lundi 14 novembre 2022

The Wicked Deep : La malédiction des Swan sisters - Shea Ernshaw.


C’est une histoire de vengeance... Il y a près de deux siècles, Marguerite, Aurora et Hazel Swan, trois jeunes femmes belles, libres et indépendantes, furent accusées de sorcellerie par les habitants de la ville de Sparrow. Des pierres accrochées aux chevilles, les trois sœurs furent noyées. Exécutées. 

Depuis ce jour, chaque année au mois de juin, les sœurs Swan sortent des eaux de la baie pour choisir trois jeunes filles, trois hôtes. Dans le corps de ces adolescentes, Marguerite, Aurora et Hazel reviennent se venger.

Et cette année encore, Penny le sait, alors que les touristes afflueront, on retrouvera des cadavres de jeunes hommes sur la plage… Car cette malédiction, rien ne semble pouvoir l’arrêter.




C’est l’histoire de trois sœurs sorcières condamnées à mort et qui reviennent à notre époque pour assouvir leur soif de vengeance… Il ne s’agit pas d’Hocus Pocus et des sœurs Sanderson mais des sœurs Swan. Nous sommes à Sparrow, petite ville portuaire, hantée chaque année par une malédiction. Du premier jour de juin jusqu’au solstice d’été, les sœurs Swan se relèvent des eaux où elles furent noyées des siècles de cela pour occuper le corps de trois jeunes filles et attirer des hommes pour mieux les noyer.



L’histoire présente de nombreux bons points. Le plus intéressant étant bien entendu la malédiction. Trois sœurs sont assassinées car accusées d’être sorcières. Elles reviennent chaque année au mois de juin pour prendre possession de jeunes filles et emporter dans l’océan des jeunes hommes pour les noyer après les avoir séduit. Ces jeunes filles sont libérées de leur emprise une fois qu’est passé le solstice d’été et n’ont aucun souvenir de ce qu’il s’est produit pendant cette période. Pendant cette période, c’est une chasse aux sorcières qui se met en place chez les adolescents qui se demandent, parmi les filles, qui est possédée et une espèce de psychose se met en place. Nous suivons à travers les yeux de Penny, notre personnage principal, toute cette période sombre et tendue. Cependant, pour cette année, des éléments perturbateurs pourraient bien faire changer la donne…



Il y a de nombreux de secrets, et cela dès le départ. Ça commence d’abord tout petit. Qu’est-il arrivé au père de notre héroïne, disparu du jour au lendemain ? Est-il mort ? A-t-il disparu ? A-t-il fui femme et enfant ? Cela pourrait-il avoir un rapport avec la Swan season ? Et puis apparaît cet étranger qui prétend chercher un job d’été, précisément à la veille de la Swan season. Qui sont les hôtes des trois sœurs ? Qui seront les malheureuses victimes ? Vers quelles extrémités vont se livrer les jeunes gens pour échapper aux sœurs Swan ? Bref, tant de questions qui nous maintiennent en haleine pour la plupart (car j’avoue qu’on découvre assez rapidement qui sont les hôtes, du moins deux d’entre elles, et les victimes sont de parfaits anonymes).



L’histoire nous offre un cadre attrayant, celui d’une ville portuaire presque coupée du monde, brumeuse et mystique, où tous les habitants se connaissent et se méfient des étrangers. C’est une ville retranchée sur elle-même qui subit, comme la marée chaque jour, la malédiction. L’auteure nous offre une véritable atmosphère marine où l’on sent l’air iodé, le vent qui fouette les cheveux, la lourdeur de l’atmosphère, le cloche du port qui annonce les décès par noyade. Et, au final, tout revient à l’eau, à la mer : le réveil des sœurs Swan, l’appel des sœurs qui envoûte surtout les filles qui ont été au contact de l’eau de mer, les meurtres qui se font aussi dans l’océan, etc.



Les personnages ne sont ni mémorables, ni attachants, mais font l’affaire, et on les suit tout au long de l’intrigue sans difficulté. Je pense notamment à Penny, jeune fille native de Sparrow qui s’occupe du phare depuis que son père à disparu mystérieusement, ainsi que de sa mère qui a depuis lors sombré dans la dépression. Rose, son amie, dont la maman confectionne des pâtisseries aux mélanges originaux de parfums et qui auraient le don de requinquer. Bo, un étranger, qui vient demander un boulot d’été à Penny et qui se révèle avoir un lien avec la malédiction, pour avoir eu un frère mort noyé par l’une des sœurs. Il cherche à trouver les causes de son décès et venger son frère. La romance était plutôt sympathique même si je trouve qu'elle prenait parfois trop le dessus sur l'intrigue autour de la malédictions et de nos prétendues sorcières.



Passons maintenant aux points qui m’ont chagriné.



Tout d’abord, la crédibilité.



Je n’ai pas trouvé logique que les habitants sombrent dans la passivité, acceptant quasi sans sourciller la malédiction, attendant que cela passe et de retrouver les corps des malheureuses victimes. C’est une chose de ne pas croire à cette histoire de malédiction. C’est autre chose de ne pas s’alarmer tant que ça des vagues de meurtres qui se produisent chaque année et à la même période et ce depuis 200 ans. Personne ne semble mener l’enquête, personne ne semble prendre les mesures nécessaires pour empêcher, sinon limiter les meurtres. Les habitants continuent de vivre leur vie, ne cherchent pas à déménager, laissent leurs enfants se balader en ville quand bon leur semble pendant ces trois semaines fatales. J’ai trouvé encore plus insensé que les adolescents de Sparrow s’amusent à faire la fête sur la plage puis approcher l’eau pour voir si les filles se feront posséder par les sœurs ou si les garçons se feront entraîner par elles, en guise de jeu. L’événement en question a même un nom, la Swan season, et attire des touristes chaque année ! Coucou tourisme morbide.



Le roman avait également un bon potentiel féministe. On ignore si les sœurs Swan ont été des sorcières. Il est plus vraisemblable qu’elles ont été condamnées pour avoir suscité la méfiance et la jalousie parmi les habitants de Sparrow, car ce sont des femmes belles, libres, indépendantes qui ont débarqué à Sparrow pour s’installer et vivre de leur commerce de parfumerie, et si belles qu’elles attirent sans effort n’importe quel homme. Face à ces femmes fières et indépendantes, les habitants ont cherché à y trouver de la sorcellerie pour mieux les condamner et se débarrasser d’elles. Le récit est d’autant plus entrecoupé de flash-back nous narrant la vie des sœurs depuis leur arrivée à Sparrow jusqu’à leur jugement et leur exécution.



Pourtant, j’ai trouvé qu’on avait finalement appris peu de choses sur les trois sœurs. On connaît leur histoire, mais leur personnalité ne se dévoile que peu. Elles nous sont davantage présentées comme de viles séductrices qui n’hésitaient pas à séduire tous les hommes, même mariés, davantage pour plaire que pour s’établir avec quelqu’un. J’adhère totalement au fait de montrer Marguerite, Aurora et Hazel comme des femmes libres, indépendantes, fières et qui ont fait ce qu’elles voulaient de leur vie et de leur corps, et que cela n’ait pas plu aux habitants de voir des femmes libres et sûres d’elles au point de les accuser de sorcellerie. Toutefois, il aurait été intéressant de présenter les sœurs sous un jour un peu plus avantageux, nous faire avoir de la peine pour elle, les rendre un peu sympathiques et mieux accentuer ainsi combien leur sort fut injuste au lieu de nous les présenter comme des femmes aux mœurs légères, et montrer davantage de leur personnalité que cet aspect. Je trouve un peu dommage que l’auteure n’ait pas cherché à donner un semblant d’humanité à Aurora et Marguerite, je n’ai ressentie aucune empathie pour elles, bien que l’on sait qu’elles ont été injustement condamnées. Alors qu’elles auraient pu être des antagonistes intéressantes et complexes, elles demeurent pour moi des meurtrières séductrices…



Seule Hazel se démarque un peu du lot, elle nous semble plus humaine et accessible, même si on découvre qu’elle peut être profondément égoïste. Je ne peux pourtant pas parler d’elle sans risquer de spoiler, disons juste que le roman ne cache pas qui sont les hôtes d’Aurora et de Marguerite et a su garder le suspense concernant Hazel. C’était un bon plot twist et apporter plus de nuance à l’histoire. Je suis contente que [spoiler] Hazel a su faire le bon choix, celui de se sacrifier pour stopper pour de bon la malédiction, laisser son hôte retrouver sa vie, en sacrifiant son amour pour Bo. Ça aurait été trop fort sinon, elle aurait eu le beurre, l’argent du beurre et la crémière aussi… le crémier dans ce cas. Si je ne doute pas de l’amour de Bo pour Penny, je ne peux toutefois pas m’empêcher d’avoir la désagréable sensation qu’elle sert un peu de substitut d’Hazel pour Bo [/spoiler]



En résumé, Un livre jeunesse plutôt sympathique. J’ai aimé l’ambiance autour de la malédiction, le cadre portuaire et le plot twist. En revanche, pour la crédibilité, on repassera. Malheureusement, la romance prend trop souvent le pas sur l’intrigue autour de la malédiction et les personnages ne sont pas mémorables ou attachants.


- Peut-être, reconnaît Gigi. N'empêche qu'elles n'ont pas mérité ce qui leur est arrivé.
Davis rigole, le visage rougi par la chaleur du feu.
- C'étaient des sorcières !
Gigi lève les yeux au ciel.
- Peut-être que cette ville les détestait juste parce qu'elles étaient différentes, dit-elle. Parce que c'était plus facile de les tuer que d'accepter que les hommes sont des connards misogynes et bornés.
(...) Les yeux perçants, Bo me regarde. Il parle doucement pour que personne d'autre ne l'entende :
- On les a tuées parce qu'on les prenait pour des sorcières ?
- Noyées dans le port, des pierres accrochées aux chevilles. A l'époque, il ne fallait pas grand chose pour condamner quelqu'un pour sorcellerie : la plupart des gens de Sparrow détestaient déjà les Swan Sisters, donc le procès a été assez expéditif.

dimanche 30 octobre 2022

Sherlock Holmes et la Bête des Stapleton - James Lovegrove.


1894. Voilà cinq ans que le monstrueux chien des Baskerville et son maître, le naturaliste Jack Stapleton, sont morts. Sir Henry Baskerville vit heureux dans son manoir ancestral avec son épouse Audrey et leur fils.

Du moins jusqu’au jour où l’on retrouve sur la lande le corps exsangue d’Audrey. Une nouvelle créature démoniaque hanterait-elle le Dartmoor ? Lorsqu’on les appelle à la rescousse, Sherlock Holmes et le Dr Watson sont confrontés à une véritable créature de cauchemar. Il semblerait que Jack Stapleton ait survécu et qu’il soit décidé à se venger…


Cela fait un peu plus de dix ans depuis que j’ai découvert Sherlock Holmes. J’avais décidé de faire connaissance avec le détective avec Le Chien des Baskerville, qui demeure l’une de ses meilleures enquêtes. James Lovegrove nous propose ici une suite qui se situe cinq ans après les événements du roman de Conan Doyle.



Sherlock Holmes apprend, par le biais d’un dénommé Grier, qu’Henry Baskerville, alors qu’il semblait avoir gagné son « heureux pour toujours », s’est cloîtré chez lui depuis la mort de son épouse, avec son fils qu’il couve par crainte de le perdre. Lady Baskerville a en effet été assassinée… par une bête immense qui s’abreuverait du sang de ses victimes, humains comme bétail, jusqu’à la mort et qui hante la région du Dartmoor…



Sherlock Holmes qui retourne sur les terres des Baskerville, non pas pour traquer le chien maudit, mais une autre créature. J’adhère tout de suite ! Ce qui m’avait plu dans le roman d’origine, c’était bien cette ambiance écossaise mystérieuse et une histoire inquiétante d’une créature que l’on croit surnaturelle et meurtrière. J’ai donc retrouvé avec plaisir la lande lugubre et sauvage du Dartmoor et, si on se doute bien que la créature en question n’a rien de surnaturel et que l’on devine rapidement la supercherie, cela n’enlève rien au suspens du roman qui nous emmène de suspect en suspect, d’indices en indices pour découvrir qui est le véritable auteur de ces meurtres ainsi que ses motivations, mais aussi la nature du lien avec l’ancien meurtrier.



L’enquête est efficace, intéressante, elle tient la route et nous tient suffisamment en haleine jusqu’à la fin avec la traque du meurtrier. Toutefois, il y a quelques points à m’avoir chagriné. J’ai notamment trouvé que cela devenait un peu too much sur la fin avec le lien entre le meurtrier et un personnage dont le nom ne sera pas inconnu aux holmesiens [spoiler] imaginer un frère au professeur Moriarty qui a fait tout cela pour venger son défunt frère, il est un peu sorti de nulle part ce personnage… [/spoiler]



Mon autre soucis est que l’auteur a donné à Watson une phobie des chiens et qui préfère rester à Baker Street plutôt que d’accompagner Holmes dans le Dartmoor, de crainte d’un nouveau chien des Baskerville. Si la soudaine phobie des chiens suite aux événements du roman paraît logique, cela me paraît tout de même un peu gros que Watson, vétéran d’une guerre dans laquelle il a vu ses camarades mutilés, ancien médecin de l’armée et compagnon d’un détective qui le suit dans ses affaires les plus sombres, soit trop peureux et lâche pour accompagner Holmes. Heureusement que Holmes insiste pour que Watson l’accompagne en deuxième partie de roman. C’est toujours mieux quand les deux inséparables partent ensemble à l’aventure… Cela m’a donc chagriné de voir Watson absent pendant une partie de l’intrigue.



La seconde partie du roman peut déconcerter car nous changeons radicalement de cadre. L’auteur laisse l’Écosse derrière lui pour le Costa Rica où Holmes, Watson, Henry Baskerville et d’autres personnes de leur cercle embarquent en catastrophe dans un bateau pour traverser l’océan puis le Costa Rica à la recherche du meurtrier pour retrouver l’un des leurs que le meurtrier a kidnappé. Cette partie s’apparente davantage à un thriller et apporte un petit vent de fraîcheur et n’est pas dénué d’intérêt malgré tout. Les rebondissements ne manquent pas jusqu’à l’affrontement final où, malheureusement, le dénouement fut assez rapide et la chute un peu facile.



Au niveau des personnages, je n’ai rien à redire. L’auteur respecte les personnages de Conan Doyle, Holmes et Watson forment une dynamique sympathique. On voit bien qu’il s’agit ici de deux amis qui se taquinent et qui sont attachés l’un à l’autre. Watson a ses moments d’utilité, ainsi son rôle n’est pas réduit à celui de faire-valoir de Holmes et il n’est pas présenté comme un benêt, ce qui est agréable. Le caporal Grier, qui a partagé la vedette avec Holmes dans la première partie du roman, est un personnage plutôt sympathique et il est assez amusant dans ses taquineries sur Holmes. Grier et Watson forment également un duo sympathique, et le personnage de Grier se présente comme une figure loyale, forte et courageuse, malgré la ségrégation raciale et le racisme dont il est victime, il ressort toujours la tête haute.



Pour résumer, il s’agit d’un pastiche holmesien plutôt sympathique. Les pages se sont tournées avec beaucoup de plaisir et de fluidité. L’auteur mène son enquête à un rythme qui ne faiblit pas, nous apporte son lot d’énigmes et de rebondissements malgré quelques éléments prévisibles et un final un peu rapide. Le cadre du roman est plaisant et dépaysant, entre l’Écosse sombre et humide, ses vents battants, ses tourbes et le Costa Rica chaud et humide et son exotisme. Pour ma part, le pari d’apporter une suite convaincante au Chien des Baskerville est relevé haut la main !


— Holmes, j’ai pensé à quelque chose, dit sir Henry alors qu’ils étaient en plein petit déjeuner le lendemain matin.

S’il existe une phrase risquée quand on parle à Sherlock Holmes, c’est bien celle-là. Personnellement, je n’ai jamais l’imprudence de la prononcer, celle-ci ou une autre du même genre, lorsque je me trouve à portée de voix de Holmes. Cela provoquerait presque inévitablement une réponse sardonique comme : « Penser, c’est une affaire de professionnel » ou : « Le cerveau est un organe délicat, il faut faire attention à ne pas trop lui en demander. »

Pour l’occasion, néanmoins, Holmes se montra charitable, ce qui se comprend après la peur que sir Henry avait eue dans la nuit. Holmes, donc, se contenta de répondre :

— Et quelle est, je vous prie, l’issue de vos délibérations ?

jeudi 27 octobre 2022

L'épouvanteur (T.5) L'erreur de l'épouvanteur - Joseph Delaney.

 « — Lève-toi, m’ordonna-t-elle d’une voix dure. L’heure est venue, le danger est proche. Nos ennemies ne vont pas tarder.

— Nos ennemies ? soufflai-je. Il y en a plusieurs ?

— Bien sûr, petit ! La fille du Malin ne sera pas seule. Les sorcières d’eau convergent de tous les côtés vers cette colline. Le combat est imminent. »

Plus que jamais, l’obscur menace le Comté. John Gregory envoie Tom dans le nord, pour qu’il poursuive sa formation auprès d'un autre épouvanteur, Bill Arkwright. Ce dernier habite un moulin hanté, non loin de dangereux marécages, et il se montre un maître implacable. Tom a du mal à supporter ses méthodes ! Or, le Malin charge sa propre fille, une puissante sorcière d’eau, d’anéantir Tom. C’est alors que Bill Arkwright commet une erreur, et le garçon se retrouve seul pour affronter sa redoutable adversaire.


Il y a un peu plus de dix ans (déjà ! Que le temps passe), j’avais découvert la série L’épouvanteur et dévoré les quatre premiers tomes en deux mois. La bibliothèque ne possédant pas les tomes suivants, j’avais mis en pause la saga. Puis, j’ai lu d’autres livres et j’ai laissé L’épouvanteur de côté… Les années ont passé et la série a commencé à refaire surface dans mon esprit. L’univers me manquait et j’étais désireuse de connaître la suite, par chance, depuis le réseau de bibliothèque avait fait l’acquisition des tomes suivants ainsi ai-je repris ces derniers mois la lecture en relisant tout d’abord les quatre premiers tomes pour me remettre dans le bain et me remémorer ce que j’avais oublié. J’ai redécouvert avec beaucoup de plaisir l’univers et les personnages, constatant que la magie opérait toujours et que je dévorais chaque page, chaque chapitre, comme il y a quelques années. Entre deux, j’ai appris avec tristesse la mort de Joseph Delaney qui, même si je n’avais pas grandi avec ses livres, avait toujours su me charmer par ses mots, son univers et ses personnages.


Me voici donc, mes relectures achevées, à reprendre officiellement la série, en partant en terrain inconnu avec L’erreur de l’Epouvanteur.


Dans le tome précédent, les sorcières de différents clans s’étaient réunies pour invoquer le Malin et le relâcher sur Terre afin qu’il accomplisse leur dessein, celui de tuer le jeune Tom Ward. Bien qu’il ait échoué à cette tâche, le Diable est à présent libéré de toute contrainte et libre d’arpenter où bon lui semble. Depuis, la situation s’obscurcit dans le Comté. Craignant que le Malin ne cherche à s’en prendre à Tom et incapable de lui enseigner une forme d’entraînement, qu’avec son âge il ne peut lui prodiguer, John Gregory envoie son apprenti passer six mois chez un autre Epouvanteur, Bill Arkwright, pour qu’il poursuive son apprentissage. Arkwright est un ancien apprenti de Gregory et vit dans un moulin hanté par les fantômes de ses parents, en compagnie de Croc et Griffe, deux chiens féroces. Tom a bien du mal à s’acclimater, d’autant plus qu’Arkwright est très exigeant, sévère et porté sur la boisson, et que les ennuis parviennent malgré tout à le trouver sous la forme d’une monstrueuse sorcière. Arkwright lui révèle qu’il s’agit de Morwène, une redoutable sorcière des eaux, qu’il pourchasse depuis des années et qui sème la terreur depuis des siècles…


À l’instar des tomes précédents, j’ai dévoré ce livre et, alors que je prévoyais une lecture progressive, je n’ai pas su résister et je l’ai terminé en quelques heures. L’écriture de Joseph Delaney est toujours aussi efficace, il parvient à nous entraîner aisément dans son histoire et à nous faire tourner les pages avec avidité. Il sait manier le suspense, nous surprendre, nous attendrir comme nous faire ressentir de l’appréhension.


Avec ce tome, Joseph Delaney nous entraîne ici à la découverte des sorcières d'eau, selkies, skelts et autres créatures des marais. Son folklore continue ainsi à s’étoffer à mesure que la saga progresse. J’ai beaucoup aimé le changement d’environnement, on se retrouve dans un cadre marécageux, brumeux mais toujours sombre et inquiétant, où vivent des créatures inquiétantes.



J’ai retrouvé avec plaisir les personnages et même si j’aime toujours Tom, je déplore le fait qu’il ait moins brillé dans ce tome par rapport aux précédents, qu’il reste encore celui qui se fourre malgré lui dans les ennuis et qui doit être sauvé par Alice, Gregory ou un autre personnage. Je suis bien consciente que Tom est encore en stade d’apprentissage et qu’il fait face à des créatures bien plus puissantes que lui, mais même lorsqu’il est en déroute face à des humains, j’aurais aimé qu’il soit un peu plus débrouillard, comme ce fut le cas dans les tomes précédents. Même à son moment le plus intense, celui où il a du combattre Morwène, il ne l’a pas fait seul et s’est battu avec un autre personnage qui a fini par achever le travail et sauver Tom. J’espère vraiment que Tom brillera davantage dans les tomes suivants car il en a les capacités, il l’a déjà prouvé, et que nous lecteurs aimerions voir la certitude que, oui, Tom est bien le meilleur apprenti que Gregory ait jamais eu, comme l’affirment certains personnages.




Gregory est moins présent dans ce tome, mais c’est toujours un plaisir de le revoir, d’autant qu’on devine bien dans ce tome son inquiétude pour Tom, prouvant qu’il est attaché à son apprenti et ne veut que son bien, et le protéger tout en le préparant au pire, pour qu’il ait une chance de survivre. Il a été difficile de s’attacher à Bill Arkwright, comme ce fut le cas avec Tom qui du mal à se faire à cet Epouvanteur si différent de John Gregory, avec des méthodes brutales, qui se montre antipathique, violent et porté sur la boisson. Au fil des chapitres, Tom et le lecteur sont amenés à comprendre le passé de cet homme et réaliser ce qu’il peut apporter à Tom. Malgré tout, Arkwright a un vécu qui le rend touchant et il nous montre petit à petit d’autres facettes de sa personnalité. Je serais curieuse de voir s’il va apparaître de nouveau dans la série. Bien que je n’ai eu aucune sympathie pour Arkwright au début, sans pour autant le détester, j’ai apprécié de découvrir les méthodes d’un autre Epouvanteur, et qui différent de celles de John Gregory, de voir comment Arkwright voit le rôle d’Epouvanteur et l’exerce, ce qui permet à Tom d’ouvrir ses horizons et de voir que la vision de son maître n’est pas la seule. Cela fait un parallèle intéressant avec la vision que nos personnages se font concernant l’obscur ainsi que d’autres choses, notamment les différences d’opinion concernant Alice.


Alice est très énigmatique dans ce tome. L’attachement qu’elle et Tom se portent est toujours aussi attachant, on ne peut pas être insensible à la loyauté et l’affection qu’ils ont l’un envers l’autre, et combien ils sont prêts à tout pour l’autre. Néanmoins, on sent qu’elle change, que son destin n’est pas tout à fait défini… Si on ne doute pas de son attachement pour Tom, elle n’est pas définie entre « bonne sorcière » ou « mauvaise sorcière ». On ignore quel chemin elle va prendre, ce qu’il va lui arriver, comment elle va évoluer… d’autant plus que ce tome nous révèle des secrets bien surprenants sur Alice et sa famille et qui pourraient faire pencher la balance. Je suis très curieuse de voir ce que l’auteur a en réserve pour nous concernant ce personnage et voir si sa relation avec Tom sera plus forte que son ascendance ou pas…


J’ai été ravie de retrouver Grimalkin, la sorcière assassine. Elle n’est que peu apparue dans le tome quatre mais elle m’avait laissé une forte impression. Son importance se confirme dans ce tome, et laisse deviner que ce sera le cas dans les suivants. C’est vraiment une sorcière pas comme les autres et j’aime beaucoup ses interactions avec Tom. [spoiler] si elle se confirme bel et bien comme alliée, elle sera une alliée de poids pour Tom et elle semble lui être attachée, du moins je l’espère, et j’espère retrouver cette dynamique dans les prochains tomes [/spoiler]


Je ne peux pas parler de ce tome sans parler de l’Adversaire avec un grand A. Le Malin. Celui-ci en impose par sa présence, chacune de ses apparitions ne laisse pas indifférent tant elles semblent figer le temps pour ne laisser que de l’effroi et de l’appréhension. Il est vil, corrupteur, malin et manipulateur. J’ai aimé chacune de ses apparitions ainsi que ses interactions avec Tom pour qui il voue un intérêt glaçant mais fascinant. Je ne demande qu’à découvrir au cours des prochains tomes ses autres apparitions ainsi que découvrir la véritable nature de son intérêt pour Tom.


Même lorsque l’affrontement s’achève, nous ne sommes pas au bout de nos surprises et d’autres éléments s’ajoutent, nous tenant en haleine et nous donnant envie de lire le tome suivant, qui promet notamment le retour de la mère de Tom. Ce tome continue de confirmer mon amour pour la série qui se révèle de plus en plus passionnante. Ce qui ne ressemblait au début qu'à un enchaînement d'aventures fantastiques et effrayantes prend plus d’épaisseur pour devenir une lutte plus globale contre un ennemi de choix.


L’horreur reste vibrante et Joseph Delaney n’hésite pas à amener des événements assez violents dans le récit [spoiler] notamment choquée d’une scène où Tom découvre l’un des chiens de Arkwright mort d’une horrible façon par une sorcière d’eau [/spoiler], bien que ce ne soit pas trop explicite. Les rebondissements ne manquent pas, le rythme est toujours soutenu, l’intrigue ponctuée par de nombreux événements. Bref, encore une belle réussite ! Il me tarde de découvrir le tome suivant… 


Je ne le voyais pas, mais ses pas l'amenaient vers moi. Chaque fois que l'un de ses pieds invisibles se posait sur le plancher, il laissait la marque d'un sabot fendu, qui rougeoyait un instant en grésillant avant de noircir. Grimalkin m'avait dit que, pour leur inspirer la crainte et les forcer à l'obéissance, il étai apparu aux clans de sorcières sous sa véritable apparence, le jour de Halloween. Cette vision était si épouvantable, prétendaient certains, que quiconque y était confronté mourait de saisissement. N'était-ce vraiment qu'un conte de bonnes femmes pour faire frémir à la veillée ? Allait-il me montrer son visage ?

(...) Il était devant moi, en bottes et veste de cuir, tel qu'à notre première rencontre, avec le même sourire amical et confiant.

- Eh bien Tom, me dit-il, comme je te l'ai fait remarquer récemment, au lieu de me nommer le Malin, on pourrait m'appeler l'Ami. Qui veux-tu que je sois pour toi ? Voilà ce que tu devras décider dans les minutes qui suivent. De cette décision dépend le reste de ta vie, ainsi que le sort de tes trois compagnons.

26. L'impensable.

samedi 22 octobre 2022

Momies ! : Corps conservés à travers le monde - Juliette Cazes.

 
« Vous parler des momies, c’est vous raconter les destins uniques d’hommes et de femmes à travers les époques et le globe. 

Ce livre n’a pas vocation à entrer dans les détails biologiques des différents types de corps conservés ni à dresser une chronologie précise des phénomènes de momification, mais il vous invite à quitter ce monde pour un autre, le temps d’une lecture.

Car les corps qui habitent cet ouvrage sont des individus à part entière. Leurs histoires variées vous feront voyager et, je l’espère, vous passionneront autant que moi. »

Depuis 2017, Juliette Cazes vulgarise la mort sur son site à succès, Le Bizzareum. Des célèbres momies égyptiennes, aux têtes réduites d’Amazonie, de la pratique de l’auto-momification des moines japonais, aux corps retrouvés conservés dans la glace du Groenland, elle vous embarque autour du monde, à la découverte des momies dont le repos éternel ne manque pas de rebondissements !



Momie : 

- Corps d'un humain (ou d'un animal) mort ayant subi un traitement destiné à assurer sa conservation.

- Corps humain desséché, entouré de bandelettes et conservé par des procédés d'embaumement, qu'on trouve dans les sépultures d'Égypte.

- Corps qui s'est conservé naturellement, sans se putréfier (le plus souvent sous l'effet d'une forte chaleur sèche).



Deux ans après son premier ouvrage, Funèbre !, Juliette Cazes du Bizzareum revient cette année avec une nouvelle publication qui reste dans ses thèmes de prédilection et qui est consacrée aux momies. Une lecture plutôt appropriée à l’approche d’Halloween… Pourtant, point de momie vengeresse poursuivant ses malheureuses victimes dans la nuit, mais un récit historiques et instructifs sur les momies à travers le monde…


L’exemple célèbre des momies égyptiennes…


Lorsque l’on pense aux momies, cela nous évoque immédiatement les momies de l’ancienne Égypte. Juliette Cazes nous en dit un peu plus sur les techniques d'embaumement pour conserver le corps et la préparation du défunt pour sa nouvelle vie dans l'au-delà, ainsi que sur les nombreux pillages. Bien-sûr, il faut garder à l’esprit que les techniques d’embaumement n’étaient pas toutes les mêmes en fonction du statut social de la personne ainsi que de l'époque, l’Égypte antique étant une période historique très vaste.


L’imaginaire collectif tend à décrire les momies comme maudites ou conservées précieusement dans des pyramides truffées de pièges pour les protéger des pilleurs de tombes. Les pillages ne datent pas d'hier et ont commencé dès l’Égypte antique, ainsi il arrivait effectivement que les anciens Égyptiens usent de certains stratagèmes pour empêcher cela. Pourtant, il n’existe pas une momie qui n’ait pas été pillée et cela n’a pas uniquement concerné les momies égyptiennes comme l’auteure nous le dévoilera au cours d’autres chapitres. Les momies ont attiré très tôt les pilleurs, que ce soit pour les objets funéraires, les bijoux et autres objets de valeurs que les tombes contenaient, ou pour obtenir un morceau du corps… voire le corps dans son intégralité car on prêtait alors aux momies des vertus médicinales, ou tout simplement pour attirer du public et parce que posséder un morceau de momie renvoyait immédiatement à l’exotisme. Cela continue encore malheureusement de nos jours, le trafic de momies continuant à être d’actualité et il n’est pas rare de voir des ventes de restes humains sur internet…



Ici, pas d'Imhotep, ni même aucune momie vengeresse mais chaque
momie présente dans l'ouvrage présente un intérêt !


Les momies, une véritable source d’informations !


Les momies ne sont pas l'apanage de l’Égypte ancienne, car on en retrouve un peu partout dans le monde et celles-ci sont une véritable source d’informations sur le peuple auquel le défunt a appartenu, sinon l’époque dans laquelle il a vécu par le biais des techniques d’embaumement, les objets qui accompagnent le défunt, voire le corps en lui-même, surtout lorsque celui-ci est bien conservé.


L’un des exemples les plus frappants est celui de la marquise de Dai en Chine, dont le corps est exceptionnellement préservé avec sa peau encore élastique, les cheveux encore présents et le visage expressif. La découverte de cette momie a permis de lever le voile sur l’époque de la dynastie des Han ainsi que le mode de vie de la marquise ainsi que son état de santé. Il en est de même avec les corps gelés que l’on a retrouvé au Groenland qui ont permis de nous renseigner sur les peuples inuits, ou encore sur des époques plus proches de nous à travers l’expédition Franklin (une histoire tragique et fascinante sur les vaisseaux Erebus et Terror dont les équipages ont trouvé la mort dans les contrées glaciales alors qu’ils tentaient de traverser l’Arctique) et sur les alpinistes Mallory et Irvine, disparus en montagne dans les années 1920 après avoir tenté l’escalade du mont Everest. Les corps conservés des défunts de l’expédition mais aussi du corps de l’un des alpinistes ont permis de lever le voile sur le mystère de leur disparition… ou du moins une partie du mystère. Comment sont-ils morts, où ont-ils réussi à aller, etc.


Les momies, ces attractions !


On trouve donc des momies un peu partout dans le monde (y compris en France), bien que les rites funéraires et techniques d’embaumement n’ont pas été les mêmes partout. Un élément que l’on retrouve dans de nombreux cas, pourtant, est l’exposition de ces momies.


Juliette Cazes nous présente quelques exemples. Parmi ceux à m’avoir marqué, il y a les momies fumées de Papouasie-Nouvelle Guinée (fumées car le cadavre est installé sur une chaise suspendue au-dessus d’un feu pour assécher le corps sans le brûler. Ce corps est ensuite emmené sur une colline surplombant le village, rejoignant ainsi les autres défunts dont le rôle est de veiller sur les vivants). Je parlerai également du temple de de Wat Phrabat Nam Phu en Thaïlande qui accueille les malades du sida et expose les cadavres des malades décédés, ce qui peut nous paraître choquant, bien que le temple expose ses défunts dans un but de discours sanitaire et politique autour du sida (avec une fiche sur chaque défunt sur la façon dont il a été infecté).


Qu’il s’agisse des momies d’édifices religieux en France, des momies fumées de Papouasie-Nouvelle Guinée, des corps du temple de Wat Phrabat Nam Phu, de nombreuses momies se dévoilent aux regard des curieux. C’est souvent un moyen pour financer les lieux exposant les momies (souvent des églises, voire un hôpital dans le cas du temple) et qui ont souvent besoin d’être rénovés ou d’un soutien financier pour continuer à être ouvert et fonctionnel. Il s’agit également d’un moyen de faire découvrir un patrimoine, des traditions méconnues, souvent en danger, d’éduquer sur des peuples méconnus ou sur l’Histoire, ou tout simplement pour permettre au visiteur de faire face à sa propre mortalité… sinon d’avoir sa dose d’exotisme ou d’avoir sa curiosité assouvie.



Momie d'enfant rapportée d'Egypte par Champollion (332 - 30 av JC, époque ptolémaïque),
exposée au Louvre-Lens pour l'exposition temporaire "Champollion, la voie des hiéroglyphes"
(28 sept. 22 - 16 jan 23), d'après l'une de mes photographies.



Juliette Cazes nous offre ici une réflexion intéressante sur le dark tourism (une forme de tourisme assez macabre qui propose la visite de lieux liés à la mort généralement) dans lequel les visiteurs font souvent des selfies avec les momies et recherchent une forme d’exotisme assez malsain, et pourtant la problématique se pose : faut-il empêcher les touristes de visiter certains lieux par soucis d’éthique et pour mieux préserver les traditions, ou laisser faire puisqu’il s’agit d’un moyen de faire connaître un patrimoine méconnu, des rites et traditions parfois en perdition, et que l’argent de ce tourisme aide à financer les dits-lieux.


Sujet de dissertation, vous avez quatre heures !


Quand la nature conserve…


Les momies nous renvoient souvent aux techniques d’embaumement, et pourtant elles n’ont pas toujours été le résultat de techniques humaines et la nature a parfois joué un rôle dans la momification. Dame Nature a de nombreux talents… et pas toujours là où on l’attend !


Le climat froid et glacial des montagnes et de certains pays du froid a souvent permis la bonne conservation des corps (par exemple, ceux de l’expédition Franklin ou du peuple inuit au Groenland). Cependant, il arrive parfois que des zones plus humides aient pu conserver certaines momies. J’ai un souvenir encore vif de mes cours d’archéologies sur les momies des tourbières et qui ont droit à leur propre chapitre dans l’ouvrage. Les tourbières sont des zones humides et privées d’oxygène, ce qui empêche la prolifération d’organismes responsable de la décomposition d’autres matières organiques, ce qui fait que la végétation se minéralise que très lentement, s’accumulant et formant un dépôt. Les corps retrouvés dans ces tourbières (des bog bodies) sont donc exceptionnellement conservés naturellement, au point même d’avoir gardé leur chevelure. Ces momies portent souvent des marques de coups et blessures, signes d’une mort violente. L’étude de ces corps permet souvent de dater le décès, les causes de la mort et sur le défunt en lui même (âge, sexe, état de santé, etc).


On ignore comment et pourquoi ces corps se retrouvent dans ces tourbières. Rituel consistant en un sacrifice au nom d’une divinité, condamnation à mort, assassinat ou accident, les tourbières cachent encore bien de nombreux secrets…



Gravure représentant une expédition rapportant les restes de deux membres
de l'équipage de l'expédition Franklin ayant mystérieusement disparue dans les années 1850



D’autres formes de momification…


Si je vous disais que l’on peut devenir momie ? Pas en se déguisant pour Halloween, mais à travers un processus spirituel au Japon qui s’apparente à l'auto-momification, le sokushinbutsu qui est lié au bouddhisme et dans lequel les moines d’un certain âge se préparent petit à petit à leur momification en se coupant progressivement leur alimentation jusqu’à obtenir un état de faiblesse avancé, puis se retirer dans une grotte et adopter la position du lotus en attendant le trépas. Tout cela pour assurer la préservation de leur corps et devenir Bouddha.


Les momies, ce sont aussi les têtes réduites ! En Amazonie, le peuple Shuars avait pour tradition de fabriquer des têtes réduites (souvent les têtes de leurs ennemis, ceux des autres tribus) que l’on appelle aussi une tsantsa. Nous découvrons le processus pour obtenir une tête réduite, et comment elles étaient confectionnées dans un but cérémoniel et destinées à être bénéfiques à la communauté. Outre son rôle spirituel, elles avaient également un rôle commercial car les Shuars en vendaient aux Occidentaux qui voyaient en ces tsantsas un symbole d’aventure, d’exotisme, d’exploration.



* * *


C’était un plaisir de retrouver la plume de Juliette Cazes qui est fluide, légère, parfois avec de l’humour, et surtout très respectueuse des sujets dont elle parle. Les momies ne restent pas moins des gens comme vous et moi, qui ont vécu il y a des siècles et dont l’auteure parle toujours avec respect. On sent d’autant plus le travail de recherche effectué pour cet ouvrage et nous communique avec efficacité sa passion. On pourrait reprocher que certains sujets ne sont pas autant développés qu’on aurait souhaité, mais son but n’est pas ici d’entrer dans les détails, notamment biologiques, et nous laisse le soin d’approfondir le sujet tout en nous présentant des synthèses intéressantes et instructives sur les momies dans différentes parties du monde.


Si l’on ne retrouve pas de photographies, qui auraient pu être appréciables, je peux comprendre la volonté de l’auteur de ne pas en fournir (sans doute par pudeur, par copyright, par respect pour le défunt, ou tout simplement par choix personnel), j’ai moi-même hésité à utiliser des photos de momies pour cet article tant j'étais mal à l'aise à l'idée d'exposer sur mon blog les dépouilles de personnes ayant autrefois vécu. D’ailleurs, les gravures de Mathilde Payen nous accueillent à chaque début de chapitre et c’est un petit plus très appréciable.


Enfin, j’apprécie beaucoup les réflexions que Juliette Cazes aborde sur les momies, sans tout à fait apporter une réponse définitive pour nous laisser développer notre propre opinion, et il est vrai que certaines questions poussent à la réflexion. Faut-il privilégier la recherche scientifique ou bien la sensibilité et les souhaits des descendants des ces défunts ? Faut-il cacher ces corps par égard pour les défunts et les laisser reposer en paix ? Les musées sont-ils légitimes dans leur exposition des momies (surtout si ces momies viennent d’autres pays), tout en reconnaissant que les musées sont parfois la seule solution pour protéger les momies du pillage ? Risque-t-on de transformer les momies en attractions macabres même si cela permet de mettre en lumière un patrimoine et l’histoire ? Sans oublier le problème des pillages ainsi que la banalisation de la vente de restes humains. Tant de questions légitimes qui poussent à la réflexion tout au long de la lecture, voire même après…


En résumé, une lecture instructive (mais trop couuuurte, même en ralentissant mon rythme de lecture, je n’ai tenu que deux jours avec) sous la plume experte et agréable de Juliette Cazes qui nous en apprend bien plus que l’on aurait cru au départ sur les momies !


Pour en savoir plus :


Grâce au septième art, la momie a enfin voix au chapitre (…) et se réveille pour faire valoir ses droits et punir ceux qui ont osé la déranger. Je trouve intéressant que les momies soient souvent considérées au cinéma comme des monstres vengeurs, alors que, si l’on réfléchit, il s’agit plutôt de personnes qui se rebellent contre le tord qui leur est fait. D’ailleurs, ne prévient-on pas depuis l’Antiquité les pilleurs de tombes des risques qu’ils prennent à jouer avec l’autre monde ?

1. Les momies d’Égypte, les plus populaires.

mardi 18 octobre 2022

Pumpkinheads - Rainbow Rowell et Faith Erin Hicks.

Deja and Josiah are seasonal best friends.

Every autumn, all through high school, they've worked together at the best pumpkin patch in the whole wide world (not many people know that the best pumpkin patch in the whole wide world is in Omaha, Nebraska, but it definitely is). They say goodbye every Halloween, and they're reunited every September 1.

But this Halloween is different - Josiah and Deja are finally seniors, and this is their last season at the pumpkin patch. Their last shift together. Their last goodbye.

Josiah's ready to spend the whole night feeling melancholy about it. Deja isn't ready to let him. She's got a plan: What if instead of moping they went out with a bang? They could see all the sights! Taste all the snacks! And Josiah could finally talk to that cute girl he's been mooning over for three years...

What if their last shift was an adventure?


Deja et Josiah sont deux amis qui se retrouvent chaque automne pour travailler dans un « pumpkin hatch » qui accueille de nombreuses personnes chaque automne et chaque Halloween. Cette saison revêt une importance toute particulière pour eux, car il s’agit de leur dernière saison avant de partir pour l’université. Lors de leur dernière soirée ensemble, Deja est bien décidée à aider son ami Josiah à déclarer sa flamme à Marcy, qui travaille également au ranch, et qu’il aime depuis qu’il a commencé à travailler au Pumpkin Hatch. Une quête bien plus difficile qu’il n’y paraît pour ce jeune amoureux transit qui n’ose pas avouer ses sentiments et qui, à chaque fois que lui et son amie se rendent à l’endroit où la belle est supposée se trouver, celle-ci se trouve ailleurs. Commence alors une soirée où Deja et Josiah vont traverser tout le ranch pour retrouver Marcy. Une occasion à eux de profiter de leur dernière soirée ensemble, aussi…


Ce qui m’a enchanté dans cette lecture, c’est le cadre dans lequel l’histoire prend place, et ses décors. Les auteures parviennent à retranscrire une parfaite ambiance automnale à l’Américaine que nous, pauvres Européens, ne pouvons vivre. C’est la saison des bonnes tartes fumantes, des S’mores (deux biscuits crackers entre un marshmallow qui a été grillé au feu), des pommes enrobées de caramel, le traditionnel Pumpkin Patch où les familles viennent dans les fermes et champs alentours à la recherche de la citrouille parfaite pour Halloween. Nous avons une omniprésence de citrouilles, de feuilles colorées, chaque case est peinte avec des couleurs de saison, le rouge, l’or, l’orange, le marron, le mauve, etc.


On rêve tout simplement de se promener dans cette ferme qui s’est également improvisée comme marché automnal avec la ferme des citrouilles, vente de cidre, de pop corn, tartes et autres sucreries – c’est une lecture qui m’a mise dans l’agonie car elle donne très faim, j’en ai l’eau à la bouche rien qu’en repensant à tous les snacks qui sont évoqués tout au long de l’histoire ! Car si Josiah part en quête de l’amour, Deja part en quête de son estomac et on la comprend ! - s’asseoir près d’un feu pour faire griller des marshmallows, aller voir les animaux de la ferme, différentes activités ludiques (golf, course de petite voiture, labyrinthe de maïs). C’est une expérience automnale qu’on ne peut qu’envier à nos lointains voisins américains !


Nos personnages principaux ne sont pas en reste. Deja et Josiah forment un duo d’amis qui ont des personnalités différentes et qui se complètent. Deja est pleine d’assurance, dynamique, terre-à-terre, optimiste tandis que Josiah, dit « Josie », est moins sûr de lui, un peu réservé, romantique et rêveur, et Deja doit parfois lui rappeler sa propre valeur. Ce sont deux personnages attachants que j’ai pris plaisir à suivre (soit dit-en passant, j’ai beaucoup aimé le fait que Deja soit une jeune POC bisexuelle avec des formes généreuses, et non un poids mannequin. Mine de rien, ça fait du bien un peu de diversité et ça nous change des héroïnes hétéros et maigres) et découvrir le lien qu’ils ont crée et comment ils se sont connus. Je déplore un peu que cette amitié se soit transformée en romance (pour une fois, j’aimerais bien lire une histoire d’amitié sans qu’elle ne devienne une romance, car les relations platoniques sont aussi importantes que les relations romantiques), même si je m’y attendais après lecture du résumé.


L’histoire est, en somme, assez cliché et prévisible sur le personnage qui aide son ami.e à déclarer sa flamme à la personne qu’il aime, sauf que leur quête va permettre à l’amoureux de réaliser que c’est son amie qu’il aime, et ils se retrouvent à la toute fin, mais l’intrigue ne cherchait pas l’originalité, juste à raconter une histoire cocooning et automnale. Aucune surprise donc dans cette histoire, mais elle est suffisamment bien racontée et suffisamment entraînante pour que je me laisse porter et que je passe un très bon moment de lecture, d’autant plus que la romance n’est qu’un élément de l’histoire car l’humour tient également une place de choix.


L’ambiance du Pumpkin Patch est chaleureux et festif, et c’est un plaisir de voyager littéralement avec nos héros travers ce festival automnal. On appréciera également les runnings gags sur le bouc qui s’est échappé et sème le chaos là où il passe, et sur cette pauvre Deja qui aimerait bien goûter les snacks de chaque stand de nourriture mais qui n’a pas le temps de profiter des douceurs qu’elle achète car il se passe toujours un imprévu.


En résumé, une lecture bonbon, une douceur que l’on savoure, une histoire feel good parfaite pour la saison que je recommande (l’anglais est abordable, mais espérons que Pumpkinheads sera traduit et publié en France !)