jeudi 10 août 2017

Le crime du comte Neville - Amélie Nothomb.






« Ce qui est monstrueux n'est pas nécessairement indigne. »













Amélie Nothomb, c'est des romans aux quatrièmes de couvertures trop courtes ne résumant rien du roman, c'est des couvertures représentant l'auteure, c'est des romans avec des personnages complètement frappés aux prénoms originaux, ce sont des romans courts qui ne laissent pas indifférents, c'est la Belgique, c'est l'étrange, c'est la loufoquerie. Souvent bizarre, parfois dérangeant, soit on aime, soit on n'aime pas, mais ça ne laisse jamais indifférent. C'est tout le charme de l'auteure et ses romans, ce qui m'avait bien manqué !

 

Henri de Neville est un comte dont la richesse est en déclin. C'est avec déchirement qu'il songe à se séparer de son château familial. Si seulement c'était le cadet de ses soucis ! En allant rechercher sa fille, Sérieuse, qui a fugué et qui a été retrouvée par une voyante, cette dernière lui annonce qu'il assassinera l'un des invités à la dernière garden party qu'il va organiser. Refusant tout d'abord de croire à ces sornettes, l'idée commence bien vite à hanter le comte... S'il doit tuer quelqu'un, soit ! Mais qui et comment et pourquoi ? Préméditation ? Il serait renié par ses paires et sa famille sera méprisée. En revanche, le meurtre suite à un coup d'éclat... c'est bien plus attrayant et compréhensible, et lui permettra de marquer l'histoire !

 

J'ai pris un certain plaisir à suivre les déboires de ce pauvre comte de Neville qui, après avoir refusé de croire à la prédiction de la voyante, décide que quitte à devoir tuer un invité, autant choisir sa victime et le voir égrener sa liste en quête de la parfaite victime à assassiner, allant jusqu'à demander l'aide d'un de ses amis aristocrates pour en apprendre plus sur l'histoire des meurtres au sein de l'aristocratie pendant une réception. Peu à peu, on s'éloigne des projets rocambolesques d'assassinat alors qu'Henri se retrouve hanté par la vision de la voyante. Qui assassiner sans que cela ne nuise à ses principes et à sa famille ? Peut-il vraiment échapper à son destin ? Peu à peu, Henri déprime... l'histoire prend ensuite un tournant un peu plus étrange lorsque Sérieuse propose à son père [spoiler] de la tuer, elle, car elle souffre de sa dépression et de ne plus rien ressentir [/spoiler]

 

Si Henri est un personnage plutôt plaisant à suivre, j'ai été régulièrement déconcertée par Sérieuse, de par son étrange demande, sa persistance auprès de son père à accomplir ce qu'elle souhaite de lui, sans oublier le fait [spoiler] qu'elle prenne un certain plaisir à voir son père souffrir de l'ultimatum qu'elle lui pose, tout ceci amenant Henry à perdre la boule alors qu'il finit par craquer de rage et vouloir provoquer un infanticide, même lorsque Sérieuse change d'avis [/spoiler]. Toutefois, le suspense est bien maîtrisé et jusqu'au dernier moment, on attend de voir si la prédiction va se réaliser. Les dialogues sont toujours un délice, les répliques fussent. L'auteure joue sans cesse avec l'humour, les beaux mots et le drame.

 

Bien-sûr, qui dit Amélie Nothomb, dit réflexions parfois philosophiques, et cela ne loupe pas dans ce roman. Madame Nothomb nous parle des rêves de gloire et le paraître auxquels aspirent beaucoup de gens, mais nous dresse aussi le portrait d'une aristocratie soucieuse de (trop) plaire lorsqu'elle reçoit, à travers Henri avec le soin et le déploiement d'attentions qu'il met à recevoir. Recevoir, c'est une finesse, un art dans lequel Henri entend exceller. Il sait qu'il appartient à l'aristocratie et cela lui confère un rôle ainsi que des devoirs. Amélie Nothomb prend un malin plaisir à se moquer des us et coutumes d'une aristocratie belge décatie, à tourner en dérision les codes d'honneur d'une aristocratie qui est davantage dans le paraître et à qui cela ne dérange pas de voir un meurtre en son cercle, pourvu que cela soit bien fait. Elle évoque également les relations parents-enfants, les façons d'être manipulé, de se laisser convaincre ou pas, et du poids des traditions et des générations.



Sans que ce soit un coup de cœur, j'ai aimé retrouver l'univers fantasque et farfelu de notre dame au chapeau. Ses œuvres ont un certain charme, une loufoquerie que j'aime retrouver de temps en temps, surtout lorsque j'aspire à un moment de détente. Amélie Nothomb nous livre comme toujours un récit rapide et déroutant, qui s'avale d'une traite.



Mon cher Evrard, j’ai besoin de tes lumières. Y a-t-il un précédent en matière d’assassinat au cours d’une réception, dans notre milieu ?

Il y en a beaucoup. Je ne pourrais pas tous te les citer, mon cher Henri.

Détail qui a son importance : y a-t-il eu un cas où l’assassin était celui qui recevait ?

Bien-sûr. Le prince de Retors-Carosse a tué le duc de Moilanwez lors du cocktail qu’il offrait en l’honneur de la fête du roi, la baronne de Bernach a tué la vicomtesse de Lambertye pendant un bal de charité qu’elle donnait chez elle, etc. Là aussi, les cas abondent. Il est plus rare que l’invité tue l’hôte : c’est plus difficilement défendable. Alors que l’hôte qui tue l’invité, tout le monde peut le comprendre.

Tu veux dire qu’il n’y a pas eu de conséquences ?

Que vas-tu imaginer ? La justice a sévi, bien-sûr.

Je voulais parler de l’opinion. Comment notre monde a traité ces assassins ?

Notre monde a très bien compris et a continué de recevoir ces gens et leur famille.

Comment recevoir des personnes qui sont en prison ou sur l’échafaud ?

En leur envoyant des cartons d’invitation à leur nom.

(…) — Pourquoi ces questions, mon cher Henri ?

Comme tu le sais, je prépare la garden-party pour ce dimanche, et j’avais le projet de t’assassiner, mon cher Evrard.

Je te reconnais bien là. À dimanche, cher ami, je me réjouis de te revoir.

mercredi 2 août 2017

Enquête sur Sherlock Holmes - Bernard Oudin.

Sherlock Holmes, création du romancier britannique Arthur Conan Doyle, est à coup sûr un des personnages les plus célèbres de toute l'histoire. 

Mais, au-delà de son succès proprement littéraire, il existe un " phénomène " Holmes, vieux maintenant d'un siècle et qui ne donne aucun signe de déclin. Il a été le héros le plus souvent porté à l'écran et des dizaines d'écrivains ont voulu donner une suite à ses aventures. Mieux encore, dès la parution des premières œuvres, des milliers de gens ont cru à l'existence réelle du détective. 

Aujourd'hui encore, du courrier arrive à son domicile supposé de Baker Street. Plusieurs centaines de clubs holmésiens dans le monde, jusqu'en Amérique et au Japon, perpétuent son culte. Bernard Oudin, spécialiste de Sherlock Holmes, démêle les fils de cet étonnant sortilège qui a amené un personnage de fiction aux frontières de la réalité et du fantasme.


Il est le plus célèbre de tous les détectives, l’incarnation même de l’Angleterre victorienne. Personnage british jusqu’au bouts des ongles, sa renommée est pourtant universelle. La légende le dépeint comme toujours affublé d’un deerstalker et d’une pipe recourbée, toujours accompagné de son ami, le Dr Watson. Vous me situez ? Je parle bien-sûr de Sherlock Holmes.


Ce court ouvrage se présente comme une étude sur le célèbre personnage ainsi que son créateur, afin d’en apprendre plus sur l’auteur, la naissance du personnage, le début de sa renommée et le culte holmésien à travers le monde.


La première partie se penche sur l’auteur, Sir Arthur Conan Doyle, ainsi que les débuts de Sherlock Holmes. Second fils d’une nombreuse fratrie d’origine irlandaise mais ayant grandi en Écosse, Conan Doyle est un colosse de 1,90 m, sportif, dynamique et aventureux. Il s’est consacré à ses études de médecine et a ouvert son propre cabinet, après avoir passé sept mois dans les mers arctiques à bord d’un baleinier comme chirurgien de bord (le premier d’une longue liste de voyages). Il est également féru de spiritisme et l’un des premiers à avoir pratiqué le ski en Suisse, était contemporain de célèbres personnalités comme Harry Houdini, Oscar Wilde ou encore Bram Stoker. Sa rencontre avec le professeur Joseph Bell, reconnu pour ses fabuleuses qualités de déduction, a marqué un tournant dans sa vie car il n’est ni plus ni moins que l’inspirateur de Sherlock Holmes.


Sherlock Holmes est apparu pour la première fois le 6 janvier 1887 (les fans ont ainsi retenu la date du 6 janvier pour l’anniversaire du détective) dans le roman Une étude en rouge (A Study in Scarlet). Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le roman est passé quasiment inaperçu, refusé par de nombreuses maisons d’éditions, du moins en Angleterre. Les Américains furent les premiers à comprendre l’intérêt du personnage et à s’en passionner. C’est cet intérêt outre-Atlantique qui a permis la naissance d’un second roman, Le Signe des Quatre. Ce n’est pas encore tout à fait espérer… jusqu’à la décision de Doyle de privilégier le format des nouvelles pour les aventures de son détective et de les publier dans le Strand Magazine, accompagnées des illustrations de Sidney Paget qui a immortalisé le personnage!


Sidney Paget est connu pour ses nombreuses illustrations de Sherlock Holmes.
Il aura au total produit pas moins de 356 dessins !



C’est enfin le succès pour ce médecin obscur et pauvre qui devient un écrivain riche et célèbre et pourtant ! Les rapports entre le créateur et la création furent bien orageux, ce que nous développe l’auteur dans sa seconde partie.


Sherlock Holmes est devenu un succès national, et même mondial, cela a atteint de telles proportions que Conan Doyle est dépassé et n’arrive pas à gérer cette célébrité. Il faut dire que nombreux furent les fans à être persuadés de l’existence de Sherlock Holmes, au point de lui écrire pour lui demander de résoudre leurs problèmes ou pour proposer leurs services. Conan Doyle reçoit du courrier des quatre coins du monde, toutes au nom de Sherlock Holmes, est l’objet de nombreuses plaisanteries, son quotidien est profondément perturbé. Bref, Conan Doyle fait une overdose holmésienne et a développé un certain mépris pour sa création, d’autant plus qu’elle l’empêche de se consacrer à l’écriture d’ouvrages qu’il estime plus nobles, comme le roman historique.


Conan Doyle prend alors une décision radicale : il décide de tuer son personnage. Pour cela, il choisit de lui donner une mort noble en le confrontant à une Némésis à sa hauteur, digne de lui, le professeur Moriarty. Comble de l’ironie, en voulant se débarrasser de Sherlock Holmes, il n’a fait que le conforter. Nombreux sont les fans à porter le deuil du personnage. Conan Doyle reçoit des lettres d’insultes ou de supplications, venant même de sa propre famille. Il résiste de longues années à ses admirateurs et ses éditeurs avant de finalement consentir à ressusciter son héro à la condition d’être bien payé. A ceux qui sont chagrinés de savoir une telle animosité de l’auteur envers son personnage, rassurez-vous. Il semble avoir fait la paix avec Sherlock Holmes dans ses dernières années, le considérant comme un « bon ami à bien des égards ». Il aura au final produit 56 nouvelles et 4 romans que composent ce qu’on appelle le Canon Holmésien.


La troisième partie est consacrée à la riche, riche, riche descendance de Sherlock Holmes à travers les nombreux pastiches, détournements (Herlock Sholmes, une version bien moins sympathique du détective, confronté à Arsène Lupin) et adaptations sur écran comme sur scène qui ont commencé dès le vivant de Conan Doyle. Nombreux furent les acteurs à incarner le détective, mais je retiendrai principalement William Gillette, qui incarna Sherlock Holmes plus de 1 300 fois sur scène et une fois au cinéma, il fut également celui qui suggéra l’utilisation de la pipe recourbée que l’on attribue à Holmes, car elle lui permettait de mieux parler ; Basil Rathbone, autre acteur iconique pour le personnage, le meilleur des Holmes pour la plupart (même si l’adaptation de Watson laisse franchement à désirer) ; ou encore Jeremy Brett qui est pour moi ainsi que de nombreux fans est l’acteur idéal, qui colle parfaitement au personnage et la série Granada dans laquelle il a joué a su reprendre le plus fidèlement possible le canon et rendre justice à la relation Holmes/Watson. A noter que cet ouvrage n'étant pas récent, il ne parle pas des adaptations de Robert Downey Junior et de la BBC qui offre une version plus moderne du personnage.



Nombreux furent les acteurs à endosser le rôle du détective. Parmi eux : William Gillette,
Basil Rathbones, Peter Cushing, Jeremy Brett, Robert Downey Junior et Benedict Cumberbatch

Enfin, la quatrième partie se consacre au monde des holmésiens, comment les fans à travers le monde le culte holmésien ou encore la sherlockholmesmania. La première association holmésienne naît à New York en 1934, The Baker Street Irregulars. De nombreux cercles de fans réunissent des gens de tous âges, professions et milieux sociaux, produisant de nombreuses réunions périodiques, projections, conférences, murder parties, jeux de rôles, réunions en costumes d’époque, visites dans les lieux emblématiques du canon ou encore des réunions pour débattre du canon (par exemple, combien de fois Watson s’est-il marié, quelle maison de Baker Street est le 221b, quels personnages historiques se cachent dans les histoires de Doyle, où et quand sont nés nos personnages, où ont-ils fait leurs études, etc).


On termine enfin sur une liste de documents, principalement un glossaire, un petit guide du tourisme holmésien, et la bibliographie d’Arthur Conan Doyle. C’est un ouvrage court mais qui est très instructif sur l’univers de Sherlock Holmes, même si cela n’apportera rien d’inédit aux fans qui s’y connaissent bien mais ça reste un petit ouvrage sympathique avec ce qu’il faut en information – sans nous perdre dans les détails – et en anecdotes, le tout agrémenté de nombreuses illustrations, photographies, gravures et peintures. On apprend ainsi que Sherlock Holmes n’a jamais dit « Élémentaire, mon cher Watson » dans les livres, et qu’il n’était jamais affublé d’un deerstalker dans les livres mais que c’est l’illustrateur, Sidney Paget, qui le dessina ainsi. On apprend également que Scotland Yard n’a pas tenu rigueur au fait que, dans le canon, ses policiers n’aient jamais été mis en valeur, puisqu’ils ont nommé leur ordinateur de recherche « Home Office Large Major Enquiry System », dont les initiales donnent tout simplement le nom... Holmes ! 


Conan Doyle a souvent évoqué ce qu’il devait à son professeur Joseph Bell (1837-1911), dont les facultés déductives étonnaient ses élèves. Il raconte dans ses mémoires une anecdote significative. En présence d’un inconnu venu le consulter, le docteur Bell affirme que cet homme avait servi dans l’armée dont il avait été libéré depuis peu. Pourquoi ? Parce que, quoique très poli, il n’avait pas ôté son chapeau. Or, on ne se découvre pas dans l’armée. Mais s’il avait été libéré depuis longtemps, il se serait conformé aux usages civils. Conan Doyle ajoute « A tous les Watson qui formaient son auditoire, ce qui avait semblé miraculeux devenait tout de suite assez simple. Il n’est pas étonnant que, pour avoir vu de près un pareil homme, j’aie utilisé son système quand j’ai essayé de créer un détective scientifique qui résout les problèmes par ses propres moyens. ». En 1892, il dédie à Joseph Bell le recueil des Aventures de Sherlock Holmes.

dimanche 23 juillet 2017

L'Aiguille Creuse - Maurice Leblanc.


Lors d'un cambriolage au château de Gesvres, la nièce du comte, Raymonde de Saint-Véran, tire sur un inconnu qui, bizarrement, ne laisse aucune trace. Peu après, la jeune fille est enlevée puis découverte inanimée auprès du corps d'Arsène Lupin. Il est donc mort ? 
C'est ce que croit la police, mais pas le jeune Isidore Beautrelet, détective amateur de génie, qui se met en tête d'enquêter.  
Comme par hasard, un document ancien d'une valeur inestimable - le secret de l'Aiguille creuse, connu des seuls rois de France - disparaît au même moment...




Je poursuis ma découverte d'Arsène Lupin avec ce roman, qui se révèle plus ambitieux que les deux précédentes aventures avec Herlock Sholmès. D'une part, nous avons affaire à un roman et non des nouvelles comme ce fut le cas auparavant ; de l'autre, c'est une véritable aventure qui s'offre à nous et qui nous fait voyager à Ambrumésy, Etretat et d'autres villes françaises, pour mon plus grand plaisir !

Dans cet épisode, Arsène Lupin organise un cambriolage pour récupérer des peintures mais il se fait tirer dessus alors que le méfait est découvert. Malgré sa blessure, personne ne parvient à retrouver sa trace et malgré le vol, personne ne parvient à dire ce qui a été dérobé ! C'est là qu'Isidore Beautrelet, un étudiant sans expérience mais intelligent, intervient. S'intéressant de près à l'affaire, il parvient à découvrir comment Lupin a réussi à s'enfuir et quels objets ont été volés ! Si les personnages ont d'abord du mal à croire ce jeune homme, ils placent en lui tous leurs espoirs alors que, dans un temps d'incertitude, Isidore parvient à répondre aux questions qui se posent et se révèle efficace dans cette affaire... Trop, même, aux yeux des complices de Lupin, dans la déroute alors que leur patron est ressorti blessé du cambriolage au château, qui menacent Isidore si celui-ci continue de parler ! Isidore refuse... et s'engage alors un combat entre ce jeune lycéen et le grand voleur qui va, progressivement et contre toute-attente, se transformer en chasse au trésor ! En effet, une étrange affaire autour d'une aiguille creuse surgit et laisse entendre qu'elle entrepose le trésor que les rois de France se sont transmis au cours de l'Histoire... Un trésor que l'on dit que Lupin cherche à s'approprier... de même que ses adversaires qui cherchent à le devancer, ainsi que l'Etat qui entend profiter de ce trésor.


Le petit (enfin, pas si petit) Isidore
Beautrelet dans la célèbre adaptation
télévisée. Regardez-moi cette bouille d'ange !
Avant de parler de l'intrigue, j'aimerais avant tout parler du personnage que nous introduit le roman : Isidore Beautrelet, et sans conteste mon personnage préféré du roman, et sans doute de la série Arsène Lupin. Jeune lycéen en rhétorique et féru de romans policiers, il se révèle être un détective amateur fort efficace. Extrêmement malin, c'est également un jeune homme sensible, enfantin (mais plus dans un sens naïf, à l'inverse de Lupin qui, s'il est parfois enfantin, l'est plus dans le sens où il est joueur et insouciant), un peu maladroit, qui se laisse parfois vite submergé mais il reste un personnage terriblement attachant, et humain. Isidore parvient assez rapidement à cerner des éléments de l'affaire là où la police piétine, et si c'est  Lupin qui a gagné la partie (comme il fallait s'en douter), Isidore a quand même eu le mérite d'avoir mis le cambrioleur en déroute plus d'une fois ! Outre son intelligence, il se révèle être un personnage attachant et amusant : il ne veut pas de publicité autour de lui car il ne veut pas faire de peine à son père, lorsqu'on lui demande pourquoi il ne s'acharne pas à capturer Lupin, il répond qu'il a tout de même des examens à passer, ou lorsqu'il reçoit une lettre de menace des complices de Lupin, tout ce qu'il trouve à dire est « Quel style ! on voit bien que ce n’est pas Lupin qui tient la plume. »  où, après s'être fait passer pour un journaliste pour avoir des détails sur l'enquête et s'être fait démasquer, il avoue son méfait sans se départir de son enthousiasme. Bless him ]. Oui, j'ai eu beaucoup d'affection pour ce personnage et malgré sa défaite, j'ai apprécié le fait qu'il ne devienne pas aigri (pas comme un certain détective anglais caricaturé à l'extrême...), et s'attache à Lupin, succombe à son charme, sa personnalité et que Lupin lui-même s'attache à lui et décide de lui révéler son but à la fin.

On m'a confié que le petit Isidore n'apparaissait que dans ce roman... Ce que je déplore, car il m'a beaucoup plu ce garçon. Cependant, on m'a révélé quelque chose d'intéressant : Gaston Leroux (auteur du "Fantôme de l'Opéra" ainsi que d'autres romans) se serait inspiré du personnage pour créer son personnage détective de Rouletabille, héros de nombreux romans policiers dont le Mystère de la Chambre Jaune ; du coup, je me sens tout à fait capable de lire ses aventures, tant j'ai adoré le personnage d'Isidore. J'ai tellement d'affection pour ce personnage, que j'avais envie qu'il l'emporte contre Lupin ! Mais Leblanc adorant son héros, il en était hors de question. Qu'importe, Isidore est l'un des points forts de ce roman, et s'il a perdu face à Lupin, il a fait un meilleur adversaire que ne le fut Herlock Sholmès, ou encore Ganimard. Mais là où Sholmès était ridiculisé, caricaturé, Isidore est pris au sérieux par l'auteur... et par Lupin, qui voit en lui une menace.

Un autre point que j'ai beaucoup apprécié au cours du roman, et qui me fait en partie regretter qu'Isidore n'apparaisse pas dans d'autres aventures, c'est la relation entre Isidore et Lupin. L'un est une menace pour l'autre qui est pris en chasse, cependant on comprend progressivement qu'Isidore éprouve du respect, de l'admiration et de l'attachement pour Lupin et que notre voleur lui-même avouera ressentir de l'affection et de l'admiration pour ce jeune homme brillant, et [spoiler] on le voit à la fin, il ne le traite plus comme un ennemi [/spoiler], nous n'avons pas affaire à une histoire en noir et blanc, il y a du respect et de l'attachement entre les deux personnages, et nous avons quelques passages qui le montrent bien :

A la manière dont Lupin lui étreignit le bras, Beautrelet sentit que toute résistance était inutile. Et puis, pourquoi résister ? N'avait-il pas le droit de s'abandonner à la sympathie irrésistible que, malgré tout, cet homme lui inspirait ?

Car malgré tout, comment ne pas résister à Lupin ? Il reste le cambrioleur futé et intelligent que nous avons rencontré dans les deux premiers livres de ses aventures. Sa gaieté, son insouciance, sa joie de vivre, sa gaminerie, son intelligence, comment il sait tirer les ficelles... Il est aussi futé que drôle. J'ai notamment adoré ce moment vers la fin où [spoiler] il se lance dans un grand discours grandiose devant Isidore mais qu'il est interrompu par l'inspecteur Ganimard, qui tambourine derrière la porte, et que Lupin s’agace en disant que, décidément, il ne comprenait pas l'importance historique du moment ! [/spoiler]. Malgré ceci, ce roman est plutôt sombre par rapport aux précédents (sans aller dans les détails, nous avons un Lupin bien malmené qui révèle une face sombre, et quelques scènes dramatiques qui surprendront plus d'un !), avec une trame complexe où Lupin se fait un plaisir de brouiller les pistes en changeant d'aspect, de nom, ou de stratégie, en menant ses ennemis sur de multiples fausses pistes. L'intrigue est bien orchestrée, et elle est riche en rebondissements, jusqu'aux dernières lignes ! La plume de l'auteur reste fluide et agréable, et le sujet travaillé. Maurice Leblanc nous fait voyager à travers la France, et c'est un véritable plaisir, d'autant plus qu'il a très bien su décrire les lieux, et surtout la campagne française.

On peut noter, dans cette aventure, l'importance des paysages de
Normandie, région bien connue de l'auteur, et notamment les falaises
d'Etretat, qui auront été rendues célèbres grâce au roman !

J'ai beaucoup apprécié la tournure de l'intrigue. D'enquête criminelle, on passe à véritable chasse au trésor avec l’énigme de l'Aiguille creuse dans laquelle continuent de s'affronter nos deux héros, ce qui lui donne une autre profondeur. Maurice Leblanc manie bien sa plume, et a su nous monter une énigme prenante, qui mélange histoire avec Histoire. Il utilise sa plume pour nous tromper et nous questionner sur ce qu'est cette aiguille et où elle se trouve, et Arsène Lupin s'en donne à cœur joie dans cette aventure ! Entre déguisements, tours de passe-passe, sans oublier de faire son charmeur, bien que le premier chapitre nous fait semer des doutes sur Lupin, et sur ce qu'il s'est réellement passé lors du cambriolage.

J'ai beaucoup apprécié ce roman ! L'enquête est complexe et intéressante, d'autant plus que Leblanc a donné un véritable adversaire à Lupin, et qu'il n'a pas, cette fois-ci, hésité à mettre son héros en difficulté, et à nous le montrer sous un jour plus complexe, plus violent, plus imprévisible que les tomes précédents.

"Mon cher Beautrelet, j'ai ordre de vous recommander, à propos de cette affaire, la discrétion la plus absolue.- Ordre de qui ? fit Beautrelet plaisantant. Du préfet de la police ?- Plus haut.- Le président du Conseil ?- Plus haut.- Bigre !"Ganimard baissa la voix."Beautrelet, j'arrive de l'Elysée. On considère cette affaire comme un secret d'Etat, d'une extrême gravité." 

Chapitre IX. Sésame, ouvre-toi !


Ce billet est une participation au :

Challenge Arsène Lupin


Après plusieurs années à m'être intéressée aux détectives de fiction (tels Sherlock Holmes, Hercule Poirot ou encore Miss Marple), il était temps que je commence à m'intéresser aux criminels de fiction, et notamment ceux de nos classiques, Fantômas étant l'un des plus connus. Cependant, celui qui m'intéresse depuis quelques mois à présent est un cambrioleur français bien connu, Arsène Lupin ! Ainsi, lorsque j'ai vu qu'il existait un challenge illimité sur notre Lupin national, je me suis dit que c'était là une bonne occasion de mieux faire connaissance avec ce personnage et ses aventures.

L'objectif du challenge est simple : lire au moins un des romans des aventures d'Arsène Lupin écrit par Maurice Leblanc.  Pour cela, nous avons le choix entre 4 niveaux différents et il est possible de passer de l'un à l'autre en montant (mais pas en rétrogradant, en revanche). Chaque niveau correspond à un pseudonyme emprunté par Arsène Lupin :

Niveau 1 : Vicomte Raoul d'Andrésy - lire de 1 à 3 romans (ou recueils de nouvelles)
Niveau 2 : Prince Paul Sernine - lire 8 romans (ou recueils de nouvelles)
Niveau 3 : Don Luis Perenna - lire 16 romans (ou recueils de nouvelles)
Niveau 4 : Arsène Lupin - lire les 23 romans du "canon"

Le Clos Lupin - joker - il est possible de remplacer un des livres de la liste par 
un inclassable : soit une des pièces de théâtre écrite par Maurice Leblanc ou par par une adaptation en manga, BD ou film/série, ou même roman écrit par d'autres que Leblanc.

Les inscriptions se font sur ce topic. Enfin, il est possible de faire compter dans le challenge deux livres déjà lus et chroniqués avant l'ouverture du challenge, comme j'ai pu le faire avec mes deux premiers avis, rédigés avant la date de création du challenge.

Le niveau que j'ai choisi est le second, soit le Niveau Prince Paul Sernine, et, comme mes précédents billets sur les challenges, je me sers également de cet article pour répertorier mes participations :


samedi 10 juin 2017

La femme du gardien de zoo - Diane Ackerman.

Jan et Antonina Zabinski dirigent le zoo de Varsovie quand éclate la Seconde Guerre mondiale. La Pologne est envahie et bientôt règne la barbarie.

Les animaux ont été tués sous les bombardements, envoyés à Berlin ou ont servi de gibier aux officiers allemands. Jan et Antonina se mettent alors à élever des porcs – officiellement pour les troupes, officieusement pour nourrir les habitants du ghetto. Surtout, ils profitent d’un réseau de souterrains reliant les cages pour y cacher des juifs et les faire quitter le pays… 

Grâce au courage de ce couple, trois cents d’entre eux seront sauvés. Inspiré du journal intime d’Antonina Zabinski, ce récit retrace le combat d’un couple soucieux de la cause animale qui s’engage dans une lutte secrète contre l’oppression nazie. Un très beau portrait de femme, où l’abnégation et la générosité côtoient la cruauté et l’horreur.


J'avais beaucoup d'espérance et d'enthousiasme pour ce roman après avoir découvert la bande-annonce du film qui envoyait du pâté ! C'est donc avec beaucoup d'entrain que j'ai débuté la lecture de ce roman... qui m'aura au final déçu.

Je suis pourtant une grande amatrice de livres sur la Première ou la Seconde Guerre mondiale, et après ma lecture du Pianiste, je m'intéresse à la Pologne pendant la période de la seconde guerre. Ce livre avait donc tout pour me plaire, et il n'est pas mauvais pour autant ni dénué de tout intérêt ! Cette lecture fut vraiment intéressante dans l'ensemble, même s'il y a des points négatifs qui ont gâché ma lecture et qui ont fait que je n'ai pas su apprécier ce livre comme je l'aurais fait en temps normal.

J'ai apprécié découvrir la véritable histoire de Jan et Antonina Zabinski, qui dirigeaient le zoo de Varsovie. Un couple courageux, soucieux des animaux, dans leur lutte secrète contre l'oppression nazie en utilisant le réseau de souterrains reliant les cages des animaux pour y cacher des Juifs. Grâce à leur courage, 300 Juifs furent sauvés et leur valurent d'être considérés comme des Justes à la Nation. L'histoire de ce couple est vraiment intéressante, et je serais vraiment curieuse de découvrir le film au cinéma (s'il daigne sortir en France un jour).



L'affiche du film, avec Jessica Chastain
dans le rôle d'Antonina Zabinski.
Cependant, le soucis majeur du livre est le mélange des genres : j'ai trop souvent eu cette impression que l'auteur n'arrivait pas à se décider entre écrire un récit romancé ou un témoignage/une biographie. Le mélange des deux genres fut assez déroutant et m'a empêché d'apprécier totalement l'histoire. L'auteur écrit l'histoire de façon romancée, puis au bout d'un moment on peut lire des "Comme nous pouvions le lire dans le journal d'Antonina" ou alors plusieurs longs paragraphes biographiques sur tel personnage ou sur un événement historique ou sur le contexte historique, pour revenir plus tard au style romancé. Cela m'a pas mal bloqué dans ma lecture et au final, j'avais plus hâte d'en finir avec le livre que de découvrir comment tout s'est terminé pour Antonina et sa famille, ce qui est dommage car de nombreux sujets évoqués dans le roman restent intéressants.

Cependant, le mélange de narration est le seul gros soucis que j'ai à reprocher au livre, car le sujet de base est intéressant : découvrir la Seconde Guerre mondiale sous une autre facette, à travers deux gérants d'un zoo et l'évolution du zoo tout au long de la guerre. Prospère, dynamique et plein de vie avant le conflit, il va connaître une période sombre pendant la guerre alors que les bombardements ravagent la ville et que le zoo est peu à peu démantelé par les soldats allemands qui n'hésitent pas à s'approprier les animaux ou à les tuer sas aucune pitié. Ce roman nous permet aussi de découvrir une facette méconnue de l'idéologie de la race supérieure à travers... les animaux. L'idée de purification et de race supérieure ne s'est en effet pas arrêtée aux hommes car les soldats avaient pour ordre de décimer la flore et la faune de Pologne pour introduire les espèces acceptées par l'Allemagne, et ça va même jusqu'à l'idée de recréer des espèces éteintes ! De plus, on apprend des choses intéressantes sur les divers animaux présents dans l'ouvrage, ainsi que sur la résistance polonaise, la survie dans le ghetto de Varsovie, etc. On sent que l'auteur a fait beaucoup de recherches pour la construction de son livre, et on ne peut pas ne pas apprécier ses efforts.

En somme, un roman assez intéressant dans son ensemble qui nous permet de découvrir la Seconde Guerre mondiale sous une autre facette et à travers un couple altruiste, courageux et attachant, mais malheureusement une narration changeante qui m'a beaucoup dérangé et freiné dans ma découverte et l'appréciation du roman.


Jan Zabinski, posant pour un magazine, en mars 1967.

Ce billet est une participation au :