dimanche 20 août 2023

Sixtine (T.1) - Caroline Vermalle.


Elle est jeune. Belle. Amoureuse
Elle vient d'épouser le Prince Charmant.
Trois semaines plus tard, on la retrouve emmurée dans le ventre d'une pyramide.

Elle est la reine sur un échiquier dont elle ignore les règles. 
Autour d'elle gravitent les autres pions.
Le mystérieux ami de son défunt mari, au regard troublant. L'étudiant à qui elle doit la vie. Un faussaire insaisissable.

Il n'y a que trois choses dont elle est certaine : elle va retrouver son meurtrier, elle va se venger, elle s'appelle Sixtine.

Mais qui est-elle vraiment ?



Jessica Desroches est belle, elle est jeune, elle est amoureuse. Elle vient de se marier à Seth Pryce, le beau milliardaire, à Paris, la ville romantique par excellence pour tout le monde sauf peut-être pour les Parisiens. Mais, heureusement pour le lecteur et amateur de rebondissements, tout ceci ne dure pas. Le beau conte de fée s’évapore lorsque le couple disparaît brusquement lors de sa lune de miel au Mexique puis retrouvé en plein cœur de la pyramide de Khéops. Aux côtés de la dépouille de son mari, Jessica est entre la vie et la mort. Le monde entier s’empare de l’affaire. Comment ont-ils pu disparaître sans laisser de traces au Mexique pour se retrouver en Égypte, qui plus est dans une pièce secrète de la pyramide qui n’a pas été ouverte depuis l’Antiquité. Déclarée en état de mort cérébrale, Jessica se réveille pourtant en tant que Sixtine. Elle ne se rappelle de rien après son mariage, mais elle va tenter de comprendre ce qu’il lui est arrivé.

 

L'un des hommes les plus riches du monde disparaît au Mexique et est retrouvé mort en Égypte sans qu'on arrive à suivre la moindre trace de ses mouvements. Il est découvert dans une partie de la pyramide inconnue des égyptologues et même, soi-disant, du CSA. Tu ne vas pas me dire que pour réussir un coup comme ça, il ne faut pas un max d'argent, de l'influence et des informations ?

 

L'intrigue ne s'intéresse pas uniquement à Jessica/Sixtine, mais à une panoplie de personnages tous les plus différents les uns que les autres. Sans m’être attachée à eux, j’ai toutefois pris plaisir à les suivre. Nous avons Max Hausmann, un étudiant en architecture qui voue une passion aux pyramides d’Égypte ; Florence, journaliste à la BBC avec ses formes rondes et ses cheveux roses ; Franklin Hunter, mystérieux enquêteur ; Thaddeus, l’énigmatique meilleur ami de Seth, qui semble toujours dans l’ombre de l’héroïne, sans parvenir à déterminer s’il est un allié ou un ennemi, il est certain qu’il nous cache bien des choses ; Jessica alias Sixtine, la protagoniste, que nous suivons avec intérêt car nous voulons la même chose qu’elle : des réponses, découvrir le mystère de sa disparition et du meurtre de son époux, le comment, le pourquoi et surtout le qui.

 

À travers ces personnages, il nous semble tout d'abord suivre des sous-intrigues différentes. L'une veut faire un reportage sur la momie de Néfertiti, l'autre enquête sur le masque funéraire de Toutankhamon qu'il soupçonne d'être une contrefaçon et veut retrouver le vrai, un autre est persuadé de l'existence de galeries secrètes au sein de la pyramide de Khéops et veut le prouver. Nous avons également un directeur de musée, un faussaire, un policier. Une belle brochette de personnages ! Ceux-ci sont nombreux et le lecteur pourrait être dépassé et ne plus s'y retrouver, mais étrangement j'ai rapidement réussi à les situer. Mon seul souci est que je n'ai réussi à m'attacher à aucun d'entre eux, même s'ils sont tous globalement intéressants à suivre.

 

Avec ses différentes sous-intrigues, le roman peut nous sembler fouillis et partir dans tous les sens. On découvre pourtant progressivement que toutes ces sous-intrigues vont se retrouver liées de près ou de loin à l'intrigue principale autour de l'affaire de la disparition du couple Pryce. Disparition qui ne semble d'ailleurs qu'une infime partie d'un immense engrenage. Tout n'est pas très clair. Si le roman a su apporter son lot de réponses, il nous laisse encore avec de nombreuses questions qui, je le suppose, seront résolues dans les prochains tomes. Je suis notamment curieuse de savoir en quoi le masque de Toutankhamon est si important ainsi que le rôle de Néfertiti (ou du moins sa momie) dans cette histoire. Tout semble être lié à l’Égypte elle-même, son Histoire, son héritage antique. Peut-être même un pouvoir plus haut, celui des divinités. Je ne sais pas encore si Sixtine est un thriller qui va s'inscrire dans le fantastique ou rester ancré dans notre réalité. Seule la suite le révélera. J'ai hâte d'en apprendre plus !



Sixtine s’ancre dans un contexte qui m’a beaucoup intéressé, avec pour cadre l’Égypte. Nous connaissons l’Égypte antique que nous idéalisons et que les touristes recherchent, nous connaissons peut-être moins l’Égypte contemporaine. La réalité est loin de celle de l’Égypte des dieux et des pharaons et l'auteure s'emploie à nous la décrire avec beaucoup d'efficacité en nous entraînant dans une quête au cœur d'un pays déchiré par la révolution. En plein printemps arabe, l’Égypte connaît des périodes d'insécurité, de violence, d'instabilité mais aussi de corruptions liées au marché illégal d'art et d'antiquités.


Faites confiance à Hollywood pour rendre glamour ce qui est sordide. Croyez-moi, on est loin du trafic à papa où quelques gentilshommes-cambrioleurs se font plaisir avec deux ou trois trésors. Le marché illégal des antiquités, dans l'économie qu'il représente et dans son mode opératoire, a la triste distinction de faire partie du même club que le trafic d'armes, de drogue et d'humains. Les biens culturels sont une monnaie d'échange qui influe sur la géopolitique internationale, entre autres en finançant le terrorisme.


Les autorités égyptiennes sont déchirées par un dilemme. Faut-il laisser poursuivre le vol de ses antiquités pour permettre aux égyptiens de s’en sortir, financer des armes pour la révolution, et se laisser voler son Histoire et son identité, ou bien faut-il protéger ces œuvres à tout prix, et racheter les antiquités au prix fort, malgré la misère qui ronge le pays ? C’est un sujet, et même un débat, qui reste d’actualité. De nombreux pays européens se sont appropriés les trésors de l’Égypte et il est légitime que cette dernière veuille les récupérer, c’est son Histoire qui est morcelé aux quatre coins du monde, mais elle ne peut se permettre de les racheter à cause de la crise qu’elle connaît et les musées européens comme américains sont plus équipés pour protéger ce patrimoine, mais je m'égare (si je vous dis que j'ai étudié l'histoire et le patrimoine à l'université, est-ce que cela vous surprendrait ?)

 

L'auteure nous décrit une Égypte réaliste, avec ses périodes sombres mais aussi ses charmes. On a l'impression de sentir le vent du Sahara, l'odeur des lotus bleus, on a envie de boire du Karkadé, visiter les rues du Caire et le plateau de Gizeh

 

En résumé, une enquête intrigante qui nous entraîne dans une Égypte entre Antiquité et modernité, un pays qui souffre mais dont l'auteure fait ressortir toute la beauté, le mystère et le charme. Si je ne me suis pas attachée aux personnages, ils n'en demeurent pas moins intéressants et je suis curieuse de voir où l'auteure va nous emmener et quel est le fin mot de l'enquête.


- S'il n'y avait pas eu l'intervention de ces Européens que vous méprisez, il y a deux siècles, Khéops aurait été détruite brique par brique pour en faire un barrage, sur les ordres de votre pacha. Et votre musée...

Mais il [Max] ne finit pas sa phrase car il vit el-Shamy s'arrêter net. D'un coup, l'archéologue se retourna et fonça sur Max, cloué sur place.

- Soyez heureux, Hausmann, de n'avoir jamais eu à faire ce choix, d'être pauvre et pourtant d'avoir de l'or à portée de main. Vous savez combien les collectionneurs sont prêts à donner pour le plus petit morceau d'histoire pharaonique ? Nous n'avons pas les moyens de mettre une mitraillette derrière chaque antiquité. Alors, c'est à chaque Egyptien de choisir, tous les jours, entre vendre son âme pour des lendemains meilleurs et préserver son passé, parce que cet excité d'el-Shamy a dit que c'était tout ce qui nous restait. Si cette terre a encore des trésors, c'est parce qu'il y a des hommes et des femmes à travers l'Egypte qui gardent leur héritage avec des bâtons et des pierres contre les pilleurs avec des fusils d'assaut.

mardi 15 août 2023

Sous le soleil - Agatha Christie.



Même les plus aguerris des enquêteurs ont besoin d’un peu de répit de temps à autre et, que leurs faveurs aillent à la beauté d’un temple grec ou à la douceur d’une croisière sur le Nil, la saison chaude a de quoi séduire tous les caractères. Mais le crime, lui, ne prend pas de vacances, et nos fins limiers devraient se méfier : cet été, il se pourrait bien qu’ils aient à redouter davantage que des coups de soleil…

Sous le soleil rassemble dans toute leur diversité les plus grands enquêteurs de la reine du crime : d’Hercule Poirot à Miss Marple, sans oublier les plus atypiques, tels que le futé Parker Pyne ou le mystérieux Harley Quinn. Un recueil incontournable pour tous les amateurs de cosy mystery.




Je ne peux pas envisager mes vacances d’été sans un petit roman policier à me mettre sous la dent. J’ai ici jeté mon dévolu sur un recueil de nouvelles d’Agatha Christie. J’avais lu, pour le Cold Winter Challenge, le recueil Sous laglace qui regroupait douze nouvelles qui se situaient pratiquement toutes pendant l’hiver ou les fêtes de fin d’année. Sous le soleil nous propose, à l’inverse, douze nouvelles dont l’intrigue se déroule (le plus souvent) en été ou pendant les vacances, en compagnie des détectives Hercule PoirotMiss MarpleParker Pyne, etc.



Le seuil ensanglanté : Joyce Lemprière raconte à une assemblée d'amis ainsi que sa tante, Miss Marple, l'étrange événement dont elle a été témoin lors de ses vacances dans les Cornouailles. Alors qu'elle s'était posée pour peindre une toile, elle découvre des tâches de sang sur le paysage qu'elle a choisi de peindre. Quelques jours plus tard, la mer renvoie le corps sans vie de l'épouse du capitaine Dacre. Tragique noyade ? Pas si sûr, puisque la victime porte des blessures sur le crâne. Une bonne petite enquête que l'on pourrait coller à la définition de "folie à deux" tant nous avons affaire à un couple redoutablement efficace dans l'art du crime. Miss Marple est douée pour deviner le fin mot d'une enquête, même sans y avoir été confrontée de près !



Le double indice : Hercule Poirot est mandaté pour résoudre l'affaire du cambriolage de bijoux médiévaux et de pierres précieuses. Sur le lieu du vol sont découverts un gant ainsi qu'un étui à cigarette. Le cambrioleur est-il si négligeant ou ces indices ont-ils été laissés là exprès pour mener les enquêteurs sur une fausse piste ? Une nouvelle intéressante qui nous permet de faire la connaissance de la comtesse Rossakov, une femme intelligente et redoutable qui ne laisse pas Poirot indifférent !



Mort sur le Nil : Depuis qu'elle a embarqué sur un somptueux bateau de croisière, Lady Grayle est exécrable et se plaint de tout, au grand désespoir de ses proches. Lorsqu'elle apprend que le détective Parker Pyne a embarqué à bord, elle sollicite ses services. Lady Grayle soupçonne en effet son mari de vouloir l’empoisonner. Une nouvelle qui n’a rien à voir avec le roman du même nom, mais une enquête efficace où l’empoisonneur n’est pas toujours celui que l’on pense (et tant mieux, sinon le lecteur se serait vite ennuyé), j’ai trouvé efficacement sournois l’astuce du meurtrier [spoiler] de faire coïncider l’empoisonnement de Lady Grayle quand son mari était là, et cesser les doses en l’absence du mari, pour que les soupçons se tournent vers le mari et non lui [/spoiler].



Le sentier d’Arlequin : une enquête de M. Satterthwaite qui séjourne chez un couple d’amis, les Denman, où il s’ennuie fermement. Il y retrouve son ami, Harley Quinn. Pas d’histoire de meurtre ou de cambriolage ici, j’ai même eu du mal à voir où l’auteure voulait en venir avec cette histoire de paravent chinois et puis de spectacle de danse, mais l’histoire de cette mystérieuse danseuse russe et de l’aussi énigmatique Mme Denman reste divertissant, et c’est assez tragiquement romantique.



Un dîner peu ordinaire : Nous retrouvons Hercule Poirot. Alors qu’il était en compagnie du docteur Hawker, celui-ci reçoit un appel alarmé d’un de ses patients qui déclare être en train de mourir. Lorsque Poirot et Hawker arrivent sur place, il est déjà trop tard. Le valet, interrogé, avoue que son employeur avait reçu deux hommes pour dîner et qu’il a été question d’argent et de menaces. Ce n’est pas une enquête bien mémorable mais le meurtrier est astucieux et méticuleux dans les détails et la mise en scène… à un détail près. Les lecteurs, tout comme le capitaine Hastings, ne découvrent le fin mot qu’à la toute fin et tout nous semble plus logique une fois que Poirot dévoile tout !



Jane trouve du travail : Jane Cleverland cherche du travail. Elle découvre une intrigante offre dans le journal, recherchant une jeune femme entre 25 et 30 ans, cheveux blonds, yeux bleus, sourcils bruns, sachant l’art de l’imitation et la maîtrise du français. Une bien étrange demande mais, désespérée, Jane décide d’y répondre sans savoir à quoi s’attendre. On lui demande alors de se rendre dans un hôtel de prestige pour aller à la rencontre d’un comte russe. Là-bas, elle y découvre la véritable nature de son travail : se faire passer pour la grande-duchesse Pauline de Russie, menacée d’assassinat… Quel plaisir que la lecture de cette nouvelle ! Jane est un personnage qui n’a pas froid aux yeux, est pleine d’audace et de ressources ! Encore une fois, je n’ai pas vu venir la chute et je salue Agatha Christie pour cette sympathique nouvelle.


— Pour en revenir à mon histoire, j’étais allée passer quinze jours en Cornouailles pour y faire des croquis. Il y a une vieille auberge à Rathole : Aux Armes de Polharwith. On prétend que c’est la seule maison qui aurait résisté aux bombardements des Espagnols en 1500 et quelques.

— Pas aux bombardements, dit Raymond West en fronçant les sourcils. Tâchez d’avoir une vue plus juste de l’histoire, Joyce.

----- Le seuil ensanglanté. (Raymond West is me) 



Une étrange disparition : Poirot, son ami Hastings et l’inspecteur Japp discutent de l’étrange disparition de Davenheim, banquier et financier renommé. Un peu plus tard, son coffre-fort est dévalisé, sans aucun signe d’effraction venant de l’extérieur de la pièce. Joueur, Japp fait le pari avec Poirot que, d’ici son fauteuil avec uniquement les faits à sa disposition, il ne saurait résoudre l’énigme en une semaine. C’est mal connaître Poirot et l’efficacité redoutable de ses petites cellules grises. Un type qui espère tromper son monde et excelle dans l’art du déguisement, les piques amicales entre Japp et Poirot sous fond d’un pari, une petite lecture sympathique.



Le sanctuaire d’Astarté : Miss Marple et ses compagnons écoutent l’histoire narrée par un révérend. Alors qu’il était invité à séjourner chez son ami auprès d’autres convives, il s’aperçoit bien vite qu’une jolie femme mariée fait tourner la tête à son ami. Un jour qu’ils visitent les environs, la dame disparaît après s’être aventurée dans un bosquet que le révérend décrit comme maléfique. Une étrange scène se produit alors qu’ils retrouvent la disparue. Celle-ci n’est pas dans son état normal et le révérend voit son ami mourir subitement devant ses yeux. Comment le meurtre a eu lieu sans que l’arme du crime n’ait été visible aux témoins, qui est l’assassin, le bosquet est-il vraiment maudit ? Une enquête intéressante où l’on ne découvre le fin mot qu’à la fin et l’ambiance autour de ce bosquet mystique est plaisante.



L’émeraude du Radjah : Un dénommé James Bond a la surprise de sa vie en regagnant les cabines de plage pour se rhabiller après une journée au bord de la mer. Au fond de la poche de son pantalon, une magnifique émeraude. Ce pantalon n’est pas le sien ! D’où vient cette émeraude ? A-t-elle été volée ? Doit-il en parler à la police ? Pourrait-on seulement croire que sa découverte est tout à fait hasardeuse ? Le personnage n’a rien d’un espion mais il est audacieux et plutôt hilarant dans ses petites piques, j’ai beaucoup aimé le suivre et la fin est un délice !



L’oracle de Delphes : Après ses déboires dans la nouvelle « Mort sur le Nil », Parker Pyne aspire à des vacances tranquilles en Grèce. Mais voilà qu’il apprend que l’on utilise son identité pour un mauvais escient et qu’une dame consulte ce faux détective concernant l’enlèvement de son fils.



Le sinistre inconnu : Une enquête de Tommy et Tuppence dans laquelle ils sont sollicités par un médecin victime de supercheries au téléphone. Du moins, le croit-il. À la fin de l’appel, il s’aperçoit avec effroi que son bureau a été fouillé. Avec l’aide des deux détectives, il espère prendre le ou les responsables la main dans le sac. Cependant, ils s’aperçoivent tous deux que l’adresse donnée par le médecin n’existe pas. Moins mémorable que les autres en mon sens mais assez divertissant. Tout le monde trompe tout le monde et on ne sait pas à qui se fier, en dehors de notre duo.



L’invraisemblable vol : On termine le recueil avec Hercule Poirot, mandaté par un lord et politicien pour résoudre l’affaire du vol de plans du nouveau bombardier de la Royal Air Force. Le lord soupçonne un de ses invités d’être un espion au service des nazis. Au cours de son enquête, Poirot découvre que le voleur est encore dans les parages et que les plans du bombardier n’ont pas encore quitté les lieux tandis que le lord et son ami sont persuadés qu’il s’agit d’une invitée à qui ils prêtent tous les maux. Une nouvelle un peu plus longue présentant un huis clos intéressant. Fidèle à lui-même, Poirot ne dévoile la vérité qu’à la toute fin, surprenant son monde !



J’ai retrouvé avec plaisir les différents héros d’Agatha Christie pour ces douze récits, mais, je l’avoue, surtout Hercule Poirot et Miss Marple. Le format nouvelle donne parfois l’impression que l’intrigue est rapide et bâclée, pourtant je n’ai pas boudé mon plaisir à l’occasion de cette lecture, je dirais même avoir préféré ce recueil à Sous la glace. Si les nouvelles restent d’intérêt inégal, j’ai aimé la quasi totalité d’entre elles. Globalement, cette sélection de nouvelles est de très bonne qualité, même si l’action de certaines d’entre elles ne se déroule pas toujours forcément en été. On y retrouve tout de même parfois le cadre de la plage, d’un voyage en train ou en bateau ou lors d’un dîner ou de vacances où les personnages sont conviés par des amis ou connaissances. J’ai trouvé amusante la présence d’une nouvelle intitulée « Mort sur le Nil » qui comporte quelques points communs avec le roman du même nom, ainsi que la présence d’un James Bond dans une autre nouvelle et qui n’a rien à voir avec le célèbre espion anglais.


En résumé, un sympathique florilège de nouvelles de la reine du crime, parfait pour la saison estivale. De bons petits crimes à se mettre sous la dent sous le parasol, à la plage ou en repos chez soi.


« Tandis qu’il me parlait, j’avais continué de peindre et je m’aperçus soudain que, prise par son récit, j’avais peint quelque chose qui n’existait pas. Sur les dalles blanches où tombait le soleil, devant les Armes de Polharwith, j’avais représenté des taches de sang. Il me sembla inouï que l’esprit puisse jouer des tours aussi extraordinaires à la main, mais en regardant encore une fois l’auberge, j’éprouvai un nouveau choc. Ma main n’avait fait que peindre ce que mon œil voyait – des taches de sang sur les dalles blanches. Je les fixai un moment. Puis je fermai les yeux en me disant : ne sois pas stupide, en fait, il n’y a rien du tout. Mais quand je les rouvris, les taches de sang étaient toujours là. Je me sentis soudain incapable de le supporter. »

vendredi 28 juillet 2023

Rebecca - Daphné du Maurier.


Sur Manderley, superbe demeure de l'ouest de l'Angleterre, aux atours victoriens, planent l'angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l'ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? 

Daphné du Maurier plonge chaque page de son roman - popularisé par le film d'Hitchcock - dans une ambiance insoutenable, filigranée par un suspense admirablement distillé, touche après touche, comme pour mieux conserver à chaque nouvelle scène son rythme haletant, pour ne pas dire sa cadence infernale. 

Un récit d'une étrange rivalité entre une vivante - la nouvelle madame de Winter - et le fantôme d'une défunte, qui hante Maximilien, exerçant sur lui une psychose, dont un analyste aurait bien du mal à dessiner les contours avec certitude.



J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley.


C’est l’histoire d’une jeune orpheline qui exerce comme dame de compagnie à une employeuse qu’elle a bien du mal à satisfaire. Un jour, elle rencontre Maxime de Winter, beau, riche et veuf, pendant leur séjour à Monte Carlo. Une idylle naît entre eux et, très vite, Maxime lui demande sa main en mariage et ils profitent d’une lune de miel tranquille en Italie avant de ramener sa jeune épouse dans sa belle et ancestrale demeure à Manderley, au sud de l’Angleterre. Jusqu’ici, cette histoire a des airs de conte de fées, mais notre narratrice va vite s’apercevoir que sa belle histoire va s’accompagner de touches bien amères alors qu’elle découvre l’emprunte encore vive de Rebecca, la précédente Mrs de Winter sur Manderley et ses occupants.



J’avais déjà vu au préalable l’adaptation de 2020 ainsi que le musical allemand, ainsi l’histoire n’a pas eu de mystère pour moi. Cela dit, ce sont les adaptations qui m’ont poussé à découvrir le roman d’origine, ce que je ne regrette pas tant la lecture fut addictive ! La plume de Daphné du Maurier est exquise, elle n’a pas son pareil pour décrire l’être humain dans toute sa complexité, pour construire une intrigue maîtrisée et nous fournir une ambiance pesante, voire gothique.



L’histoire commence sur un ton léger, sous le soleil de Monte Carlo, alors que la narratrice et Mr de Winter font connaissance puis passent leurs journées ensemble. Lui qui était si sombre semble retrouver le sourire face à la naïveté toute enfantine de celle qui deviendra sa seconde épouse. Puis, tout change lorsque le jeune couple arrive à Manderley. Tout au sein de l’illustre demeure rappelle Rebecca. La maison a été décorée selon son goût, les domestiques continuent de faire les choses à la façon dont elle le désirait et toute l’aile ouest, où elle logeait, garde les empruntes de l’épouse disparue. Tout a été laissé à l’identique dans sa chambre, comme un musée à son honneur. Au sein du manoir et dans la région alentour, on ne parle que de RebeccaRebecca et ses longs et magnifiques cheveux, Rebecca qui savait si bien entretenir ses hôtes, Rebecca qui excellait à l’équitation et naviguait avec brio, Rebecca et son sourire, qui charmait chaque personne qu’elle rencontrait. Tout ne semble être que perfection chez Rebecca et Rebecca est le sujet sur toutes les bouches.



La narratrice : I didn't sign up for this!


La narratrice se rend compte, plus que jamais, de l’influence que Rebecca avait et combien elle n’est pas ce à quoi l’entourage de son mari, ainsi que les domestiques et locaux, s’attendaient. De nombreux non-dits, sous-entendus et comparaisons font que la narratrice se fait une idée sur qui était Rebecca et qu’elle se sente progressivement inférieure à elle, gauche et insignifiante. Il faut dire qu’elle entre dans un monde qui lui est inconnu, d’autant plus que ses origines sont très modestes à l’inverse de son époux bien né, et elle craint de ne pas être à sa place et de ne pas savoir bien faire les choses. Elle n’a pas l’assurance qu’elle souhaiterait avoir et le faste de Manderley qu’on attend d’elle lui pèse. Pour ne pas déplaire, elle décide de ne rien changer à Manderley et de ne pas effacer la présence de la si regrettée Rebecca. Son mari n’est pas d’une grande aide, se fermant à sa jeune épouse dès qu’elle tente d’en savoir plus sur sa vie d’avant et sur Rebecca.



J’ai beaucoup aimé suivre notre héroïne. Pourtant, nous savons si peu de choses sur elle. Nous ignorons son nom (on sait juste qu’elle a un prénom assez inhabituel), son âge (hormis le fait qu’elle soit jeune), son passé (juste qu’elle est orpheline). C’est une jeune femme timide, maladroite, douce, effacée et qui manque cruellement de confiance en elle (trop, diront certains). Elle tente de se faire une place à Manderley mais semble accumuler les maladresses et craint que son mari pense encore à sa première épouse et regrette de l’avoir épouse, elle. Il faut dire que le comportement des gens autour d’elle l’intrigue tout comme cela l’angoisse progressivement. Elle est influençable et interprète la moindre chose avec une tendance à s’imaginer les pires scénarios… parfois à l’extrême (son mari est en retard, elle s’imagine qu’il a eu un accident sur la route et se voit déjà veuve ; elle passe devant des gens qui éclatent de rire, elle s’imagine qu’ils se moquent d’elle car elle n’est pas comme Rebecca, etc), et j’avoue m’être reconnue plus d’une fois en elle mais, je l’espère, que je n’ai jamais été aussi loin dans ma proportion à me faire des films ! Fort heureusement, notre héroïne va savoir évoluer et gagner peu à peu en assurance et s’imposer comme Mrs de Winter, la nouvelle maîtresse de maison et une femme sur laquelle sa famille peut compter en toute circonstance. Ce fut un plaisir de voir son évolution !



Le personnage de Maxime est intriguant, on ne sait pas toujours sur quel pied danser avec lui. Il est tantôt froid et distant, tantôt colérique, tantôt calme. C’est un homme avec un sombre vécu qui veut à tout prix s’éloigner d’un passé qui ne cesse de le hanter et cela l’empêche parfois de témoigner de l’affection à sa jeune épouse. Il peut toutefois être très tendre avec elle, tout comme il peut être assez paternaliste. J’ai beaucoup aimé le personnage de Frank, domestique et ami de longue date de Maxime, ainsi que Béatrice, la sœur de Maxime, qui ne mâche pas ses mots, qui est vigoureuse, franche et parfois rentre-dedans mais qui a bon cœur et qui s’attache à la narratrice.




Rebecca a connu de nombreuses adaptations sur petit et grand écran, au théâtre comme
sur la scène musicale. La plus connue étant le film d'Hitchcock (1963) et la plus récente
étant celle de Netflix (2020)


Je ne peux pas parler du roman sans parler de Mrs Danvers, la gouvernante ainsi que l’ancienne dame de compagnie de Rebecca, toujours vêtue de noir avec un chignon serré. Elle voue un véritable culte à sa maîtresse et ne s’est jamais remise de sa disparition. Son attitude envers la nouvelle Mrs de Winter est glaciale, elle n’aura de cesse de faire comprendre à celle qu’elle considère comme une usurpatrice qu’elle est bien en-dessous de Rebecca et qu’elle n’a rien à faire à Manderley. Son animosité envers la narratrice ainsi que sa dévotion presque religieuse à Rebecca la font parfois s’approcher de la folie. C’est un personnage complètement dérangée et elle nous inspire de la répulsion mais aussi de la curiosité car c’est un bien étrange animal, cette Mrs Danvers.



Évidemment, la grande absente du roman mais qui brille paradoxalement par son omniprésence, c’est Rebecca. Bien que morte, son aura et sa personnalité ont marqué les lieux et les esprits.  Son ombre plane sur Manderley et le couple, à tel point que la narratrice souffre d’un complexe d’infériorité et finit par douter même de la réussite de son mariage... Même un an après sa mort, tout le monde continue de parler de Rebecca et de la regretter. Il faut dire qu’elle a disparu de façon brutale et dans des circonstances tragiques. L’affaire de sa mort a été close comme étant une mort accidentelle, mais de nouveaux événements vont amener à rouvrir le dossier, donnant à la narratrice l’occasion de voir se dévoiler peu à peu la véritable personnalité de Rebecca et les véritables circonstances de sa disparitions. Même après sa mort, Rebecca n’a pas fini de surprendre !



Le roman alterne entre description de la vie quotidienne de la nouvelle Mrs de Winter et une enquête pour lever le voile sur les circonstances de la mort de Rebecca, le tout avec Manderley comme cadre, cette ancienne demeure au bord de la mer, fleurie à outrance, avec ses fêtes inoubliables. L’intrigue, qui commençait sous des tons légers, devient progressivement lourde, pesante, étouffante. Le suspens monte crescendo. Daphné du Maurier décrit à la perfection les peurs psychologiques de son héroïne et la personnalité perverse de Rebecca qu’elle a su dissimuler avec une efficacité diabolique. J’ai vraiment été  happée par l'histoire et ses rebondissements. J'ai marché sur les traces de Rebecca autant que la narratrice, avec la curiosité malsaine et pourtant légitime de tout découvrir sur elle... 



Si je devais relever un bémol, c’est la fin brutale. Il m’a fallu relire le début du roman pour me remémorer la suite des événements (l’histoire nous est narrée par notre héroïne après les événements du roman) et même ici, ce n’est pas évident de comprendre [spoiler] que l’incendie de Manderley était criminel mais sans deviner avec exactitude qui en est l’auteur [/spoiler]Toutefois, ce fut un classique que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire et qu’il y a tant de choses à dire et à retenir sur ce roman, mais ma critique étant déjà bien assez longue, je n’en dirais pas plus !


Il se tourna vers moi.  
« Tout à l'heure, vous avez parlé d'une invention, un procédé pour capturer les souvenirs. Vous m'avez dit que vous voudriez pouvoir revivre le passé quand bon vous semble. Je crains de ne pas voir tout à fait les choses comme vous. Mes souvenirs sont amers, et je préfère les ignorer. 
Un événement s'est produit il y a un an qui a bouleversé ma vie, et je veux oublier chaque phase de mon existence jusqu'à cette date-là. Cette époque est terminée. Rayée de ma mémoire. Je dois repartir à zéro. Le jour de notre rencontre, votre Mme Van Hopper m'a demandé pourquoi je venais à Monte Carlo. Ces souvenirs que vous rêvez de ressusciter, son indiscrétion les a étouffés. Il arrive qu'ils s'échappent quand même, bien-sûr : parfois le parfum est trop puissant pour le flacon, et trop puissant pour moi. Le démon que j'ai en moi, comme un voyeur perfide, essaie d'arracher le bouchon. C'est ce qui s'est passé lors de notre première sortie ensemble. Quand nous sommes montés dans les collines et que nous avons regardé le précipice. J'étais déjà venu là, il y a quelques années, avec ma femme. 
Vous m'avez demandé si l'endroit était toujours pareil, ou s'il avait changé. Il était exactement pareil, mais, à mon grand plaisir, les lieux m'ont laissé froid. Rien ne m'évoquait la fois précédente. Aucune trace de notre passage à elle et moi. Peut-être parce que vous étiez là. Vous savez, vous m'avez fait oublier le passé bien plus efficacement que toutes les attractions de Monte Carlo. Sans vous, je serais parti depuis longtemps, pour l'Italie, la Grèce, peut-être plus loin encore. Vous m'avez épargné toutes ces errances. »

dimanche 23 juillet 2023

Contes des royaumes oubliés (T.3) La sirène aux écailles d'or - Isabelle Lesteplume.


Il était une fois une tempête, un naufrage et un jeune homme retrouvé sur le rivage.

Il était une fois un prince sirène prêt à tout pour devenir humain.

Il était une fois un magicien au cœur brisé.

Embarqués par un coup du sort dans une chasse au trésor, ils sont loin de se douter de la menace qui plane. Mais quels liens pourraient avoir une cité engloutie, une perle ensorcelée, une bande d’insaisissables pirates et une arme légendaire ?

Au-delà des mensonges, Caleb, Erël et Abysse devront trouver toutes les réponses avant qu’il ne soit trop tard...

Car toutes les histoires possèdent un fond de vérité. Et certains mystères ne devraient jamais être dévoilés.



C’est l’histoire d’une sirène à la voix d’or, aux cheveux rouges et aux nageoires vertes qui sauve un jeune prince d’un naufrage, et qui va conclure un pacte avec un sorcier des mers, troquant sa voix et sa queue de poisson pour des jambes et une chance de vivre parmi les humains qui le fascinent tant. Non, ce n’est pas l’histoire d’Ariel mais celle d’Erël et, bien que même leurs noms se ressemblent, l’auteure nous embarque dans une aventure bien différente que celle à laquelle on s’attend au départ !



Je n’étais pourtant pas convaincue au début. Le second chapitre à peine fini qu’Erël avait déjà obtenu ses jambes pour rejoindre le monde des humains. Autant le conte et l’adaptation de Disney avaient pris plus de temps à mettre en place le décor et apporter un peu de développement à la sirène pour montrer que son désir d’être humaine n’est pas sortie de nulle part, ici Erël semble avoir agi spontanément et même assez inconsciemment. Un jour il sauve un humain et en tombe amoureux, le lendemain il s’en va changer radicalement le cour de sa vie. Bien que l’on s’aperçoive, au fil de l’intrigue, que la décision d’Erël est au final compréhensive compte-tenu de son vécu (sa passion pour le monde des humains et le traumatisme lié aux années de maltraitance causées par son tyran de mère), au tout début Erël nous semble vraiment être un personnage inconscient et naïf qui agi sans réfléchir. On peut comprendre le mépris que le sorcier des mers, Abysse, a d’emblée pour Erël qu’il considère comme inconscient et stupide.



Erël a pourtant une meilleure place dans mon estime que le prince Caleb qui ne semble pas avoir grandi mentalement. Il est toujours impatient, il ne tient pas en place, est incapable de se concentrer quand il est en réunion, il tape des mains lorsqu’il est content, il faut le surveiller sans cesse sinon il s’enfuit pour aller s’amuser de son côté, il dénigre son rôle de prince et veut devenir aventurier, voire même pirate, et même lorsque des pirates attaquent son royaume, il s’en émerveille au lieu de s’inquiéter pour ses sujets. Ce n’est vraiment qu’à la toute fin où il semble gagner un peu en maturité. Enfin, ne lui jetons pas la pierre à ce garçon, je lui reconnais des qualités. Sans se soucier des ragots et des à priori, il préfère se faire son opinion lui-même et ne juge jamais une personne avant de la connaître, il sait parfois se rendre attachant et j’ai beaucoup aimé la dynamique avec sa sœur Albane.



Je dois pourtant avouer que, dans notre trio de personnages, ce sont les sirènes qui m’ont fait meilleure impression et qui ont su capter mon intérêt. Si Erël peut être sensible, naïf et pas toujours débrouillard, sa vulnérabilité est touchante et c’est un jeune homme passionné par ce qu’il fait et par le monde qui l’entoure, et son vécu nous le rend que plus touchant compte-tenu de ses traumatismes.



Cependant, la star du roman, c’est bien Abysse, magicien des mers, sirène ostracisée pour avoir les yeux et les nageoires dorés, et personnage énigmatique. C’est un personnage cynique, désabusé, parfois froid, qui ne porte pas un regard tendre sur le monde et encore moins sur lui-même. Il a vécu son lot de malheurs par la faute des autres, si bien qu’il s’est forgé une carapace pour se protéger du monde, empêchant les autres d’apercevoir sa véritable personnalité. Vous vous doutez bien que, tout le long du roman, sa précieuse carapace va se fissurer peu à peu et qu’il va apprendre à s’ouvrir doucement au monde, à aimer et se faire aimer en retour, et devenir moins cynique et froid, tout en gardant un humour parfois mordant mais jamais méchant. Il faut croire que j’ai un faible pour ce genre de personnage (ce fut le cas pour Silas dans Le beau et la bête). J’ai aimé le découvrir peu à peu et voir se dévoiler son passé au fil de l’intrigue.



Nous suivons donc ces trois personnages tout au long du roman, sans pouvoir dire au départ quel couple se formera ou si un triangle amoureux va se mettre en place. Ces personnages vont se côtoyer chaque jour, vivre des aventures, braver des dangers, apprendre à se connaître au-delà des idées que l’un a pu se faire sur l’autre, et à s’apprivoiser, si bien qu’ils vont devenir indissociables et que l’un sans les autres semble tout simplement inconcevable. L’auteure m’aura surpris sur ce point en nous offrant un ménage à trois, ou un trouple comme on les appelle également, entre nos personnages, ce que je n’avais jamais vu jusqu’alors dans une fiction. Malgré mes critiques sur Caleb, ces trois personnages forment une dynamique intéressante et attachante et j’ai suivi leur évolution, tant sur le plan personnel que relationnel, avec intérêt, et j’étais curieuse de voir comment les secrets d’Erël et d’Abysse allaient éclater au grand jour et comment cela allait affecter le trio.



L’intrigue en elle-même n’est pas en reste. À l’instar des tomes précédents, l’auteure a su reprendre les bases du contes tout en développant une histoire inédite et y apporter sa touche. Alors qu’elle s’était penchée sur le mythe de la fontaine de jouvence dans Le beau et la bête, elle s’intéresse ici au mythe de l’Atlantide et en nous offrant un décor steampunk, si bien que l’histoire semble se dérouler dans un univers intemporel.



À l’instar de nos personnages, j’ai suivi avec intérêt l’histoire de l’Atlantide, cette cité antique perdue où humains et sirènes vivaient en parfaite harmonie, jusqu’à ce que la soif de pouvoir n’ait corrompu ses habitants et que l’Atlantide se soit auto-détruite. Il y a de nombreux aspects très intéressants autour de l’histoire et l’origine de la chute de l’Atlantide et les sirènes en elles-mêmes qui renferment une forme de magie, les raisons de l’ostracisme envers les sirènes à queue dorée. L’auteure sait construire des intrigues intéressantes et qui tiennent en haleine. Je déplore cependant le fait que la fin soit précipitée, comme ce fut le cas avec les tomes de cette série. Malgré tout, les romans de l’auteure se lisent avec beaucoup de fluidité et beaucoup de plaisir.



En résumé, une revisite intéressante de La Petite Sirène qui se mêle au mythe de l’Atlantide. Malgré une fin précipitée et un prince qui a le plus souvent la personnalité d’un gamin que celle d’un prince adulte, l’auteure nous offre un trio intéressant et attachant à suivre, et une intrigue intéressante.


Les musiciens avaient accéléré le rythme et quelques couples improvisaient avec entrain, supportés par un public enthousiaste. Caleb savait que dès que ses parents arriveraient, la musique redeviendrait sage, guindée, et ne put s’empêcher de le regretter. Car Erël était… Erël était magnifique. Était-ce possible d’être si souple, si gracile. Où était le jeune homme maladroit qui trébuchait sur ses propres pas ? La façon dont il bougeait ses jambes, son bassin et ses bras donnait presque l’impression qu’il était en train de nager, flottant à quelques centimètres du sol, si léger… 

Abysse, tout aussi fasciné, suivait les dessins quasi hypnotiques de la chevelure enflammée d’Erël, dont la longue natte traçait le sillage du moindre de ses mouvements. Tout dans sa façon de danser trahissait ses origines sous-marines, et pourtant… Le magicien réalisa, un peu surpris de ne pas l’avoir compris plus tôt, qu’Erël aimait être humain. Contrairement à lui, qui commençait à avoir ses jambes en horreur, il ne regrettait ni la mer, ni sa queue de poisson : ce corps était réellement le sien et non une peau d’emprunt.

lundi 10 juillet 2023

Le Roman de la Momie - Théophile Gautier.


Pharaon aime Tahoser qui aime Poëri. C'est à son retour d'Éthiopie que Pharaon porte un regard chargé de volupté sur la fille du grand prêtre. Lui qui rentre couvert de gloire, lui qui n'a plus rien à désirer du monde, roi, presque Dieu, se sent soudain esclave de la jeune Égyptienne. 

Mais Tahoser, merveille de beauté et de grâce, se languit d'un jeune homme aux prunelles sombres qu'elle a entrevu sur la terrasse luxuriante d'une maison. Aussi n'hésite-t-elle pas à se dépouiller de toute sa splendeur pour conquérir le cœur de Poëri l'exilé, l'Hébreu... 

Fastueuse histoire d'amour qu'un jeune lord anglais découvre dans le papyrus d'une tombe inviolée de la vallée des Rois. Ci-gît, avec encore toute l'apparence de la vie, une jeune femme morte depuis plus de trente siècle.



Décidément, entre la momie d’Anne Rice et celle de Théophile Gautier, les momies ne sont pas l’unanimité chez moi !


Le roman avait pourtant tous les ingrédients à sa disposition pour me plaire. Le cadre de l’Égypte antique, le mystère autour de la vie d’une momie qui se dévoile peu à peu, des références bibliques.


Au final, ce fut une victoire que de parvenir à achever ce roman. J’ai eu beaucoup de mal à avancer, ce n’est qu’à partir de la page 160 de mon édition que je suis parvenue à véritablement entrer dans l’histoire et me laisser entraîner par elle. J’attendais désespérément que quelque chose se produise, histoire de ne pas finir assommée par tant de descriptions, un point qui m’a d’ailleurs surpris car je n’avais pas eu cette impression avec La Morte Amoureuse. À croire que l’auteur a amassé tout ce qu’il pouvait en connaissances sur l’Égypte antique (ses monuments, les vêtements, chaussures, bijoux, etc) pour en tartiner son roman et faire ainsi rêver ses contemporains.


Les premières pages nous plongent en plein milieu du XIXe siècle. Un jeune aristocrate anglais, Lord Evandale, et un égyptologue allemand, le docteur Rumphius, explorent une tombe inviolée grâce à l'aide d'un escroc grec dénommé Argyropoulos. Ils y découvrent le sarcophage d’un pharaon mais, lorsqu’ils l’ouvrent, ils découvrent non pas le pharaon reposant pour l’éternité mais la momie parfaitement bien conservée d’une jeune femme de grande beauté. Près de la momie, un papyrus que le Dr Rumphius va déchiffrer, révélant les secrets de l’histoire de cette mystérieuse jeune femme, Tahoser.


L’écriture est indéniablement belle, riche, esthétique mais le récit est vraiment noyé par de trop nombreuses descriptions et de phrases longues. L’auteur est vraiment très perfectionniste et minutieux dans son écriture, rien n’échappe à sa plume. Tout est décrit dans les moindres détails. Le pharaon entre dans une pièce ? Description de A à Z de la pièce, son décor, description du physique, des bijoux et des vêtements des danseuses ou des serviteurs et, ce, sur plusieurs pages. L’héroïne va d’un point A à un point B ? Longues descriptions des lieux qu’elle traverse. Bref, le récit est trop descriptif à mon goût et si je reconnais toute la beauté et la richesse de l’écriture, l’avancée dans le récit fut vraiment très laborieuse, surtout pendant la première moitié du roman.



Le démaillotage de la momie de Tahoser, par Alex Lunois (1901)
35 siècles après et pas une seule ride !

Ce n’est que lorsque Tahoser décide de fuir son palais pour aller à la rencontre de Poëri que le récit prend une autre dimension. Si l’auteur reste toujours dans la description, l’action commence à s’installer de plus en plus avec la tension amoureuse entre Tahoser, Pharaon et Poëri, et que les références bibliques n’apparaissent à travers l’histoire de Moïse.


Pourtant, le paradoxe est que j’ai été à la fois assommée par les nombreuses descriptions mais qu’elle a su me charmer à certains moments. On ne peut nier la volonté de l’auteur de nous transporter ailleurs le temps de son récit, de nous faire rêver et voyager, de nous présenter une Égypte antique aussi fidèle possible et aussi vraie que nature. Si l’omniprésence et la longueur des descriptions a eu raison du charme qui avait opéré chez moi, je ne peux nier que l’auteur a réussi malgré tout. Si j’ai achevé le roman, l’Égypte antique demeure présente dans mes pensées et je ne demande qu’à replonger dans un autre ouvrage sur cette fascinante époque. Vous comprenez pourquoi je parle de paradoxe ?


Le roman de la momie n’est pas qu’un condensé de descriptions sur l’Égypte antique. Il y a de la romance et de la tragédie à la clé ! Courant romantique oblige, on découvre la thématique du triangle amoureux. Tahoser, fille d’un grand prêtre d’Égypte, n’a que seize ans lorsqu’elle tombe amoureuse d’un homme plus âgé qu’elle : Poëri. Or, ce dernier n’appartient pas à la même classe sociale et au même peuple qu’elle car Tahoser est Égyptienne et Poëri est Juif. Autre obstacle, il aime Ra’hel d’un amour partagé. Alors que Tahoser se languit de son aimé, désespérant qu’il la remarque un jour, elle est remarquée elle-même, sans le savoir, par le pharaon qui n’aura de cesse de la faire chercher dans toute l’Égypte.


Les personnages sont efficaces sans pour autant être mémorables. Pharaon est un poil obsédé et colérique, mais beau parleur tout de même, avouons-le. Tahoser est plutôt moderne pour son époque. Elle ne reste pas dans l’inaction et cherche à prendre en main son destin et de la faire avancer, elle essaye de changer sa vie. Même lorsqu’elle se soumet au désir de pharaon, elle n’est forcée en rien et il attend patiemment son amour. Ce n’est lorsque pharaon se dévoile davantage comme humain que comme divinité vivante qu’elle commence à l’aimer. Le récit n’en demeure pas moins tragique pour autant. Ra’hel a une personnalité assez attachante et Poëri remplit bien son rôle.


Le récit biblique s’incorpore bien à l’histoire égyptienne et nous (re)découvrons à travers Tahoser l’histoire de Moïse, les plaies d’Égypte et l’exode des Juifs hors d’Égypte et peu à peu les morceaux se recollent concernant l’histoire de Tahoser par rapport à ce que nous avons découvert au début du roman.


Le roman de la momie est un classique dont la lecture fut laborieuse, toutefois je suis finalement contente de l’avoir découvert. Si l’auteur est très pointilleux dans son récit, nous offrant des descriptions à n’en plus finir, il est malgré tout parvenu à me faire voyager et à m’entraîner dans l’histoire, bien que ce fut long à démarrer !


« – Et si j’en aimais un autre ?”

Pharaon mordit violemment sa lèvre inférieure ; puis il se calma et dit d’une voix lente et profonde :

“Quand tu auras vécu dans ce palais, au milieu de ce splendeurs, entourée de l’atmosphère de mon amour, tu oublieras tout. Ta vie passée semblera un rêve ; la femme aimée d’un roi ne se souvient plus des hommes. Va, viens, accoutume-toi, commande, fais, défais ; je te donne l’Égypte. Si le monde ne te suffit pas, je conquerrai des planètes, je détrônerai les dieux. Tu es celle que j’aime. Tahoser, la fille de Pétamounoph, n’existe plus.” »