dimanche 28 mai 2023

Nimona - Noëlle Stevenson.


Nimona est une jeune fille impétueuse qui a le chic pour la bagarre, les plans diaboliques et le chaos en règle générale. Elle a le don de changer d'apparence, ça aide (surtout quand elle se transforme en dragon) ! Lord Ballister Blackheart est l'homme le plus célèbre du royaume : cantonné dans le rôle de méchant, il veut rétablir la vérité et prouver à tous que sir Goldenloin et ses potes du ministère ne sont pas les héros qu'on croit. Ensemble, ils mènent une vendetta impitoyable et explosive.



Avant de commencer ma lecture, je m’attendais à une histoire d’heroic fantasy, l’histoire d’un mage noir, d’un preux chevalier et d’une jeune fille mêlée dans cette aventure épique. Nimona s’est révélée être au-delà de mes attentes.

 

Nimona est une histoire pleine d’énergie, d’humour et d’action dans un univers mélangeant la fantasy, la magie et la technologie anachronique. Nimona, métamorphe de son état, parvient à persuader Lord Ballister, un mage noir solitaire, de la prendre comme stagiaire super-villaine. Elle se révèle vite être une stagiaire pleine de volonté et plus va-t’en-guerre que Ballister, un méchant certes, mais avec un code d’honneur et de conduite s’il-vous-plaît ! Chose que Nimona a du mal à accepter, d’autant plus que leur ennemi juré, le chevalier Goldenloin, n’est autre que l’ancien coéquipier et ami de Ballister, et qu’il ne cesse de conjurer Ballister de revenir “du bon côté”.

 

J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre cette histoire qui est rocambolesque et très rythmée, et surtout pleine d’humour, sans oublier bien-sûr quelques moments touchants et une intrigue qui tient la route sous fond de magie, de science et de complots d'état. A ma grande surprise, j’ai plutôt aimé le mélange médiéval/technologie mais ce sont les personnages le gros point fort du roman graphique. Ils sont, pour la plupart, attachants, profonds et plein d'humour et n’hésitent pas à bousculer les clichés accolés habituellement à leur archétype.


J’ai apprécié de voir une héroïne ronde, pas forcément jolie, qui dégage une telle fraîcheur, un tel peps, un peu abrupte mais terriblement drôle et attachante. J’ai aimé la dynamique entre Nimona et Ballister, la confiance fragile qui s’installe progressivement jusqu’à devenir inséparables. J’ai aussi aimé la relation ambiguë qui lie Blackheart et Goldenloin, ennemis jurés mais en réalité bien plus que cela, et que malgré tout ce qui les séparent n'empêche pas les deux hommes de continuer à ressentir de profonds sentiments pour l'autre. Alors oui, on a les gentils pas si gentils et les méchants pas si méchants, mais on a une réelle complexité chez ces personnages qui sont bien plus que cela, du moins pour nos personnages principaux.


Bref, c’est un énorme coup de cœur pour cette BD intrigante, haletante et tellement touchante !


vendredi 19 mai 2023

Never, Never - Brianna R. Shrum.

James Hook is a child who only wants to grow up.

When he meets Peter Pan, a boy who loves to pretend and is intent on never becoming a man, James decides he could try being a child - at least briefly. James joins Peter Pan on a holiday to Neverland, a place of adventure created by children's dreams, but Neverland is not for the faint of heart. Soon James finds himself longing for home, determined that he is destined to be a man. But Peter refuses to take him back, leaving James trapped in a world just beyond the one he loves. A world where children are to never grow up.

But grow up he does. And thus begins the epic adventure of a Lost Boy and a Pirate.

This story isn't about Peter Pan; it's about the boy whose life he stole. It's about a man in a world that hates men. It's about the feared Captain James Hook and his passionate quest to kill the Pan, an impossible feat in a magical land where everyone loves Peter Pan. Except one.



Je m’embarque dans un nouveau pastiche de Peter Pan, qui se présente à la fois comme une préquelle et comme une réécriture de l’histoire d’origine, à travers le regard de James Hook (alias le capitaine Crochet en VF).



Tout ce que désire le jeune James est de grandir, être considéré comme une grande personne et devenir marin comme son père. Cela ne l’empêche pas de repenser occasionnellement à son enfance qui lui manque malgré tout, et de se plonger dans ses rêves d’enfant dans lesquels il est le capitaine d’un magnifique vaisseau, à la tête d’un équipage de pirates, vivant d’aventures. Lorsqu’il rencontre Peter Pan et qu’il lui propose de l’emmener au Pays Imaginaire, James voit là l’occasion de revivre son enfance une journée avant de revenir à Londres. James découvre ainsi le Pays Imaginaire, ses indiens, ses pirates, ses sirènes mais aussi les garçons perdus auprès de qui il s’intègre et avec qui il vivra plusieurs aventures. Comblé, James sait pourtant que toutes les bonnes choses ont une fin mais alors qu’il demande à Peter de le ramener chez lui, ce dernier refuse et, très vite, le rêve se transforme en cauchemar pour James qui se retrouve prisonnier du Pays Imaginaire.



Si je lui préfère Lost Boy, ce pastiche de Peter Pan n’en demeure pas moins intéressant. L’intrigue de base est excellente. Peter Pan amène James Hook au Pays Imaginaire et en fait un garçon perdu, sauf qu’il n’a jamais eu l’intention de le ramener chez lui et voici donc James contraint de vivre au Pays Imaginaire, d’abord auprès des garçons perdus, puis auprès des pirates auprès de qui il trouvera foyer et hospitalité après avoir été attaqué par Peter Pan pour avoir eu l’outrage de grandir. James n’aura alors de cesse de vouloir se venger de Peter Pan et de chercher désespérément le moyen de rentrer chez lui.



L’autre originalité du roman est la place de l’imagination. Tout ce qui existe au Pays Imaginaire est soit le fruit de Peter Pan, soit celui des garçons perdus. Chacun a imaginé un élément pour le Pays Imaginaire qui s’est donc formé pour exister. Ainsi, James découvre que les pirates – présents déjà bien avant son arrivée – sont le fruit de son imagination et qu’ils existent car James les a rêvés. De ce fait, les pirates reconnaissent dès le début James Hook comme étant leur capitaine, celui qu’ils ont longtemps attendu, celui à qui ils doivent leur existence. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé les interactions entre James et ses pirates. C’est un aspect du roman que j’ai beaucoup apprécié, d’autant que cela apporte de la richesse mais aussi une certaine forme de tragédie à l’intrigue [spoiler] par exemple, Lily la Tigresse est née car Peter l’a voulu, il a imaginé une jeune princesse indienne comme étant sa compagne et Lily doit malgré elle devenir l’amie de Peter, elle est attachée à lui par le pouvoir de son imagination. Même lorsqu’elle souhaite se rapprocher de quelqu’un d’autre, elle reste liée à Peter [/spoiler].



Ce roman ne manque pas en aventures, qu’il s’agisse du temps que James a passé avec les garçons perdus ou celui passé en compagnie des pirates. Cependant, l’aspect qui se dégage davantage de ce roman pour moi est la tragédie. Si nous suivons l’histoire du point de vue du capitaine Crochet et qu’il ne dépeint donc pas Peter Pan de façon favorable, l’auteure ne nous présente pas Crochet comme étant un personnage irréprochable avec Peter qui est uniquement le méchant de l’histoire (même si Peter Pan est loin d’être blanc dans cette histoire). James a également ses tords et si sa colère envers Peter est justifiée, à cause de tout ce que Peter lui a fait subir et lui a enlevé, James se raccroche à sa haine comme un coquillage à la coque d’un bateau. Même lorsqu’il y a de belles choses qui arrivent dans sa vie, il n’arrive pas à laisser derrière lui l’image du capitaine sanguinaire, ennemi juré de Peter Pan et qui veut sa perte à tout prix. Sa haine envers Peter a une telle emprise sur lui qu’il est incapable d’évoluer et d’aller de l’avant. S’il grandit physiquement, il reste obstiné dans son désir de vengeance et il ne peut garder ces choses qui le rendent heureux. Il est son propre frein, il se sabote lui-même au point où, à la fin, tout ce qu’il a et tout ce qu’il lui reste est sa haine et son désir de vengeance.



Pour autant, le roman souffre tout de même de longueurs, j’ai survolé de nombreux passages. Si la lecture restait divertissante, je n’étais pas fâchée d’avoir terminé ma lecture pour passer à autre chose. Il y a de très bonnes idées et ça se lit sans trop de difficultés, mais il manquait un je-ne-sais-quoi pour rendre la lecture plus dynamique. Je déplore également un peu le fait que James et Peter n’ont finalement pas brillé ensemble, en dehors de leur animosité, qu’ils n’ont pas commencé comme amis avant de finir ennemis, ce qui aurait ajouté un peu plus à la tragédie de l’histoire. Même lorsque James était à ses côtés, il n’était finalement qu’un garçon perdu parmi tant d’autres… Le roman reste toutefois plaisant à découvrir. C’est une réécriture intéressante de Peter Pan et du passé de James Hook, mais je lui préfère Lost Boy de Christina Henry.


“Strike, then,” Pan said. “Kill me now, and put an end to this adventure. I do not like it anyhow.” 

The look on his face tore into James’s heart. It was the confusion that hurt him so. That, and the profound misunderstanding Pan had regarding death, as though it was nothing, temporary. Hate him though he might, James knew that he was readying himself to kill a child. A child who deserved nothing less than death, but a child nonetheless. Like Peter had killed the child in him so long ago.

That, in truth, was all Peter was—a wicked, selfish boy who thrived on play and imagination and youth and understood nothing of the real world. James’s arm shook more and more violently, as did the blade, and he felt a helplessness welling up in him. Though everything in his heart told him to gut the boy and be done with it, he could not. He could not kill Peter Pan.

jeudi 4 mai 2023

L'Ickabog - JK Rowling.



La Cornucopia est un petit pays prospère gouverné par le naïf roi Fred. Mais ce pays coloré vit sous la menace d'un monstre : l'Ickabog. Un monstre devenu légende, que personne n'a jamais vu mais que le roi va décider de poursuivre afin de satisfaire ses sujets. Arrivé dans les Marécages, rien ne se passe comme prévu et cette quête est le début de nombreux problèmes qui va résulter à la lente descente aux enfers du pays.




C’est bien la première fois que je ne suis pas emballée par un récit de JK Rowling… La lecture fut bien laborieuse et il m’a fallu un moment avant d’entrer vraiment dans l’histoire et celle-ci était un peu longuette. Je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, ce qui ne m’a pas aidé à entrer dans le livre. Les personnages sont corrects, ils remplissent bien leur rôle, mais je ne les ai pas trouvé bien mémorables ou attachants. Il n’y a vraiment que le personnage de l’Ickabog qui s’est démarqué par son originalité.


Le roman reprend les bases du conte : un royaume idyllique (ici fait de fromage, charcuteries et pâtisseries), des gentils bons et courageux, des méchants sournois et perfide, un monstre terrible, une morale. Ajoutons-y un roi faible et sans volonté, Fred Sans Effroi que ses deux conseillers cupides et perfides, Lord Flapoon et Lord Crachinay, vont réussir à amadouer. Comment ? En utilisant l’Ickabog, bien-sûr. Ce monstre, que personne n’a vu, cause bien des tracas à la populace de Cornucopia. Le roi, qui cherche à tout prix bien se faire voir de son peuple, se laisse ainsi manipulé en mettant en place une série de lois destinées à tuer l’Ickabog, en apparence du moins car, en réalité, les deux conseillers mettent à profit ces lois pour s’enrichir et éliminer les personnes ayant découvert leur stratagème. Morts et prisonniers se multiplient au sein du royaume. Autrefois idyllique, Cornucopia se transforme en tyrannie. Deux enfants, Bert et Daisy, vont devoir faire preuve de discrétion et d’ingéniosité pour s’en sortir…


Donc, des gentils très gentils et des méchants très méchants, point de nuance mais c’est un conte donc je laisse passer. L’auteure nous prouve une nouvelle fois son talent pour développer des intrigues ingénieuses, en dénonçant ici l’abus de pouvoir caractéristique des politiciens avec leurs manipulations et leurs mensonges et fake news.


On retrouve également des thèmes chers à l’auteure (l’amitié, la famille, le courage, …) et j’ai beaucoup aimé l’Ickabog, mais je ne m’épancherai pas sur lui pour éviter de spoiler. J’ai également apprécié trouver des dessins d’enfants illustrer le récit en fin de roman, c’était une initiative très sympathique.


Toutefois, malgré son côté satyre politique intéressant et un Ickabog fort bien sympathique, la lecture fut laborieuse, j’ai trouvé le récit long et mollasson jusqu’au moins la moitié du roman. Ce n’est pas un mauvais roman, mais JK Rowling m’avait habitué à mieux. Au final, je n’en garderai pas un souvenir mémorable. Dommage…


Au nom d'un pauvre vieux berger puant et de son misérable vieux cabot, lui, le roi Fred Sans Effroi, partait à la chasse à l'Ickabog ! D'accord, l'Ickabog n'existait pas, mais c'étai quand même drôlement gentil et noble de sa part de traverser tout le pays, à cheval, en personne, pour le prouver !

dimanche 23 avril 2023

Hadès & Perséphone (T.1) A touch of darkness - Scarlett St. Clair.


Après s'être installée à Nouvelle Athènes, la jeune déesse Perséphone espérait mener une vie discrète, dans la peau d'une journaliste mortelle. Tout change lorsqu'elle s'assied pour jouer une partie de cartes avec un étranger hypnotique et mystérieux, dans une boîte de nuit branchée.

Après sa rencontre avec Hadès, Perséphone se retrouve liée par un contrat avec le dieu des Ténèbres, dont les conditions sont impossibles : Perséphone doit créer la vie dans le monde souterrain ou perdre sa liberté à jamais.


Alors qu'elle s'efforce de semer les graines de sa liberté, son amour pour Hadès grandit, un amour à la fois envoûtant et interdit.



Imaginez une rencontre entre la mythologie grecque et 50 nuances de Grey.



Voici leur bébé.



J’avais pourtant, au préalable, lu quelques critiques négatives de ce roman, extraits à l’appui, mais j’étais tout de même curieuse de le découvrir pour m’en faire ma propre idée, désireuse de comprendre l’engouement général et notamment celui de ma sœur qui me l’a chaudement recommandé, et aussi car je suis attachée à la mythologie grecque et plus particulièrement l’histoire d’Hadès et Perséphone.



Quelle lecture longue et laborieuse ce fut !



Les personnages sont creux et inintéressants, à commencer par les protagonistes. Perséphone est le cliché de la jeune femme qui n’est « pas comme les autres filles », qui est une déesse mais se fait passer pour une mortelle par envie de liberté et rébellion envers sa mère. Elle est cruche, ne sait pas ce qu’elle veut et ne sait pas se décider concernant Hadès, entre le considérer comme un salaud de la pire espèce ou un pauvre bisounours incompris. Hadès est le cliché du mec beau, ténébreux, mystérieux et torturé. Il est hautain et arrogant mais, au fond de lui, il se soucis de ses sujets et a bien des blessures dans son âme tourmentée. Déméter est présentée comme une mère tyrannique qui ne voit sa fille que comme une possession, qui mettrait des caméras dans sa chambre et un bracelet électronique autour de sa cheville si elle le pouvait. Lexa est le cliché de la meilleure amie fêtarde et fashionista qui traîne Perséphone en boîte et veut la dévergonder. Hermès est le cliché du gay efféminé qui devient pote avec l’héroïne et veut des détails croustillants sur sa vie amoureuse et sexuelle. Hécate ne m’a pas laissé grande impression, et quasiment la totalité des personnages hurlent « NOTRE REINE » quand Perséphone respire en direction d’Hadès, insinuant à tout bout de champ que c’est sa destinée de devenir son épouse et reine, et pourquoi pas lui faire des bébés, c’était pénible. Mais, grosso modo, les personnages secondaires ont un rôle de figurants et ne servent quasiment à rien dans l’histoire.



Je n’ai pas non plus été convaincue par la relation entre Hadès et Perséphone, qui réunit tous les pires clichés et ingrédients du genre New Romance. Leur relation n’a aucune tension amoureuse, aucun développement, tout se passe très vite, la seule chose qui lie nos personnages, c’est le sexe. Ils se connaissent à peine que hop, ils sont déjà dans les bras de l’autre. Ajoutons à cela des scènes de cul comme s’il en pleuvait, Hadès qui nous sort des « chérie » hautains et condescendants à tout bout de champ, des scènes plus que douteuses avec Hadès avec un consentement de Perséphone parfois très douteux, une infantilisation de la femme, des gestes et paroles supposées nous faire pâmer mais qui sont très cringe [spoiler] Perséphone qui se réveille nue dans le lit d’Hadès et, lorsqu’elle lui demande s’ils ont couché ensemble, il lui répond « Quand je te baiserai, tu t’en souviendras », ou encore lorsqu’il se frotte contre Perséphone endormie [/spoiler]



Ajoutons à cela que la plupart des interactions entre Hadès et Perséphone manquent de cohérence avec les disputes qui n’en sont pas vraiment puisqu’ils ne s’en tiennent pas rigueur bien longtemps, Perséphone qui se répète qu’elle le déteste, qu’il est ignoble, et au final un seul regard de braise fait s’effondrer tous ses principes et la fait tomber dans ses bras et oh mon dieu il est horrible, je le déteste, et oh la laaaaa il est trop beau, le souffle me manque, ma poitrine me fait souffrir… Ok ma chérie, je crois qu’à force de ressentir tout ça quand tu le vois, tu fais une réaction allergique ou une crise cardiaque.



On peut reprendre le mythe d’Hadès et Perséphone de plusieurs façons, mais on sent clairement ici que l’auteure a repris 50 nuances de Grey. Une étudiante en journalisme qui doit interviewer beau mâle sombre et ténébreux, les deux personnages liés par un contrat, les scènes de cul à répétition, merci mais non merci. Qu’on soit bien clair, les scènes de sexe ne me dérangent pas, encore faut-il savoir bien doser le nombre de scènes et surtout savoir bien les écrire.



Il y a tout de même quelques points positifs, même s’ils ne sont pas nombreux et ne suffisent pas à sauver ce monument de nullité. Le mélange entre notre monde moderne et la mythologie est intéressant, il apporte un nouveau souffle aux mythes anciens et c’est une appropriation moderne plutôt intéressante, mais hélas trop peu exploité au profit de la romance… Les scènes avec Cerbère m’auront quand même arraché un sourire, et Perséphone a tout de même quelques moments où elle déchire, c’est rare mais ça arrive sur la fin [spoiler] lorsqu’elle utilise ses pouvoirs [/spoiler]. J’ai également trouvé intéressant l’aspect véritable des divinités et ce qu’ils choisissent de dissimuler et de montrer au commun des mortels.



J’ai aussi été intriguée par le fait que Perséphone, pourtant déesse du printemps et fille de Déméter, soit incapable de faire pousser fleurs et plantes… qui meurent à son contact, ce qui m’a fait m’interroger sur le pourquoi et le comment, et comment les choses allaient évoluer, d’autant plus que son contrat avec Hadès stipule qu’elle doit lui créer un jardin. Malheureusement, on la voit trop peu à l’œuvre et, tenez-vous bien, ce qui l’aide à créer ce jardin et récupérer ses pouvoirs c’est… [spoiler] une partie de jambe en l’a… l’amouuuuuuur. Donc si je comprends bien, elle avait juste besoin de… TOMBER AMOUREUSE pour récupérer ses pouvoirs ?? S’émanciper, devenir puissante et tout le tralala ? Tu parles d’un message ! [/spoiler]. C’est vraiment dommage car si cette partie ainsi que l’aspect mythologique avec les différents dieux dans notre société avaient été plus développés, cela aurait rendu le roman un tantinet plus intéressant. Bref, du potentiel mais très mal et même trop peu exploité.


En résumé, des personnages creux et inintéressants, une « romance » qui réunit tous les pires clichés du genre New Romance, un aspect mythologie/modernité trop peu exploité, beaucoup trop de scènes de sexe. Une lecture longue et laborieuse, qui n'a d'enfer que ce qu'elle m'a fait subir. Je ne suis clairement pas le bon public pour ce roman et le laisse volontiers à d'autres plus enthousiastes ! Pour ma part, c’est un flop et je ne lirais pas la suite…


Sur ce, je m'en vais retrouver le seul et unique Hadès, l'icône indémodable qui ne déçoit jamais.



Ceci a été mon ressenti sur une bonne partie du roman, pour le reste j'ai
plutôt pleuré de rire tant ça frisait le ridicule

jeudi 20 avril 2023

Contes des royaumes oubliés (T.4) Le beau et la bête - Isabelle Lesteplume.


Entre la belle et la Bête, le plus dangereux n’est pas celui que vous croyez...

Il était une fois un chasseur de monstres à la beauté redoutable nommé Silas. Sans attaches et désabusé, il ne rêve que d’une chose : prendre une retraite anticipée. C’est pourquoi, lorsque le seigneur Gaston lui offre plus d’argent qu’il n’en a jamais vu pour lui ramener la tête d’une effroyable Bête, il accepte sans hésiter. L’affaire semble facile, puisque le monstre ne quitte jamais les ruines d’un château au fond de la forêt.

Mais il aurait dû se méfier, car les apparences sont trompeuses...

Piégé dans le château par un coup du sort, Silas doit élucider plusieurs mystères... Et décider si c’est la tête ou le cœur de la Bête qu’il veut remporter.



Je poursuis ma découverte de la saga Contes des royaumes oubliés, avec ce nouveau tome. La Belle et la Bête étant l’un de mes contes préférés, j’étais curieuse de voir comment l’auteure allait le revisiter.


Silas est un chasseur de monstre aussi redoutable que magnifique. Il est pourtant solitaire et son travail ne lui attire pas que des sympathies. Aspirant à une retraite anticipée au bord de la mer, il accepte pour dernière mission celle que lui propose le seigneur Gaston, celle de traquer une Bête qui ne cesse de lui échapper. Silas s’infiltre donc dans son château mais s’aperçoit bien vite quelle singulière Bête il a face à lui. Si elle n’a rien à voir, à priori, avec les dires du seigneur Gaston, Silas doit mettre tout en œuvre pour gagner sa confiance pour l’approcher suffisamment pour pouvoir découvrir ses points faibles et la tuer. Mais, peu à peu, la Bête lui propose un mystère qui pique la curiosité de Silas. Résoudre cette affaire d’étrange malédiction se révèle peu à peu bien plus intéressant que de tuer la Bête.


J’ai beaucoup aimé cette revisite du conte, on s’éloigne très vite du film des studios Disney ou des autres adaptations. L’auteure a su reprendre les codes du conte tout en y apportant sa propre touche et des éléments originaux et nous offrir un univers dans lequel s’incorporent alchimie, magie, malédiction, l’omniprésence de la nature. L’aspect de la Bête en elle-même est original, ainsi que le fait de mêler le conte de La belle et la bête avec le mythe de la fontaine de jouvence (dont l’aspect peut également nous surprendre). L’auteure nous offre également le cadre d’un château en ruines au beau milieu d’une forêt hantée car elle atteinte d’une sorte de maladie qui s’appelle le Mal Gris. Partout où il se répand, tout meurt et perd ses couleurs. Chaque être vivant contaminé perd son esprit et son âme pour ne devenir qu’une coquille vide qui continue d’avancer, tel un zombie. Cette forêt est également infestée de chimères qui n’hésitent pas à attaquer le château.


Tout a un lien dans cette histoire avec la malédiction. Chimères, le Mal Gris, l’omniprésence des roses. Tout se rejoint progressivement de façon logique et c’était très intéressant à découvrir. J’ai pris plaisir à suivre l’enquête sur l’origine de la malédiction qui touche la Bête ainsi que le Mal Gris, les découvertes sordides de Silas et la Bête, toujours en quête de réponses sur la malédiction et sur l’histoire du roi cruel qui serait à l’origine de tout cela. L’enquête est donc réussie, et si j’avais mes doutes sur certains éléments (Gaston qui ne dit pas toute la vérité par exemple), l’auteure a su me surprendre par d’autres aspects.


L’auteure n’a pas su résister à utiliser la même trope que j’ai déjà trouvé dans Le Prince Cygne. À savoir que l’être maudit (Ode et ici la Bête) vit seul avec des amis qui le protègent et voient d’un très mauvais œil l’arrivée du nouveau venu, menaçant presque de le castrer s’il s’approche trop de leur ami, même si je dois avouer avoir trouvé plus intéressants Akim, ancien mercenaire devenu médecin, et Lianne, femme oiseau, que les amis d’Ode dans Le Prince Cygne. J’ai beaucoup apprécié la dynamique entre Silas, Damien, Lianne et Akim (ce qui était pourtant mal parti avec la méfiance tout d’abord constante – même si justifiée – d’Akim et Lianne envers Silas).


La romance n’est bien-sûr pas en reste. Silas et Damien, ainsi qu’est nommée la Bête, sont deux personnages radicalement différents mais qui se marient bien ensemble et se complètent. Silas est téméraire, cynique et désabusé tandis que Damien est hésitant, trop franc et plein d’idéaux, mais ce sont deux personnages égarés, en quête d’une liberté qui leur échappe, essayent simultanément de fuir le passé et de s’y accrocher, ils sont tous les deux décalés par rapport au monde (l’un trop beau, l’autre trop laid, possédant tous les deux des capacités hors normes). Le contact de l’un avec l’autre fait évoluer leur vision des choses et ils vont s’affranchir d’entraves qu’ils s’imposaient et s’épanouir. L’évolution que j’ai le plus apprécié était celle de Silas qui apprend à s’ouvrir, qui apprend ce qu’est d’aimer et d’être aimé, qui apprend ce que cela fait de vivre en communauté, avec des amis, tout comme Damien apprend également ce qu’est l’amour véritable et qu’il peut être aimé, malgré d’anciennes mauvaises expériences.


Malgré des thèmes sombres, l’humour est bien présent dans le roman, notamment avec Damien qui prend tout au premier degré et ne sait pas détecter le sarcasme ou Silas qui, tueur sanguinaire certes, se révèle fin gourmet très à cheval sur la cuisine. Je ne compte pas le nombre d’omelettes présentes dans ce roman ! Un des plats préférés de l’auteure ?


En résumé, l’auteure nous offre une réécriture originale et prenante du conte. L’auteure a su garder les bases du conte d’origine tout en se le réappropriant pour apporter sa touche. Mon coup de cœur a indéniablement été le personnage de Silas !


Silas lui sourit. Pour lui qui s’était frotté à ce que l’univers avait de plus violent et de plus cynique, c’était étrange de côtoyer quelqu’un qui s’emparait de la moindre chose pour la transformer en poésie. La mort, la solitude, le bois, l’oubli, l’écriture – Damien voyait le monde à travers un prisme étrange, légèrement décalé, qui transformait la vie en kaléidoscope étoilé. C’était difficile à suivre, en particulier pour un chasseur habitué à la réflexion froide et implacable nécessitée pour une survie de tous les instants, mais c’était… agréable.