé la voir commettre des erreurs, essayer de les réparer, avancer tant bien que mal et vouloir aider Emily, bien malgré cette dernière.


Les apparences parfois trompeuses, une thématique que l’on retrouve dans le récit : des personnes ne sont pas forcément ce qu’elles semblent être, même les filles semblant idéales ont leurs propres blessures et failles, etc. Une sorte de leçon classique mais intemporelle qu’Anya va apprendre. J’ai également trouvé intéressant le travail autour d’Emily et surtout le fait que son évolution suit le cheminement inverse de celui d’Anya, comme un jeu de miroir inversé. Alors que l’une gagne en « lumière », l’autre gagne en noirceur, l’une s’épanouit et l’autre se renferme. J’ai donc suivi avec intérêt l’étrange relation qui se noue entre Anya et Emily, et j’ai attendu avec curiosité le dénouement de leur histoire commune !


La Vie Hantée d'Anya (qui a connu un autre titre, Le fantôme d'Anya) se révèle au final être un joli récit initiatique d'une jeune fille mal dans sa peau qui éprouve quelques difficultés à s'intégrer, et qui se mêle à un aspect plus fantastique, surnaturel, ce qui se lie très bien aux couleurs assez sombres (gris, blanc, noir avec des nuances de bleu). Si les graphismes n'ont rien d'exceptionnel, les traits ronds et doux sont très agréables à regarder. Un roman graphique que je recommande pour un public jeune ou adulte, et pour tout amateur (ou amatrice) d'histoires de fantôme !


samedi 21 novembre 2020

La Petite Boulangerie du Bout du Monde - Jenny Colgan.

Quand son mariage et son entreprise familiale font naufrage, Polly Waterford quitte Plymouth et trouve refuge dans un petit port tranquille d'une île des Cornouailles. Elle s'installe seule dans un minuscule appartement situé au-dessus d'une boutique laissée à l'abandon. Pour se remonter le moral, elle se consacre à son plaisir favori : fabriquer du pain. Alors qu'il n'y a plus dans le village qu'une boulangère irascible au pain sans saveur, les arômes de levain qui s'échappent de chez elle attirent très vite la curiosité et la sympathie des habitants. 

Petit à petit, d'échanges de services en petits bonheurs partagés, elle ravive l'esprit d'entraide et de partage dans le village. Au fil des rencontres farfelues (un bébé macareux blessé, un apiculteur dilettante, des marins gourmands) et au gré des événements heureux ou tragiques qui touchent la communauté, ce qui ne devait être qu'un simple " break " devient l'entreprise de sa vie. Polly se révèle enfin à elle-même : une femme déterminée et créative, prête à mordre dans la vie comme dans une mie de pain chaude et croustillante. 


Sans aller jusqu’à dire qu’il y a des mois que j’aime et d’autres que j’aime moins, je dois avouer ne pas trop aimer le mois de Novembre que je trouve long, gris et déprimant, la situation actuelle n’arrange rien. C’est pourquoi j’avais envie d’une lecture plus légère, surtout après ma lecture précédente, chaleureuse, un roman « feel good », qui fait du bien… sans aller dans la guimauve, ceci dit. Ce roman me faisait envie depuis un petit moment déjà, j’ai pensé que si je devais me mettre à lire un roman « feel good », ce devait être celui-là.


L’histoire débute assez mal pour notre héroïne, Polly. L’entreprise qu’elle a mené avec son compagnon a fait faillite, elle n’a plus les moyens de vivre dans son appartement et, en conséquence de ces événements, son couple bat de l’aile et son fiancé (et non pas son mari, comme annoncé dans la quatrième de couverture), Chris, décide de mettre un terme à leur relation et de retourner vivre chez sa mère. Déprimée et presque sans rien, Polly décide de prendre le large. Vu son petit budget, elle ne peut s’offrir que la location d’un appartement en piteux état à Mount Polbearn, une île dans les Cornouailles qui se révèle être un coin totalement perdu de l’Angleterre, avec peu de commerces et de divertissements. Heureusement, il y a une boulangerie, une aubaine pour Polly qui adore tout simplement le pain… Malheureusement pour elle, Mrs Manse, la boulangère et également la personne qui lui loue l’appartement, est une vieille dame acariâtre dont le caractère est aussi mauvais que son pain et ses pâtisseries. Polly se sent seule et désespère de remonter la pente, dans son petit appartement froid. Heureusement, elle se lie d’amitié avec les pêcheurs du coin, ainsi qu’avec un tout jeune macareux qui s’est inopinément retrouvé chez elle en pleine nuit, pendant une tempête. Et puisqu’elle ne trouve pas le pain local à son goût, elle décide de renouer avec son ancienne passion : faire du pain… sans se douter une seule seconde qu’elle allait attirer des curieux, des curieux affamés qui vont vite tomber sous le charme de ses préparations culinaires !


Le schéma de l’intrigue reste assez classique, on le retrouve facilement dans plusieurs fictions et notamment les films de noël : le personnage principal est au plus bas, il perd son emploi, conjoint, domicile ou autre, il déménage ailleurs pour changer d’air et changer de vie, il déprime, se remet en question, fait des rencontres, commence à aller mieux, se prend en main, trouve un emploi où il se sent épanoui, il se peut même qu’il rencontre l’amour de sa vie, la communauté dans lequel il est venu habiter est chaleureux, il y a de l’amitié et de l’entraide… Le roman reprend nombre de ces points, mais l’histoire reste assez plaisante pour qu’on ne s’en formalise pas. J’ai pris plaisir à suivre Polly tout au long de l’histoire, même si j’ai trouvé le début un peu long, son arrivée sur l’île, son emménagement, sa découverte des environs. J’ai beaucoup aimé la voir se lier d’amitié avec les pêcheurs du coin, tous les plus sympathiques les uns que les autres, et aussi sa rencontre avec un petit macareux qu’elle nommera Neil, qui aime suivre Polly partout et surtout manger ce qu’elle confectionne !


C’est un roman qui donne faim ! Le pain est l’élément moteur de cette histoire. Du pain, du pain et encore du pain. Polly voue presque un culte au pain, si bien qu’elle aurait très bien pu emménager en France, elle y aurait trouvé son bonheur, car elle ne le trouve pas auprès de la boulangerie de l’île. Polly en profite donc pour mettre la main à la pâte, et de redécouvrir une ancienne occupation qu’elle adorait : confectionner du pain. Il y en a pour tous les goûts ! Pain blanc, bagel, beignets au maïs, petits pains à la cannelle, etc. C’est à nous mettre l’eau à la bouche, on imagine presque l’odeur du pain chaud et croustillant qui sort du four et plus on avance dans le livre, plus on a désespérément envie de manger du pain. Polly adore le pain et c’est très communicatif ! Je la jalouse presque de ce talent ainsi que de sa chance de se remettre sur pied et de la voir trouver un emploi qui lui plaît et des amis !


Couverture des éditions Folio
que j'aime beaucoup

La gourmandise tient donc une grande place dans ce livre (au point où l’héroïne participe, sans l’avoir imaginé au départ, à un trafic secret de ses pains !) , ainsi que les paysages de l’île. Une ville, presque un village, où tout le monde se connaît, une vie près de la mer… c’est une ode aux choses simples de la vie, comme s’asseoir face à la mer tout en dégustant une brioche, confectionner une mie de pain, rendre visite aux commerçants, aller voir ses amis pêcheurs et leur apporter une boisson chaude et des pâtisseries et discuter autour de cette collation. C’est un livre qui fait l’éloge des choses simples, avec Polly découvrant qu’elle n’a pas d’autre choix que de se contenter du minimum, mais prend goût peu à peu à sa nouvelle vie.


Les personnages sont plaisants à suivre, pour la plupart. Je me suis attachée à ce groupe de marins pêcheurs, notamment Tarnie, marin taciturne un peu brut mais sympathique, et Jayden, jeune pêcheur qui n’aime pas la pêche. Kerensa, la meilleure amie de Polly, était plutôt pétillante et pleine d’entrain, et une vraie citadine qui, si elle ne comprend pas le changement de vie de Polly, est toujours là pour elle. Huckle, l’Américain qui a changé de vie pour être apiculteur, est plutôt sympathique dans l’ensemble, bien qu’un peu distant. Quant à l’héroïne, j’ai pris plaisir à la suivre sans l’adorer ni la détester. J’ai aimé sa passion pour le pain, sa capacité à se relever, son courage pour tout reprendre à zéro avec peu de moyens, sa bonne humeur… et surtout son petit macareux !! J’ai aimé son évolution (et j’ai été un peu jalouse, avouons-le, c’est le genre d’évolution heureuse qu’on souhaiterait vivre) et la voir se familiariser avec une île qui lui paraissait d’abord sombre et hostile et la voir comme son chez soi, un lieu apaisant, simple et chaleureux, avec une communauté sympathique dans laquelle l'océan tient une place prépondérante.


La Petite Boulangerie est un roman sympathique, distrayant et qui détend bien, ce dont j’avais besoin. Je déplore toutefois certaines situations peu crédibles et rocambolesques [spoiler] je n’ai pas été convaincue par la relation Polly/Huckle, et le coup classique de la femme qui part retrouver son aimé à l’autre bout du monde pour le convaincre de revenir. Je n’ai pas non plus été convaincue par la romance rapide entre Kerensa et Reuben qui a donné lieu à un mariage, alors qu’ils ne connaissaient à peine [/spoiler] ainsi que certaines facilités scénaristiques : Polly travaille en tant que boulangère, oui pourquoi pas, sauf que l’auteure idéalise un peu trop le métier de boulanger et néglige de parler de l’aspect financier, l’organisation, la vente, et les nombreux aléas du métier. Sans doute parce que c’est un livre feel good, même si cela n’a pas empêché l’auteure de mettre en scène un drame au cœur de son roman.


Malgré tout, le charme du récit opère, et ce roman se révèle être croustillant et chaleureux, l’idéal pour se détendre, sans besoin de réfléchir ou d'analyser, juste le plaisir de se laisser porter par l'odeur de l'iode et du pain, la pluie, le vent, les bons sentiments. J’ai fini par m’attacher à cette petite île, son port de pêche, ses habitants, son mode de vie, son isolement, ses paysages et, bien sûr, sa petite boulangerie. Malgré les petits défauts, j’ai pris plaisir à lire ce roman, c’est une histoire qui fait du bien, comme un chocolat chaud alors qu’il pleut et fait gris à l’extérieur, j’ai aimé ces habitants sympathiques et j’ai envié Polly. J’ai également apprécié l’initiative de l’auteure, en petit plus, de mettre en fin de roman les recettes que Polly utilise tout au long du roman. De quoi donner envie de les reproduire chez soi...


Polly entretenait un rapport très particulier avec le pain. En fait, elle lui vouait un véritable culte. Et il en avait toujours été ainsi. Quand il était de bon ton d'en manger, comme l'inverse, enfant comme adulte. C'était d'ailleurs ce qui faisait sa joie, au restaurant. Elle l'aimait grillé, aussi bien que nature. Elle l'aimait sous toutes ses formes, bagels, tartines gratinées au fromage, ou encore pain d'épices, ou pain tressé à l'italienne.

Au revoir là-haut - Pierre Lemaître.


Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d'eux. Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants. Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Edouard, artiste flamboyant mais brisé, est écrasé par son histoire familiale. 

Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l'exclusion. Refusant de céder à l'amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d'une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence. 

Bien au-delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, Au revoir là-haut est l'histoire caustique et tragique d’un défi à la société, à l'État, à la famille, à la morale patriotique responsables de leur enfer.


En novembre, j’ai souvent l’envie de lire sur la Première Guerre Mondiale, sans doute à cause des hommages du 11 novembre et autres événements liés à cette journée d’armistice. À cette occasion, je me suis penchée sur Au revoir là-haut, que j’ai connu grâce à son adaptation au cinéma en 2017.


Nous sommes en novembre 1918, à la veille de l’armistice. Les soldats de chaque camp ne combattent plus et attendent, depuis leurs tranchées, que soit annoncée la fin du combat… jusqu’à ce que deux éclaireurs français ne soient lâchement assassinés par les « Boches ». En réaction, les Français reprennent les armes contre l’ennemi. Cependant, un soldat nommé Albert Maillard s’aperçoit avec consternation que les deux éclaireurs ont été visés dans le dos ; pas de doute, c’est l’un des leurs qui les a tué et a accusé les Allemands pour reprendre le combat. Alors qu’il en est arrivé à cette conclusion, Albert est poussé dans un trou d’obus par son lieutenant, Henri d’Aulney-Pradelle, le véritable responsable, qui cherche à faire taire Albert, pris au piège dans ce trou qui se recouvre de terre. Alors qu’il sent la mort approcher, il est sauvé in-extremis par un autre soldat de son régiment, Édouard Péricourt. Malheureusement, à peine l’a-t-il sauvé qu’Édouard se retrouve défiguré après s’être pris un éclat d’obus. L’armistice est signé quelques temps après. Albert se jure de rester auprès d’Édouard, hospitalisé et refusant la chirurgie pour réparer son visage. Alors que le monde autour d’eux tente de se reconstruire après la guerre, Albert et Édouard peinent à survivre dans une société qui glorifie ses morts et délaisse les survivants, traumatisés et abandonnés…


Le roman se situe entre la fin de la Première Guerre Mondiale et au début de l’entre-deux-guerres, en 1919 et 1920. Nous suivons différents personnages, certains récurrents à savoir les personnages principaux. Nous avons Albert Maillard, ancien soldat, un homme discret, qui s’inquiète et doute facilement mais loyal, que la guerre a rendu craintif et paranoïaque, qui multiplie les boulots pour survivre, et qui vit « en colocation » avec son compagnon d’infortune. Édouard Péricourt, ancien artiste, fils de la haute-bourgeoisie, homosexuel, devenu une « gueule cassée » après la guerre, et accro aux drogues pour soulager la douleur que son ami Albert peine à lui procurer. Marcel Péricourt, le père d’Édouard, qui éprouve des difficultés dans le deuil de son fils, compte-tenu des rapports conflictuels qu’il a entretenus avec lui, ainsi que Madeleine, sa sœur. Pradelle, sorti de guerre avec des médailles et des honneurs qu’il ne mérite pas. Aristocrate déchu, il signe un contrat avec l’État pour déterrer tous les corps des soldats enterrés à la va-vite pendant la guerre et construire des cimetières militaires. Ce n’est pourtant pas par respect aux morts que Pradelle accepte, mais par cupidité. Avec plus d’un million de morts, c’est une aubaine pour lui de faire fortune et de retrouver sa place dans la société, et pour cela il est prêt à tout…

Affiche du film (2017)

  Alors que Pradelle cherche à faire fortune sur les tombes des   soldats morts au combat, Édouard va tenter de mettre en   place, avec Albert, l’escroquerie du siècle : puisque que   l’État français délaisse les survivants de la guerre, au profit   de leurs morts, il décide d’arnaquer l’État en dessinant et   vendant des monuments aux morts fictifs aux municipalités,   et de fuir avec Albert une fois l’argent empoché. Dans ce   cadre, Édouard répond à un concours pour la création d’une   grande œuvre commémorative dans l’arrondissement qui l’a   vu naître, sans savoir que le commanditaire de cette œuvre   n’est autre que son propre père, souhaitant honorer son fils…


  Au Revoir Là-Haut est un roman que j’ai eu du mal à lâcher,   tant les événements s’enchaînent et qu’on s’interroge sur   l’issue de tout cela. La plume de Pierre Lemaître est très   plaisante, se faisant tour à tour drôle, acerbe ou cynique,   parois il fait des apartés pour s’adresser aux lecteurs. Que la situation soit tragique ou amorale, l’auteur parvient toujours à nous tirer un sourire, il affirme « s’être beaucoup amusé » en écrivant ce livre et on le devine très bien, cela se ressent même. L’auteur combine habilement la fiction (l’arnaque d’Albert et Édouard) et l’histoire, à savoir, d’une part, le délaissement de l’État envers les soldats qui ont survécu à la guerre, et d’autre part les magouilles de Pradelle qui s’inspirent de faits réels. Pradelle a employé un personnel incompétent (des Chinois ne comprenant pas le français) pour s’occuper des sépultures françaises, on retrouve des Allemands dans des tombes françaises, des cercueils trop petits ou remplis de terre, le nom sur la tombe ne correspondant pas à celui du soldat enterré, etc. De quoi inspirer du dégoût face à ce manque de respect envers les défunts et leur famille.


Pierre Lemaître nous fait nous plonger dans la fin de la Grande Guerre, la désorganisation suivant l’armistice, et le début de l’entre-deux-guerre avec la misère que pouvaient vivre les soldats démobilisés, quand les pensions d'invalidité n'arrivent pas, pas de dédommagements, la maigre somme proposée à la démobilisation, des soldats qui meurent de faim parce que personne ne veut leur donner du travail ou parce qu'il sont trop handicapés pour travailler. Une France qui souffre, un État qui est désorganisé et ne peut subvenir à la réintégration de ses survivants. Il décrit et analyse bien les événements, les sentiments de ses personnages, mais aussi la société de l’époque. Il nous offre des personnages hauts en couleurs, les personnages secondaires sont aussi très travaillés, entre Marcel Péricourt, ce fonctionnaire de l’État nommé Merlin, Madeleine dont je ne dévoilerais rien de crainte de spoiler.


Parlons un peu de nos personnages principaux. J’ai beaucoup aimé le duo que forment Albert et Édouard, que le destin a réuni en compagnons d’infortunes lorsqu’Édouard a sauvé Albert et ce dernier qui décide de demeurer à ses côtés suite à ce sauvetage mais aussi et surtout parce qu’Édouard s’est retrouvé défiguré. J’ai aimé cette amitié et cette entraide entre eux, malgré les difficultés pour s’en sortir, pour Albert de s’occuper d’Édouard qui se présente malgré lui comme un poids, pour Édouard qui tombe en dépression. L’auteur nous fait le portrait d’un duo atypique, car ils sont comme le jour et la nuit. L'un brillantissime au point de mettre au point une escroquerie d'envergure nationale, l'autre craintif et inoffensif au point de s'excuser lorsqu'on lui marche sur les pieds. C’est pourtant une amitié touchante et hors du commun, car ils n’ont plus grand-chose dans la vie, à part la compagnie de l’autre, sans oublier la jeune Louise, une petite fille qui les accompagne parfois et qui s’est attachée à Édouard. Ce duo fonctionne très bien, au point où, même si leur escroquerie est amorale, on ne peut s’empêcher d’espérer qu’ils vont réussir… ou du moins s’en sortir et vivre une meilleure vie. À contrario, on brûle d’impatience de voir Pradelle, le responsable de leurs maux et pourri jusqu’à la moelle, être surpris dans ses magouilles et payer cher le prix de sa cupidité.


Le genre de chose qu'on aimerait bien faire à Pradelle...

Ce fut une lecture inoubliable. Jusqu’au bout, j'ai été tenue en haleine, justice sera-t-elle faite ? Édouard et Albert réussiront-ils l’arnaque du siècle ? On y croit, on espère, on est tenu en haleine. Il y a de nombreux rebondissements, les événements se succèdent, surprenants et vraisemblables. Le talent de l'auteur s'exprime à chaque page par le rythme donné à l'histoire qu'il raconte, il a un talent indéniable pour maintenir le suspens. C’est un roman si bien ficelé que j’ai eu du mal à le lâcher.


Au revoir là-haut aborde de nombreux thèmes mais celui qui revient constamment est celui du commerce que l’on peut faire de la guerre et même après la guerre car il y aura toujours des profiteurs qui trouveront le moyen de se faire de l’argent sur le malheur des autres, mais aussi sur l'injustice et de l'ingratitude du pays au retour des soldats de la Grande guerre. Des hommes qui ont gagné la guerre mais qui, revenus à la vie civile, ne reçoivent aucune reconnaissance et sont même rejetés. Cet après-guerre traduit un vrai paradoxe, où l’État est plus reconnaissant envers ses morts qu'envers ses survivants, une France ressortie vainqueur de la guerre mais qui est désorganisée, qui préfère glorifier ses héros morts au combat que les survivants, devenus encombrants, pour qui le pays peine à leur trouver de la place, les délaissant dans l’oubli et la misère.




Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu'à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu'elles s'écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, de types morts de rire en recevant une balle allemande.

lundi 16 novembre 2020

Le Château de Hurle - Diana Wynne Jones.

Au cœur de la contrée magique d’Ingarie, dans le charmant village de Marché-aux-Copeaux, Sophie s’ennuie. Seule dans sa chapellerie, elle a accepté son destin d’aînée de la famille, et de vivre dans l’ombre de ses sœurs, résignée ainsi à un avenir routinier. Après tout, tel est l’usage… 

Lorsqu’un beau jour, la jeune fille a le malheur d’offusquer la sorcière des Steppes, celle-ci lui dérobe 60 ans de sa vie, la laissant vieille et démunie. Cherchant désespérément un moyen de briser le sortilège, la jeune chapelière sera amenée à pactiser avec le démon du feu, Calcifer. 

Vivant dès lors dans un étrange château ambulant dont les secrets restent entiers, Sophie entame une extraordinaire aventure à la recherche de sa jeunesse volée, prête à reprendre en main son destin. Un périple jalonné de dangers et de rencontres hautes en couleur…




Si j’ai découvert ce livre, c’est avant tout grâce à sa célèbre adaptation par Hayao Miyazaki, sans doute l’un des films animés du studio Ghibli le plus connu et apprécié, Le Château Ambulant. Pourtant, si le film a repris les bases du roman, ce dernier se démarque du film de bien des manières, ce qui ne m’a pas empêché de passer un bon moment.

Sophie Hatter est l’aînée d’une fratrie de trois filles dans un monde où les cadets des familles sont promis à de brillants destins et les aînés, au contraire, une vie simple, morne. Sophie est ainsi convaincue que rien ne lui arrivera de bon, à l’inverse de ses sœurs. Lettie va rejoindre une sorcière qui va lui faire son apprentissage dans la magie et Martha, elle, part travailler dans une boulangerie où elle est remarquée et courtisée. Quant à Sophie, elle hérite de la boutique de chapeaux de la famille, tandis que sa belle-mère sort quotidiennement faire des emplettes, et se résigne à la longue carrière qui l’attend tout en parlant aux chapeaux qu’elle confectionne. Puis, un jour, après avoir répondu à une cliente, celle-ci se révèle être la sorcière du désert et lui jette un sort. Voilà Sophie transformée en vieille dame ! Elle ne peut pas vivre ainsi et n’ose expliquer la situation à sa famille. La croirait-elle ? Sophie quitte la maison, en quête du château ambulant de Hurle, sorcier réputé, dont on dit qu’il mange des cœurs. Pour le convaincre de la garder, elle se fait sa femme de ménage et conclut un pacte avec Calcifer, démon du feu qui est à l’origine des déplacements du château : si elle perce le secret qui le retient à Hurle, il la délivrera de sa malédiction…

La base du roman est semblable à celle d’un conte de fées, ce qui m’a plu, où l’héroïne vit dans un monde où la magie est courante, où les cadets de famille sont promis à un brillant destin, où l’héroïne est victime d’un sortilège… seulement, le magicien Hurle n’a rien d’un prince charmant ! Hurle est un personnage mystérieux, superficiel, volage, égocentrique mais pourtant attachant et tellement drôle, et adorable quand il le peut (si, si), ses piques avec Sophie sont tout simplement excellentes, d’autant plus que notre héroïne n’est pas du genre à se laisser faire avec ce magicien qui la rend folle. Sophie est têtue, râleuse et obstinée, et il le faut bien pour faire face à Hurle, quoique plutôt défaitiste, de part sa condition d’aînée je le suppose...

Sophie Hatter (source)

L’auteure nous présente des personnages hauts en couleur. Même si de nombreuses scènes avec lui prêtent à rire ou à sourire, Hurle reste un personnage mystérieux et complexe sur lequel on s’interroge, de plus, le pacte scellé entre lui et Calcifer attise la curiosité et ajoute une histoire dans l'histoire.. Sophie est attachante, transformée en vieille dame, alors qu’elle découvre les contraintes liées à l’âge mais aussi qu’elle gagne en sagesse, confiance et le recul que l’âge lui confère. Ce mélange de petite fille et de personne âgée en elle m'a beaucoup plu, créant ainsi un personnage à part. Calcifer, le démon du feu, n’a pas sa langue dans sa poche et se révèle avoir un cynisme décapant. On plaint presque un peu Michael, l’apprenti un peu effacé de Hurle, qui se retrouve entre Hurle et Sophie, qui sont deux têtes fortes. Les sœurs de Sophie ne sont pas non plus en reste, et j’ai beaucoup aimé leurs scènes. Si l’histoire semble vouloir nous raconter la quête de Sophie pour se faire accepter de Hurle et ainsi avoir son aide pour briser le sortilège, cette quête va révéler d’autres aventures, d’anciens complots et rancunes mettant en scène un roi, son frère disparu, le passé de Hurle, la sorcière du désert et ses mystères. J’ai beaucoup aimé cette aventure que j’ai trouvé fort divertissante et rocambolesque, et découvrir cet univers à part où l’on rencontre des sorcières, des magiciens, un château ambulant qui voyage de vallées en vallées. J’aime beaucoup l’idée de ce château ambulant dont les différentes portes ouvrent sur différents endroits voire différents mondes.

J’ai toutefois trouvé quelques griefs. Le départ précipité de Sophie vers l'inconnu, notamment, ne m'a pas paru rationnel. J'ai eu du mal à comprendre ses motivations, d’autant plus qu’elle n’a pas semblé si affectée par le fait qu’elle soit devenue une vieille dame. J’ai aussi un grief concernant la relation Hurle/Sophie, comme je l’ai dit auparavant, j’ai beaucoup aimé ce duo, même si, en me basant sur l’adaptation japonaise [spoiler] je me suis demandée quand et comment diable ils allaient tomber amoureux, la romance arrive d’ailleurs tard, presque sur la fin, j’ai un peu cette impression que c’est arrivé soudainement, comme un cheveu dans la soupe, même si j’ai bien aimé l’idée que Sophie n’avait besoin que d’elle-même pour briser son sortilège et pas besoin de l’aide de quelqu’un d’autre, surtout d’un garçon, c’est un agréable changement [/spoiler] mais leurs échanges sont tout simplement savoureux.

Le Château de Hurle reste un conte moderne divertissant, rocambolesque, drôle et intelligent que je conseille, avec des personnages hauts en couleur. Dès les premières pages, j’ai accroché à l’histoire grâce au style de l'auteur, très agréable à lire, son imagination et son humour. Je ne me suis pas ennuyée à suivre les aventures et les déboires de Sophie, et j’ai passé un merveilleux moment dans ce château ambulant avec ces drôles de personnages !


Elle [Sophie] grimpa l'escalier en maugréant à voix haute :

- Ah ! ces magiciens ! On croirait que personne n'a jamais eu de rhume avant eux !

Elle entra dans la chambre, traversa le tapis crasseux.

- Alors, qu'y a-t-il ?

- Je meurs d'ennui, déclara Hurle d'un ton pathétique. Ou alors je me meurs tout court.

Adossé à ses oreillers douteux, il avait l'air vraiment malade sous sa courtepointe qui devait être en patchwork, mais que la poussière réduisait à une seule teinte grisâtre. Les araignées qu'il semblait tant affectionner filaient activement leurs toiles dans son ciel de lit.

Sophie lui tâta le front.

- Vous avez un peu de fièvre, reconnut-elle.

- Je délire, se plaignit Hurle. Je vois des tâches qui passent devant mes yeux.

- Ce sont des araignées, dit Sophie.